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Des sacs de sable et des frontières culturelles

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Quand les eaux se seront retirées et auront rejoint le Golfe de Siam, en ayant – non pas nettoyé les avenues, les soïs et les maisons –  mais en les ayant souillés de leurs eaux sales, puantes, fétides, charriant toutes sortes de bestioles et de germes, qu’adviendra-t-il des millions de sacs de sable qui ont servi de protection ou de barrières contre les courants ? Pensez-vous que ceux qui les ont livrés viendront les rechercher ces barrages qui ont joué le rôle de digues, de frontières entre ce qui pouvait être inondé et ce qui ne devait pas l’être ?

 Erigés pour protéger Bangkok, ils ont parfois bloqué d’énormes poches d’eau. En épargnant la partie basse de la ville (celle qui se trouve au-dessous du niveau de la mer), les officiels ont « sacrifié » les faubourgs du nord et du nord-est au profit du cœur de la capitale (pour ne pas décourager les investisseurs, pour restaurer la confiance auprès des touristes. Rassurez-vous touristes moyens Khaosarn Road n’a pas été touchée, Patpong non plus)

« … et Yingluck Shinawattra (et vous, medias français prononcez Yinglak Shinawat ca m’énerve d’entendre les noms écorchés. Pas difficile de répéter) a remercié les résidents de la province de Pathum Thani au nord de Bangkok pour leur sacrifice (New York Times).

Ça leur fait une belle jambe à ceux qui ont leur maison emplie d’eau noire a l’odeur fétide et grouillant de cadavres de toutes sortes, insectes, rats, blattes. Sans parler des morts par noyades ou électrocutés !

 Bangkok c’est plus qu’une grande ville, c’est aussi un symbole qu’il fallait « épargner à tout prix », capitale de la nation, bastion de l’économie de l’argent, du luxe. Grace à qui en grande partie ? À tous ceux qui travaillaient chez Sony par exemple, ou chez Toshiba, Nikon, Toyota, Honda et qui ont perdu leur travail et vont peut-être être « déportés » massivement vers d’autres usines au Japon ! Mieux que rien. Du travail, donc de l’argent, mais à quel prix ?

Pour les touristes qui se posent des questions : venez en toute humilité découvrir la vraie vie en Thaïlande, il sera temps ensuite d’aller vous reposer les derniers jours à Phuket ou à Koh Samui dans des hôtels qui appartiennent à des chaines internationales bien souvent. Prenez un taxi et ne faites pas comme ces crétins qui vont systématiquement à Pattaya depuis 10 ans. D‘accord les filles dans les bars changent très souvent pour le cas où ils s’ennuieraient, la maffia elle aussi s’adapte : japonaise, russe, thaïe et j’en passe. Il n’y a que la police qui ne change pas, elle s’adapte ! BREF

Donc, prenez un taxi à Bangkok. Il y a 80 chances sur 100 pour que le chauffeur soit Isan (Nord-Est du pays). Demandez-lui : « maa djaak nhai ? » d’où viens-tu ? Écoutez bien et regardez sur votre carte, il vous répondra surement : Sri Saket, Roi-Et, Burriram, Udon Thani, Ubon, Khorat, Khon Khaen. Toutes ces villes sont dans la région Isan, cette grosse bosse entre Cambodge et Laos.. Alors choisissez une de ces provinces et promenez-vous modestement dans les petits villages alentour, saluez les gens, répondez à  leur sourire, partagez le modeste  repas auquel qu’ils ne manqueront pas de vous convier et vous comprendrez qu’il y a bien deux mondes en Thaïlande. Non pas celui de la capitale et celui des plages. Mais celui de la capitale et celui des villages d’où viennent presque tous les travailleurs de la capitale (qui habitent les quartiers inondés), et des cités balnéaires.

Vous rencontrerez aussi certainement des « grands-mères », des femmes âgées qui s’occupent des bébés et des enfants en bas-âge parce que père et mère travaillent à l’étranger ou dans la capitale.  L’exode vers le Japon ou d’autres pays va aggraver cet état.

Je ne suis pas là pour faire pleurer dans les chaumières. Je parle de faits. De réalité. Venez en Thaïlande, mais ouvrez les yeux, sur un peuple, un vrai, qui continue de chanter (et de pas mal picoler dans le nord-est… ben oui.. faut supporter la sècheresse, les inondations et surtout, surtout : le MEPRIS des gens des villes).  

Alors, les barrières elles ne sont pas seulement faites de sac de sable, qui bientôt vont aller boucher les canalisations, mais de frontières linguistiques, de frontières culturelles parfois infranchissables, qui separent citadins et villageois, deux peuples mais qui pourtant ne peuvent pas vivre l’une sans l’autre.

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Ma (notre) fille adoptive, “paix et beaute” originaire de Udon Thani. Sa petite soeur travaille dans une usine de composants electroniques japonaise, sa grande soeur porte des sacs de sable sur les chantiers en construction.

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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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