Delphes, comme un oracle : sur les traces des routes des oliviers

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Lorsque, en 2006, l’idée est venue de réunir à Delphes, sur les traces des Routes de l’Olivier, un « Forum », joli mot pour indiquer qu’une réflexion de fond était absolument nécessaire pour faire en sorte que la bonne volonté que nous déployons, à quelques-uns, pour qu’un programme majeur, celui des itinéraires culturels, non seulement subsiste à l’adversité, mais atteigne son but, sa cible ; en en mot qu’il prenne sa place dans la reconversion du monde du tourisme, je ne savais pas que cela constituerait un tel combat.



Route des oliviers à Delphes

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Combat pour imposer tout simplement qu’il se tienne, souvent contre ceux qui auraient du l’encourager. Combat aussi pour qu’au milieu des convulsions de la Grèce, ce pays miraculeux réussisse là où des pays soit disant plus glorieux avaient échoué : investir le temps et l’argent pour la tenue d’une rencontre européenne fondée sur la culture du voyage. Combat enfin pour faire en sorte, au dernier moment, alors que le nuage coupait l’Europe en deux, que l’essentiel soit tenu : le dialogue entre des mondes contraires, mais complémentaires, des responsabilités disjointes, mais indispensables, même si ces mondes ne pouvaient plus se confronter, dans cette Europe étrangement coupée par les cendres, que dans l’espace euro-méditerranéen, sans l’aide des réflexions plus nordiques.

Il s’est tenu, dans la rencontre avec l’énergie encore passionnée d’Hélène Ahrweiler, la passion non moins grande de mes amis des Routes de l’Olivier, le brassage de ceux qui, de Grèce, tenaient à exprimer une éternité sans complexes, une survie contre tout, à côté des énervements espagnols ou italiens.

Il a fallu rattraper, écrire avec ou pour les absents, dégager en effet des pistes nouvelles. Mon miracle a été de tenir entre organisation et conception, parole, discours et accueil amical ; circulation entre les uns et les autres, pont entre les uns et les autres. Mais dans l’instant même où il fallait mélanger le plus concret et le plus abstrait, je crois que je me suis confirmé à moi même, sans le vouloir vraiment, combien en effet le monde du tourisme était en train de changer, tandis que se lézardait l’arrogance de ceux qui, depuis trente ans, conseillent des politiques qui bradent des trésors ou passent à côté.

Après tout, j’ai bien le droit de me citer : « Un Forum comme celui de Delphes qui fait suite à une très longue période d’expérimentation d’un programme toujours jugé comme fondamental par le Conseil de l’Europe, vient à point pour répondre à un moment clef de la coopération que les Institutions européennes souhaitent engager en ce qui concerne le tourisme culturel de la « Destination Europe ».

Ce n’est pas que – au-delà de son impact interculturel, de son rôle essentiel en matière de coopération culturelle concrète – l’effet économique des itinéraires culturels en terme de développement local ne soit pas visible. Les chiffres de fréquentation des chemins de pèlerinage (plusieurs millions de marcheurs, de cyclistes, de cavaliers…), le nombre croissant de collectivités territoriales participant au programme (plusieurs milliers) et le finançant, le nombre impressionnant de structures culturelles impliquées (plusieurs dizaines de milliers) et enfin le nombre de territoires européens concernés montrent aisément, sinon indirectement, un dynamisme économique puissant au sein d’un secteur qui, pour certains pays d’Europe, constitue l’une des premières sources de revenus.

Le programme des itinéraires culturels joue un rôle essentiel dans ce que Nicolas Bouvier, le grand voyageur nommait « L’usage du Monde » ou Jean-Marc Besse, le paysagiste « Le Goût du Monde ».

Si on peut dire qu’il contribue, grâce au voyage et à l’esprit de découverte et de partage à re-enchanter l’idée d’une construction européenne, très malmenée par ailleurs sur le plan économique, il a besoin de manière urgente de définir avec précision ses modèles de fonctionnement. Faute de quoi, la coopération souhaitée pour ce programme entre les secteurs des institutions européennes qui se préoccupent du dialogue culturel, de la mobilité des créateurs, de la mobilité des Européens au sens large, de l’intégration européenne, du développement régional, de l’amélioration du statut des petites et moyennes entreprises et du maintien du tourisme européen au plus haut niveau mondial, pour ne citer que quelques composantes indispensables au bon fonctionnement, ne saurait se mettre en place. »

Photographies : la parole de Hélène Ahrweiler / la recherche des écritures sur le site archéologique de Delphes

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Plus d’une centaine de milliers de kilomètres par an à travers l’Europe. Plus d’une vingtaine d’années à ce rythme. Et le temps venu d’en proposer le parcours. Mémoire individuelle. Mémoire partagée avec des habitants inconnus, rapidement connus, et parfois des amis. Lieux de mémoire dont on nous impose la lecture. Lieux intimes dont la mémoire est simplement recouverte d’une gaze. Plus d’une vingtaine d’années de mémoire. _____________________________________________________ Découvrir le blog : Mémoire d'Europe

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