De Belgrade à Sarajevo : une étudiante en histoire dans les Balkans

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belgrade0 De Belgrade à Sarajevo : une étudiante en histoire dans les Balkanssarajevo De Belgrade à Sarajevo : une étudiante en histoire dans les BalkansJ’ai quitté en train pour rejoindre . Si la liaison a été rétablie depuis quelques mois, elle n’est pas encore très fonctionnelle. J’ai mis 12 heures pour arriver a . Heureusement, comme toujours dans les trains, les rencontres ont été nombreuses.

Belgrade – Sarajevo : 1 journée de train

Je me demande d’ailleurs pourquoi il existe d’autres moyens de transport que le train. C’est le seul endroit ou l’on peut réellement tisser des liens, avoir des discussions longues et passionnantes et partager a manger ou a boire avec ses voisins.

Je m’arrete devant la « VOITURE RESTAURANT » en me disant qu’il y a un truc qui cloche. En effet, c’est ecrit en francais ! Les wagons sont tous d’origine allemande ou francaise. Rigolo de voir le sigle de la SNCF au milieu de la Serbie.

Dans le premier train, mon compartiment etait rempli de petits vieux bosniens se rendant dans des villes de provinces ou en Croatie. J’ai eu droit a environ 2000 sourires en 4 heures. Plus un sandwich. Genial.

Dans le deuxieme train, j’ai voyage avec deux australiens qui effectuaient un grand tour d’Europe. Et qudn j’ecris grand, c’est vraiment le tour complet (sauf les Pologne, parce qu’il leur fallait un visa). 3 mois de voyage, uniquement en train. Ils etaient bien d’accord avec moi pour dire que les trains serbes et bosniens etaient particulierement lents. Il faut dire que quand les gens a velo vont aussi vite que vous, qui etes assis dans un wagon ou il fait environ 30 degres… c’est plutot etrange.

J’exagere un peu, nous faisions des pointes a 50 km / heure. Et des la frontiere croate passee, nous avons file a un train d’enfer (au moins 100 km / heure). Nous avons admire les eglises orthodoxes de la campagne serbe et les eglises catholiques de la campagne croate. Ce sont les seuls batiments flambants neufs. Je revois Kerrie et Ross (oui, comme dans Friends !) dans un mois, lorsqu’ils passent a Paris. Hebergement et visites au programme.

Pendant que j’ecris, une chanson francaise passe a la radio, ici, dans un petit cyber cafe a Budapest. Vraiment, la France, quelle grande nation !   Jeudi 23 août 2007

Sejad, bosniaque francophone

A mon arrivee a Sarajevo, je suis accueillie par Sejad, qui travaille de temps a autre pour une association francaise. Cette association a beaucoup travaille pour les enfants et est en train de monter des circuits de tourisme equitable en Bosnie. Avis aux amateurs : www.tourisme-equitable-bosnie.com

Sarajevo   Sejad et sa famille 02 De Belgrade à Sarajevo : une étudiante en histoire dans les Balkans

Sejad est controleur dans la compagnie des tranways de Sarajevo. Il a deux enfants (Aldin et Ajla, environ 8-10 ans). Sa femme est femme au foyer. Il m’explique qu’il est tres difficile de trouver du travail ici. Parfois, on peut trouver un petit job pour un ou deux mois et au final, ne pas etre paye. Lui est assez content, apres 6 ans de contrats precaires, il vient de signer un contrat pour plusieurs annees. Jusqu’ici, son contrat s’arretait chaque annee. Il se retrouvait au chomage pour un ou deux mois et re-signait un nouveau contrat d’un an. La vraie galere.

Aujourd’hui, il a pu prendre un credit, acheter une voiture et, pour la premiere fois depuis la guerre, emmener ses enfants a la mer. Sa maison est perchee sur une des collines qui bordent Sarajevo. Attention, dans les maisons bosniaques, on enleve les chaussures avant d’entrer.

L’hospitalite n’est pas un petit mot. Bien entendu, je paye ma chambre (15 euros) mais quand meme. Ils me pretent leur chambre et dorment dans le salon. Surtout, la femme de Sejad me gave comme une oie. A mon arrivee (22h30), petit gateau avec sirop de fruits rouges fait maison. Puis repas (poivrons farcis). Le lendemain matin, cafe bosniaque (il n’est pas filtre, delicieux) puis petit-dejeuner. Omelettre, saucisse, fromage de Travnik (un bon, cette fois-ci) et de la saucisse fumee. Puis gateau, puis, une heure apres, un epi de mais tout chaud qui vient juste d’etre cueilli dans le jardin. Bref, un banquet permanent.

Sarajevo   Adlin et Ajna De Belgrade à Sarajevo : une étudiante en histoire dans les Balkans

Le lendemain de mon arrivee, Sejad ne travaille pas. Nous passons donc la matinee sur la terrasse, a discuter, en compagnie de ses parents. Sejad est ne en France et y a vecu jusqu’a l’age de 12 ans. Son pere parle encore un tout petit peu francais. Nous discutons beaucoup de la guerre et de la situation en Bosnie.

La politique : Sejad a un temps ete proche du SDP (le parti social-democrate que j’ai rencontre), mais aujourd’hui, il est un peu desabuse. Les politques promettent beaucoup et ne font pas grand chose quand ils arrivent au pouvoir (si Sarkozy pouvait faire pareil…). Pour lui, l’essentiel est d’arriver a assurer une vie correcte pour lui et sa famille.

La guerre : Sejad avait 18 ans au debut de la guerre. Beaucoup des hommes de sa famille sont partis (cousin, oncle, frere). Il a ete mobilise a 19 ans. Il m’a raconte un episode avec les casques bleus, qui leur ont donne du vin. Grosse engueulade apres par son chef. Certains de ses amis on fuit le pays pour se refugier en Espagne ou en Allemagne. Quand ils reviennent aujourd’hui, ils ont beaucoup plus d’argent que la moyenne des gens et sont plus respectes. Va chercher une logique.

Le siege de Sarajevo : Sejad et son pere m’en parlent tous les deux. Periode difficile. Pas d’electricite, pas d’argent, pas d’eau. Un kilo de sucre valait l’equivalent de 50 euros, un kilo de cafe, 75 euros. Quand je sors le livret de l’exposition sur le siege et que Sejad regarde les photos, il dit « oh, j’avais preque oublie ». Puis rectifie « non, on n’oublie pas… juste, on passe a autre chose ».

Il me raconte que les gens devenaient fous. Il a vu des hommes et des femmes marcher a reculons dans la rue en parlant tous seuls. Une des consequence du siege, selon lui, c’est que les gens ont pris l’habitude de ne rien faire. Pendant 3 ans et demi, ils ne pouvaient ni travailler, ni sortir, ni telephoner, ni ecrire. Remarque qui me fait sourir : pour d’autres, cette soi-disant caracteristique des bosniens (la flemme et le manque d’initiative) est une consequence du communisme…

Autre histoire de guerre : au marche, on pouvait trouver des sachets de farine ou de poudre de poivron. Parfois, il s’agissait en realite de platre ou de briques reduites en poudre. Sejad me dit que les gens pouvaient s’entretuer pour ce genre d’anarques.

Quand il m’emmene a l’aeroport le lendemain (en echange, je lui laisse toute la monnaie bosnienne qu’il me reste), il me montre les differents batiments abimes pendant le siege. Et ceux plutot epargnes : l’immeuble des journalistes, l’immeuble de l’ONU. En me montrant 4 hautes tours qui dominent la ville, il m’explique que les soldats serbes etaient positionnes la haut. J’ai froid dans le dos, soudainement.

Son travail : le boulot de controleur n’est pas facile. Leurs chefs leur donnent des objectifs a remplir. Objectifs a remplir… obligatoirement. Sinon, retenue sur salaire. Donc, pour ceux qui partiraient la bas en vacances, payez votre ticket, sinon, pas de quartier. Beaucoup de gens n’ont pas d’argent et n’ont meme pas de piece d’identite sur eux pour que les controleurs puissent remplir l’amende. Alors les touristes, c’est sur qu’ils ne les loupent pas.

Les communautes : il me donne quelques exemples de choses qui marchent sur la tete. Pour l’enseignement primaire et secondaire en Bosnie, les croates font venir des livres de Croatie et les serbes de Serbie. Certains enfants bosniens apprennent la geographie de la Croatie, d’autres des chants nationalistes serbes ! Il me raconte des engueulades avec des copains controleurs ou chauffeurs de bus croates qui font expres d’employer des mots typiquement croates. Il me raconte qu’a Mostar, les guides croates expliquent aux touristes que le pont s’est ecroule « a force d’usure »… Petit rappel : cette merveille architectural de l’Empire Ottoman a ete bombardee en 1993.

Le pere de Sejad : c’est un vieux monsieur dont le visage tout entier n’est que sourire. Il a fait partie de l’armee. Jusqu’en 1975, le service militaire durait 3 ans. Sur son avant-bras gauche, un tatouage de la « JNA », l’armee yougoslave. La sensation, quelques secondes, de me retrouver a l’epoque Tito. La femme de son pere s’occupe du jardin depuis la guerre. Elle continue encore aujourd’hui.   Jeudi 23 août 2007

Retour… pas facile

Je suis encore remplie de ma matinee avec Sejad et suis un peu frustree. Dans l’avion qui quitte Sarajevo et qui survole la ville, grosse bouffee d’emotion.

Ce sejour m’a definitivenent touchee. Il a ouvert de nouveaux horizons, et notamment un horizon oriental qui m’etait alors completement etranger. C’est sur, la Turquie est sur la liste de mes prochaines destinations.

J’ai eu une chance inouie de rencontrer beaucoup de gens : des serbes, des croates et des bosniaques, des bosniens et des etrangers. Des gens engages et d’autres un peu moins. Des jeunes et des moins jeunes. Des pacifistes, des desabuses, des motives… Ce voyage est, je pense, le plus riche que j’ai fait.

Mon voyage n’a dure qu’une semaine, mais j’ai l’impressiom d’avoir bourlingue presqu’un mois. Dans ma tete, il reste un melange d’images (eglises orthodoxes, catholiques, mosquees, icones, ponts, batiments en ruine, morts…), de paroles, d’odeurs (les bureks, les travaux, le goudron, la pollution, la cigarette), de sensations (la brulure du soleil) et d’emotions.

Je reste malgre tout sur ma faim. J’ai envie d’aller plus loin, de comprendre encore plus, et surtout, de trouver des solutions. Et la, la petite voix d’Ana resonne : « je crois qu’il faut que la communaute internationale arrete de penser qu’elle va sauver tous les petits bosniens. C’est aussi aux gens ici de se prendre en main et de decider de leur avenir commun ». Comment faire pour ne pas etre simplement touriste. Peut etre que temoigner permet deja de changer les choses.

Merci a tous ceux qui m’ont accompagnee. Dans la preparation du voyage puis tout au long de ces journees. Un merci tout particulier aux parents et a tous les autres :

Pier-Paolo, qui m’a encourage a partir en Bosnie

Raphael, qui vient realiser un film experimental a Sarajevo

Milene, etudiante a l’ENS Lyon, avec qui j’ai partage une douche

Dem’s, etudiant anglais en geologie qui traverse l’Europe

Le grand voyageur berlinois que j’ai rencontre dans le train

Jelena et sa famille bosno-serbe

Damir et son collegue, deux jeunes socialistes bosniens

L’etudiant de Paris 2 qui veut devenir militaire, mais « qui n’est pas facho »

Oriol et Nuria, deux editeurs catalans de livres scolaires

Une jeune espagnole qui tenait son journal intime, croisee a la terrasse d’un cafe de Sarajevo

Laurence, l’anarchiste ecolo et son fils Eddy

Ana, la croato-quebecqoise et Jean-Sebastien, le 100% quebecquois (et fier de l’etre !)

Les deux gerants du Monster’s hotel (Belgrde) qui nous ont parle des heures de la Serbie

Adeline, qui galerait dans un voyage en bus Istanbul – Paris

2 jeunes polonais qui faisait un tour des pays de l’Est et qui m’ont invitee a Varsovie

Kerrie et Ross, les deux australiens qui traversaient TOUTE l’Europe

Sejad et toute sa famille

Celine et Guillaume pour les coups de fils et les commentaires

et a tous ceux qui ont croise quelques minutes ma route « Hi », « Hello », « Where are you from ? »… etc

Depuis un petit cyber cafe d’une ruelle sombre de Budapest, je me prepare donc a rentrer a Paris. Pas trop envie en fait… Et si je repartais ?

Visiter mon blog : Aventure bosniaque

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