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Transparence du rien contre surexposition… Facebook contre la rue.

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Le voyage, c’est ma passion. Curiosité pour des « ailleurs » pas forcément lointains et aussi pour des « ailleurs » proches tout aussi dépaysant. La gare du nord à Paris c’est déjà un carrefour d’aventures. J’y prends le train pour Calais, encombrée d’une lourde valise et de mon ordinateur, lancée dans la bousculade des départs et des arrivées. Je me dirige vers les magazines lorsque je suis apostrophée par un homme d’une cinquantaine d’années. « Vous n’auriez pas une petite pièce », refrain connu dans Paris et surtout dans les gares. Je m’apprête à répondre « désolée », je n’aime pas ouvrir mon sac dans la foule, et puis l’homme me dit qu’il cherche du travail, qu’il était bucheron, alors je lui demande de m’attendre, le temps d’acheter un journal. Il ne se fait pas prier. Magazine en main, je l’entraîne vers la brasserie de la gare « pour prendre un café et un croissant ».

L’homme s’appelle Joël. Une vraie ressemblance avec l’acteur Sean Connery dont il a la barbe exacte et le début de calvitie. Je le lui fais remarquer. Ça le fait rire « On me l’a souvent dit ». Il me raconte « sa » gare du nord, ses rencontres multiples et souvent passionnantes avec des belges dont il retient l’ouverture d’esprit bienveillante, et puis des vedettes, comme Halliday, Bernard Henry Levy, Cantonna… qui lui parlent. « J’ai la foi » me dit-il, « je sais qu’un jour je vais m’en sortir » « Un jour quelqu’un vous proposera du travail… » je glisse, encourageante. « Euh non, je vais avoir de la chance, je trouverai une grosse somme d’argent par exemple… » Et là-dessus il me raconte une anecdote survenue il y a peu avec un chinois débarquant du train. Il l’accoste, comme il l’a fait pour moi. Le chinois pose ses valises. De l’une d’elles sort une clé qui ouvre un sac duquel il sort une grosse liasse de billets. Il en extrait un puis deux puis une dizaine et les tend à Joël. « Je croyais que les yens c’était de la monnaie de singe, mais lorsque je suis allé au bureau de change, je me suis retrouvé avec l’équivalent de 400 euros ! ». Il a raison de croire à la chance Joël !

… Les paysages de brume défilent à la vitesse du TGV, le vert des prairies émergent à peine du paysage, seuls les pylônes électriques se profilent en ombres chinoises sur le crachin. Je n’ai pas pris mon appareil photo, je le regrette déjà.

Je repense à Joël…

« Vous savez j’étais un mauvais garçon lorsque j’étais jeune, j’avais le physique et une moto, je braquais tous les postes d’essence, j’ai fait de la prison »… Joël me raconte ses frasques avec fierté et l’œil qui frise de malice. « Maintenant, je ne possède que ce que j’ai sur moi, pourtant je préfère la rue aux centres d’hébergement où l’on vous pique vos baskets, fouille vos poches, où les mecs rentrent complètement bourrés ». Refrain connu. Je lui demande ce qui lui semble le plus pénible dans cette vie d’errance et de rues. « Le regard des autres » répond aussitôt Joël. « Quand vous avez un lit, vous parvenez à vous épargner quelques moments d’intimité, mais moi je suis « exposé » en permanence. Quand je mange ; Quand je mendie. Quand je dors dans mon carton. C’est ça le plus difficile : être exposé. Toujours. Ne jamais avoir de moments d’intimité ».

Sur FB, des gens changent leur photo de couverture deux fois par jour, photographient leurs doigts de pieds ou les restes de leur petit déjeuner, ne se sentent jamais suffisamment “exposés”, jamais suffisamment visibles. Une exposition transparente. La transparence du rien.

J’ai bien failli louper mon train à cause de Joël. Ma montre s’est arrêtée à l’instant où je l’ai rencontré. Je lui demande l’heure… Je n’ai plus que quelques minutes pour rattraper la voiture 12 du 2é train en partance vers Lille puis Calais. Je  glisse à toute vitesse  un billet à Joël  « pour qu’il s’achète le pantalon de jogging dont il rêve » et je fonce vers mon wagon d’où je commence à écrire cette chronique tout en feuilletant un essai de Finkielkraut citant Levinas : « Rencontrer un homme c’est être tenu en éveil par une énigme ».

La vie est un carrefour de rencontres, la vie est un « ailleurs » dès l’instant où l’on sort de chez soi. Suffit d’une rencontre.

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Qui est Michele Jullian?

michele jullian maleeJe m’appelle Michèle Jullian. J’aime les voyages, la photographie, l’écriture.

Voyager ce n’est pas seulement prendre l’avion ou parcourir la planète, c’est aussi voyager dans les livres, les deux étant l’idéal. Chaque voyage comporte sa part de découvertes et de déconvenues, lesquelles deviennent expériences, à partager ou pas. Voyager est une aventure de chaque instant. Mes repères sont en France et en Thaïlande où je réside « on and off ». J’ai écrit un roman “théâtre d’ombres” qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande …

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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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