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L’assimilée et l’insatisfaite

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expat6Dès son arrivée sur Mars, l’Assimilée veut vivre comme les Martiens, manger Martien, parler Martien, lire Martien, s’habiller Martien et d’une manière générale adopter toutes les habitudes des Martiens, même les pires comme griller les feux rouges (la bonne excuse : « Mais tout le monde le fait ici ! ») ou ne pas déclarer sa femme de ménage (la bonne excuse : « Mais personne ne le fait ici ! »)…

Il y a trois ans qu’elle est sur Mars, et pourtant, l’Insatisfaite :

–          refuse d’apprendre la langue martienne, même juste quelques mots. Trop dur. Et puis ici tout le monde comprend plus ou moins le Terrien. Alors il lui faut dénicher des perles rares, du style un dentiste congolais qui parle hongrois ou une nounou thaïe ayant fait ses études au Chili. Parce que les mouflets de l’Insatisfaite non plus ne peuvent pas apprendre le Martien: ce serait leur surcharger le cerveau, à ces chérubins.

–           vit en Terrien : va aux cours de gym donnés par une Terrienne, avec d’autres Terriennes, fréquente l’église des Terriens (“Désolée, j’arrive pas prier en Martien !”), et visite les musées avec le club terrien. Elle trouve également inadmissible que cette idiote de boulangère au coin de la rue ne comprenne pas un mot de la langue des Terriens.

–          peste que sa confiture préférée rhubarbe-melon-coing-au-basilic-et-au-gingembre-de-la-marque-Gentille-Grand-Mère soit introuvable sur Mars. De toute façon tous les produits martiens sont nuls, alors elle rapporte même le PQ de la Terre, et en plus elle se fend chaque fois d’une longue lettre de protestation au PDG d’Air Terre parce qu’à l’enregistrement l’hôtesse a le mauvais goût de lui faire payer plein pot ses 100 kg d’excédent de bagages.

–          regarde les informations télévisées de la Terre sur internet et ne consulte jamais le moindre média martien. Grèves, accidents, campagnes électorales, embouteillages, pénuries et autres avis de tempêtes ou de canicule : elle n’est jamais au courant.

–          accompagne son homme, avec les enfants et Médor, au moindre voyage de travail que Gaston accomplit sur Terre. Elle part avec sa troupe trois semaines avant lui et ne revient qu’un mois après. Et elle ignore royalement les instits de ses chérubins qui osent prétendre que ça les perturbe : au prix où la boîte paye l’école !

–          exige que la secrétaire de Gaston s’occupe elle-même de prendre RdV chez le pédiatre pour Chérubin et Chérubine, et qu’elle les accompagne tous les trois pour faire l’interprète.

–          parce qu’elle se sent vaguement coupable de son bien-être, paye sa femme de ménage trois fois le tarif en vigueur et la traite comme sa copine. Le jour où elle quitte Mars, ne comprend pas pourquoi aucune de ses copines ne veut réemployer la perle.

–          peste parce qu’il y a un écho quand elle appelle sa petite maman chérie avec Skype sur internet. Sur Mercure où elle vivait avant, il n’y avait JAMAIS d’écho. Preuve que Mars est bien une planète de nuls sous-développés.

Pourtant, le jour où elle partira de Mars, l’Insatisfaite dira qu’elle a absolument aaadoré cette planète et qu’elle va lui manquer énoooormément. Et elle décorera le salon de sa nouvelle maison sur Vénus avec toutes les breloques qu’elle a glanées au fil de ses virées chez les antiquaires martiens.

Confidence : en toute femme d’expat sommeille une Insatisfaite.


Dès son arrivée sur Mars, l’Assimilée veut vivre comme les Martiens, manger Martien, parler Martien, lire Martien, s’habiller Martien et d’une manière générale adopter toutes les habitudes des Martiens, même les pires comme griller les feux rouges (la bonne excuse : « Mais tout le monde le fait ici ! ») ou ne pas déclarer sa femme de ménage (la bonne excuse : « Mais personne ne le fait ici ! »)

Quand on l’invite à un Morning Coffee du Ladies Club terrien du coin, l’Assimilée réplique – pas toujours très gentiment – qu’elle n’est pas venue sur Mars pour tomber encore sur des Terriennes.

L’Assimilée se met à parler Martien avec son mari et ses enfants, pour ne pas leur surcharger le cerveau (elle-aussi). Tête des Martiens en entendant l’accent et les fautes ! Tête des grands-parents terriens venus en vacances et incapables de communiquer en Terrien avec le dernier-né de la famille !

L’Assimilée écoute à longueur de journée la musique martienne que l’on écoute sur Terre mais persiste à ignorer que pour les Martiens, elle est du dernier ringard.

L’Insatisfaite et l’Assimilée cohabitent en chaque femme d’expat.

Ainsi on peut : d’une part apprendre méticuleusement à nouer le longyi (sarong) birman (et à Gaston aussi), le porter crânement dans les soirées expat (Gaston aussi, en jupe !) ;et d’autre part fuir Mars-Rangoon dans les trois mois, vaincue par les odeurs puissantes du marché dont les étals de viande surveillés au chasse-mouche par des matrones aux mains douteuses semblent aussi éloignés des rayons aseptisés de nos hypermarchés que le Soleil l’est de Pluton.

L’ambitieuse

Je la croise dans un « morning coffee » du Ladies Club du coin, quelque part sur Mars :

–          Alors, vous déménagez bientôt, ou bien le contrat de ton mari va être renouvelé ?

–          Pas de nouvelles pour le moment, mais je suis sûre qu’on va le rappeler au Siège.

On se perd de vue, et on se retrouve dans les mêmes circonstances deux ans plus tard :

–          Vous êtes toujours là ? Je vous croyais rentrés sur Terre.

–          Non, finalement le Siège l’a supplié de rester encore un peu. On a accepté, il n’y avait vraiment personne pour prendre la relève, tu sais comment ça marche, ici…

–          Et alors, le deuxième contrat se termine bientôt, non ? Vous faites quoi ?

–          Cette fois c’est sûr, il faut qu’on le rappelle au Siège. Dix ans d’expat, ils ont besoin de lui là-bas maintenant !

On se re-perd de vue et je re-tombe sur elle au cours d’une Charity Fair sur Vénus.

–          Ca alors, mais vous êtes ici maintenant ?

–          Non, non, on est juste en vacances chez des amis, les Machinchose, tu les connais non ?

–          Ah oui !

–          On est venu acheter les cadeaux de Noël, voir le médecin et respirer l’air de la société de consommation parce que Mercure, c’est pas tous les jours drôle !

–          Ma pauvre ! Vous y êtes pour combien de temps encore ?

–          On déménage dans six mois.

–          Et vous allez où cette fois ?

–          On ne nous l’a pas confirmé, mais on l’a bien fait comprendre à Gaston : il sera sûrement rappelé au Siège !

(Je jure que j’exagère… à peine !)

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A propos de l'auteur

Pour moi qui n’ai pas choisi le pays où je vis, ni celui où je vivais avant, l’expatriation s’apparente à un mariage de raison. Aucun coup de foudre n’a entraîné cette cohabitation. J’ai signé, sans connaître, et je n’ai d’autre possibilité que de m’adapter. Ou bien ma vie serait un enfer.On finit donc par se sentir chez soi, certains aspects sont plus faciles à vivre que d’autres, mais on s’attache toujours au pays et à ses habitants et lorsqu’on le quitte, on y laisse forcément un peu de soi-même. Mais on ne critique bien que ce qu’on aime, et je ne pourrais rire des petits défauts des Argentins si je n’avais développé pour eux, leur pays et leur langue, une profonde affection. ______________________________________________________________________________________________________________________ Le blog d'Anne

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