Il y a 76 ans jour pour jour, la Corée du Nord a envahi la Corée du Sud, le 25 juin 1950 et ce, sans déclaration de guerre. Pour rappel, la Corée fut divisée en deux parties au lendemain de la seconde guerre mondiale à l’instar de l’Allemagne.
Suite à la libération du joug coloniale japonaise en 1945, un régime communiste pro-russe s’installa au nord du 38e parallèle. Quant à la partie sud, un gouvernement libéral démocratique proche des USA vit le jour suite aux élections législatives tenues en mai 1948. Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire de cette division, cliquez sur ce lien. Car ca me fait tellement mal au cœur d’en parler, ne serait-ce qu’en résumé.
Origines de la partition de la corée en deux
Pourquoi la Corée est divisée en deux et depuis quand ? Je reçois régulièrement cette question mais je n’ai pas trop osé aborder ce sujet douloureux qui renvoie à la Guerre de Corée.
Avant, la Corée formait un Etat unique depuis plus de mille ans. Donc, cette scission était un choc pour la plupart des Coréens qui n’arrivèrent pas à y croire. Cette invasion surprise de la Corée du Sud par l’armée nord-coréenne était ressentie d’autant plus comme un acte de trahison pour ceux qui restaient dans le sud. Cet envahissement choqua également les Coréens expatriés, comme Juliette Morillot a décrit dans son nouveau roman « Entre la terre et le sang » sorti en mai dernier.
L’armée sud-coréenne, prise au dépourvu, dut se reculer jusqu’au fleuve de Nakdong traversant la région sud-est du pays. Heureusement, deux jours après l’éclatement du conflit, Le 27 juin, le Conseil de sécurité de l’Onu décida d’envoyer du renfort au secours du Sud. 16 pays, dont les Etats-Unis, le Canada, la Belgique, la France et Luxembourg, dépêchèrent leurs combattants vers la péninsule.
C’est alors que l’armée populaire chinoise intervint en novembre 1950 et que les forces des l’Onu furent obligées de battre la retraite. L’Onu appela Pékin en février 1951 à se retirer mais en vain. Dès lors, de multiples batailles se poursuivirent aux alentours du 38e parallèle, en faisant des sacrifices inutiles, voire absurde, dans les deux camps.
En parallèle, les négociations entre les belligérants débutèrent en juillet 1951, à Gaeseong, ville située en Corée du Nord qui fut également la capitale de la dynastie de Goryeo (918-1392).
Deux ans après, on assiste aux derniers combats en Corée, le 27 juillet 1953, les belligérants finirent par signer un accord de cessez-le-feu. Pas un accord de paix… ce qui fait que les deux Corées sont officiellement encore en guerre.

Bilan : environ 3,7 millions de personnes furent tuées, plus de 100 000 enfants perdirent leurs parents.
Ce terrible conflit fratricide, appelé « guerre oubliée » à l’étranger, reste encore bien présent ici.
Mon père avait trois ans et ma mère un an quand la guerre éclata. Mon père avait de la chance comme il vivait à Busan. Ma mère, bien moins, comme elle habitait à Séoul. Elle s’en souvient encore. Elle dut se réfugier avec sa grand-mère quand des avions nord-coréens et chinois bombardèrent la capitale et du choc quand elle entendit que sa grand-mère avait été tuée.
Les familles séparées de part et d’autre de la frontière intercoréenne, ce qu’on appelle ici, « la ligne de cessez-le-feu », durent passer toute leur vie loin de leurs proches bien aimés. Et la plupart d’entre eux sont aujourd’hui morts, sans jamais avoir revu leur famille.
Je tiens à saisir cette occasion pour remercier les pays et leurs soldats qui n’ont pas hésité à voler au secours de la Corée du Sud pour défendre sa liberté. Sans eux, le pays du Matin clair tel que vous connaissez aujourd’hui, n’auraient pas pu exister. Et les sud-Coréens n’ont pas oublié leur sacrifice et s’en souviendront.
Une division héritée de la Guerre froide à l’origine d’un combat fratricide
Juste avant la capitulation de Tokyo, le 15 août 1945, l’armée soviétique participa à la guerre contre l’Archipel et s’empara aisément la Manchourie, située au nord de la péninsule, occupé par le Japon. Puis, elle descendit jusqu’à Pyongyang, actuelle capitale nord-coréenne. Cela inquiéta fort Washington qui craignit une éventuelle communisation de la péninsule. Il lui fallait au moins la partie sud qui servirait de pare-chocs dans le continent eurasien. Les USA proposèrent alors à l’Union soviétique de diviser le pays en deux. Comme ils le firent avec l’Allemagne. Marché conclu.
Ainsi, peu après la libération, l’armée américaine débarqua et déclara qu’elle administrerait la partie sud jusqu’à ce que le premier gouvernement coréen vît le jour. L’Union soviétique fit de même au Nord.
Les toutes jeunes Nations unies se préoccupèrent gravement d’une telle situation et adoptèrent, en novembre 1947, la résolution qui préconise que les mêmes élections législatives devraient avoir lieu dans toute la Corée pour éviter la partition du pays.
Trop tard. Moscou rejeta cette proposition. L’armée américaine et les pro-américains ainsi que les anciens collabos organisèrent les législatives seulement dans la partie sud de la péninsule. Ce qui provoqua une vive protestation auprès de la majorité de la population. Déjà, la plupart des Coréens étaient fort mécontents que des armées étrangères gouvernement la péninsule ne se serait-ce que momentanément, après avoir divisé leur pays en deux sans les avoir consultés. Pour eux, c’était une humiliation tout aussi insupportable que l’occupation japonaise. Et la contestation était plus vive dans la partie sud car l’armée américaine fit preuve d’une nullité totale dans l’administration du pays.
D’abord, elle garda aux postes clés les fonctionnaires « qui ont vendu le pays » avec le Japon. Le terme « vendeur du pays » est, en Corée, l’équivalent de collabo, qui désigne des Coréens qui ont exploité leur propre peuple pour leur bien personnel. En revanche, l’Union soviétique liquida tous les collabos. Donc, au moins au nord, la justice fut faite.
Ensuite, elle adopta trop hâtivement le système de marché pour les biens de consommation essentiels, notamment le riz, alors que la productivité du pays était au plus bas après 35 ans d’exploitation nipponne. Ce qui provoqua une inflation intenable. Enfin, les Américains procédèrent à une réforme agraire catastrophique et inéquitable en faveur des propriétaires fonciers riches dont beaucoup étaient des collabos, ce qui suscita l’indignation générale chez les pauvres paysans. En revanche, au nord, l’armée soviétique effectua une redistribution des terres plus efficace et équitable.
Des manifestations et des soulèvements se succédèrent partout dans le pays. Le plus sanglant fut celui de Jeju dont je parlerai dans mon post prochain. L’armée américaine réprima sévèrement tous ces mouvements contestataires, ce qui exacerba le sentiment anti-américain.
Au nord, même si Moscou était un peu mieux apprécié que Washington dans le sud, il ne pouvait satisfaire toute la population. Les persécutés, à savoir, les anciens vendeurs du pays, les propriétaires fonciers, les partisans de la démocratie libérale et les chrétiens, se réfugièrent dans le sud.
A l’époque, c’était très facile car on pouvait franchir aisément la ligne qui sépare les deux Corées. Ils devinrent les partisans les plus fidèles des USA. C’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de protestants sont de droite et pro-américains.
Sur ce fond aussi houleux, l’armée américaine réussit à organiser les législatives comme prévu, le 11 mai 1948. Les députés élaborèrent la Constitution fondatrice de la Corée du Sud et élurent le premier président, Rhee Syng-man. Ce n’était pas étonnant parce qu’indépendantiste pro-américain, il avait le soutien inconditionnel de Washington. Il sera renversé 12 ans plus tard, en avril 1960, par le peuple qui se souleva contre la présidentielle falsifiée qui lui permit de prolonger son mandat présidentiel.
De son côté, le premier gouvernement communiste nord-coréen fut lancé en septembre 1948. La division de la Corée fut ainsi scellée : la République de Corée au sud et la République démocratique populaire de Corée au nord. C’était la première fois depuis 10 siècles que le pays se vit ainsi fracturé.
Et deux ans plus tard, l’une des pages les plus tragiques du pays s’ouvrit pour les Coréens, que ce soit du Sud ou du Nord. L’armée nord-coréenne envahit le sud sans avoir déclaré la guerre, le 25 juin 1950. Le conflit fratricide se poursuivit jusqu’en juillet 1953.
La péninsule coréenne divisée d’abord le long du 38e parallèle nord, puis le long de la ligne de démarcation.
