입춘 立春 (Ipchun) : le printemps se profile à l’horizon …
L’hiver tire tout doucement à sa fin et les rayons du soleil tardent de plus en plus à s’en aller vers l’Ouest. Les grands arbres et petits arbustes, sortis de leur long sommeil profond, se mettent alors À confier leurs délicieux rêves à l’astre solaire qui semble plus clément.
Encore grelottant dans leur parure dénudée, ils vous content leurs gloires passées, chargées de fleur et de verdure luxuriante en vous promettant qu’ils reviendront bientôt avec autant de vigueur. Et ce même quand le manteau de neige les enveloppe et que le Nouvel an solaire n’est pas encore arrivé comme cette année : sur la neige, on voit que la lumière solaire commence à perdre sa dureté métallique du plein hiver. De leur côté, oursons se rendent compte, non sans regret, que la moitié de leurs longues vacances scolaires se sont écoulées.
Ipchun ou La mise en place du printemps
En Asie du Nord-est, en Corée, en Chine, au Vietnam et au Japon, nous célébrons, le trois ou le quatre février, le printemps qui se profile enfin à l’horizon, bien qu’il faille attendre encore environ un mois et demi pour assister à la première floraison de l’année.
Ce jour s’appelle 立春 (Ipchun 입춘 en coréen, lichun en chinois, Lập xuân en vietnamien et risshun en japonais), littéralement traduisible en « mise en place du printemps » ou « l’établissement du printemps. » Il s’agit de la première « période saisonnière (節氣 절기) » du calendrier solaire traditionnel utilisé dans cette région pour l’agriculture.
Ce dernier divise en 24 points le cycle de la révolution de la terre autour du soleil. Naturellement, les deux solstices et les deux équinoxes en font les quatre piliers principaux. Alors qu’on utilisait le calendrier lunisolaire pour des évènements officiels, ce calendrier solaire était parallèlement pris en compte notamment pour l’agriculture. Il fut largement diffusé dans la péninsule à l’ère de Goryeo (918-1392). A l’époque de Joseon, ces 24 segments saisonniers étaient des jours fériés pour les fonctionnaires d’Etat avec des fêtes traditionnelles lunaires, tels que le Nouvel an lunaire (seollal) ou chuseok (fête traditionnelle des récoltes).
Afin de célébrer le printemps qui se profile à l’horizon malgré la température qui reste basse, à la Cour, on fit préparer pour le roi un plat qui s’appelait « osinban» ou « osinchae ». Composé de cinq légumes primeur très épicés, ce plat était censé raviver la sève endormie pendant l’hiver. Un préparatif pour un « retour au printemps (회춘回春 ) » en quelque sorte.

Quant aux paysans, ils passaient en revue l’état de leurs champs et de leur matériel. De leur côté, les femmes procédaient à un grand nettoyage de la maison pour être prêtes à accueillir le printemps. Ils organisaient également différentes cérémonies shamaniques pour souhaiter de bonnes récoltes, donc, la prospérité et chasser de mauvais esprits.
Force est de constater, cependant qu’on a quelque peu oublié ces pratiques. Mais il en reste une que certains de mes compatriotes exercent encore. C’est de mettre une sorte d’affiche devant la porte ou sur les piliers de la maison, sur laquelle sont écrites à l’encre ces phrases en caractères chinois : 입춘대길 立春大吉, 건양다경 建陽多慶 (ip-chun-dae-gil, geon-yang-da-gyeong, selon la prononciation à la coréenne).


Bon ipchun à tous !
Note : Hasard du calendrier ? De votre côté, vous avez fêté, hier (le 3 février), la Chandeleur avec des crêpes. Ces deux fêtes ont pour point commun de rendre honneur au soleil. Car ce jour-là, il a parcouru la moitié du chemin qui mène du solstice d’hiver, sa première offensive contre l’ombre, à l’équinoxe de printemps, son premier triomphe contre l’obscurité.
