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Les générations de la mode

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Quand le temps passe sans se compter, on a cependant le temps de compter les regrets, ou à tout le moins d’en faire la liste. Voilà plus d’un mois qui s’est enfui. Je devais bien l’accepter comme il était. Peuplé d’adieux et de dernières fois. Mais de dernières fois intenses. De celles qui viennent exprimer une fin de parcours avant d’en entamer un autre. Des émotions attendues, mais qui sonnent étrangement quoi !

Il faudrait en effet raconter. Ce moment où la vie peut se dédoubler, rebondir. Mais où il faut aussi savoir dire non : pas au-delà.

Tandis que j’écrivais pour organiser, ou que j’organisais pour parler ; je me suis un peu perdu, même si certains étaient là pour me faire revenir sur terre.

Bref, un changement. Et un  moment où je suis donc encore plus sensible aux disparitions, aux fins de vie.

J’avais de l’admiration ; une grande admiration même pour Danielle Mitterand. La création d’une Fondation ne venait pas seulement couronner une vie tendue vers un peu plus de justice. Elle venait dire l’effort de toute une vie. Faire exister le « je veux ce que je pense » entre un mari hors du commun et des enfants qui ne font que graviter sans savoir vraiment autour de quelle planète. Une famille élargie. Le « «je veux ce que je pense » qui amène aussi bien à s’opposer qu’à pardonner.

J’aime à me souvenir des deux moments où je l’ai rencontrée. Rien d’exceptionnel, mais des moments un peu ludiques et pourtant émouvants.

La première fois, c’était au-dessus de Villeneuve d’Avignon, dans le village des Angles où se tenait chaque année, en été, au moment où commence le Festival d’Avignon, une sorte de salon des métiers d’art, partiellement en plein air. Elle revenait avec Jacques Lang de l’inauguration d’une rétrospective du peintre Chagall. Et mes amis de l’Ecole de la Cambre à Bruxelles, qui avaient décidé d’apporter avec eux un peu de leur pays, avaient mis en place une installation de parapluies, une œuvre un peu conceptuelle où ils, ou plutôt elles, faisaient tomber la pluie, sous le beau ciel de Pagnol et dans un face à face un peu complice avec le Palais des Papes, de l’autre côté du Rhône. Danielle avait pris plaisir à se faire arroser…

La seconde fois, elle était en service commandé. On était fin 1986 ou début 1987. La Cité des Sciences et de l’Industrie avait ouvert en fanfare une exposition sur « La mode, une industrie de pointe » dont j’étais l’un des commissaires. Une fanfare nommée Bernadette Chirac ouvrant le chemin  du tout Paris, du tout Lyon, du tout Lille et de ces mondes qui à l’époque peuplaient les décors des usines, des fabriques et des artisans ! Nous étions depuis quelques mois en période de cohabitation et, un vernissage officiel où les métiers du textile et de l’habillement et la chambre de la Haute Couture étaient représentés et cherchaient une notoriété dans l’innovation, ne pouvait se faire sans la présence des autorités compétentes…

Présidence, premier ministre et ministre de l’industrie. Mais en ordre dispersé !  Puisqu’il s’agissait de mode, les principaux responsables de notre Etat avaient envoyé leur épouse, sauf le Ministre Madelin bien sûr, dont les responsabilités de l’époque dans l’industrie font qu’il est venu en compagnie de grands industriels, le lendemain de l’ouverture…

Mais Madame Mitterand ? Elle n’a certainement pas voulu se retrouver aux côtés de la femme du Premier Ministre. Elle a choisi de venir quelques semaines plus tard, une fin d’après-midi froide et neigeuse et en compagnie de deux femmes de mode. Elle aimait se vêtir en Torrente. Elle a donc invité Madame Rose Mett, la directrice, qui s’était installée dans les locaux de l’hôtel particulierde Paul Poiret, à se joindre à elle. Mais elle a fait plus. Elle est venue avec Madame Grès, Alix. La commissaire générale de l’exposition, Françoise Vincent-Ricard les a accompagnées dans cette visite. Tout un symbole pour le monde de la mode ! La dame de Promostyl, conseillère des industriels, la femme d’affaires qui était entrée en haute-couture et qui habillait la présidente et la figure tutélaire qui les précédait, dans l’aura de la Grèce antique et de ses plissés.

La vie offre de merveilleux cadeaux. Il faut s’en souvenir !

Henry Clarke (1918-1996), 1954
Grès. Robe blanche en jersey de soie et faille.
Vogue France, septembre 1954
Henry Clarke © Henry Clarke, Musée Galliera/Adagp, Paris 2011 ; prise de vue Galliera/Roger-Viollet




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A propos de l'auteur

Plus d’une centaine de milliers de kilomètres par an à travers l’Europe. Plus d’une vingtaine d’années à ce rythme. Et le temps venu d’en proposer le parcours. Mémoire individuelle. Mémoire partagée avec des habitants inconnus, rapidement connus, et parfois des amis. Lieux de mémoire dont on nous impose la lecture. Lieux intimes dont la mémoire est simplement recouverte d’une gaze. Plus d’une vingtaine d’années de mémoire. _____________________________________________________ Découvrir le blog : Mémoire d'Europe

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