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Témoignage du soldat Alexandre Jacqueau

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Nous faisons partie de ceux qui n’oublient pas l’histoire. Aujourd’hui, nous avons dons une
pensée recueillie pour ceux qui ont participé à la « Grande Guerre ».

Nous publions ci-dessous une des lettres qu’un soldat (Alexandre Jacqueau) écrivit à sa
femme. Entre son départ de Paris-gare du Nord en août 1914 et sa mort dans une tranchée du Bois des Caures en juillet 1915, Alexandre Jacqueau n’aura jamais revu sa femme ni ses deux enfants.
Sachant lire et écrire, il eut toutefois le privilège de pouvoir échanger des lettres avec sa femme. Cette lettre date du 2 février 1915. Le 4 juillet de la même année, le soldat Jacqueau
est tué par l’explosion d’une bombe.   
  

 2 Février 1915.

Alexandre.jpgAujourd’hui, je suis de jour et j’espère bien pouvoir trouver le temps de causer un peu avec toi. C’est que, vois-tu, on nous en laisse bien
peu à notre disposition, l’on nous mène comme des bleus et certes beaucoup plus durement que dans bien des régiments d’active. Comme repos, nous commençons à 5 heures du matin et ne finissons
qu’à 5 h. ½ du soir, travaux, école de section, de compagnie, de bataillon, et à quelques kilomètres des Boches, nous constituons de nouveaux cadres, élèves caporaux, élèves sous-officiers ; à
quarante ans, c’est tout de même un peu dur.

L’effort quotidiennement fourni depuis 6 mois est pénible et harassant. Beaucoup de nos hommes se
fatiguent et se lassent et nous avons souvent fort à faire pour leur remonter le moral, d’autant plus que les lettres des leurs sentent davantage l’ennui et donnent l’impression de la
lassitude.

C’est là d’où dépend tout l’avenir de notre pauvre France. Oh ! Vous tous qui êtes là-bas, remontez,
soutenez toutes les bonnes volontés défaillantes, réprimez les démoralisateurs.

Gardez-vous bien de murmurer et de dénigrer, l’esprit français est enclin à ces défauts.

Nous savons tous maintenant que l’ennemi était prêt à l’attaque et nous, nous ne l’étions pas, même
à la défense.

Estimons-nous donc heureux d’en être où nous en sommes.

Nous expions la folie du régime, l’aveuglement des sectaires et l’apathie d’un tas de braves gens
qui gémissaient au coin du feu sans se soucier de réagir.

Il faut que nous payions tout cela avec bien d’autres fautes que Dieu seul connaît et dont nous
avons le soupçon. Cette guerre, pour ne pas manquer son but, doit laisser apparaître l’action divine. Nous ne méritions pas humainement ni le salut, ni la victoire, mais nos intercesseurs de
là-haut, nos saints, nos saintes, Louis IX, Geneviève, Jeanne-d’Arc, ici-bas tant de pieuses âmes ignorées obtiendront notre pardon. Tant de sacrifices noblement consentis ne peuvent être
inutiles. Armons- nous donc de courage, de patience, de ténacité et demandons à Dieu la force d’âme qui nous est nécessaire.

– Reçu ta bonne lettre du 29 et ta carte du 29. Ah ! Les chères missives.

Tu me parles du froid et du clair de lune dans la nuit du 28 au 29. à 5 heures j’en appréciais la
beauté, moi aussi et je t’en ai causé, me traînant sur le ventre parmi la terre gelée et la neige. Ah ! Ce ciel immense qui nous domine tous et vers lequel nous élevons nos âmes pleines
d’amour.

12 heures. – Je viens de causer avec le lieutenant, il est triste, il vient d’apprendre la mort d’un
ami et moi-même, je viens d’aller faire une prière sur la tombe du sergent dont je t’ai annoncé dernèrement la blessure.

Ce pauvre garçon à eu le bois de son fusil et la plaque de couche traversés, la balle abimée lui est
entrée par l’épaule et lui a perforé le poumon. Ce pauvre diable vient de mourir, il laisse cinq enfants et le sixième est en route. Quel affreux malheur pour les siens, je viens d’aller sur sa
tombe, comme ils sont nombreux déjà ici et dire que sous ces tertres, serrés les uns contre les autres, il y a là de pauvres corps que des familles entières pleurent.

O Jésus, très miséricordieux, ayez pitié de toutes ces veuves, de tous ces orphelins, et venez-leur
en aide.

Tout ce sang si jeune, si généreux, ne peut être versé inutilement, ayez pitié de notre pauvre
France, rendez-lui sa foi du passé et donnez-lui la paix, afin que nous nous consacrions davantage à vous.

…Ne m’envoie pas de chaussons tricotés, je n’ai pas froid avec les bonnes chaussures que j’ai et
puis, il faut donner l’exemple et ne pas être plus douillettement vêtus que ceux que nous commandons. Que de fois il m’arrive de me couvrir moins afin de ne pas entendre dire que les gradés sont
mieux couverts que les hommes !

…- Mme G… a parfaitement raison. Sa lettre est toute réconfortante. Pour ma part, je m’abandonne
tout entier à Notre Bon Maître. Je ne récrimine plus, je ne forme plus aucun projet, j’ai confiance et j’attends. Que la volonté de Dieu soit faite !

– Pour le loyer de Chaponval, paie-le. …Pauvre Chaponval. Ne crois-tu pas qu’après toutes ces
misères nous puissions y être heureux ? Être réunis, ne penses-tu pas que ce soit tout le bonheur auquel nous puissions prétendre ici-bas ? Ah ! Ce petit jardin qui me paraît si grand quand je
vous y vois tous et tant mon amour pour vous est grand. La petite chapelle où nous allions entendre la Sainte-Messe, celle des Carmélites de Pontoise où après 25 ans, je refaisais connaissance
avec mon Bon Maître, et où je m’abandonnais à Lui entièrement. La fenêtre de la petite chambre sur le jardin où nous avons causé de cœur à cœur et où, pour la première fois je t’avouais mon
acheminement vers la vérité.

Reverrons-nous tout cela ? Aurais-je cette joie, ce bonheur de vous sentir, de vous voir tous autour
de moi ? Oui, je l’espère, et quelles actions de grâces nous pourrons rendre à Dieu.

– Toutes les bonnes paroles des petiots à mon égard me font plaisir, mais me déchirent le cœur. Je
suis heureux qu’ils pensent à moi, je les aime tant, tant, tant. Oui, quand aurais-je le
bonheur de grimper avec eux l’escalier du 87. Quel bonheur indéfinissable ! Il me semble qu’après toutes ces misères, nous recommencerons une autre vie.

– Tu devrais faire continuer le piano à Madeleine. Il est navrant d’avoir dépensé ce que nous avons
dépensé pour arrêter maintenant. Le piano fait partie de ses études, aurais-tu l’idée de l’empêcher d’apprendre à écrire, à compter ? Il faut absolument prendre une décision à ce sujet.

– De même, chez l’encadreur, il y a un tableau dont j’ai donné le cadre à réparer. Il faut le faire
placer dans le salon. Depuis longtemps je voulais t’en causer, j’y tiens absolument…

.Ah ! Folie, l’aimais-je assez mon pauvre intérieur…

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Ci-joint quelques feuilles de lierre ramassées sur le bord de la tranchée hier. Donnes-en une à
Louise qui n’en a pas encore eu.

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A propos de l'auteur

Nous sommes expatriés à Bombay depuis juillet 2008 et nous partageons sur notre blog notre découverte et maintenant notre passion pour l'Inde. Nous regard sur l'Inde est très varié : films, lectures, société, civilisation indienne, les français dans l'histoire de l'Inde, recettes de cuisines, insolite, vie quotidienne, bonnes adresses de Bombay.

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