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Contradictions visibles et dérangeantes

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Se faire tout petit, humble, être invisible, presque transparent tant l’impression d’être « voyeur » vous submerge. Pas facile. Alors rester immobile. Quelque part. N’ importe où mais à l’ombre. Parce qu’il fait très chaud. Et laisser passer le flot des passants qui vivent leur vie de tous les jours, leur vie de ce dimanche. Odeurs acres un peu écœurantes. Qui sommes-nous, nouveaux envahisseurs de la planète avec nos appareils photos qui avons les moyens – même si de plus en plus modestes en général – d’être curieux. C’est un luxe d’être curieux. Et curieuse  je le suis, quitte à contredire quelques principes cités plus haut. Sur l’invisibilité nécessaire.

Le Myanmar ? Le pays où les vieux routards ne se sentent pas vieux, car rien n’a changé depuis les années 70. Depuis mes années vagabondes, lorsque trop vite éblouie je déboulais de Malaisie à  Sumatra, de Singapour à  Bornéo. Lac Toba ? Pollué. Red light district de Singapour ? Centre d’affaires. Klongs pour languissante Emmanuelle ? Du béton, du béton, du béton aujourd’hui.

Advertising _2009

La Birmanie ou le Myanmar, J’ai du mal à m’y faire. La capitale Rangoon ou Yangon ? Non, Naypidaw… pour l’élite gouvernante.

Et en parlant d’élite… je ne sais pas si j’aime les extrêmes mais j’aime me promener aux antipodes de ce spectre parce que « moyen » ici ?? . Elite oui, adeptes du buffet du « Traders Hotel » le dimanche. Elite en longyi, élite bedonnante, traditionnelle dans le costume, conservatrice et dans son bon droit dans l’exercice de son pouvoir, de sa suprématie. Elle est chez elle dans ce restaurant où elle domine en nombre et pas mixte du tout ou alors chinoise-birmane. Pas farang birmane. Il n’y’a pas d’égout dehors, mais ici le vin coule à flot, en tout cas à volonté. ! 17 dollars pour un repas. Quel est le salaire moyen d’un birman ? Mon hôtel, lui, est moyen, « Panorama » si l’on considère que la vue sur une autoroute et un parking sont panoramiques. Moyen en prix… mais là encore ca dépend pour qui. De 37 à 80 dollars en quelques semaines. Ce matin au petit déjeuner j’y entends parler une langue qui n’est ni du chinois ni du thaï, mais un mélange des deux… du yunnanais peut-être, terre des ancêtres des thaïs ?

Bon appetit _1993

Discrète je me fais ici aussi, au « Traders » (ben oui, dans le lobby seul endroit où j’ai enfin trouvé la possibilité d’utiliser mon ordi, à condition de consommer pour 5 dollars mini…) Je n’y suis pas plus à l’aise que dans les tea-shop de la rue, assise au ras du sol, dans les détritus aux odeurs acres de pourriture et d’urine, et d’éclats de crachats rouges de bétel. C’est peut-être ça qui éblouit le touriste moyen… cette pauvreté souriante, cette admiration pour ce qui n’existe plus ailleurs et qu’au fond on regrette consciemment ou non, La Birmanie pauvre et souriante. La Birmanie authentique en train de se faire acheter par les magnats de la planète avides d’étendre leur business aux revenus sans limite.

Chacun de mes pas dans la rue est une victoire sur un trou évité, une plaque mal scellée sur laquelle je manque m’étaler… Est-ce que les élites sourient au  « Traders » ? Elles rigolent en famille, c’est dimanche. Sur des tables rondes et chinoises par leur capacité à recevoir 6,8 12 personnes.

Communaute Chin_2004

Sur mon chemin, une église décrépie, délabrée, comme tout le reste. Des enfants jouent sous le portique. Spontanément on vient me parler, j’ai l’œil inquisiteur. La majorité des participants à l’office chrétien sont de l’ethnie Chin. Les officiants chantent, clament joyeusement, sont applaudis, apprennent à chanter « Amen » à  la foule compacte et attentive après le « Ite Misa Est ».  Ça marche. Non, seulement ça marche, mais ces « amen »  sont harmonieux. Des paniers circulent. De l’argent pour les pauvres. Quoi ! Il y a encore plus pauvre ! Ca me plaît de jouer les candides, je les ai vus dans la rue cette nuit les plus pauvres.

Un money-changeur me piste. « Tu as des dollars, des euros ? » « Pas maintenant, mais c’est combien le change ? » « 850 kyats pour 1 dollar » L’agence hier soir m’a fait 810 le dollar. Il insiste, je répète «  Pas encore, plus tard » « Tu veux combien ? 875 ? Dis ton chiffre »

Rue de rangoon _1991

Au « Traders » on ne paye pas en kyats mais en dollars, Directement sinon faudrait des liasses. Pays double. Pays trouble. Moi aussi je me sens double et troublée. Et je n’ai pas pour le Myanmar  les yeux de Chimène pour Rodrigue, mon œil s’est trop exercé ailleurs pour ne voir que l’exotisme sympa de ce pays. J’aime de moins en moins le mot. « Habitants charmants » décrivent les guides. Qu’est-ce que ça veut dire au juste « charmant » ? Habitants habitués à supporter, à laisser couler parce que à quoi bon se battre ? Jusqu’à ce que les marchands du monde délocalisent leurs usines de Chine et les rapatrient ici où les salaires seront sûrement moins élevés que ceux des chinois qui commencent à « réclamer ». Ils seront plus heureux alors ?

Je ne sais plus si j’ai bien fait de venir, car je ne me sens pas touriste et pourtant j’en suis une. Je ne me veux pas voyeuse et pourtant je le suis. Je n’ai pas de rôle journalistique mais je joue la reporter. Je me sens libre dans un pays qui va devoir apprendre à l’être mais qui se fera bouffer par les prospecteurs en tout genre et le tourisme de masse et son rouleau compresseur persuade qu’il détient la vérité multiculturelle et son droit à tout dire. Du moins le croit-il, Jusqu’à ce que d’autres ogres imposent d’autres lois, d’autres interdits. Nous nous croyons des maitres. Nous ne sommes que les esclaves de nos besoins,

Dans 10 ans, dans 20 ans, les birmans s’achèteront des voitures mais on aura pillé leur pétrole,

Ouah ! l’effet Myanmar, ce n’est pas tout le monde il est beau et gentil, ou le pays le plus souriant de la planète. J’ai entendu des rires qui se terminaient en ricanements désespérés, ou en fêlures proches de la folie. C’est une remise en question de mes valeurs, de la vacuité de la vie matérielle, de la nécessite d’autre chose, mais quoi ?

Là-dessus je m’en vais faire quelques offrandes à la pagode. Ça ne me réconciliera pas avec le Lord Jésus des Chin, mais ça apaisera tous mes questionnements, Provisoirement. Peut-être pas la Shwedagon, mais la Sule. « Kyaik atnok » (qui content un cheveu de bouddha), à  500 mètres de mon panoramique hotel.  Pagode-borne à partir de laquelle sont calculées toutes les adresses du quartier nord. Et pour moi ? Besoin de point de repère également et sans doute aussi d’une borne.

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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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