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Sur la route des églises et monastères serbes orthodoxes en Krajina

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La Cetinjska Krajina n’est pas qu’une région donnant rendez-vous avec la rivière Cetina, qui s’étire depuis sa source en Dalmatie du nord près du village de Cetina jusqu’à son delta à Omis. Dans cette région assez méconnue à l’intérieur des terres dalmates, marquées par les paysages karstiques, se trouvent des églises et des monastères serbes orthodoxes, qui racontent des siècles d’histoire et de cohabitation religieuse tourmentée depuis le Moyen-Âge.

La découverte de la rivière Cetina est l’occasion de se plonger dans l’histoire culturelle et religieuse orthodoxe, qui témoigne de la longue présence serbe en Krajina. Les églises serbes dépendent de l’éparchie de Dalmatie (Епархија далматинска ; Eparhija dalmatinska) qui constitue une circonscription de l’église orthodoxe serbe en Croatie, dont le siège est basé à Šibenik. Sur chaque route qui vous mènera jusqu’à la source de la Cetina ou le long du cours des 120 km de la rivière, vous devriez croiser quelques uns des églises et des monastères serbes orthodoxes qui vous initieront une voie vers cet héritage sacré. Croyant ou pas, une étape s’impose pour ouvrir une page d’histoire et de cohabitation religieuse assez compliquée…

Source de la rivière Cetina à Cetina

L’église de saint Sauveur à Cetina, une église préromane très importante pour les Croates

crkva sveti spasa cetina

A Zagora Cetina, près de Vrlika et de Vrelo Cetine, vous devriez passer devant l’église du salut et du saint Sauveur Crkva Sv. Spasa de Cetina qui malgré son état de destruction important, constitue l’un des plus importants édifices de la période préromane.

Cette église du Saint Sauveur aurait été construite à la fin du IXème siècle à la demande du maire de Gastika, Gostiha, en mémoire de sa mère et de ses fils, sous le règne du prince Branimir de Primoska. Elle aurait été entourée de quelques 1100 tombes, ce qui en fait l’un des cimetières médiévaux les plus grands de la région. Sur le plan architectural, l’église du saint Sauveur, a été construite avec de grosses pierres comme les forts médiévaux, un plan à nef unique, un puissant clocher à son entrée et des murs soutenus par des colonnes semi-circulaires.

église de saint sauveur à cetina
intérieur de l'église du saint sauveur de cetina en ruines

Les riches découvertes archéologiques attestent que 800 tombes dont les premières remontent à 1162 ont été retrouvées à l’intérieur même de l’église. C’est en 1492 que les Ottomans détruisent une grande partie de l’église, qui demeurera durablement dans cet état. A cette époque, tandis que la forteresse de Vrlika servait de place forte sous la protection de laquelle s’étaient placés les habitants des environs de l’église, la zone était peuplée par des catholiques croates, des orthodoxes serbes et grecs et des musulmans bosniaques de plus en plus nombreux à partir du XVIIème siècle. D’où la présence de tombes de plusieurs communautés.

Pourtant, dès la fin du XIVème siècle, l’église du saint Sauveur avait été transformée (cloisonnement des fenêtres, fermeture par une porte de fer sur le côté droit à la place de l’entrée par la façade) et occupée par les Serbes qui sous l’initiative de l’Eglise orthodoxe serbe en firent l’église de l’Ascension du Christ, dédiée à la liturgie orthodoxe pour les colons serbes établis dans la région. Cela explique pourquoi les Serbes n’attaquèrent pas cette église, lors de la guerre de Croatie, alors que les Croates avaient choisi ces ruines pour accueillir des pèlerinages, processions et cérémonies en l’hommage du Saint Sauveur.

crkva sv. spasa à cetina
tombes entourant l'église de saint sauveur et de la sainte ascension à cetina

Compte tenu de son histoire, l’église saint Sauveur de Cetina reste une église très importante dans l’esprit des croates, qui en font un lieu symbolique.


Les Monastères serbes de l’éparchie de Dalmatie

La Dalmatie compte 6 monastères serbes orthodoxes : le monastère de Krka, de Krupa, de Dragovic, de Lazarica, d’Oćestovo et le monastère Monastère Saint-Basile-d’Ostrog de Crnogorci. A n’en pas douter, les monastères de Krka et de Krupa, qui jouissent d’un environnement exceptionnel dans les canyons des rivières Krka et Krupa, sont les plus incontournables, en raison de la richesse de leurs icones et trésors et de la vivacité de ces lieux spirituels majeurs pour l’orthodoxie en Croatie.


Monastère de Krka ; l’un des plus beaux monastères serbes orthodoxes de Dalmatie

Le monastère de Krka fait partie de l’aire culturelle et historique du parc national de Krka, qui ne se limite pas au sentier autour de la chute circulaire de Skradinski buk, contrairement à ce que croient certains touristes. Empruntez la route 59 vers Kistanje et suivez les panneaux marrons avec un monastère qui indiquent le monastère serbe orthodoxe de Krka. Que vous soyez croyant ou non, concevez cette étape comme une découverte culturelle. Les moines du manastir Krka sont très accueillants et produisent un vin que j’ai beaucoup apprécié, donc si vous aimez ramener des souvenirs culinaires et viticoles dans vos bagages, ce sera l’occasion.

Parc national de la Krka - Monastère Saint-Michel Archange
Parc national de la Krka – Monastère Saint-Michel Archange
monastère de krka près de kistanje
monastère serbe orthodoxe de krka
monastère de krka manastir krka

Ce monastère serbe orthodoxe rappelle la longue présence serbe en Dalmatie notamment en Krajina.. Ne confondez pas le monastère de Krka avec le monastère catholique de Visovac situé sur un îlot dans le parc national de Krka … Car Krka, ce sont aussi des lieux de résistance, une ligne de démarcation religieuse et historique. Comme le monastère Visovac, le Monastère Krka dédié à l’archange Saint Michel (Sv.Arhandjela Mihajla) témoigne de la complexité de l’histoire régionale… et des nombreuses tentatives d’invasions auxquelles les moines ont du s’opposer… avec plus ou moins de réussite… Il a été construit sur les catacombes et des vestiges datant de l’époque romaine. Les premières mentions renvoient à la dotation faite à la princesse serbe Jelena Šubić, soeur de l’empereur Dusan, mariée au prince croate Mladen II Šubić.

clocher du monastère de krka
monastère de krka clocher
monastère Krka en dalmatie
moine orthodoxe dans la cour du monastère de krka

Rattaché à l’éparchie orthodoxe de Dalmatie, le monastère de l’archange Michel daté du XVème siècle, est lové près de la rivière. Entouré de prés où paissent les moutons et se reposent les chevaux et les ânes, ce centre spirituel majeur pour l’orthodoxie en Croatie semble si paisible malgré les affres nombreux de l’histoire qui ont entraîné sa destruction à plusieurs reprises au cours des siècles. On parcourt le petit musée avec quelques copies d’ouvrages rarissimes que recèle la bibliothèque. Pénétrez dans l’église et la chapelle pour admirer au moins l’icone du saint protecteur Michel et l’icone de la Vierge à l’enfant, qui est l’une des oeuvres notables.

clocher du monastère krka depuis les prés environnants

Monastère de Dragovic à Koljana

Le monastère de Dragovic reflète la nécessité pour les serbes de développer des lieux de prières, alors que les populations de serbes venus de Bosnie se sont établis en Dalmatie du nord. Koljane près de Vrlika est un hameau dans lequel a été établi autour de 1395 le monastère serbe orthodoxe de Dragović, dédié à la naissance de Saint Theotokos. Bâti sur une colline sur l’aval de la rivière Cetina, le bâtiment originel n’a pas résisté à un mouvement de terrain lié aux grands travaux ordonnés en 1959 par les communistes, en vue de créer la réserve d’eau du lac de Peruca pour alimenter la centrale hydroélectrique Peruca, qui alimentait la région de Sibenik. Les curieux n’en découvriront que les vestiges des murs près de la Cetina.

Ruines de l'ancien monastère de Dragovic
ruines de l'ancien monastère de dragovic
Ancien monastère de dragovic en ruines
Restes des murs du monastère de Dragovic
Ruines de l'ancien monastère de Dragovic
Ruines de l’ancien monastère de Dragovic
au loin le monastère de dragovic sur une colline bordant le lac peruca

Le nouveau monastère de Dragovic a été fondé tout près sur une autre colline. L’histoire rappelle que le monastère de Dragovic est le fruit d’une commande du roi de Bosnie Tvrtko I Kotromanić, qui souhaitait faire de ce lieu le premier site de l’église bogomile de Bosnie sur un territoire nouvellement conquis, alors que la Bosnie voyait ses frontières s’élargir rapidement. D’église catholique, le monastère de Dragovic devint orthodoxe, alors que la région de Dalmatie du nord subissait diverses agressions.

panorama sur le monastère serbe orthodoxe de dragovic et le lac de peruca en dalmatie
nouveau monastère de Dragovic à koljane en dalmatie du nord

A la faveur de l’occupation ottomane en Bosnie Herzégovine et en Dalmatie, à partir de 1480, le monastère connut une série d’agressions et de transformations. Les habitants des environs ayant été expulsés ou tués par les Ottomans, les moines furent à leur tour contraint d’abandonner le monastère pendant des décennies qui furent particulièrement difficiles, puisqu’à l’incertitude du devenir géopolitique de la Dalmatie, partagée entre les convoitises des puissances de l’Empire Ottoman et de la République de Venise, se sont ajoutés la famine et le manque de tout en Cetinska Krajina. En 1585, la situation poussa les moines orthodoxes à quitter à nouveau pendant plus de 70 ans l’établissement, pour le monastère de Grabovac en Serbie et pour la Hongrie. En 1619, une nouvelle attaque des Ottomans aboutit à des destructions dans le monastère.

1694 marque le renouveau momentané du monastère de Dragovic, puisque Monseigneur Nicodème Busović  ordonne sa restauration. Une nouvelle attaque ottomane contraint les moines à trouver refuges dans les territoires de la république de Venise, précisément dans la village de Bribir où ils fondèrent une communauté sur les terres autour de Kistanje données pour assurer leur survie. Le Traité de Karlowitz  signé le 26 janvier 1699 en vue d’établir la paix et de meilleures relations entre l’Europe centrale et l’empire ottoman, marque un tournant dans la région. Les ottomans ayant été repoussé et perdu des terres, le gouvernement vénitien décide d’accroître l’influence catholique jusqu’à transformer l’église de Bribir en église catholique, tout en autorisant les moines à revenir au monastère de Dragovic, ce qu’ils feront.

En 1758, Stefan Ljubobratic entreprit de rénover le monastère qui fut totalement restauré dans le courant du XVIIIème siècle, avec notamment la reconstruction du complexe où vivaient les moines et la réparation de l’église au XIXème siècle. Pourtant, en 1777, les moines avaient essayé de déplacer le monastère de Dragovic en fondant un nouveau site dans les vignes de Vinogradi, sous l’initiative du Jeromonah Vikentije Stojisavljevic. Le coût trop important de l’initiative rendit l’entreprise bien plus longue que prévue et ce n’est qu’en 1867 que ce monastère de Dragovic fut inauguré. Le bâtiment fut en grande partie détruit lors de la Seconde guerre mondiale, mais ce sont les travaux autour de la réserve hydraulique de Peruca qui achevèrent l’édifice. L’actuel monastère Dragovic a été construit avec quelques matériaux récupérés de l’effondrement.

nouveau monastère de Dragovic en dalmatie
église du monastère de dragovic
intérieur de l'église du monastère de dragovic

Monastère de Krupa ; le plus ancien monastère orthodoxe de Croatie

Tout aussi incontournable que le monastère de Krka, cap vers le monastère de Krupa Manastir Krupa, Манастир Крупа, dans la région du Velebit, partagée entre la Dalmatie du nord et la Lika Senj. Si vous venez de Zadar, prenez la direction Benkovac, Obrovac et près de Kastel zegarski et du village de Golubic, vous découvrirez le monastère de Krupa, le plus ancien monastère orthodoxe de Croatie construit en 1317 par des moines venus de Bosnie. Ce monastère est dédié à la Fête de la Dormition, c’est-à-dire, le repos éternel de tous les saints orthodoxes et des fidèles pieux morts. Attention à ne pas confondre avec le monastère de Krupa na Vrbasu dans la région de Banja Luka, et haut lieu spirituel serbe orthodoxe en Republika sprska, en Bosnie-Herzégovine.

Le monastère de Krupa ne doit pas son attractivité à sa seule situation dans le sud du massif de Velebit, à proximité de la rivière Krupa et de l’original pont de Kudin most, conçu à partir d’une succession de douze arches de blocs de travertins et autant de piliers pour les soutenir. Selon la légende, Kudin Most serait né d’une histoire d’amour entre deux villageois Kuda et Milijane, séparés par le cours de la Krupa. Par amour, Kuda aurait donc construit cet atypique pont reliant les deux rives et enjambant un série de 9 petites cascades, pour mieux rejoindre sa bien-aimée. Malgré son apparente fragilité et la dégradation de deux arches sur la rive droite, le pont a résisté depuis des siècles aux montées des eaux fréquentes en hiver et au printemps et constitue un ouvrage

kudin most sur la rivière Krupa en Dalmatie
kudin most sur la rivière Krupa

Certes, les paysages sauvages sont magnifiques, mais le monastère de Krupa a longtemps été peu connu des touristes et des guides de voyages, jusqu’à ce que l’intérêt pour le pont Kudin Most fasse de lui une étape évidente, lors d’une excursion dans le Velebit, depuis la Dalmatie du nord ou les environs de Plitvice. Pourtant, le monastère Krupa mérite tout votre intérêt, surtout si vous recherchez des sites à découvrir en une semaine ou plus, dans la région de Zadar. Plus de 700 ans d’histoire et un rôle crucial joué dans la défense de l’orthodoxie en Croatie dans l’éparchie de Dalmatie.

De l’extérieur, l’essentiel de la bâtisse du monastère Krupa avec murs en pierres de taille paraît imposante, d’autant qu’elle est protégée par une tour fortifiée. Si l’apparence rectiligne et assez simple de la façade parsemée d’une succession d’étroites fenêtres semi ovales et circulaires, rappelle le style architectural des maisons dalmates, elle cache en réalité une structure plus harmonieuse qu’on appréhende, en pénétrant dans l’enceinte du monastère.

monastère de Krupa
Monastère de Krupa en Croatie

Dès les premiers pas dans la cour, après avoir franchi la porte, on ressent l’atmosphère très particulière du lieu. En été, les touristes sont de plus en plus nombreux à faire une pause pour visiter le monastère de Krupa. Cependant, rien ne vaut une découverte hors saison. Le silence et la sérénité règnent et renforcent cette sensation d’apaisement, de recueillement, qui invite à se retrouver aussi un peu avec soi-même, à l’abri des agitations du monde moderne. A moins de tomber un jour comme le 25 Août, durant lequel les croyants viennent rendre hommage à la Vierge Marie ou à une heure spécifique, où le tintamarre des cloches et des simandres annonce une célébration. Ici, on n’est pas coupé du temps, mais on rentre dans un monde à part, rythmé par le travail et les prières des moines, et par ce je ne sais quoi, qui touche y compris quand on n’est pas forcément croyant. Un espace naturel joliment agrémenté d’oliviers, de cyprès, de hêtres et de fleurs. Manastir Krupa éblouit aussi par ses trésors d’orfèvreries et d’icônes et iconostases, ses livres saints vieux de plusieurs siècles, dont on peut admirer quelques oeuvres dans le petit musée.

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A propos de l'auteur

Voyageuse dès le berceau, je nourris un amour viscéral pour les pays d'Europe centrale et orientale, avec une prédilection pour les Balkans (notamment l'Ex-Yougoslavie...). Dans ces terres, qui m'ont enseigné beaucoup de leçons, au fil de quinze ans de découvertes, de rencontres et de hasards… je me retrouve parfois… tant elles sont insoumises, contrastées, passionnelles et contradictoires. J’essaie de me montrer curieuse de tout, de mettre de côté mes idées reçues, de découvrir les pays depuis les sites incontournables jusqu’aux plus inattendus, insolites ou traditionnels quitte à me perdre pour mieux me laisser surprendre. Je privilégie les rencontres, repas et hébergements chez les habitants, pour explorer les traditions, les cultures, l’histoire et les plaisirs culinaires typiques.J'essaie de faire d'Ideoz un espace éclectique et tourné vers les échanges et la rencontre avec les différences. Historienne, anthropologue et ethnologue de formation.   Me contacter par mail? En savoir plus sur moi et sur le projet IDEOZ Voyage...

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