« Que ça te serve la leçon » correspond à la réalité coréenne ? Cette série a eu un succès en Corée, y compris les élèves et leurs parents, malgré une poignée de râleurs. A tel point que le nouveau superintendant de la province de Gyeonggi (l’équivalent coréen de l’île de France) a proposé de créer un organe visant à rétablir l’ordre scolaire, semblable à celui du drama. Comment et depuis quand la Corée en est arrivée à la situation décrite par le drama Que ça te serve de leçon ? Comme d’habitude, je vais vous raconter un récit personnel basé sur mon vécu sur ce sujet sensible.

L’autorité, un principe de l’éducation des élèves en Corée du sud
Jusqu’à ce que je finisse mon lycée en 1998, les enseignants jouissaient d’un pouvoir absolu. Les élèves les craignaient et les parents les vénéraient. Les régimes autoritaires qui dirigèrent la Corée entre 1961 et 1987 prônèrent, d’ailleurs, une discipline de fer à l’école à l’instar de l’armée. Or, les détenteurs d’une puissance non-contrebalancée sont souvent guettés par la tentation d’’abus et de corruption. Certains se livraient à des violences physiques et/ou verbales envers leurs élèves parfois sans causes valables, d’autres recevaient des pots-de-vin.
Ceci dit, la plupart de mes profs que j’ai connus étaient dévoués et respectables. Ils ont employé leur autorité à bon escient afin de mieux faire leur travail : effectuer une « vraie éducation » au service des élèves, ce qui est également le titre original en coréen de la série. Ils étaient exigeants à la fois pour les études et la discipline. Dans cette perspective, ils étaient libres DE recourir à différentes sanctions, y compris des punitions corporelles. J’ai encaissé, par exemple, pas mal de petits coups de baguette sur mes paumes quand j’avais oublié d’apporter mes devoirs, etc. Au collège et au lycée, les garçons qui importunaient les autres recevaient des gros coups de bâton sur leurs fesses.
Les enseignants pacifistes n’étaient pas moins sévères : ils faisaient nettoyer la salle de classe ou les toilettes après l’école. Si les élèves récidivaient ou perpétraient des grandes fautes comme DE la violence à l’école, leurs parents étaient convoqués. Ces derniers s’excusaient d’avoir mal ÉLEVÉ leurs petits et de retour à la maison, ils punissaient encore plus sévèrement leurs enfants qu’à l’école.
Vers plus de liberté depuis la fin des années 1980
Dès la démocratisation du pays en 1987, l’esprit de la liberté se propagea jusqu’à l’école au fil des ans. Un peu comme en Occident après la révolution de mai 1968. Depuis le début des années 2010, une série de législations visant à garantir les droits des élèves et des enfants fut mise en place. A partir de 2010, la charte des droits des élèves fut adoptée dans plusieurs municipalités. En 2014, la loi contre la maltraitance des enfants fut adoptée. Contrairement au premier cas, cette dernière visait plutôt à prévenir la violence au sein de la famille. Entre-temps, les psychologues se mirent à se mêler de l’éducation pour, au départ, protéger les enfants contre la pression des parents et des écoles pour de bons résultats scolaires.
En même temps, une nouvelle génération de parents, nés à peu près aux alentours de 1980, arriva. Certains d’entre eux étaient beaucoup plus gâteux vis-à-vis de leurs enfants que ceux de la génération de mes parents. Ils ne supportaient pas que leurs rejetons soient grondés par qui que soit, y compris par les enseignants, même lorsque ces derniers se comportaient mal.
A l’école, ces parents haussaient la voix. Les moindres gestes ou mots destinés à corriger les mauvais comportements de leurs rejetons furent perçus comme une « atteinte aux droits des enfants et des élèves » et de la « violence physique et/ou morale. » Même quand les enfants se blessaient eux-mêmes par leur faute, les enseignants étaient accusés de « maltraitance par négligence. » Ces géniteurs abusaient de la législation et des conseils des psychologues « pour ne pas traumatiser leurs petits » à grand renfort de harcèlement et de procès. D’un autre côté, prêts à tout pour la réussite scolaire de leurs petits, ils les inscrivaient à toutes sortes d’instituts privés (hakwons). Cela les rendit encore moins respectueux à l’égard des enseignants des écoles.
Bref, en cherchant à remédier à l’abus de certains enseignants, on en vint à assister à celui de certains parents. Tellement soucieux de prévenir l’abus de certains enseignants, les décideurs politiques n’avaient pas songé à assurer un minimum de marge de manœuvre susceptible de faire asseoir l’autorité des professeurs. Les autorités se montraient impuissantes, par exemple, à l’assaut des parents des harceleurs de leurs copains. Ils défendirent leurs rejetons au nom de l’interdiction de la maltraitance des majeurs contre les mineurs. Et ces jeunes criminels jouissaient de tous les droits qui leur revenaient en raison de leur statut de minorité alors qu’ils bafouaient en toute impunité les droits des autres élèves à rester dignes et à recevoir l’éducation dans un environnement sécurisé. Côté études, des devoirs, des examens, des notations, classement des élèves par note, furent souvent attaqués comme « une pression qui risque de heurter la sensibilité des petits. »
Tout cela a conduit inéluctablement au nivellement vers le bas et l’effondrement de la discipline.
Beaucoup de parents « normaux » qui sont plus nombreux que ces géniteurs gâteux bruyants ont perdu leur confiance en l’enseignement public. Cela explique, entre autres, la prolifération des hakwons dès les jeunes âges.
« Il était grand temps qu’une série traitant ce sujet sorte. », comme l’a résumé mon mari. Je trouve très positif que cette série ait ouvert le débat sur ce problème. J’espère que notre pays fera preuve de sa résilience légendaire en la matière.
