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Mohabbat Zindabad : un court métrage indien très touchant


Il n’y a pas d’amour heureux. Mohabbat Zindabad, peut-être mon court-métrage indien préféré jusqu’à présent sur la thématique de l’homosexualité, m’évoque le poème d’Aragon. En Inde, c’est un sentiment très prégnant que je ressens et je comprends que ça ne vous donne pas envie de vous confronter à des histoires de souffrances ou qui ne font pas rêver. Oser aimer une personne du même sexe suppose déjà du courage dans certains pays, mais savoir apprécier son bonheur et aspirer au rêve d’être simplement ensemble n’est pas forcément plus évident et l’amour a un prix : l’acceptation ou la perte ?

mohabbat zindabad indian short movie gay (1)

Après des mois intensifs d’exploration des contenus gays ou bl indiens, tous formats, si je devais recommander un seul court métrage, en dehors de Sisak qui est pour moi une magnifique et fiévreuse conversation silencieuse avec les désirs cachés que tant d’hommes ont longtemps du refouler, ce serait Mohabbat Zindabad réalisé et écrit par Vishal Nahal. Je n’essaie pas de vous « vendre » des histoires gays indiennes à tout prix, mais ce beau court métrage, tout simple mais puissant, basé sur une histoire élémentaire, d’environ 21 min découpé en deux parties, pourrait vous convaincre de découvrir cet univers si ce n’est déjà fait. J’aime sa capacité à aller à l’essentiel. Il témoigne de l’amour brûlant d’Ankit et Joy et incarne la question de l’acceptation personnelle à travers un double sacrifice.

De mon point de vue, c’est celui qui condense le mieux en peu de temps et avec peu d’effets dramatiques et une grande justesse, la problématique clé en Inde : le choix de la conformité sociale et culturelle de nombreux hommes face au rite quasi incontournable du mariage malgré la perspective d’une vie conjugale malheureuse ou fondée sur la tromperie.

L’amour suffit-il pour donner le courage de se battre pour vivre avec la personne qu’on aime? La communication est l’épine dorsale de toute relation, mais cela ne signifie pas que les réponses soient celles attendues. Mohabbat Zindabad livre sa réponse face à ces conflits intérieurs et ces enjeux de couples clandestins qui font les mariages malheureux et des vies de regrets. Il est vraiment émouvant et profond pour marquer durablement, que ce soit sur le plan de la sincérité des échanges entre les personnages ou pour l’authenticité du jeu d’acteur de Harshit Dang et Akshay Datta, qui donne l’impression d’être au coeur de ce couple alchimique, en train de vivre ses questionnements et ses déchirements. Il manque de visibilité, alors qu’il mérite d’être vu au moins pour comprendre ce qu’est encore le poids des injonctions sociales et familiales, bien que l’Inde ait dépénalisé l’homosexualité et supprimé l’article 377 hérité du code colonial britannique (lequel rendait les actes homosexuels passibles de prison et de lourdes amendes).

mohabbat zindabad

Outre tout le travail subtil autour des regards, des gestes et des étreintes, Mohabbat Zindabad bénéficie d’une richesse narrative pas très fréquente dans les BL indiens (hormis dans Made in Heaven et quelques rares films) et s’appuie sur des dialogues nourris pour comprendre les dilemmes entre les sentiments (si forts soient-ils), les perceptions de la société et le regard des familles qui même si elles sont invisibles pèsent dans les consciences comme un élément déterminant de sa propre identité sociale. Et pour beaucoup il n’y a d’autre choix que d’emprunter la voie de la normalité en renonçant à son bonheur personnel, à ses propres désirs et besoins et à sa liberté individuelle.

Homosexuel ou pas, cette problématique des mariages arrangés donc souvent sans amour est un élément central de la société indienne, mais pour ces hommes qui ont conscience de leurs sentiments et de leurs désirs et qui vivent cachés pour essayer de ne pas complètement renoncer à leur intimité, la perspective du mariage, soutenue par les familles au mépris du bonheur de leurs enfants, reste toujours une épreuve, douloureuse et poignante où l’amour ne triomphe pas forcément. Qu’est-ce que le courage en amour ?

mohabbat zindabad court métrage indien homosexualité (1)

Attention risque de spoilers.

Entre pragmatisme, lâcheté, détermination et conscience de ce qu’on est et de ce qui fait son bonheur, Mohabbat Zindabad privilégie le réalisme pour retranscrire toute la douleur intime de ces amours partagés qui sont pourtant souvent voués au mensonge, à la répression de ses désirs et à la fuite. Car renoncer à un grand amour, c’est aussi passer sa vie à se mentir à soi-même, trahir les sentiments d’autrui, et fuir continuellement pour se soumettre aux attentes de la société qui transcenderaient tout et surtout les nécessités individuelles. Peut-on juger celui qui refuse le combat et en déduire que ses sentiments ne sont pas assez solides? Evidemment, c’est bien plus complexe que ça, et cela rend la situation d’autant plus bouleversante.

Episode 1 :

Episode 2 :

Cette histoire fait écho à ce poème de Aragon

Rien n’est jamais acquis à l’homme

Ni sa force Ni sa faiblesse ni son coeur

<i>Et quand il croit Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix

Et quand il croit serrer son bonheur il le broie Sa vie est un étrange et douloureux divorce

Il n’y a pas d’amour heureux Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes Qu’on avait habillés pour un autre destin

A quoi peut leur servir de se lever matin Eux qu’on retrouve au soir désoeuvrés incertains

Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes

Il n’y a pas d’amour heureux Mon bel amour mon cher amour ma déchirure

Je te porte dans moi comme un oiseau blessé Et ceux-là sans savoir nous regardent passer

Répétant après moi les mots que j’ai tressés Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent Il n’y a pas d’amour heureux Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard

Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l’unisson

Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson

Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson

Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare

Il n’y a pas d’amour heureux Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur

Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri

Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri*

Et pas plus que de toi l’amour de la patrie

Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs

Il n’y a pas d’amour heureux

Mais c’est notre amour à tous les deux.</i>

Sandrine Monllor (Fuchinran)

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