Torrent de feu – Oscar Cerruto

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Dans cet unique roman, Oscar Cerruto qui est habituellement plus familier de la poésie, fait un large portrait de la Bolivie dans les années trente. Et, pour dresser ce portrait au vitriol, il promène son héros, Mauricio, fils d’un propriétaire blanc de l’Altiplano, sur les différents théâtres où se jouent l’avenir de la nation et de la société boliviennes.

Dans le premier épisode, il nous montre Mauricio, encore jeune étudiant, dans la ferme familiale gérée par une tante autoritaire, après le décès de son père, avec l’appui d’un  régisseur « cholo » (métisse) qui fouette les indiens sans raison particulière. Lors de ce séjour, il découvre l’amour et les premiers émois de la chair dans une vie nonchalante et oisive, mondaine mais meublée de vives discussions sur la façon dont sont traités les indiens et sur le comportement des « criollos » (les descendants des colons blancs qui ont pris la terre des indiens en les obligeant à l’exploiter pour leur propre compte). Une controverse, digne de la « dispute de Valladolid », éclate alors sur la capacité des indiens à intégrer le progrès technique et sur l’utilité de celui-ci pour eux. Mauricio prend la parti des indiens qu’il a déjà défendu sous le fouet du régisseur, et s’élève contre le pouvoir autoritaire et raciste de la classe au pouvoir.

Agressé par le Paraguay dans le Chaco, la Bolivie qui pense être un grand pays affaibli par son éloignement de la mer et la malveillance de ses voisins, se lance dans une guerre hasardeuse et Mauricio, dans un élan de patriotisme, s’engage pour  le front. Mais, comme il appartient à une grande famille de La Paz, il est affecté, par des supérieurs bienveillants, sur l’Altiplano par où il découvre la rude vie des militaires en campagne. Habilement, l’auteur le fait correspondre avec un ami qui lui raconte  la dure guerre du Chaco dans des récits dignes de Barbusse ou de Remarque où il expose la violence des combats, la futilité de cette guerre et l’imbécilité de ce conflit dont l’enjeu n’est pas très clair. Si Mauricio échappe à la guerre du Chaco, il doit, avec son armée, faire face à la révolte des indiens maltraités par les soudards en campagne : viol des femmes, destruction des fermes et des récoltes, pillage, etc…

Les indiens soumis, résignés et  apathiques n’ont jamais été vaincus, ils ont toujours conservé leur dignité et restent toujours prêts pour se mobiliser quand l’occupant dépasse les bornes. C’est donc avec une grande détermination, beaucoup de ruse et une grande vaillance qu’ils se lancent dans cette révolte qui n’est matée qu’après de rudes combats qui font de nombreuses victimes dans les deux camps. Pour l’exemple, les chefs militaires veulent faire fusiller tous les meneurs de cette lutte mais la troupe s’oppose à cette exécution et Mauricio, impliqué dans cette mutinerie, doit fuir et déserter pour ne pas être condamné à mort.

Il trouve refuge dans la grande mine d’étain d’Espiritu Santo où il découvre un monde que même Zola n’aurait pas imaginé – « dans les mines venaient se cacher l’assassin, le voleur qui avait raté son coup, le magouilleur politique dont le dernier exploit avait fait trop de bruit et qui préfère s’éclipser pendant un bout de temps, ratés que la vie a piétinés, déserteur du monde » – et l’engagement dans la lutte syndicale et politique aux côté des communistes. Et, quand une galerie s’effondre emprisonnant plusieurs dizaines de mineurs, et que la direction décide d’arrêter les recherches alors que certains emmurés sont à proximité des sauveteurs, l’émeute éclate, les mineurs envahissent la ville et c’est une nouvelle répression qui s’annonce…

A travers ce condensé des violences de l’histoire bolivienne : conquête espagnole, appropriation des terres par les colons, exploitation des indiens, guerres, soulèvements, émeutes, mutineries, … Oscar Cerruto se présente comme un précurseur de toutes les luttes qui meubleront la vie politique et sociale de la Bolivie et plus largement de l’Amérique du Sud au cours de la seconde moitié su vingtième siècle.

Ce livre, même s’il est parfois un peu emphatique, est un appel à la révolte contre les injustices et les maltraitances et à la révolution contre le pouvoir en place complètement corrompu, incompétent et cupide. « Il n’y a donc pas de justice si loin. La justice, ça n’existe pas ! La justice, c’est ici-bas qu’il faudra la faire, il faudra la faire… » Comme, il a été rédigé entre 1932 et 1935, il n’est pas étonnant que ce texte résonne comme un appel à l’instauration du communisme dans ce pays où une petite partie de la population descendant des colons exploite, sans vergogne aucune et même avec une réelle violence,  la majorité de la population autochtone, brisant et détruisant sa culture, son histoire, sa civilisation, ses croyances et ses rites. Ce roman doit être évidemment rapproché de celui d’Alcides Arguedas qui évoque également le sort des indiens de l’Altiplano mais Arguedas s’installe dans le camp des indiens alors que Cerruto campe dans du côté des criollos. Et, seul Arguedas, nous invitera à la découverte des majestueux paysages de l’Altiplano andin.

«Vous connaissez mieux que personne l’esclavage dégradant dans lequel on force l’indien à vivre sans que pour autant ceux-là mêmes qui le ponctionnent n’accordent à son existence la moindre considération. »

 

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Retraité depuis juin 2007, je suis un dirigeant sportif très impliqué mais surtout un passionné des littératures du monde. "La littérature pour passion, le sport pour engagement" De formation historienne, maîtrise, que je n'ai jamais utilisée dans mon job que j'ai exercé pendant plus de 33 ans dans une institution qui se préoccupe de l'économie et de la vie des entreprises.

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