J’aimerais aujourd’hui encore parler de choses frivoles et légères (sanook)… des adjectifs qui siéent aux thaïs en général ; c’est ce qu’ils donnent à voir d’eux-mêmes en tout cas, ce qu’ils aiment proclamer avec une certaine fierté. Lorsque j’enseignais à Udon Thani, les professeurs m’avaient fait comprendre qu’il ne fallait pas espérer retenir la pleine attention de mes élèves plus de dix minutes consécutives. Créer des petits breaks, je savais faire, je n’avais qu’à essayer de parler avec l’accent isaan et c’était le fou rire assuré. Je ne vous dirai pas ce que j’ai dit un jour, en utilisant les mauvais tons… et puis si… je le dis quand même, vous avez droit, vous aussi, à un break, après toutes ces discussions sur la politique, les « chemises rouges », l’état d’urgence, la suppression des sites internet etc.… bref, j’ai voulu dire à mes élèves de Maw 5, Maw 6 (l’équivalent de première, terminale) : « Dans mon pays il neige ».
« Thee prathet farangset khong shan, mee hima tok », mais j’ai utilisé les mauvais tons et au lieu de parler de « neige qui tombe »(หิมะตก) j’ai dit : « vagin de chienne tombe » (หีหมาตก). J’en ai fait d’autres. Pas pires, mais suffisamment drôles pour que, l’année suivante, alors que j’enseignais bénévolement l’anglais à un groupe de refugiés Karen à Mae Sariang, des profs de l’école publique m’invitent quasiment chaque soir chez elles à diner. Il n’y avait pas grand-chose à faire a Mae Sariang et la compagnie chaleureuse de profs et de leur famille (en fait tout ce que la petite ville comptait de notables : police, directeur d’école, infirmière, directeur des eaux et forêts), me changeait de la solitude de ma guest-house où n’émettaient que des chaînes de télévision thaïes. Je me suis vite rendu compte que je « faisais le show » (une façon de payer mon dîner). Je remplaçais les programmes de télé et je devais même être plus drôle que certains « soap » au point que le patron de ma guest house , me voyant sortir chaque soir, me fasse remarquer : « Vous avez décidément beaucoup d’amis » Ce à quoi je répondais : « Des amis peut-être, des spectateurs, sûrement ». Je crois ne pas avoir raté un seul anniversaire du groupe durant les quelques mois passés dans cette charmante petite ville de montagne. (qui restera toujours dans mon cœur : à cause des Karens). L’anglais parlé par mes amis – généreux autant qu’intéressés – ne dépassait pas celui du niveau d’une sixième d’un collège d’une zone défavorisée en France (on dit comme ça, ou je suis politiquement incorrecte ?) D’où l’obligation de m’exprimer en thaï. J’ai même, à l’occasion, appris quelques mots de dialecte de cette région – différent de celui de Chiang Mai.
Karen Pwo, région Mae Sariang
Mais on ne m’a pas appris certains mots comme : « unité » (samakkhi), paix et ordre (khwaam sagnop rieproi), des mots revendiqués par les généraux pour justifier leurs « coups ». On était en 2004 et la constitution de 1997 n’avait pas encore été changée pour devenir celle de 2007 avec son « Internal Security Act », qui donnerait (selon Chang Noi) « de considérables pouvoirs au chef de l’armée. Qui serait même – sur beaucoup de points – plus puissant que le Premier Ministre, et n’aurait pas à répondre réellement de ses actes à quiconque. Une sorte d’état au-dessus de l’état. (Traduit littéralement de « jungle book, Thailand’s politics 1996 – 2008)
J’ai parlé de politique ? Ça m’a échappé.

Ma bicyclette rouge a Mae Sariang
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