Regard sur la situation des orphelinats en Roumanie

14 mai 2010 ()
Par Sandrine Monllor

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orphelinatroumainorphelinatroumain1La mort du système n’est pas encore la fin des moeurs totalitaires, constatait le penseur polonais Adam Michnik. Songeant à la Roumanie que je découvrais pour la première fois il y a 8 ans, il semblait que nul propos n’était mieux adapté aux événements courants qui traversent cette terre dans sa chair et dans son sang. Ce récit a été écrit en 2001 et heureusement, certaines choses ont changé.

Comment se détourner vraiment de ces réalités quand les hasards de tribulations vacancières nous ont confrontés, malgré nous et avec un sentiment non moins désagréable de voyeur, à la mesure de la misère humaine et à l’horreur qu’a pu engendrer la folie d’un homme comme Ceausescu ? Qui n’a d’ailleurs pas un jour entrevu la situation sinistre du pays par l’oeil complaisant des médias qui s’employaient à montrer quelque image immonde d’un orphelinat avec ses rats croupissant dans une attente sans espoir ?

Une fois ce plus, cet écrit n’attend rien de ses lecteurs, il est juste une respiration comme tentative d’appréhension, si ce n’est de compréhension. Il se veut le cheminement et le partage de souvenirs qui font partie de moi et que je ne saurais oublier même en essayant, que je ne dois absolument pas oublier !

Chronique d’événements quotidiens.

21h. C’est notre deuxième soirée passée à Bucarest en compagnie de D., mon ami et correspondant fidèle. A cette heure là, où nous rejoignons le Petit Théâtre pour une représentation dont nous ne savons quasiment rien, Bucarest montre son agressivité, ses chaussées défoncées, ses immeubles aux béances sinistres dont les pierres abritent les abandonnés du système, ses rôdeurs et ses ombres sans visage, ses âmes du Néant qui semblent hanter les lieux plus encore quand les pans de ciel mauve du crépuscule s’abattent sur la ville encore incendiée dans ses tripes par un soleil de plomb… Par endroit, Bucarest est une ville où la peur est tenace et nous violente intérieurement. L’arrivée au théâtre est comme un soulagement. Une rupture soudaine. Je revois la petite salle, sombre et vétuste, aux fauteuils de velours rouge rongés par l’humidité et mal assurés qui grinçaient quand on s’y installait après avoir été guidé sans un mot à nos places respectives par un homme en habit gris. Ici, il ferait presque froid dans un décor peu engageant et vieilli. Juste le temps d’observer un public clairsemé, d’âge composite en majorité féminin. Puis l’obscurité envahissante, submergeant nos émotions. La lente procession des acteurs portant des cierges. La déclamation des poèmes que je ne pouvais pas comprendre mais dont l’intention m’était malgré tout accessible. Au fil de cet étonnant voyage sur fond de deuil, de nuit, de mort, d’abandon, je pressentais les fluctuations d’une prodigieuse énergie semblable à la fois au fleuve capricieux et au ciel menaçant. Là saisi dans ces remous qui croissent, s’apaisent un temps, diffèrent leur éclat avant de frapper à vos tempes, de refluer et de mourir ou de se calmer seulement ; là, saisi par l’aventure organique des éléments que la seule voix parvient à restituer avec subtilité, avec maîtrise, avec une puissance fracassante, comment n’être pas envoûté, transporté, défait ?

Prodige de la Troisième Lettre du récital de Mihai Eminescu, le dernier des romantiques, révéré en Roumanie mais dont l’oeuvre, selon Dan, semble sacrifier la sacro-sainte profondeur et l’ondoyante vérité d’un vécu dans tous ses états aux rhétoriques complaisantes et suspectes. Vous avez trop à l’aise lacéré ce pays, Trop jeté sur notre peuple honte, discrédit, Trop bafoué la langue, les us, les ancêtres, Pour cacher ces visages de canailles et de traîtres. Un seul mobile c’est le gain sans peine aucune. La vertu ? Une sottise ! Le génie ? Infortune !. Apostrophes incendiaires réveillant la haine du tyran, de l’usurpateur et de sa folie des grandeurs à travers de chacun de ses avatars. Auront-elles suffi à maintenir vivante la fierté d’un peuple qui n’a que ce sentiment pour avancer dans l’incertitude et la pauvreté décadente ? Je garde pourtant de cette tirade un souvenir puissant qui synthétise un peu l’impression que j’ai vécue, l’après-midi même, lors de ma visite d’un de ces orphelinats dont j’avais eu écho, où a un temps travaillé la tante de Dan et qu’il nous a proposé de découvrir par l’entremise de son père sans le masque de la censure des caméras de notre Europe.

Des visages sans nom ni âme …

Car en vous écrivant ces mots, je pense aux centaines et milliers de visages qui des décennies durant – et aujourd’hui encore 16 ans après la chute du Conducator Ceausescu -, se sont fermés aux autres et à eux-mêmes. Des visages me pénètrent, sans la moindre velléité de dignité, subissant sans se rebeller, étrangers à leur propre vie et à leurs propres corps. Ce sont les visages des orphelins d’un établissement, aux marges de Bucarest que nous avons gagné en taxi R12 et que nous avons visité dans la journée grâce à un rendez-vous obtenu par l’influence du père de Dan. Des poussières de vie, mais qui se préoccupe des poussières ? Sinistre et révoltante, cette maison d’ombres déploie dans toute sa crudité une saleté pestilentielle, l’absence de tout et des enfants condamnés à vie, prisonniers reclus en des salles qui ne ressemblent à rien et que surveillent des matons. Cent vingt cinq garçons âgés de trois à dix huit ans venus de tous les coins du pays vivent ici dans des conditions que vous ne pourriez imaginer. Ces « vermines », comme on les appelle souvent, y croupissent, puisque partout c’est la misère noire. Sur l’ensemble, seul une vingtaine sont de vrais orphelins ; les autres provenant de familles dont les parents désunis, démunis, asociaux ou à problèmes, ne peuvent supporter la charge d’un 7ème, 10ème ou 14ème enfant ! Et parmi eux, près de la moitié sont des déficients mentaux légers ou plus graves, des handicapés ou des malades séropositifs ou tuberculeux. Ils sont les « enfants de la honte », résultat d’une folie programmée que même les années de la transition ne peuvent enrayer !

Là-bas, quelle que soit la saison, il n’y a rien. C’est atroce. Pas d’argent. Pas de vêtement. Pas de chaussures. Pas de jouet. Pas de chauffage en hiver malgré un seul vieux poêle chargé de chauffer des centaines de mètres carrés. Il est facile de repérer un orphelin dans la rue. Il ressemble aux rats, l’esprit chien fou en moins, mais lui vit dans une prison qui est aussi physique, sali par la poussière ou la saleté, vêtu de guenilles, d’un uniforme râpé sans bouton dont il ne change jamais, y compris des robes pour des garçonnets. Quelle différence ? Dans ces conditions d’hygiène épouvantables, ces enfants élevés sans aucun amour, aux séquelles mentales ou physiques devenus irréversibles par manque de moyen et de médicaments pour les soigner : quels hommes peuvent-ils devenir, à quel avenir peuvent-ils se raccrocher ? C’est la guerre sans cesse : les grands font la loi, menaçant les petits, les battant avec souvent une violence inouïe qui rappelle celle qu’ils ont subie dès le bas âge, leur volant le peu de nourriture, le pain noir ou le bol d’eau sale qu’ils ont pour s’alimenter. Ces petits bouts de choux au regard triste et vide restent sans la moindre protection et acceptent sans broncher, sans même plus pleurer, tandis que la seule fonction des surveillants, armés de bâtons et forts de mots et de noms insultants, est d’empêcher les passages à tabacs et les trafics… On voit ce qui est en général caché au touriste et nos yeux ont peur de ce qu’ils voient comme spectacle de la honte.

Dan nous présente au directeur actuel, Ion Buleandrea, comme des amis « français » de sa famille venus découvrir la Roumanie pour la première fois. Etre « Français » en Roumanie, quand on connait les liens et l’admiration des Roumains pour notre pays et notre culture, est un signe de distinction et le gage d’un accueil particulier, plus chaleureux. Le directeur semble un homme bienveillant en apparence, mais totalement dépassé qui fait ce qu’il peut avec rien. Il n’a pas comme son prédécesseur conservé l’esprit du régime Ceausescu, mais que pourrait-il faire, si ce n’est nous montrer précisément l’état des lieux pour que nous comprenions à quel point rien n’est possible dans les orphelinats roumains. Ce dernier nous propose donc assez vite et à notre grande surprise une visite guidée – chose rare pour des touristes favorisée par la présence de Dan – en nous avertissant de garder le coeur bien accroché car tout ce qui nous attend dépasse l’entendement. En marge de la ville, l’orphelinat se déploie dans un paysage de désolation, entouré d’herbe rêche, rase et sans entretien où quelques cochons nourris par les infirmières sont abattus pour constituer le peu de viande que les enfants reçoivent. Le jour où le cochon est servi avec une orange comme dessert est un jour béni. Le repas des rois pour lequel les grands seraient prêts à s’entre-tuer. Dire qu’il y a dix ans, les conditions étaient meilleures que pour les garçons de l’extérieur et aujourd’hui, l’ordre est inversé. Dans les rues, à la Gare du Nord, les rats misent encore sur la débrouillardise, le plumage, c’est-à-dire le vol des passants ou des touristes qui s’aventureraient sans avoir été informé du danger qu’ils encourent. Ils sont aussi utilisés par les mafias locales pour cirer les chaussures, laver les vitres même quand ils essuient un refus et faire la mendicité en simulant ou non des infirmités. Ils survivent bon gré mal gré livrés à eux-mêmes tout en étant sous influence, mais libres en dépit de la loi du plus fort.

A l’institution, les relations entre enfants n’échappent pas à la détérioration de tout mais sont surtout devenues terrifiantes entre tabassages, craintes et jalousies. Près des cochons par exemple, on nous signale du doigt un monceau de terre fraîche qui couvre la dépouille d’un jeune enfant enterré comme un chien et que ne sont même pas venus chercher les parents. Un aîné, comme on les appelle, a rabattu si violemment sa tête contre le mur dans un moment de fureur qu’il en est mort, le crâne fracassé. A l’écoute de ce récit, je suis saisie par une nausée que je retiens difficilement dans ma gorge serrée et même l’impuissance ne suffirait pas à qualifier mon sentiment incrédule. Cette vision que j’imagine encore du corps abandonné sans soin dans une marre de sang me submerge d’effroi. Le « numéro 118″, arrivé il y a quelques semaines, est mort dans l’anonymat et l’indifférence. Aucune cérémonie funèbre et pas même une prière des autres gosses. C’est inimaginable quand on sait combien les Roumains vénèrent leurs morts et que les enterrements sont des occasions de « réjouissances » pour célébrer les vivants et renouer les morts. A l’orphelinat, « les morts débarrassent » ! On ne peut pas mieux résumer l’idée. Mais ceux-là n’auront ni fleurs séchées, ni chandelles, ni croix, ni « nourriture », alors que la tradition veut que les morts aient à certaines périodes des mets pour se rassasier… Ils n’ont pour les pires cas ou les pires moments que la compagnie des cochons qui attendent leur heure…

Arrive Illona, institutrice à l’air batailleur, volontaire et énergique de vingt et un ans engagée pour deux ans pour un salaire de misère mal assuré qui prend le relais après de brèves présentations. Autour d’une tasse de café dégueulasse auquel elle nous invite gracieusement dans ce qui fait office de salle de cours, elle s’efforce de nous rassurer en nous transmettant notamment l’expérience de sa mère Andrea, également institutrice passionnée : je comprends qu’il soit difficile de saisir à quel point c’est pauvre ici. Pour ne rien arranger, le dictateur distillait une grande haine raciale parmi la population même si sur le papier, tous avaient les mêmes droits. Plus d’enseignements possibles de certaines matières comme les langues, plus de livres édités si ce n’est après des mois, histoire et géographie falsifiées, textes totalement imprégnés de propagande politique que les enfants ne pouvaient avoir aucun plaisir à travailler. On y célébrait les fiers travailleurs, l’ardente et riante jeunesse, la belle ambition du Plan qui conduisit la Roumanie au surpeuplement d’enfants et à la misère quand tout le monde ployait sous le joug et ne savait comment faire pour nourrir décemment sa famille. Même après 13 ans, rien n’a changé, tout s’est même empiré. Tous les enfants sont entassés dans cette pièce glaciale en hiver, sans table ni chaise avec juste un tableau noir, avec l’impossibilité de former des classes distinctes par niveau. Rien n’est réalisable, ici ; c’est pourquoi il ne suffit pas d’améliorer la qualité du pain pour offrir des assurances crédibles aux créditeurs étrangers potentiels et pour changer le monde de ces enfants .

Dans sa voix pourtant joviale, on palpe la même impuissance fataliste qui nous tenaille depuis le début de notre visite. On l’écoute nous raconter les repas des enfants braillards au petit réfectoire meublé de vieux bancs et tables de fer bancales. Ici, il y a des cris tout le temps, ils crispent, ils cassent la tête et abrutissent, mais on ne peut empêcher la seule révolte intérieure de ces enfants que l’on bat aussi pour les faire taire et leur apprendre respecter un peu les autres. La nourriture y est servie par cinq ou six enfants choisis par tirage au sort chaque semaine et gare aux coups ou aux menaces si les grands ne sont pas les premiers et n’ont pas les meilleurs morceaux ! Estimant toujours qu’ils n’ont pas assez mangé, ils chipent impunément dans l’assiette des petits qui n’ont d’autre recours que de prétendre qu’ils n’ont pas faim et sont soumis pour tous les gestes du quotidien à un chantage permanent. On est plus effaré encore quand Illona nous explique que l’ancien directeur envoyait souvent les enfants voler dans tout le pays pour avoir de quoi manger. Les enfants apprenaient à voler, de la bouche même des adultes et même avec les nouveaux règlements, la situation n’est que peu rétablie. On comprend mieux pourquoi les éducateurs sont obligés de se promener dans l’établissement avec des matraques pour assurer un semblant d’ordre. Quelle affection donner ou espérer de ces enfants-là ? Et que dire du mépris infligé aux petits Tsiganes dont seuls les bons élèves semblent bien traités ce qui attise les jalousies entre enfants ?

Pour s’occuper de 120 pensionnaires souvent malades ou handicapés, on ne compte que le directeur, une secrétaire, une intendante, une couturière embauchée à la tâche, deux nettoyeuses qui s’en sortent péniblement avec un balai et une vieille serpillière sale, quatre employés de cuisine et cinq éducateurs formés sommairement à des fonctions si pénibles et spécialisées. Illona assure trois jours de présence par semaine de « femme à tout faire » pour l’éducation minimale de ces enfants quand on ne peut leur permettre de se rendre à l’école. Inutile de préciser qu’une majorité des enfants est quasiment analphabète ou sait à peine écrire son nom. Que feraient-ils de ces connaissances « stériles », alors que la plupart ignorent même leur nom et portent des noms d’emprunts faute de papiers puisque beaucoup ont été abandonnés dans des paniers ou une couverture en guise d’héritage, devant l’orphelinat ? Que faudrait-il donc ? De tout, sans mentir. Habits, chaussures, sous-vêtements, anoraks, gants, stylos, crayons, papier, gomme et des jeux surtout. Des jeux pour donner un sentiment d’enfance dans ces lieux où les gosses n’ont pas d’âge et dont on peut estimer le nombre de leurs années par les rides déjà marquées de leur visage. Des jeux pour stimuler leur imagination ou s’amuser dehors comme le font tous les enfants. Mais quand à 5 ou 10 ans, on n’a pas de balle pour jouer au football, ni de luge pour jouer dans la neige alors que l’on voit les autres enfants avec ce minimum, on en pleure pour eux… Faut-il préciser que leur cadeau de Noël se réduit à une orange ou une papillote quand ils sont encore chanceux ?

Personne ne peut être source d’espoir ; pas même les hommes nouveaux, les autorités de l’après-Ceausescu qui regardent ce système s’enfoncer dans sa décrépitude car les mentalités, elles, n’ont pas changé ! Tout le monde achète tout le monde, cultivant toujours la corruption qu’avait déjà fait naître le communisme et l’on paie les policiers en cigarettes pour éviter qu’ils ne fourrent leur nez dans les affaires de l’institution, les vols des pensionnaires. Comment lutter contre cette corruption encore pire qu’avant selon certains ? Et Illona de surenchérir : il y a quelques années, si vous hébergiez un étranger, vous risquiez 30 Millions de lei d’amende _ un an de salaire ! Pire, si dès 25 ans vous n’aviez pas d’enfants, même si vous n’étiez pas marié, vous deviez payer au prorata du salaire. Par contre vous receviez 1000 lei (50 cents d’euro, le prix d’un café ou d’un litre d’essence là-bas) par enfant au titre d’allocation familiale ! Et c’est en l’écoutant que je me demande comment les gens de chez nous osent se plaindre de ne pas encore avoir assez pour élever leurs enfants alors qu’ils ont des allocations pour la naissance, pour la rentrée scolaire, des bourses (…) ?

Paroles tout aussi amères d’une femme qui parle des femmes, des mères de son pays. Saviez vous que le prix de la pilule au marché noir à 8000 lei équivalait à une semaine au moins de nourriture ; pilule par ailleurs interdite sauf à partir de 5 enfants ou de 45 ans ou en cas de grave maladie ? Ne prononçons pas même le mot d’avortement qui était puni d’incarcération à vie parfois si l’on n’avait pas les moyens de payer des pots de vin, voire de mort – les femmes étant suicidées dans les prisons… Pas de gynéco, pas de suivi si ce n’est des insultes d’un médecin : qu’est-ce que tu veux espèce de p*** ? quand une jeune femme osait demander un contraceptif à l’époque où Ceausescu appelait à la multiplication de ses fils pour assurer la fertilité du pays. A la maison, dans les villages comme les hôpitaux de grandes villes, la vie et la mort se conjuguent comme des alter ego même aujourd’hui. Je me souviens d’un hôpital sordide que nous a montré Dan la veille et dont on sentait de dehors une odeur repoussante ! On est pourtant en Europe. A 2000 km de la France. Qui s’en souvient ? Je me souviens des émissions, des livres que j’avais lus sur la Roumanie, des lettres de mes amis que j’avais reçues, mais l’irréalité de l’écran ou du papier rendait cette situation infrangible, alors que là, j’étais bien dans le concret même de loin, en vacancière tranquille en train de voir le pire de l’Europe ou presque ! Témoin paralysée et affolée des ravages de la pensée obscure du Conducator et de son inévitable radicalisation. J’aurais tant aimer apporter même sur Ciao plus que mes mots !!!!

Après un détours par des toilettes du siècle dernier, – une espèce de trou au fond du jardin dans une cagette branlante où l’on se rafraîchit un peu le visage vaseux avec un robinet déglingué qui laisse échapper l’eau au compte goutte -, Illona commence à montrer une réticence extrême à l’idée de poursuivre la visite des lieux par les chambres… Étrange comme cette jeune femme si sympathique a revêtu en quelques instants un visage grave et une voix plus brusque et distante. C’est comme si soudain, il y avait un sentiment de gêne, mêlé de honte face à ce spectacle peu flatteur voire humiliant pour ceux qui veillent avec les moyens que l’on va voir, aux destinées de cette institution. Accueil méfiant, donc un rien hostile, bien que nous ne soyons pas des journalistes ou des visiteurs humanitaires. Par un prodige de solidarité, ce sont les femmes, la secrétaire et la comptable qui passent outre les objections pour s’emparer de l’autorité et s’imposer comme guides. Dan a bien du tenter de traduire notre pensée avec calme et un ton rassurant : ce n’est pas pour juger que nous sommes ici ; ce n’était pas pour vous juger que nous avons accepté la proposition de Dan, mais pour aider l’orphelinat !, paroles assorties d’un geste d’impuissance et d’un petit sourire de notre part. Passée la cour anodine et sombre qui ressemble à celle d’un internat, nous pénétrons dans des dortoirs sans fenêtres ou aux fenêtres barricadées sentant effroyablement mauvais dont on nous explique qu’ils sont occupés par les enfants qui ne savent retenir leurs envies pressantes. De toute façon, il faut sortir pour aller faire ses besoins et certains d’entre eux sont encore trop petits pour connaître le chemin, surtout quand tout est noir et qu’aucun éclairage ne rassure.

Passant la deuxième porte, on observe des gosses au crâne rasés dans de minuscules pièces repoussantes, prostrés sur des lits métalliques, blottis sous une petite couverture et qui nous regardent avec une résignation teintée d’embarras. Il n’y a rien dans ces chambres : à quoi bon des armoires puisqu’ils n’ont pas de vêtements à ranger, à quoi bon des casiers puisqu’ils n’ont pas le moindre effet personnel ? Cet hiver, ils auront pour eux un poêle en faïence que l’on nous promet depuis des années », commente la comptable comme s’il s’agissait d’un miracle ! Vous parlez d’un réconfort ? Pour eux, c’est comme s’ils allaient déjà changer de vie… Beaucoup d’enfants d’ailleurs préfèrent rester au lit pour se réchauffer car ils n’ont pas de vêtements assez chauds ni de chaussures pour affronter l’hiver. Aujourd’hui, les enfants sont quasiment tous habillés, on les appelle par leur nom ou leur numéro pour qu’ils se présentent. Illona nous fait remarquer que tous les enfants portent des vêtements prêtés, pour être présentables quand il y a des visiteurs attendus, mais ce n’est pas toujours le cas. Pour assurer leur toilette, ils n’ont qu’une grande salle glacée avec des pommeaux suspendus au plafond d’où coulent quelques jets et trois lavabos dont le débit se mesure à la goutte ! Une douche par semaine et encore ! On ne peut faire mieux puisqu’on ne pourrait payer la facture ! Les glaces brisées sont recollées. Quand un enfant a fait ses besoins sur lui ce qui arrive en permanence, il est nettoyé avec dégoût par l’un des éducateurs – des femmes indifférentes – avec du papier journal, ce qui donne un peu la mesure de la tragédie humaine se jouant dans cet enfer ! C’est effrayant !!!!

Le décor fait froid dans le dos autant que la situation de ces orphelins. Tout aurait besoin d’être réhabilité que ce soit les bureaux, les pavillons, les sanitaires ou les cloisons. Murs défraîchis aux couleurs indistinctes, empestant l’humidité. Peu d’ampoules dans les pièces ou les couloirs : on les vend parfois pour acheter un pain… Retour au sombre réfectoire illuminé par de toute petites fenêtres ; les vieilles tables de formica ou de fer et les tabourets, les bancs crissant sur les catelles. Attenantes, on aperçoit les cuisines où l’on s’affaire avant le déjeuner et où l’on est partagé entre l’élan du coeur pour remplir des estomacs criant famines, l’obligation de faire avec très peu, le découragement, l’amertume et une possible indifférence. Est-ce là cette bonté privée, sans idéologie sans pensée évoquée par Vassili Grossman dans Vie et Destin? Elle s’étend sur tout ce qui vit, même les souris qui peuplent l’établissement et sont les fidèles compagnons de ces femmes. Notre seule photographie à l’intérieur les immobilisera dans leur uniforme gris. Il n’y a qu’une salle de loisir pour 120 pensionnaires ; petite, sombre elle aussi, dénudée et dont la seule distraction reste le téléviseur de l’ancienne époque ! Puis, l’inévitable buanderie où est entreposé le linge ; les uniformes, sous-vêtements éculés et maintes fois reprisés quand il y a encore du fil et une aiguille ou de l’argent pour payer la couturière. Il faudrait des vêtements de toutes sortes, des bottes pour franchir l’hiver rude, des chaussures de gymnastique. Pour laver le linge ? Seulement un lavoir, à l’extérieur. On se croirait revenus des décennies en arrière ! Et dire que nous nous satisfaisons à peine de nos machines à laver… Même les draps, souvent sales, les taies, les couvertures manquent.

Des dizaines d’enfants doivent partager leurs lits par manque de couvertures chaudes. Il ne reste à voir que la salle pour les soins médicaux assurés par une infirmière et un médecin qui se déplace en cas de problèmes graves quand on a de quoi le payer. Pour le reste, c’est aux éducateurs à surveiller et diagnostiquer quand ils prennent le temps de venir dans cette pièce puant l’éther. Lors de notre passage, un enfant de 4 à 5 ans croupissait dans son vomis sur un lit. Il attendait l’infirmière tout en sachant qu’il n’aurait au mieux qu’une demi aspirine pour calmer une violente douleur au ventre dont personne ne semble vraiment se soucier. Quasiment pas de sparadrap, de thermomètres, de pommades, de médicaments élémentaires, encore moins d’antibiotiques ou de vaccins dans la mesure où l’on attend une augmentation des budgets qui ne viendra peut-être jamais. Car à l’orphelinat, on n’a pas le temps pour les sentiments : trop de travail, pas de moyens et surtout pas de courage pour apprivoiser ces sauvageons sans avenir … Jusqu’à peu encore, avant que des missions étrangères n’assistent le personnel, on préférait la solution d’urgence ou de force ce qui explique que certains enfants, pris de crises d’épilepsie ou de nerfs étaient attachés aux radiateurs ne fonctionnant plus pour être plus facilement bourrés de neuroleptiques qui les tuaient à moyen terme. Enfin, aujourd’hui, on préfère la patience, mais l’affection n’est pas encore au rendez-vous…

L’heure approche de prendre congé et une poignée d’enfants nous adressent des signes de victoire avec une violence qui écorche leur enfance et qui nous arrache un sourire. Si elle nous avait inspiré de la consternation, notre visite devenait presque la victoire des orphelins et leur élan finissait par nous satisfaire, tant notre présence, pendant quelques instants, leur avait donner l’impression d’exister. Il en faut si peu – un autre regard, un sourire, une main – pour rendre quelqu’un heureux ! Impossible de sortir indemne d’une telle visite malgré les passionnantes discussions que nous avons entretenues pendant toute l’après-midi et les liens que nous avons facilement noués même si à un moment, la honte a pu tendre l’atmosphère. J’ai pu être le témoin de ce qui est toujours pour moi innommable en dépit de mon effort à traduire mes souvenirs, mes impressions, mes visions. Mais je n’ai pu leur donner que quelques sourires en guise d’espoirs et quelques friandises que j’avais sous la main pour les voir rire. Entre action et abrutissement, les orphelins réels ou non se meurent ou survivent dans les flétrissures d’un pays qui les a oubliés, qui les dissimule en général ou les exhibe parfois pour tenter de séduire des pays désireux de les aider. N’avez-vous jamais reçu une enveloppe avec une photo d’orphelin roumain appelant à l’aide ? Ce que vous avez peut-être vu n’est qu’un faible échantillon de la misère de ces orphelinats. Les orphelins ont fait scandale car ils étaient devenus un marché de l’adoption facile pour des enfants blancs à bas prix pour les pays riches, mais ce flux là qui apportait de l’argent a été stoppé…

Aujourd’hui, on ne peut que difficilement sortir un tel enfant de sa misère même avec la meilleure volonté du monde. Personne ne voudrait d’un enfant malade ou handicapé, de toute façon et beaucoup déjà ont dépassé le stade de la récupération. Il finira sans doute sa vie dans cet enfer s’il dépasse les 20 ans, ce qui n’est pas évident pour la moitié d’entre eux !!!! On ne peut qu’apporter un peu de son argent par diverses œuvres humanitaires ou ce que l’on a en trop si l’on passe la frontière ou connaît une association qui assure le transport de tous les produits de première urgence … Il en existe quelques unes parsemées en France qui accueilleront vos dons ; alors, essayons ENSEMBLE de ne pas les oublier, car pour eux quelques cents pourraient changer leur quotidien ! Certains d’entre vous me diront, – je l’entends déjà – qu’il y a déjà beaucoup de misère chez nous. Oui…, bien-sur, mais est-ce une raison pour tourner le dos aux autres ?

Notre seconde journée à Bucarest s’achève sur une intense fatigue aussi physique que morale. Après l’orphelinat et un festin de roi au restaurant dont on se sentait déjà coupable en repensant à la famine des orphelins, quelques efforts nous ont menés jusqu’au récital qui me rappelle toutes ces images pénibles dont je ne reviens pas encore. Je me remémore une phrase étrange et marquante : Apa trece, pietrele raman ; que l’eau s’écoule et que les pierres restent ! . Mais que devient le limon ? Quel amour pour ces abandonnés qui ne connaissent même pas ce mot, ni les gestes qui en témoignent ? PAS D’AMOUR !!! PAS D’AMOUR !!! J’en pleure, j’enrage en moi-même. Quelle vie et quel avenir pour les « vermines » ? PAS DE VIE !!! Des visages creux, des yeux vitreux sans horizon, des mains tendues vers rien, un corps maigrelet parfois impotent, un maintien montrant la vie âpre et sans clémence. Je repense aussi avec un pincement terrible au coeur, à Nicoletta, ma première correspondante qui a peut-être atterri avec ses 5 frères et soeurs, comme tant d’autres enfants après la ruine de la Révolution, dans l’un de ces hospices… Je murmurai Maman, Papa pour me rassurer. Je les avais près de moi, pourtant. Mais tous ces enfants n’avaient pas ma chance, ils n’avaient jamais eu l’once d’une preuve d’affection de personne et ne connaîtraient jamais le sens du mot AMOUR. Mes déchirements intimes, mes peurs, mes doutes me semblaient d’un affligeant égoïsme et presque indécents. Et je me rappelais encore cette conclusion de Dan, la veille devant notre hôtel : Nous sommes malheureux parce que nous n’avons pas ce que nous désirons. Mais savons nous vraiment ce que nous désirons ?

D’un coup, je me sentais bien lâche de ne penser si souvent qu’à moi et mes pauvres petits malheurs… Et je gardai un goût de cendre… en sachant combien l’on peut balayer d’un geste facile de la main – en tournant la page de cet avis après une note, un commentaire ou un passage – les réalités cruelles d’enfances oubliées, ignorées ou mourant dans l’indifférence PARTOUT DANS LE MONDE (et plus encore hors d’Europe), comme pour conjurer le mauvais sort et espérer que cela ne nous arrive JAMAIS … ET pour un enfant secouru combien d’abandonnés qui crèvent comme des chiens ? Croyez bien que ces enfants maudits d’Asie, d’Afrique, d’Amérique, d’Océanie qui par un sort ou un autre – la famine, l’absence de tout, le SIDA ou d’autres terribles fléaux – sont condamnés aux mêmes désespoirs, je ne les oublie pas !! Une pierre à la fois, seulement, car je sais bien que mes mots ne pourront pas changer le monde. Mais le soleil dans le cœur d’un enfant grâce à un bonbon ou un jouet, ça vaut bien un petit geste !

A ces questions :

Combien de temps pour digérer ces images ignobles ?

Combien de temps pour chasser les visages de cette misère ? Comment de temps pour apaiser les battements de nos coeurs ? Combien de temps pour éteindre ce feu de paille, cet élan humanitaire qui s’éveille en nous, enflamme nos passions et fait résonner dans nos tripes l’écho de sentiments trop souvent ignorés ? Combien de temps avant que la lecture d’un avis sur le chocolat Lindt qui ravirait les papilles de ces enfants n’en connaissant pas même le goût, les couches Pampers ou la bière Kronembourg ne nous ramène à notre réalité, nos petits tracas quotidiens ô combien confortables ?!

A ces questions-là, je ne sais pas répondre …

La Roumanie, heureusement ce n’est pas que cela, ça l’est de moins en moins, grâce aux efforts motivés par l’entrée dans l’Union. C’est un beau pays, chaleureux où la misère existe hélas trop souvent, mais où l’Espoir permet d’avancer et de croire en un avenir meilleur!

Certains noms ont été modifiés pour respecter l’anonymat.

Copyright http://assembly.coe.int

Copyright http://assembly.coe.int

Photos de 2005 illustrant le traitement des enfants handicapés (source et crédits des photos)

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Curieuse, j'essaie de faire d'Ideoz un espace éclectique et tourné vers les échanges et la rencontre avec les différences. J'aime Kafka (l'homme), l'oeuvre de Zweig, la musique des Balkans, les sports en général notamment le tennis, le cinéma de tous horizons comme fenêtre sur le monde, ou encore les sorties au restaurant pour y déguster les cuisines du monde… Historienne, anthropologue et ethnologue de formation. Voyageuse inconditionnelle, je nourris un amour viscéral pour les pays d'Europe centrale et orientale, avec une prédilection pour les Balkans (Serbie et Roumanie). Dans ces terres, qui m'ont enseigné beaucoup de leçons, au fil de quinze ans de découvertes, de rencontres et de hasards… je me retrouve parfois… tant elles sont insoumises, contrastées, passionnelles et contradictoires. ————————————————————————————————————————————- Il n'y a pas de vérités, il y a des perspectives et des points de vues… Laissez-moi vous montrer le monde avec mes yeux et je le regarderai avec les vôtres… ————————————————————————————————————————————– "Il faut qu'il y ait le chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse." Nietzsche ————————————————————————————————————————————– « Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et l’autre, l’homme est un pont. » Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières ________________________________________________________________________________________________________ Me contacter sur ma messagerie…

41 Reponses à “ Regard sur la situation des orphelinats en Roumanie ”

  1. Marine sur 10 mai 2010 à 9 h 30 min

    Rached, comme tu le dis, l’amour est le sens de la vie ou plus exactement il est le moteur de notre vie, la nourriture qui nous permet de révéler ce qu’il y a de meilleur en nous. Par contre, heureusement qu’il ne se limite pas à celui des parents sans quoi nous serions nombreux à vivre sans amour, que l’on soit orphelin où pas.
    L’enfant EST amour. Il suffit de le regarder avec les yeux du coeur pour sentir en nous la chaleur de l’amour. Par contre pour se sentir exister et grandir sans séquelles, dés ses premiers jours et premiers mois l’enfant doit sentir en réponse à ce qu’il est de merveilleux, l’amour de ceux qui l’entourent que se soit celui des parents bio, adoptifs ou de n’importe qui d’autre car l’amour se moque des papiers officiels qui affilient un tel à un tel.
    S’il a manqué hélas de cet amour il traversera des périodes de deuil et de profonde solitude, mais l’être humain a en lui des ressources merveilleuses, et après la pluie vient toujours le soleil.
    Ce dont on a manqué dans l’enfance n’a pas enlevé notre capacité à aimer et ça nous donne l’occasion de l’offrir à d’autres car l’amour est don.
    Pour l’adulte, l’amour est partout là où il pose un regard aimant sans rien attendre en retour.

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  2. rached el greco sur 10 mai 2010 à 0 h 53 min

    Condamnés à vivre !

    Où est l’amour?

    Orphelin, ce n’est pas être sans père ni mère, mais c’est végéter sans « la présence » de ceux qui nous aiment et que l’on aime plus que tout au monde.

    Eux, le sens même de la vie , voir son seul et noble sens !

    Dieu, pourquoi doit-on, après le départ de ce noble et grand amour, être condamnés à vivre sur les sentiers et chemins de l’errance et de la douleur?

    Il suffit d’un grain pour que l’horloge s’arrête.

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  3. Marine sur 6 mai 2010 à 11 h 13 min

    Oui le garçon adopté en Roumanie m’a dit aussi qu’il ressentait clairement la méfiance et la crainte des gens, leurs aprioris négatifs dés lors qu’ils comprenaient qu’il était roumain. C’est la méconnaissance de ce peuple qui fait ça, l’ignorance, et c’était pareil il y a 50 ans pour les premiers espagnols, italiens, portugais etc..La différence fait peur quand on la tient à distance et surtout on généralise à partir de quelques cas particuliers qui attirent notre attention ou qui font l’objet de faits divers dans les médias. Heureusement tout le monde ne voit pas les choses comme ça, il y en a quand même pas mal pour qui, la valeur d’une personne n’a rien à voir avec son origine où sa façon de s’habiller. Personnellement j’ai même trouvé davantage de « belles âmes » chez des gens en guenilles que chez ceux en costard-cravate…Un jour par exemple nous nous sommes trouvés avec mes enfants de nuit dans une région perdue du Triangle d’Or. On ne voyait personne, mais on avait été repéré. Soudain on a vu des torches arriver et des ombres qui nous ont fait signe de les suivre sur un petit sentier qui s’enfonçait dans la montagne boisée. Les visages éclairés par la lueur des torches étaient étranges mais on a fait confiance. On est arrivé à un village de cahuttes d’une minorité ethnique. Sans parole on nous a offert à manger et un natte pour passer passer la nuit à l’abri du froid et des animaux sauvages. Ils étaient une douzaine amassés dans la petite pièce à observer notre étrangeté. Une dame m’a massé le dos. Il était très tard, on tombait de sommeil, ils semblaient attendre qu’on prenne une initiative. On s’est mis à l’aise sans se déshabiller, puis on s’est enfilé dans nos duvets. Ce n’est que quand ils ont été rassurés sur le fait qu’on était bien installé pour la nuit, qu’ils se sont éclipsés pour aller dormir dans les maisons voisines. Au réveil le thé était déjà prêt.
    Je te donne mon adresse mail : nadinecoulie@live.fr pour qu’on puisse discuter de ce garçon dont je ne peux pas parler ici. C’est important et tu pourras m’apporter un éclairage. Sinon, Sandrine dit qu’on peut aussi s’envoyer des messages perso à partir du forum et que pour cela il suffit d’être inscrit.
    Bonne journée!

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  4. Chanussot sur 5 mai 2010 à 20 h 33 min

    je tien à précisée que j’ai une copine qui à était adopter en même temps que moi dans le même orpholinat et qui elle a très mal fini donc je pense que la reconstruction est propre à chaqu’un , selon l’aide familial et la forçe personnel !

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  5. Chanussot sur 5 mai 2010 à 20 h 31 min

    oui j’ai eu de la chance d’avoir des parents qui mon transformer qui aurait soulever des montagnes pour moi et sa sa vos tous l’or du monde,c’est dans ces moment la que l’on prend l’importance des parents les miens sont exeptionnel d’avoir fait sa pour moi et d’une facon ils ont contribuer à l’amélioration de la situation.
    Je dois dire quand mme que sa na pas était facil tout les jours d’être roumaine, car l’image des roumains en France est très dégradante, j’ai eu des soucies avec des personnes raciste enfin raciste qu’avec les gens qui ne sont ni espagnol ni magrebin ni francais ni portuguai ni italien voila j’ai subbi des insultes par rapport a mes origines , des moqueris, parfois les gens insistent lourdement en fesant semblan de pas comprendre pourquoi mes parents sont francais et moi roumaine , c’est pas grave je suis fiére de mes origine et surtout par dessus tout je suis fiére de mes parents . voila
    et oui je veux bien en parler en privé avec vous

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  6. Chanussot sur 5 mai 2010 à 13 h 58 min

    J’ai 18ans je suis de 1992
    j’e suis exactement arriver en France en decembre 95 (je me suis trmper)
    j’ai étais placé dans l’orpholinat à ma naissance 3 jours après par mon pére l’orpholinat a dit a mes parents adoptif que ma mére était déssédé a l’accouchement car je garde des cicatrices sur le crane ou mes cheveux ne pousse pas.
    Je pensais que ce texte était fait pour dénoncé la misére là bas
    je pense qu’il faut la dénoncé la famine et la misére ne font pas tout dans l’abandon des enfants je pense.
    je pense que le manque de de contraception là bas ogmente les abandons

    Il faut savoir que là bas un mari qui perd sa femme ne peut pas garder ses enfant si il souhaite se remarier il doit les abandonner
    ainsi que pour les femmes.
    J’appreci mon pays mais je juge les conditions de survi des enfants.
    Je pense qu’un enfant na pas a subir tout sa, pour ma part aujourdhui je ne garde aucun souvenir de là bas, je vie normalement avec beaucoup d’amour mais mes parents mon dit que petite sa était difficil pour eux de m’adapter a la vie francaise simplement pour prendre une douche que j’avais jamais pris de ma vie , pour me border le soir c’était la crise de larme n’ayan jamais eu de couverture sur moi, pour me fair arreter c’est toc que j’avais pris a me balancer de l’avant vers l’arriere, pour me fair manger autrechose que du jus de betrave et de la soupe a l’eau avec du pain trenpé dedans servi dans des seau en plastique
    Je pense que les enfants qui vivent là bas sont totalement deconecter du monde c’est telement triste se qu’il subisse.
    Je pense qu’il faut agir oui pour aider c’est enfant qui sont condaner a mourir

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    • Marine sur 5 mai 2010 à 18 h 02 min

      Merci pour ton précieux témoignage. Je trouve moi aussi qu’un enfant c’est sacré et que quand il est exposé à des maltraitances ou négligences il doit être protégé. Certes ces maltraitances et négligences sont toujours involontaires de la part de leurs auteurs, il n’en demeure pas moins qu’elles peuvent parfois causer de graves dégâts psychologiques chez l’enfant, qu’il les traînera pendant de longues années et qu’ils auront parfois des répercussions sur ses propres enfants.
      Il me semble que le droit élémentaire d’un enfant c’est de recevoir nourriture, soins, affection et protection. Il me semble qu’une société se doit, dans la mesure de son possible, de protéger ce qu’elle a de plus précieux : ses enfants.
      Concernant les roumains et leur rapport à l’enfant, selon moi la pauvreté n’explique pas tout, il est possible qu’un héritage culturel ou « mode de pensée collective » jouent aussi un rôle. Ceci étant il ne nous appartient pas de juger ou de condamner mais d’en tirer des leçons sur notre façon à nous de considérer les enfants, car on en voit aussi chez nous beaucoup de jeunes de ton âges qui souffrent. Je crois aussi que, chacun à notre petit niveau nous pouvons apporter notre petite goutte d’eau pour aider. Et pour toi, la plus belle façon d’aider est de démontrer, comme tu le fait, que même si au départ de la vie on a connu l’enfer, quand on grandit dans l’amour on devient une belle personne.
      Je remercie au passage Sandrine, l’auteur de ce site, de m’avoir permis, grâce à ce blog, de te croiser. Le garçon adopté comme toi en Roumanie à l’âge de 3 ans, n’a pas eu comme toi des parents en mesure de « réparer » sa blessure première qui du coup s’est aggravée. Je pense que l’histoire commune que vous avez pourrait l’aider. Par discrétion, nous ne pouvons pas en parler sur un site, si tu le veux bien je vais demander à Sandrine de nous mettre en lien perso.
      A +

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  7. Chanussot sur 4 mai 2010 à 20 h 57 min

    Bonjour,
    je suis moi même une enfant adoptée , mes parents mn adopté en 1996
    mes parents biologique mavait abandonner.
    j’ai passé 3ans dans un orpholina a Botosani , mes parents on donner tout leur courage et leur energie pour réussir a m’adopter se qui n’est pas tache facil .
    j’ai lu votre texte je ne suis pas d’accord avec tout se que vous dites, c’est bien de montrer tout se quil se passe là bas mais qu’est ce que sa change?
    on se préocupe peu des enfants abandonner en roumanie, on préfére parler tout le temps de ceux d’afrique ou je ne sais ou .
    le dictateur a était tué en 1991 donc pour toute les personnes qui on abandonner après 1991 se n’est pas a cause du régime de dictature puisque il n’y en avait plus …
    sinon votre texte est très poignan , merci a vous de faire connaitre la misére qu’il se produit encore dans se pays.

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    • Sandrine Monllor sur 4 mai 2010 à 21 h 01 min

      Je comprends que vous puissiez ne pas être d’accord avec ce que je dis. Avec quoi d’ailleurs? Je suis tout à fait ouverte à échanger avec vous sur ce sujet ou d’autres. Ce sera un plaisir. Il est normal d’avoir des interprétations différentes ; c’est le risque des mots. Par exemple, jamais mon but n’a été de faire connaître la misère de la Roumanie. C’est un pays que je respecte profondément et pour l’apprécier, j’évite de juger ce qui s’y passe, le traitement qui est fait à certains.

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    • Marine sur 4 mai 2010 à 23 h 34 min

      Bonjour Chanussot,

      Je suis proche d’un jeune garçon qui a été adopté comme toi dans un orphelinat Roumain et ça me touche que tu réussisses à t’exprimer sur ce sujet et que tu t’intéresses à ton pays de naissance alors que tu es encore très jeune. Bravo !
      Pour en revenir à ton message, quand tu dis « je ne suis pas d’accord avec votre message » tu veux peut-être dire, c’est que de relater des faits ne suffit pas, qu’il faudrait agir pour améliorer le sort des enfants et de leurs familles en Roumanie. Est-ce cela que tu as voulu dire ?
      Ensuite tu dis, à juste titre, qu’après 1991 les abandons d’enfants ont continué et que là ce n’est plus à cause la dictature. Mais alors selon toi qu’elle en serait la cause ?

      Puis-je aussi te demander quel âge avais-tu quand tes parents t’ont adoptés ? (J’ai calculé 1996 – 3 = naissance en 1993, mais peut-être n’as-tu pas été confiée à l’orphelinat dés ta naissance?)
      Amicalement,
      Marine

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  8. Sandrine Monllor sur 24 mars 2010 à 17 h 48 min

    Ce n’est pas le même sujet, mais je vous invite à découvrir ce sujet proposé par une nouvelle membre : Malee, à propos de la condition de l’enfance en Thaïlande.

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  9. Marine sur 24 mars 2010 à 12 h 48 min

    Daniel tout ce que tu dis me touche beaucoup et ton parcours inspire le respect.
    Je ne peux pas me résigner à ce que le mal triomphe sur le bien. Les personnes de ton village semblent bien méchantes . Mais j’ai du mal à imaginer qu’il s’agisse là du fait de tout un village, peut-être est-ce seulement 3 ou 4 personnes.
    Je crois qu’on devient « méchant » uniquement parce qu’on est malheureux. J’ai l’impression que le problème majeur en Roumanie c’est que beaucoup d’enfants ont grandi sans amour. Cela cause chez l’enfant des troubles importants appelés « troubles de l’attachement » si en grandissant les parents ne sont pas en mesure de « réparer ce qui a été cassé » vont alors s’ajouter d’autres troubles qui feront d’eux des adultes extérieurement comme les autres mais intérieurement en grande souffrance. Tout ces troubles se répercutent sur les comportements qui peuvent faire dire aux autres que ces personnes sont méchantes. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre car ce n’est pas facile de résumer en 3 lignes un phénomène complexe.
    Danielle j’admire ton courage pour la difficile aventure dans laquelle tu t’es engagée. Je suis convaincue qu’avec beaucoup d’amour, d’abnégation et de patience tu réussiras à réparer la blessure première de tes enfants. J’imagine que tu as conscience combien c’est un pari énorme. Si tu le réussi je mesure pleinement combien tu auras réussi quelque chose de Grand !

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  10. Marine sur 24 mars 2010 à 12 h 00 min

    « Au petit bonheur la chance » c’est à dire « à la destinée » avec l’espoir que ça sera « pour le meilleur », le meilleur que le pire si elle le garde. j’essayais simplement par cette expression de traduire ce qui doit ce passer dans la tête d’un maman qui abandonne son enfant. Il faut être dans une très grande détresse pour en arriver à cette irrémédiable séparation, à ce deuil. Le choix se pose entre garder un enfant qu’on n’est pas du tout en mesure d’élever et qui sera négligé voire violenté et lui donner une chance d’avoir peut-être un avenir meilleur s’il est adopté. Pour moi l’adoption, est le dernier acte d’amour envers celui qui, si on le garde, sera exposé des souffrances plus grandes que celles de l’orphelinat. C’est aussi souvent « enlever une bouche à nourrir » pour que les autres enfants aient un peu plus. Je vois ça un peu comme l’histoire de Moîse, la mère le met dans une corbeille sur la rivière et « Va mon fils, que Dieu te sauve! »
    Il ne peut pas en être autrement, ce n’est pas pour lui faire du mal qu’une maman abandonne son enfant, c’est la solution la moins pire. En même temps ne sachant pas ce qu’il va advenir de lui, elle le confie « au petit bonheur la chance »

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  11. Daniel Pieplu sur 23 mars 2010 à 15 h 37 min

    on s’elloigne du probleme des enfants.au debut de mon instalation,j’avais l’intention de prendre des enfants d’orphelinat les vaccance,les week end.ayant grandit dans un pensionat en france je connaisais le manque que cela represante une famille. mon frere a eu la chance d’etre parainer par un couple moi avec mes allergies personne ne voulais de moi.heureusement ma femme m’a crier casse-cou.tu n’est pas en france m’a t’elle dit ici vie pour toi sinon sela vas te retomber dessus.elle savais de quoi elle parlais .

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  12. Daniel Pieplu sur 23 mars 2010 à 15 h 18 min

    bonjour marine. je suis depuis 8 ans dans ce village et les problemes on commencer lorsque nous avons mis un frein a notre generositer ce n’etais jamais asser on pretais de largent pour des medicaments pour payer le docteur le veto.on avais bien du mal a rentrer dans nos frais ou a etre rembourser certaine personnes nous fournissais en oeufs du lait nous rendais quelques service. un jour comble de tout on nous a demander si on avais pas honte de reclamer l’argent que l’on avais preter « avec la retraite que j’avais ». nous avons couper toutes discution et n’avons plus depanner ses « personnes »et radio clocher a fait le reste les informations mensongeres on commencer a circuler malgres les dementis des enfants avec lesquelles je n’ai jamais eu de problemes et qui en sont bien malheureux.3 ou4 vielles femmes (dont une qui avais des esperance sur ma maison avant mon instalation)se gargarise de fausses nouvelles a qui mieux mieux et me font beaucoups de mal.au moyen age on brulais des gens sur des ragots.ici les mentalitee ressamble a cela.les familles se dechires sur quelques mots lancer a la sortie de l’eglises par ses piplettes.que faire a part l’indiferance

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  13. Dominique sur 23 mars 2010 à 12 h 35 min

    pour ce qui est des mamans laissant leurs enfants , je n’ai pas très bien compris le sens de ton message . Je sais seulement que l’Etat durant les années Caocescu demandaient aux familles de faire des enfants et de ne pas hésiter à les lui confier assurant qu’il prenait tout en charge….
    Ses mamans ont dû faire confiance , elles étaient imprégnées de cette mentalité et de toute façon elles n’avaient certainement pas le choix. Je ne sais pas si certaines cherchent aujourd’hui leurs enfants mais je sais que pour mes propres enfants leur mère respective à signer un acte d’abandon devant une tribunal . Ce que tu évoques vaut pour toutes les mères confiant leur enfant à l’adoption, il y a souffrance quelque soit l’origine de la personne mais c’est pour sauver son enfant qu’on le confie.
    Retrouver son enfant n’est pas plus simple ailleurs sauf peut-être en France depuis que le secret des nés sous X peut être levé quand les 2 parties sont OK.
    Je connais une maman adoptante qui a essayé de rechercher les parents géniteurs de son enfant roumain, elle les a retrouvés et leurs réactions a été de demander de l’argent…. Alors quoi penser.. je ne juge pas …je ne sais pas ce que c’est qu’être dans la misère! et je ne veux pas généraliser .
    On est vraiment sur des terrains glissants..

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  14. Dominique sur 23 mars 2010 à 12 h 34 min

    Merci pour vos réactions, elles prouvent qu’au moins le sort des enfants roumains abandonnés ne laissent pas indifférent.
    C’est vrai qu’il est très difficile d’aider sans juger, en respectant toute l’histoire du pays et nous arrivons souvent avec plein de bonnes intentions sans réaliser que nous pouvons offenser. Effectivement ce n’est pas simple l’humanitaire !
    mais on ne peut pas, non plus, sous prétexte d’avoir peur de mal faire, ne rien faire. Je pense qu’il y a des actions humanitaires bien réfléchies et bien menées qui apportent beaucoup sur place, sans prétention, juste pour soulager. Mes enfants roumains en ont bénéficié et je remercie ceux qui, sont peut-être arrivés avec « leurs gros sabots de sauveurs » mais qui ont osé les prendre dans leurs bras , malgré leur état pitoyable….
    Pour réponse à l’un d’entre vous ( loin de moi l’envie de me glorifier) , je veux juste répondre à la question posée, mes enfants sont sortis de Roumanie, l’une à 8 ans , elle « crevait » dans un mouroir à 2 pas de Bucarest (elle avait l’allure de l’enfant sur la première photo du reportage de Sandrine…), l’autre à 4 ans , il avait lui la chance d’être dans un orphelinat de Constata pris en charge par une ONG , il était donc moins abîmé et mon dernier enfant est arrivé à 2 ans et demi totalement cassé, handicapé mental … Ils vont tous les 3 bien, même si les carences affectives ont laissé des traces ! ils sont aujourd’hui heureux, c’est tout !
    Depuis l’année 2000 l’adoption internationale en Roumanie est bloquée ( en raison de trafics d’enfants) et les orphelinats sont totalement engorgés.
    Pourquoi les autorités roumaines refusent de laisser partir ses enfants alors qu’elles ne peut subvenir à leurs besoins?
    Je sais que ce pays mettra du temps à se reconstruire (et il y a déjà de bonnes évolutions) mais cette nation subit de plein fouet la corruption… et là c’est un terrain vraiment pas facile. Tout se monnaie !

    Mais ne laissons pas tomber ces mômes qui se foutent des enjeux politiques, économiques et sociaux. Ils sont seulement la conséquence d’une dictature » communiste morte « depuis 20 ans et ça leur ai bien égal nos discussions sur l’éthique de l’ humanitaire, ils attendent une main tendue qui les sortira de cette misère . Alors si je peux aider encore , je le ferai.
    Amicalement à tous

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  15. Sandrine Monllor sur 23 mars 2010 à 2 h 06 min

    Franchement, je ne comprends pas ton expression « au petit bonheur la chance »? Je la trouve très péjorative, surtout quand on sait un peu quelle était la politique de natalité sous le règne de Ceaucescu et quels dégâts elle continue à faire, sans parler de l’accès aux soins ou à des services de santé) avec le coût et les autres difficultés qu’ils constituent… Pourquoi juger sous prétexte de ne pas comprendre ou de ne pas accepter des choix terribles qui nous touchent forcément, même de loin?

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  16. Marine sur 23 mars 2010 à 2 h 01 min

    Pour ceux qui habitent en Roumanie j’ai une question qui va peut-être vous sembler idiote.
    Sul les centaines et peut-être les milliers de mamans qui ont un jour confié leur enfant au « petit bonheur la chance » il n’y en a donc aucune qui, des années plus tard essayent de retrouver leur enfant ?
    Et dans ce cas comment s’y prennent-elles ?
    Internet est-il répandu ou bien seulement accessible à une minorité de gens aisés ?
    Ces enfants avaient souvent des frères et soeurs plus grand qui doivent se souvenir qu’ils ont un jeune frère dans la nature. Ne cherchent-ils jamais à le retrouver ?

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  17. Marine sur 22 mars 2010 à 21 h 32 min

    merci à Dominique et à Daniel pour vos témoignages pleins d’humanisme.
    Daniel on imagine combien il doit être décourageant pour un homme bien intentionné d’être suspecté de mauvaises intentions. Je ne sais pas depuis combien de temps vous êtes dans ce village roumain mais peut-^tre que la solution serait de tisser davantage de liens sociaux, de trouver le moyen de gagner la confiance des adultes qui, visiblement, n’ont pas encore assez confiance en vous. Ce qu’on peut retenir de positif dans cette regrettable expérience, c’est que les Roumain manifestent ici un réflexe de protection vis à vis de « leurs » enfants.
    Dominique on comprend et partage votre sentiment de révolte devant la souffrance des enfants qui pourrait être évitée. Car il semblerait bien que la cause de ces souffrances ne soit pas tant liée à la pauvreté qu’à l’ignorance. L’ignorance qui fait qu’un peuple reproduit le mode de penser et d’agir qu’il a toujours connu et ceci sans avoir la possibilité de s’ouvrir à une autre conception de ce qu’est l’enfant et donc plus largement l’être humain. En même temps il faut comprendre que pour un peuple il est particulièrement humiliant de voir débarquer chez lui des étrangers qui viennent leur démontrer qu’ils sont bien mauvais pour être incapable de s’occuper de leurs enfants. Comment réagirions-nous si une personne « bien pensante » venait subitement dans notre cuisine nous expliquer qu’il ne faut pas ranger les fourchettes dans ce tiroir et qu’il faut mettre davantage d’huile pour faire les oeufs aux plat?
    Je crois qu’elle nous agacerait à un point qu’on n’aurait pas envie de l’écouter.
    Il faut bien se rendre à l’évidence. Concernant la Roumanie cela fait à présent 20 ans quelle est envahie d’humanitaires qui ont « soigné des plaies » sans toutefois réussir à éradiquer la maladie. Ceci étant cela n’enlève rien à la grandeur des actions individuelles ou associatives qui sont faite, simplement ça devrait nous amener peut-être à revoir notre vision de l’humanitaire.
    Sandrine à raison quand elle dit ce que je reformule ici par : pltôt qu’agir pour les autres il faudrait amener les autres à agir pour eux-mêmes.
    Dominique tu as raison aussi quand tu dit ce que je reformule ici par : quand on voit un enfant qui a mal, l’urgence est de le soulager.
    Je crois qu’il faut un grand savoir faire, beaucoup de patience et d’humilité pour être efficace en profondeur quand il s’agit d’humanitaire. Mais entre rien faire et faire un peu, vous avez tous raison, qu’il faut choisir de faire un peu ! Et un peu, c’est parfois poser ce regard aimant sur un enfant, qui l’espace d’une seconde, va lui redonner l’espoir. Ce peu là il est énorme.
    Pour ce qui est de l’adoption, c’est une autre vaste question. Dominique, ils ont quel âge vos enfants ?

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