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Danser sous les cendres d’un volcan

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En attendant la Révolution de Juillet, quelques uns ont créé l’expression célèbre : « Danser sur un volcan. »

Il y a eu plusieurs entre guerres fameux où les bals ont prospéré. Les opérettes et les valses viennoises, ou celles d’Offenbach ont rejoint dans nos discothèques « Le bœuf sur le toit », cabaret et oeuvre de Darius Milhaud, le Boléro et la Valse de Ravel, en nous laissant redécouvrir et confronter ce que les musiques magiques, tout à la fois oublieuses de la misère et prémonitoires de boucheries insensées, avaient masqué.


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Depuis début avril je n’ai plus rien écrit : plus d’articles pour Le Jeudi. Celui qui vient de paraître date de la fin du mois de janvier. Il a attendu avec son monde de théâtres baroques dans un tiroir. Plus de mot, même jeté à la hâte dans ce blog. Plus rien !

Bien entendu je peux donner de bonnes raisons. Entre temps sont advenus le jury du Prix du Partage Citoyen, le Forum de Delphes, deux séjours à Bucarest, plusieurs rencontres avec des parlementaires luxembourgeois et européens, un Conseil d’Orientation des itinéraires culturels et un Comité Directeur de la Culture à Strasbourg, un séminaire à Lucca, deux rencontres de l’Union de la Méditerranée à l’Elysée, l’ouverture de l’antenne de l’Institut des Itinéraires culturels à Sibiu, une conférence à l’Université de Lugano, deux brefs passages à Paris, une réunion des vignobles dans la Maremma toscane, un aller et retour à Bruxelles et un autre à Reims, hier.

Une énumération surréaliste et qui ne concerne cependant uniquement que les voyages. Un catalogue de l’absurde !

Et durant ces parcours en avion, en train, en voiture, en autobus, dans les instants consacrés à scruter le ciel et à attendre les cendres des augures et celles que nous pourrions verser sur nos têtes en signe de deuil, nos hommes de confiance ont continué à jouer au baccarat et à la roulette.

Hier, les extrêmes flamingants ont réuni des électeurs qui rêvent d’indépendance et de réécrire une histoire née du temps de la Monarchie de Juillet. D’autres électeurs, aux Pays-Bas, quelques jours auparavant, ont accepté de dire que les étrangers qui les entourent sont des citoyens « en trop ».

Quelques semaines auparavant, des électeurs hongrois ont demandé à un ancien premier ministre nationaliste de revenir et, depuis, les Hongrois de Slovaquie pensent aux temps qui ont précédé le Traité de Trianon. Mais cette même Hongrie, comme la Roumanie voisine, et la Grèce un peu plus loin, parrainant dans son désarroi le Portugal et l’Espagne, fait trembler les concepteurs d’une monnaie unique.

Le ballet sur un fil d’acrobate des deux leaders français et allemand fait s’écrier de peur les spectateurs qui aiment qu’au cirque on puisse éprouver des émotions. Et en un week-end, l’Europe des défilés a scandé les mêmes cris d’injustice dans les rues italiennes, anglaises, allemandes ou portugaises.

Qui danse vraiment ?

Et tout cela a gâché mes mots ou découragé le moment de se pencher sur la richesse imaginaire du monde.

Pourtant en traversant hier l’espace des champs de bataille, de Luxembourg à Reims, en accumulant les traces de batailles enfouies : de Verdun, de Valmy ou de Gravelotte, le soleil faisait vibrer des champs dont la tendresse est encore pleine, comme une jeunesse en attente.

Ce plus beau moment de l’année, symétrique de celui où la lumière verte vient de découvrir la naissance de l’automne, était pleinement offert. Et les oiseaux le disaient aussi.

Il y a eu aussi, durant ces longues semaines, de la tendresse et de l’amour ; malgré tout, volés à mes enfants et à ma compagne. Il y a eu de belles rencontres.

J’attends encore, malgré tout ce temps perdu, de parler du dessinateur et caricaturiste Mihai Stanescu. Je voudrais dire aussi une sorte de remerciements un peu gauche à tous ceux qui m’ont accompagné un moment en sortant des termes convenus et aux auteurs dont je n’ai pas encore parlé : Robert Littell et Soadig Aaron, Stefan Zweig et Norman Manea. Tant d’autres, et des musiciens dont j’ai fracturé les émotions.

Allons, il n’est que temps d’écrire.

Dessin : Frigaruie, Mihai Stanescu.



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A propos de l'auteur

Plus d’une centaine de milliers de kilomètres par an à travers l’Europe. Plus d’une vingtaine d’années à ce rythme. Et le temps venu d’en proposer le parcours. Mémoire individuelle. Mémoire partagée avec des habitants inconnus, rapidement connus, et parfois des amis. Lieux de mémoire dont on nous impose la lecture. Lieux intimes dont la mémoire est simplement recouverte d’une gaze. Plus d’une vingtaine d’années de mémoire. _____________________________________________________ Découvrir le blog : Mémoire d'Europe

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