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Autoroute en Slovénie ; la vignette imposée aux touristes est un racket!


La vignette d’autoroute en Slovénie imposée pour accéder aux autoroutes et aux voies express serait-elle une forme de racket organisé par la Slovénie ? La Slovénie soumet effectivement les touristes au paiement d’une taxe de 15€ (pour une semaine) pour emprunter parfois quelques kilomètres de route quand on souhaite aller en Croatie par l’Italie. Beaucoup pensent que cette vignette ressemble à du vol et il faut dire que quand on est arrêté par les services de surveillance de la DARS et obligé de payer une amende de 150 euros sur le champ, la « vinjeta » autorisant à voyager et circuler en Slovénie a de quoi laisser de mauvais souvenirs.

Mésaventure sur l’autoroute en Slovénie : satanée vignette!

Il faut savoir interrompre ses vacances quand l’Europe, ou du moins l’une de ses libertés fondamentales, celle de la libre circulation, est menacée par des bandits de grand chemin qui n’hésitent pas à rançonner les voyageurs. La mésaventure qui m’est arrivée n’est pas isolée, loin de là. Si l’on en croit les forums de voyage et Tweeter, je ne suis pas le premier à être tombé dans la méchante nasse slovène et allégé de 150 € (je râle, je râle, mais je risquais jusqu’à 800 € d’amende, si, si) (lire aussi la chronique de François Adoue dans le Cercle-les Echos).

 Innocemment, j’ai, en effet, décidé de passer mes vacances en Croatie, en Serbie et en Bosnie-Herzégovine. Un diplomate de la Commission qui a été en poste dans ces contrées m’a incité à ne pas me rendre à Zagreb en avion puis à louer une voiture : « tu risques de te faire casser ta bagnole si tu circules avec une plaque croate en Serbie et en Bosnie ou avec une plaque serbe en Croatie ou en Bosnie et réciproquement. Mieux vaut circuler dans la région avec une plaque française, là pas de problème ». Donc voyage en voiture à travers l’Allemagne, l’Autriche et la Slovénie. L’occasion aussi de se balader en Bavière, dans la région de Salzbourg et à Ljubljana en passant par Bled (je conseille, c’est magique tous ces lieux trop ignorés des Français).

Tout cela pour dire que l’objet principal de mon voyage n’étant ni l’Allemagne, ni l’Autriche, ni la Slovénie, je n’ai pas particulièrement potassé leur code de la route et leur code pénal (hélas difficilement disponibles en français). J’aurais dû. En entrant en Autriche, je n’ai pas fait attention aux panneaux rédigés uniquement en allemand indiquant quelque chose. Mais comme la frontière a disparu, grâce à Schengen, on ne s’arrête plus et on ralentit à peine. Vaguement vu, aussitôt oublié. À l’entrée en Slovénie, un panneau aussi, mais en slovène et en plus petit. À la sortie du tunnel qui relie l’Autriche à la Slovénie, un immense poste-frontière période communiste désaffecté (la Slovénie est dans l’UE, Schengen et la zone euro) suivi d’un péage. Là, on s’arrête pour payer l’usage dudit tunnel (6 €) et l’on continue sa route.vignette autoroute slovene

On remarque bien ensuite des « péages » réguliers, mais les voitures sont autorisées à passer sans qu’on leur demande de payer quoi que ce soit (il n’y a pas de barrière, mais des caméras). Comme on demande aux camions de plus de 3,5 tonnes d’emprunter des bandes dédiées pour s’acquitter à chaque fois d’un péage, on pense que les péages sont uniquement réservés auxdits camions. Ensuite, quand vous sortez de l’autoroute et que vous y entrez à nouveau, aucun panneau ne vous indique quoi que ce soit.

autoroute en slovenie

Une amende de 150 euros pour défaut de la vignette autoroute en Slovénie !

Vinjeta vignette autoroute en slovénieTout se passe bien jusqu’à la frontière Slovénie/Croatie. Là, des agents en uniforme de la DARS inspectent les voitures. L’un d’eux m’arrête et me demande, en slovène, les papiers de la voiture et mon passeport. Croyant à un contrôle de routine, je lui tends l’ensemble des documents. Il passe alors à l’anglais et me demande où est ma « vignette ». Je lui montre ma vignette d’assurance. Non, non, la « vignette ». Il me fait ranger sur le côté et m’explique que j’aurais dû acheter une vignette à la frontière avant d’emprunter les routes slovènes. Je tombe des nues. Il me montre un panneau de l’autre côté de la route destiné à ceux qui entrent dans son beau pays et qui, tout comme ceux que j’ai vus du côté de la frontière autrichienne, est incompréhensible. Je le lui dis, mais celui que je prends pour un policier — et qui s’avèrera en fait être un employé d’une compagnie privée chargée d’une délégation de service public – me dit que je dois payer immédiatement une amende de 150 € pour ne pas avoir acheté cette fameuse vignette de 15 €.

J’ai beau lui expliquer qu’il est impossible de deviner quoi que ce soit en regardant ces panneaux (le symbole des pièces et billets est au-dessus des camions), que tout est en slovène, une langue parlée par deux millions de personnes toutes mouillées, que c’est du racket, il ne veut rien entendre. Il m’explique que si je continue à lui faire perdre son temps, ça va me couter 300 € voire 800 € (je n’ai pas compris dans quels cas). Je peux payer en liquide ou en carte de crédit, tout est prêt pour délester le touriste naïf. Pour me montrer que je suis de mauvaise foi, l’homme sort alors un épais document : ce sont des photocopies de photos… des fameux panneaux (manifestement pris à toutes les frontières) indiquant, en slovène, que l’on doit payer une vignette. Ce document ridicule est la preuve que je ne suis pas le seul à être tombé dans le panneau, si vous me permettez ce jeu de mots. À ce moment se produit un miracle : le succédané de policier me tend une documentation entièrement rédigée en français sur la vignette et les amendes ! Les panneaux sont en slovène, mais on a droit à l’amende dans sa langue (mais je vous rassure, l’amende est en slovène (j’ai signé sans moufter pour pouvoir repartir) et la contestation de l’amende doit être rédigée en slovène et envoyée dans la semaine, on n’est jamais trop prudent).

Mieux vaut obtempérer face aux agents de la DARS !

vignette slovene mode d'emploiLa lecture de cette documentation en français est fascinante : on apprend que la vignette, instaurée en 2008, doit être achetée en franchissant la frontière (je n’ai toujours pas compris où on l’achète, car je n’ai vu aucune cabine de vente) et AVANT de franchir le péage. Si on s’aperçoit de son erreur APRES, l’amende de 150 € est due (l’infraction est instantanée et aucun élément intentionnel n’est requis). Si on ne paye pas tout de suite, l’agent peut saisir tous vos papiers, passeport compris, et immobiliser immédiatement votre véhicule (à pied la famille). Si la vignette est installée à droite du pare-brise, l’amende est aussi due : elle doit être à gauche (oui, oui, c’est la loi et vous êtes un parfait crétin étranger et pas slovénophone pour un sou si vous l’ignorez).

Il est clair qu’aucun Slovène ne paiera jamais cette amende : seuls les étrangers de passage qui ont le malheur de ne pas comprendre le slovène seront taxés s’ils se font prendre (les agents privés slovènes ne sont pas postés par hasard à la frontière entre la Slovénie et la Croatie : cette dernière n’étant pas encore dans l’espace Schengen, le contrôle des papiers d’identité impose une halte). Surtout, une fois franchie la frontière, vous ne serez plus jamais averti de l’obligation de détenir une vignette : ainsi au péage tunnelier, qui s’ajoute au paiement de la vignette, l’employé ne nous a fait aucune remarque sur l’absence du précieux sésame. Les panneaux sont uniquement aux frontières.

Seuls les étrangers de passage se feront donc rançonner. Le système est d’autant plus fou qu’une simple barrière aux « péages » et une machine automatique permettrait à chacun de s’acquitter de la vignette de 15 € : les installations existent, il suffit de les modifier. Là, tout est fait, comme en Autriche, pour que ne sachiez pas que vous violez une loi dont vous ignorez tout. En France, par exemple, personne ne peut franchir une barrière de péage sans payer.

Certains internautes (car j’ai twitté ma mésaventure) m’ont fait remarquer que je n’avais qu’à regarder sur le net avant de partir. Pourquoi dans ce cas ne pas supprimer les panneaux de limitation de vitesse sur les routes (ça coûte très cher les panneaux) en expliquant que chacun doit consulter le net et posséder un GPS… Nul n’est censé ignorer la loi, mais il y a des limites. D’autant que 150 € dans un pays où le niveau de vie est singulièrement plus bas qu’en France, c’est une sacrée amende. Ne parlons même pas de 300 ou de 800 €. On est donc face à un vrai racket d’État.

dars verification autoroute sloveneLes Slovènes, en prévoyant un système particulier pour les camions de plus de 3,5 tonnes, c’est-à-dire ceux transportant des marchandises, en ont manifestement parfaitement conscience. Car s’attaquer à des entreprises qui ont les moyens de se faire entendre, c’est autre chose que de rançonner un touriste de passage qui renoncera à coup sûr à faire appel aux services d’un avocat slovène : il jurera simplement qu’on ne l’y reprendra plus, même s’il doit amputer une partie de ses vacances à cause de l’État slovène (encore une fois, 150 €, c’est une grosse somme, et ne parlons pas de 300 € ou de 800 €).

Comme par hasard, en dehors de l’Autriche, ce sont des pays d’Europe de l’Est, dont les besoins de liquidités sont connus, qui ont mis en place ce système de vignette invisible : Bulgarie, Tchéquie, Hongrie, Roumanie, Slovaquie et bien sûr Slovénie. La Commission, gardienne des traités, s’est inquiété de cette situation qui constitue manifestement une entrave à la libre circulation des non-résidents : l’Union s’est justement faite pour éviter qu’un non-résident européen soit traité différemment d’un résident. Le 14 mai 2012 (merci @les_piles), elle a ainsi publié des « orientations » afin que « les systèmes de tarification routière ne désavantagent pas les automobilistes étrangers ». Pour le vice-président Siim Kallas chargé des transports, « la non-discrimination est un droit fondamental dans le système juridique de l’UE. Cela devrait être aussi facile pour un Français ou pour un Britannique de traverser la Slovénie (tiens, tiens, NDA) ou la Belgique en voiture que pour un automobiliste résident. Les systèmes de tarification routière doivent être transparents et équitables pour tous ». Parmi les « orientations », celle-ci nous intéresse particulièrement : « les non-résidents devraient pouvoir accéder facilement à des informations claires concernant les redevances d’utilisation. Ils devraient bénéficier d’un éventail de possibilités pour payer leur redevance, que ce soit dans des postes d’accès facile à la frontière, par téléphone ou internet. Les contrôles ne devraient pas être concentrés uniquement dans les zones frontalières ». En clair, la vignette est tout ce qu’il y a de plus légal (ce que je ne conteste absolument pas), mais il ne doit pas s’agir d’un traquenard comme en Autriche et en Slovénie.

Mais la Commission est bonne fille avec les États dès lors qu’ils s’en prennent aux citoyens (on rigole moins avec les marchandises et les capitaux à Bruxelles).  Le 27 février dernier, elle a ainsi écarté une pétition d’un ressortissant italien reçue par le Parlement européen (merci encore @les_piles). Celui-ci expliquait qu’à « la frontière italo-slovène de Trieste, l’obligation de payer un péage autoroutier (…) n’est pas indiquée clairement. Ainsi de nombreux automobilistes, ignorant cette obligation, courent le risque d’être arrêtés par la police slovène et contraints de payer immédiatement une amende de 150 € ». Mais le fonctionnaire de la Commission, qui n’a manifestement jamais mis les roues en Slovénie, affirme que « d’après les informations dont dispose la Commission, les informations relatives à l’obligation d’acheter une vignette sont disponibles aux frontières slovènes ». Siim, je suis prêt à faire le voyage avec toi pour te montrer les méthodes moyen-âgeuses des coupeurs de route slovènes.

 

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A propos de l'auteur

Je couvre l’actualité européenne pour Libération depuis septembre 1990, d’abord comme responsable du défunt cahier « Europe » -un supplément hebdomadaire de huit pages consacré à la construction communautaire- puis comme correspondant auprès de l’Union. Avant cela, je me suis occupé, au sein du service société du même journal, des questions d’immigration mais aussi, plus largement, de tout ce qui touchait, de près ou de loin, au droit. J’ai écrit mes premiers papiers pour Libé en 1984. Je suis venu au journalisme tardivement, au hasard d’une rencontre : jusque-là, après des études de droit (spécialisation en droit international privé et droit européen), j’enseignais comme « chargé de travaux dirigés » à la faculté de droit (essentiellement à Paris X-Nanterre) et travaillais dans un cabinet d’avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation. Autant dire une formation qui ne me destinait pas directement à la profession, mais qui montre au moins une constance dans mes sujets d’intérêt... _________________________________________ http://bruxelles.blogs.liberation.fr

11 commentaires

  1. Fuye on

    Bonjour,

    Ce n’est seulement à Slovénie qu’il y a de raquette de ce genre. Il y en a partout. Donc il faut attendre à ce genre de « savoir faire »

  2. Sandrine Monllor on

    Tout à fait d’accord Barbara Hunt Vodopivec… Les petites routes en Slovénie sont très jolies, et l’autoroute ne coûte « que » 15 euros pour une semaine, à volonté finalement alors qu’en France on parcourt 150€ pour le même prix! Je crois que ceux qui s’en plaignent le plus sont vraiment ceux qui vont en Croatie et ne doivent parcourir que quelques km. Ils trouvent normal de ne pas s’informer auparavant et de se plaindre ensuite…

  3. Jean-Luc Free on

    Bien sûr je suis d’accord avec ça et personnellement je préférerais les routes « de campagne ».
    Ce que je voulais dire, c’est que si les modalités d’achat de cette vignette (légitime en soi) ne sont pas claires pour le « transitaire », celui-ci se verra imposer un montant hors de proportion. Et il faut espérer que, de fait, les autorités ne font pas en sorte que ce soit l’amende qui devienne la norme.

  4. Barbara Hunt Vodopivec on

    Jean Luc, il y en a. Vous pouvez toujours passer par les petites routes aussi. Avec gps c’est facile et vous allez decouvrir aussi les petits coins du pays 🙂 Sinon, la vignette vous coute 15 eur, quand en France ou en Italie vous payez beaucoup plus pour rouler sur les autoroutes.

  5. Jean-Luc Free on

    Ce qui est pernicieux c’est de ne pas laisser clairement à l’automobiliste l’opportunité d’acquérir la fameuse vignette à son prix nominal.
    Ou bien, faire comme en France, afficher « attention, dernière sortie avant péage ».

  6. Grain de blé on

    moi je remercie vivement mon co-équipier de route qui prépare le côté un peu plus technique de nos voyages en se renseignant « avant » nos départs : nous avions acheté les vignettes autrichiennes et slovènes sur le net avant de partir et no soucis !
    par contre je me souviens avoir vu pas mal d’infos sur les autoroutes sur ces fameuses vignettes avant les passages frontières (et je ne parle ni slovène ni allemand…)
    et … je comprends un peu mieux les deux heures pour passer de la Slovénie à la Croatie sous 37°… c’est leur « filtre »

  7. Gapion Daniel on

    Certes à vous lire vous êtes en colère mais je ne partage pas vos réactions. Pour voyager en Europe, j’y voyage et beaucou et meme énormément il y a 10% pire. Certes sa fait pas plaisir de se faire attraper mais avec un minimum d’attention et de recherches il est facile de respecter cette obligation en Slovénie. Oui le raquet ou la corruption existe en Europe mais il y a 10 fois pire que votre négligence car avec un minimum de recherche on sait qu’il faut une vignette en Slovénie pour circuler sur les autoroutes?. La France n’est du reste pas en arrière sur ce point et certaines pratiques y sont déplorables car alors à combien de place on ne retrouve des PV que sur les voitures des touristes. Pour certaines polices Municipales c’est une institution et aussi dans des villages touristiques. Pour la corruption, la Pologne, dans les zones rurales , c’est encore une institution. Je ne parle pas de l’Ukraine, hors Europe mais aux portes où sa commence déjà à la frontière. Et au Portugal, il n’y a plus de barrière, on vous photographie comme avec les radar et vous recevez à la maison et rien ne vous annonce les payages aux entrées d’autoroutes. Non je comprends votre réaction humaine mais je vous trouve excessive dans cette situation car l’automobiliste est une vache à lait dans la quasi totalité des pays. Je n’entre pas dans le sujet des villes vertes à payages car alors là il y a à redire dans certains pays nordiques et c’est partout des lois régionales différentes impossible à connaître. Conclusion avant de partir on se renseigne et on trouve facilement auprès des clubs d’automobilistes, sur la toile, dans les offres touristiques les directives à respecter. Sans rancune et bon voyage. Je vous laisse car je reprends la route.

  8. Sandrine Monllor on

    Je ne pense pas que le racket soit considéré de la même façon selon les situations, mais je trouve parfois les voyageurs abusifs dans leurs réactions sur cette question… Malgré tout, je partage le sentiment de mauvaise information des voyageurs étrangers à propos de cette vignette et de la dureté de la sanction qui est infligée pour le défaut de vignette, ainsi que l’autorisation donnée à une agence privée la DARS, de gérer les autoroutes construites avec l’argent public et les fonds européens.

    Disons que la Slovénie abuse en empêchant d’aller en Croatie sans emprunter l’autoroute du moment qu’on ne sort pas de l’autoroute en Italie et les agents de la dars attendent pour faire payer les 150€ à tous ceux qui n’ont pas la vignette sur la voie express transformée comme tel pour obliger les touristes à acheter car la Slovénie est frustrée évidemment de n’être qu’un pays de transit où les touristes dont profite la Croatie passent 5 min sur une voie express et abiment malgré tout les routes.

    En France tu peux en conscience emprunter ou pas l’autoroute : rien ne t’oblige à le faire et bien que je déplore les prix abusifs et que je troquerais bien le péage pour la vignette slovène qui permet finalement de circuler à volonté, je pense qu’il y a eu une pratique limite de la Slovénie…

  9. Frédéric Lossignol on

    Et en France, le racket routier par l’Etat et sa « securtié routière pompe à fric » est à mon avis bien pire.

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