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Evocation et réalité… et les larmes d’une “femme ordinaire”

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Gamine, j’avais dévoré, dans un quotidien que lisaient mes grands-parents, « la mousson » de Louis Bromfield. Des images – pas des photos – alternaient avec les textes, sur une bande, à la gauche d’une page du journal ; je crois bien que c’était « l’Aurore », aujourd’hui disparu. Un médecin enturbanné et au regard de braise (les dessins étaient très « appuyés » par le khôl que les indiens se mettaient sous les yeux), et une femme à la beauté distante de Deborah Kerr, tombaient follement amoureux, en dépit des interdits de cette rigide époque coloniale. Revoir aussi le film produit par James Ivory, « Chaleur et poussière » de Ruth Prawer Jhabvala ((britannique mariée à un indien).

Sous l’occupation britannique, « on » ne se mélangeait pas, sous peine d’être rejeté par sa « caste ». Ni l’une ni l’autre des communautés indienne et britannique n’étaient très tolérantes alors. Evidemment ce genre de passion qui bouleversait tout sur son passage, n’existait que dans les romans et dans ces pays si lointains que je n’avais aucune chance de m’y perdre un jour. Se mêlaient à ces récits, le piment de l’interdit, cet exotisme (maa jaak thang prathet), évoqué dans mon blog d’hier – que je me promettais, sans trop y croire, d’explorer un jour.

Bangkok de nuit79

Et puis il y a eu « Sang et Volupté à Bali », introduction magistrale de Vicki Baum, aux premiers pas dans cette « île aimée des dieux » et aujourd’hui envahie par trop de touristes. Les descriptions fleuries des femmes balinaises, le courage des guerriers et des princes, contre les terribles coloniaux hollandais…restent toujours d’actualité pour comprendre ce petit bout d’Indonésie. Jean Hougron est venu plus tard. Dans ses « Asiates », des hommes ordinaires, petits fonctionnaires blancs insipides, tombaient amoureux de femmes à la peau de miel, pour des passions….très dévastatrices pour les familles bourgeoises en place. Ces amours étaient la honte de la communauté française. Et toujours ce parfum d’interdit, d’effraction, et de violation de caste, le mot n’est pas trop fort… Les récits de Hougron vous catapultaient dans le pur fruit défendu des amours interculturelles et de leurs conséquences, les enfants métis, injustement méprisés, ils n’appartenaient plus à l’une ou l’autre culture, ces mêmes enfants « look krung », aujourd’hui… « presque » à la mode en Thaïlande et très recherchés par les medias, en particulier par la télévision.

Blog BANGKOK4

Le monde a changé, il est devenu un peu plus « balisé » pour les voyageurs. Et le mot « backpacker », a remplacé celui de « routards ». Qu’importe, ce qui compte c’est la même curiosité et la même envie d’essayer de comprendre l’autre.

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Hier, mes pas se sont perdus une fois de plus vers Ploenchit Road, Sala Daeng et Lumpini, là où les rouges continuent d’occuper misérablement les trottoirs de la ville. Une femme regardait intensément des images insupportables de ce qui a été un carnage le 10 avril dernier. Je me suis arrêtée moi aussi. Non pas par fascination pour ces photos, mais pour voir lucidement une réalité souvent occultée par son insupportable violence. En France tout au moins. Sirinath, m’a apostrophée : « Tu vois, ce sont mes frères… » Elle n’était ni « rouge », ni Issan, juste une passante de Bangkok. Elle a continué : « Et ça arrive dans mon pays…» Et tout à coup, elle a craqué et éclaté en sanglots. Des sanglots discrets, retenus, qu’elle a tenté de cacher sous la visière de sa casquette. Je ne connaissais pas cette passante toute de noir vêtue, je pouvais m’éloigner discrètement et la laisser à son chagrin. Je n’ai pas pu. Je l’ai prise dans mes bras, et là, ses larmes ont vraiment coulé, sans retenue et ont fait venir les miennes. Est-ce que je suis « rouge » ? (Une accusation qui circule contre moi parait-il à Chiang Mai). Bien sûr que j’étais rouge, là, avec cette femme dans mes bras, avec ce chagrin inutile, avec ces morts elles aussi inutiles. Pour des politiciens cupides qui se battent pour le pouvoir sur le dos de gens longtemps restés dans l’ignorance. « Travailler et respecter les riches, ils le méritent, selon les principes du karma »!!. On a parlé longuement Sirinath et moi… une femme ordinaire, avec un peu plus d’éducation que ces paysannes Issan, son anglais était excellent ». “Seule une vraie éducation pourra changer les choses en Thaïlande, et pas seulement l’argent (OK Mr Thaksin ?)” et puis on s’est difficilement séparées, avec « ses » mots : « Ton cœur à toi est aussi thaï ». J’ai promis de parler d’elle. Voilà, c’est fait.

Blog BANGKOK25



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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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