Ils se sont expatriés en Roumanie dans la région de Tebea en Transylvanie. Une grande aventure qui n’a pas été sans difficulté mais remplie de sources de satisfaction. Au contact d’une population très accueillante, ils ont découvert les modes de vie de la Roumanie rurale…
Après une année, nous retrouvons le chemin de la Roumanie. Comme d’habitude, nous avalons 1300 km de bitume, vite fait. Après la frontière hongroise, nous descendons toujours à l’hôtel Paprika. Il y a plusieurs possibilités pour y loger, entre autres, un établissement roumain qui offre le gîte à 8 ou 9 euros. Nous préférons l’hotel Paprika parce que le parking est gardé la nuit et que notre voiture est toujours bourrée. Après, il nous reste environ 500 km (150 km d’autoroutes et puis des nationales).
Séjour 2005
En Roumanie, les routes sont relativement bonnes, mais on n’est jamais sûr de ne pas rencontrer un nid de poule ou des fous qui dépassent dans des virages, sur des lignes blanches, etc…
En général, nous arrivons à Tebea en fin d’après-midi, toujours habités d’une pointe d’angoisse : qu’allons-nous retrouver ?
Je nous voyais déjà , après cette longue chevauchée, nettoyer la maison, installer les lits, etc… Rien de tout cela. Nos voisins nous attendaient. La maison était propre et ils avaient même planté des fleurs dans une souche d’arbre à l’entrée du terrain.
Tebea et deux autres villages avaient subi une mini tornade. Les dégâts étaient importants, surtout dans les champs et les vergers. Mais les maisons aussi avaient été détériorées. Chez nous, le toit de la grande maison était endommagé, les gouttières en demi lune et les descentes pluviales.
Mais le plus important était que nous retrouvions nos amis, la convivialité qui nous avait tellement interpellés l’année précédente.
Nous nous sommes donné une semaine pour faire le tour de nos amis et connaissances. Et aussi pour trouver Pierre, le Français. Je l’ai rencontré sur le Net. Il habite Brad depuis deux ans, par choix et aussi parce que la haute montagne n’est pas loin et qu’il adore se mesurer à elle. Je l’ai finalement rencontré au cybercafé. Cette année, il y deux cybercafés à Brad. En 2004, rien ! En un an tout avait évolué, les routes avaient été refaites, les trous, fléau de Brad, avec les meutes de chiens errants, avaient disparu.
Après, nous nous sommes occupés de la maison. Notre voisin, malgré les urgences de la saison, est venu nous aider à refaire le toit avec l’assistance de mon fils aîné et d’un couvreur.
Entretemps, on continuait à décaper les boiseries. Nos amis de passage ne comprenaient pas bien : payer pendant des jours pour décaper des peintures ternies, au lieu de poncer et de remettre une nouvelle couche leur paraissait absurde. Nous adorons le vieux bois naturel. Pour nous, c’est du luxe. Pour les gouttières et descentes pluviales, nous avons trouvé Gitte. Nous avons demandé à une amie si elle connaissait quelqu’un pour refaire du neuf. Une demi-heure après, nous étions chez lui, reçus comme des rois. Et le lendemain, il venait voir les travaux. Après que le brave Gitte ait consciencieusement fait le tour des travaux, après le café et la parlotte, je me suis mis à poser des questions, je voulais une offre de prix, connaître le prix des matériaux, etc…
Chez eux, cela ne marche pas comme ça. Il a sûrement fait ou refait la moitié des gouttières des environs, il marche à la confiance. Il a fini par donner le prix de son travail et nous avons acheté les marchandises avec lui à Brad.
Gitte est venu une dizaine de jours souder les morceaux de métal galvanisé, ajuster les équerres pour les descentes, etc. Un travail de bénédictin. D’une rare précision . J’ai passé beaucoup de temps à le regarder travailler. Nous sommes très contents du résultat et nous passons souvent lui dire bonjour ainsi qu’à sa famille.
Morale de l’histoire : en Roumanie, il faut laisser du temps au temps.
Avec le menuisier, pareil : « ah, oui, je peux faire ça, mais je n’ai pas de bois sec. » « OK, on peut en trouver », etc… Là où cela s’est vraiment mal passé, c’est avec l’architecte. On l’a rencontré plusieurs fois en vue d’ajouter deux pièces à la grande maison (projet abandonné depuis : nous avons décidé d’aménager les combles). Malgré son français très convenable, il ne nous a pas compris. Il nous a dessiné un château ou assimilé. Absolument tout ce que nous ne voulions pas…
Nous nous sommes mis d’accord sur le montant de sa prestation et nous nous sommes quittés en très bons termes. Nous avons même pris un pot avec sa femme et lui au festival d’Avram Iancu.
C’est un des problèmes que nous rencontrons : cette vie de proximité nous oblige à nous adresser aux artisans du coin, qui travaillent souvent sans filet… Mais ce sont d’excellents artisans, qui réalisent des prouesses avec des moyens plus que précaires. Je ne peux qu’être admiratif devant leur inventivité. Chapeau.
En été, les ouvriers travaillent dix heures par jour, artisans y compris. Le prix pour des travaux non spécialisés est fixé à la journée, repas compris.
Entre temps, nous faisions un peu de tourisme, toujours accompagnés d’un interprète, français ou anglophone, ne perdant jamais de vue qu’il nous fallait trouver quelqu’un (ou une société) capable d’entreprendre la restauration de la petite maison qui était vraiment mal en point. Construite 15 ans avant l’autre, et avec des moyens plus modestes, c’est elle qui méritait toute notre attention. Mais les gens que j’estimais capables de réaliser nos projets répondaient évasivement. 2006 pour eux, c’était loin.
Nous avions droit à de petits « oui… on verra l’année prochaine… », etc. C’est fou comme ils vivent au jour le jour. Il faut insister, presque les mettre devant le fait accompli. Il faut apprendre à vivre avec l’imprévu qui est leur quotidien, leur insouciance, une sorte de fatalisme qui les caractérise. Ils sont sereins parce qu’ils se savent débrouillards et très inventifs. Rapides à la détente aussi : un problème de transport ? Ils arrêtent un tracteur ou un caruto (charrette) vide et lui demandent un coup de main. Ça marche presque à tous les coups. Un petit verre au bistro d’en bas ou quelques euros et l’histoire est réglée.
Pendant ce séjour de six semaines, nous avons encore plus découvert ce que ce pays avait à offrir. Et nous nous sommes posés la question : pourquoi ne pas aller y vivre quand l’heure de la retraite aura sonné ?
Annick et Emile
12/10/2006
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