246 vues

Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard

0

“Un film c’est comme un champ de bataille : amour, haine, violence, action, mort… En un mot : émotion”. Telle est la définition du cinéma – soufflée par Godard – que le cinéaste Samuel Fuller, dans son propre-rôle, propose dans une scène de Pierrot Le Fou, film charnière dans l’oeuvre d’un des pères fondateurs de la Nouvelle Vague. Pierrot le Fou répond très justement à chacun de ses qualificatifs, il ne pouvait guère en être autrement après une telle déclaration.


Le film sort en 1965, soit trois ans avant le mouvement révolutionnaire de Mai. Il n’est pas inutile de le rappeler car l’aspect libertaire du travail de Godard est ici particulièrement affuté et passionnant. A tel point que le film sera interdit à sa sortie aux moins de 18 ans pour “anarchisme intellectuel et moral”

26dvds600

“Tu sais ce qu’on aurait pu faire avec cet argent là ? On aurait pu aller à Chicago, à Las Vegas, Monte-Carlo. Pauv’ con.” “Oui, et moi Florence, Venise, Athènes. Allez, allons-y, les voyages forment la jeunesse.”

Ferdinand (Jean-Paul Belmondo) se laisse entraîner par Marianne (Anna Karina) dans une cavale folle ou il sera dans un premier temps question de se débarrasser d’un cadavre. Dans leur fuite en avant, Ferdinand et Marianne disent merde à beaucoup de chose, et principalement à la société moderne, même si les contradictions entre les deux personnages sont nombreuses. L’idéaliste, le rêveur, c’est Ferdinand, qui laisse cramer une valise pleine de billets car les considérations matérielles et financières n’ont pas vraiment de prises sur lui. Marianne est déjà plus terre-à-terre, qui se soucie du Vietnam et des révolutions communistes qui se jouent pendant qu’eux vivent en marge du monde réel.

week_3_600

Ainsi, Pierrot le Fou fait quelque peu la synthèse des premiers films de Godard, A Bout de Souffle (avec Belmondo) pour l’échappée belle et Le Mépris pour l’isolement des personnages, prioritairement. La Guerre d’Algérie du Petit Soldat, on la retrouve en filigrane, avec notamment cette scène vers la fin ou Ferdinand est torturé. La conscience politique du personnage de Marianne préfigure en revanche toute la période maoïste de la carrière de Godard, même si son cinéma a toujours été politique. En l’occurrence, le discours révolutionnaire de Pierrot le Fou continue d’exercer une réelle emprise sur le spectateur aujourd’hui. Il faudra en finir avec la société de consommation pour que Pierrot le Fou puisse devenir désuet. On en est donc loin et Pierrot le fou continue d’interroger le monde, nos consciences citoyennes.

un couple de Pied Nickelés

un couple de Pied Nickelés

Peut-être cela s’explique par le moyen principal mis en oeuvre pour y parvenir. Pierrot le Fou est un film avant tout poétique qui brasse pas mal de questions existentielles que Ferdinand se pose et qui ne risquent en effet pas de se démoder. Du reste, Rimbaud est plusieurs fois cités, même si jamais nommé. Les références et citations littéraires sont constantes dans le métrage pour non seulement le cimenter véritablement mais aussi, par l’habileté de Godard, lui conférer une authentique puissance poétique.

La poésie n’est pas seulement littéraire mais aussi esthétique. Godard joue avec les couleurs, et principalement avec celles tricolore du drapeau français, que l’on retrouve de façon quasi permanente dans chacun des plans. Plus généralement, Pierrot le Fou est un film profondément pictural ou les plans sont composés comme des des tableaux. A ce titre, toute la partie Robinson Crusoé de la vie du couple est justement fascinante. Les paysages sont magnifiques et un cadre idéal à la retraite des deux amants criminels. Ce lieux est aussi un théâtre ou se joue scènes de disputes et fantaisies amoureuses, notamment les scènes musicales.

image

Amour, haine, violence, action, mort, tout est là. Jean-Luc Godard interroge, provoque, réveille, ne laisse pas indifférent. Le film est annonciateur de certaines turbulence sociales et raconte avec une certaine acuité, avec un regard parfois très orienté et radical (anti-impérialisme, anti-consumériste, pacifiste, dénonce le trafic d’arme etc.) la France du début des années 60. Que le film garde intacte toute sa fraîcheur, que ses idéaux et ses aspirations anarchistes continuent de conserver une telle prise sur le monde actuel, ce n’est pas forcément rassurant mais c’est peut-être une grande preuve de la sensibilité de Godard.

Benoît Thevenin


Pierrot le Fou – Note pour ce film :
Réalisé par Jean-Luc Godard
Avec Jean-Luc Belmondo, Anna Karina, Graziella Galvani, Jimmy Karoubi, Samuel Fuller, Raymond Devos, Lazlo Szabo, Jean-Pierre Léaud, …
Année de production : 1965

Sortie française le 5 novembre 1965

lanterna1

Cliquez pour consulter le blog



Partager

A propos de l'auteur

Laterna Magica "Le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs" ______________________________________________________________________________________________________________________ Le blog cinéma de Lanterna Magica ___________________________________________________________________

Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Besoin d'aide pour préparer un séjour ?

Remplissez le formulaire ci-dessous avec le plus de détails possible pour que nous puissions vous répondre dans les plus brefs délais.


Nous partageons nos expériences et conseils gratuits avec vous! Exprimez vos besoins!