54 vues

Un voyage réussi se termine souvent dans les larmes…

0

Depuis plusieurs jours, nous traînons dans notre sillage, FERNANDO, 12 ans, des yeux de faon sauvages et inquiets, un sourire timide, la taille d’un enfant de 7 ans… et d’une saleté repoussante. Une vilaine maladie de peau recouvre ses bras et ses jambes, pourtant il est beau ce gamin, beau et triste. Ses yeux confiants nous fixent avec admiration, alors tant pis pour la crasse et la saleté, nous l’emmenons partout avec nous. De bonne heure le matin, il attend à la porte de l’hôtel, les mains dans les poches, le visage fermé qui s’éclaire d’un coup à notre apparition. Je ne reconnais plus mon Florent depuis que nous voyageons, lui si difficile en matière de propreté, si tatillon en ce qui concerne les odeurs, les narines délicates et hauts le cœur au moindre effluve désagréable, n’a pas la moindre hésitation à attraper la main crasseuse de Fernando, à lui prendre le bras et à se lancer avec lui, dans de longues conversations. Langage universel des enfants. Depuis qu’il a un nouvel ami, mon fils joue les protecteurs, me demande de l’argent « pour son copain qui n’est pas riche », partage ses jouets, invite Fernando dans notre chambre à la grande désapprobation du patron de l’hôtel.

Blog Philippines-Zamboanga                                                                    Anh-Mei, Florent, Fernando

J’aimerais que ces quelques jours soient une fête pour Fernando. Au restaurant, il dévore, ne laisse pas un grain de riz dans son bol, se lèche les doigts consciencieusement. Le cinéma l’enchante, il en ressort les yeux agrandis, plein de rêves. Les magasins le fascinent et lorsque je lui demande de choisir de nouveaux vêtements, il me regarde, incrédule presque effarouché. Lui qui porte les loques de ses frères –  il en a douze devant lui – Douze ! Sacrées catholiques Philippines ! A la plage, il plonge tout habillé dans la mer et dessine sur le sable de merveilleux avions pour son copain Florent. C’est la fête pour Fernando, pour nous aussi. Voir tant de bonheur dans ses grands yeux, y faire naître un espoir passager… tellement simple.

….A l’aéroport de Zamboanga, une délégation du village  « Moro » nous attend avec des fleurs et des cadeaux. Christ ! Nous ne passions déjà pas inaperçus avec nos deux enfants, l’un blond comme les blés, l’autre noire comme l’ébène, cette fois, on va nous prendre pour des vrais personnalités, des VIP comme ils aiment dire ici. BEBING et VICTORINA sont déjà là… et des regards de haine se croisent entre elles et HURAIDA et sa sœur. Catholiques et musulmanes face à face pour les adieux. Ce n’est plus de diplomatie dont il faut faire preuve mais de la haute voltige. Des fleurs plein les bras, je cours d’un groupe à l’autre, embarrassée et triste.

Les autorités militaires interdisent aux passagers de transporter des bagages à mains dans la cabine «  à  l’exception de sacs pour dame et de nourriture pour bébé ». C’est affiché texto,  noir sur blanc. Il faut une autorisation spéciale du détachement militaire pour garder appareil photos et caméra avec nous. On obtient tout avec un sourire aux Philippines mais les soldats  démontent quand même appareil et objectifs, ouvrent toutes les bobines de films, vérifient chaque pile… Chien échaudé !!

L’avion est annoncé. Elles ont au moins quelque chose en commun les philippines-ennemies : Elles ont toutes des larmes aux yeux… ET nous aussi.

… Après une semaine sur l’ile de CEBU, où fut tué MAGELLAN par le rebelle LAPU LAPU (déjà !) nous atterrissons à nouveau à MANILLE.

« Non, cet hôtel n’est pas pour vous, réservé aux philippins ». A Manille il y a donc des hôtels pour touristes et des hôtels pour locaux et les consignes sont bien respectées. Il ne reste plus que la YMCA ou le centre catholique Pie XII qui accueille touristes et voyageurs de tous ordres à condition d’être catholique et, pour les couples désirant une chambre particulière, de présenter un certificat de mariage ! Le centre est une sorte de couvent aménagé en hôtel avec dortoirs, chambres, réfectoires et salle de télévision. Une chapelle se dresse au milieu d’une cour intérieure, des cloîtres courent autour des bâtiments et des statues s’élèvent à chaque angle du jardin. Les philippins jouant les prudes ! Elle est bien bonne ! Bien sûr toutes ces formalités ne sont pas si rigides… dans les temples bouddhistes, les bonzes accueillent tous les voyageurs sans restriction – enfin  presque – les hommes seulement, pas les femmes ! Comme quoi !

Tout comme les américains aisés se retrouvent dans les Hilton du monde entier, les voyageurs au long cours se retrouvent dans les repères anti touristes et nous ne sommes pas surpris de croiser Alain, Catherine et leur fille Solène dans les couloirs du centre Pie XII. Partager la vie de 7000 habitants sur un ilot d’un kilomètre de long sur 500 de large, vivre dans une paillote sur pilotis loin de toute civilisation occidentale pendant 18 mois, essayer d’analyser les coutumes les rites et les traditions de ces philippins des iles Sulu, parler leur dialecte aussi… c’est ce qu’on fait ces  deux ethnologues du CNRS.. Et ils  ont bien saisi la sensibilité particulière du peuple philippin.

« Tellement sensible qu’il peut tomber malade uniquement pour se sentir entouré » nous dit Alain. « Grace à sa maladie-prétexte, qui n’est pas simulée pour autant – le philippin parvient à monopoliser pour un temps, l’attention de ses proches qui le soignent, le plaignent e dorlotent. Par la maladie il exprime son besoin de chaleur humaine, son besoin vital d’affection. Dès qu’il est rassuré, il guérit très vite. Mais j’ai été aussi très surpris par l’effet rapide de simples cachets d’aspirine ou de nivaquine administrés à des malades qui semblaient pourtant souffrir de troubles graves ». Mais a-t-on le choix lorsqu’on vit à des miles de tout ?

Nous sommes attablés tous les quatre dans une gargote de bois de la baie de Manille face à une mer agitée et électrique. La pluie martèle la toiture et s’infiltre entre les plaques de tôle, Tombe goutte a goutte dans nos assiettes. Alain absorbe si bien notre attention que nous en oublions un moment les trois enfants qui jouent aux soldats (ben voyons !) sous la pluie.

« Les philippins sont catholiques mais à cette religion se mêlent toutes sortes de croyances animistes, superstitions et rites païens. Ils font souvent partie de sectes religieuses dissidentes, « d’union spirits » qui les réunissent dans des chapelles ou des granges de village… Réunions au cours desquelles des paysans des tribus montagnardes, de vieilles femmes illettrés, des enfants, entrent en transes et se mettent à parler dans une langue inconnue ou écrivent sous la pulsion d’une force qu’ils ne contrôlent pas et qu’ils expliquent plus tard, comme « venant du Saint-Esprit ». Il faut absolument assister à ces réunions dans un « barrios » des alentours de Manille. Et puis avez-vous entendu parler des guérisseurs de la foi, ces fameux chirurgiens psychiques qui opèrent à mains nues «  ?

Je crois tout d’abord qu’Alain se moque de nous. Opérer sans bistouri sans anesthésie, sans douleur et sans cicatrice ! Comment faire croire de telles absurdités à des esprits cartésiens ? Je suis cependant toute prête à croire au merveilleux, à l’inexpliqué et pourquoi ne pas le dire… au surnaturel… Alors c’est décidé, on part chez les guérisseurs de la foi, ces magiciens inouïs qui « plongent » dans le corps des malades pour en extraire tumeurs, kystes, caillots de sang ! Mais peut-on en plein 20e siècle croire en de pareilles histoires ? Nous nous posons la question tandis que me vient à l’esprit la citation d’u grand philosophe : « Les miracles ne contredisent pas la nature mais ce que nous savons de la nature »

Au diable la raison et que l’aventure continue ! Direction BAGUIO-city au nord de LUZON, chez les guérisseurs aux mains nus…

Powered By WizardRSS.com | Full Text RSS Feed | Amazon Plugin WordPress | Android Forums | WordPress Tutorials

Qui est l’auteur?

michele jullian maleeJe m’appelle Michèle Jullian. J’aime les voyages, la photographie, l’écriture.

Voyager ce n’est pas seulement prendre l’avion ou parcourir la planète, c’est aussi voyager dans les livres, les deux étant l’idéal. Chaque voyage comporte sa part de découvertes et de déconvenues, lesquelles deviennent expériences, à partager ou pas. Voyager est une aventure de chaque instant. Mes repères sont en France et en Thaïlande où je réside « on and off ». J’ai écrit un roman “théâtre d’ombres” qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande …

Découvrez le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures …



Partager

A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Besoin d'aide pour préparer un séjour ?

Remplissez le formulaire ci-dessous avec le plus de détails possible pour que nous puissions vous répondre dans les plus brefs délais.


Nous partageons nos expériences et conseils gratuits avec vous! Exprimez vos besoins!