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Life in smokey blue : un bl profond, mature et introspectif

Life in smokey blue est un drama bl en 10 épisodes, adapté du manga en 8 volumes Smoke Blue no Ame Nochi Hare » (スモークブルーの雨のち晴れ) écrit par Hamada Kamome. A la manoeuvre on retrouve Takahashi Natsuki en tant que réalisateur. Il est connu pour des séries bl sensibles comme When it rains it pours et Jack O Frost et My personnal weatherman dans lequel il a officié comme scénariste. Ici le scénario est signé Hiraki Mari qui a signé les scripts des bl I Cannot Reach You et When It Rains, It Pours. Dans les rôles titres, Takeda Kouhei (Old fashionned cupcakes) incarne Azuma Sakutaro et Shibuya Kento celui de Kuji Shizuka Autant dire qu’avec ces belles références, impossible ou presque de ne pas avoir de grandes attentes au visionnage. 

life in smokey blue bl japonais affiche (1)

Synopsis : Sakutaro Azuma, ancien vendeur et représentant en médicaments très performant, traverse une période difficile et n’a plus d’emploi. A la veille de la quarantaine, il s’interroge sur sa vie. Un soir, dans un bar gay, il se fait draguer par un homme qui tente de le droguer pour abuser de lui, avant qu’un ancien collègue, Shizuka Kuji ne surgisse pour le secourir. Huit ans auparavant, les deux hommes, acharnés dans leur travail plus que dans leur quête amoureuse, ont cédé à leurs désirs et vécu une nuit passionnée, avant que Kuji ne quitte Azuma le lendemain avant son réveil sans un mot. Malgré cette réaction incompréhensible à l’époque, leurs retrouvailles font surgir ces souvenirs émus et vont leur donner l’occasion de se rapprocher. C’est alors que Kuji propose à Azuma de l’aider dans son travail de traducteur…

Entre introspection et éloge de la banalité du quotidien

Life in Smokey Blue ou l’excellence du génie japonais pour produire des oeuvres BL (boys love) profondes et matures, dont seul ce pays a le secret pour sonder l’âme et améliorer la connaissance de soi. Ce n’est pas qu’une pépite, digne de figurer parmi les plus beaux bl réalistes comme l’est à mes yeux More than Words. Ici l’introspection est la pierre angulaire de la dramaturgie. Tout est fait pour donner un sens à chaque lieu, à chaque objet et à chaque instantané, mettre chaque élément à sa juste place ou le nommer de la plus juste des manières. J’aime cette aptitude exceptionnelle à fignoler les détails avec un soin d’orfèvre et développer le langage non verbal et des sous-textes denses, bien au-delà de l’effort déjà si soigné d’écriture pour offrir une narration subtile et à plusieurs entrées… Ce genre de BL attendrissant et contemplatif est un régal que l’on savoure avec lenteur et avec une irrésistible envie de fouiller ensuite dans cette riche matière pour s’interroger aussi un peu sur soi-même et son rapport à sa vie.

life in smokey blue bl japonais azuma et kuji

Life in Smokey est un éloge à la banalité du quotidien entre ennui, incertitudes, peurs intérieures et nostalgie des souvenirs qui laissent en mémoire des bribes fragiles mais essentielles, et bien sûr l’empreinte des fêlures. Pas de quoi faire rêver. Et même l’histoire n’en est pas vraiment une. C’est juste la vie qui s’écoule, sans trop de heurts, mais sans trop de but non plus… Dans une éventuelle quête de ce qu’on nommerait le bonheur, la rencontre entre Sakutaro Azuma et Shizuka Kuji, c’est surtout une immersion en douceur dans la vie de quarantenaire en crise existentielle, qui mutuellement et l’air de rien, dans le plus grand respect de la sensibilité de l’autre, vont s’apprivoiser, se comprendre sans forcément parler et s’apporter ce dont ils ont besoin pour panser et même tenter de cicatriser leurs anciennes blessures. Comment donner du sens à leurs retrouvailles et transformer une seconde chance en vraie rencontre ?

life in smokey blue dégustation des sucettes glacées (1)
life in smokey blue sortie complice entre azuma et kuji

Attention risque de spoilers ⚠️⚠️

Quête de soi et rencontre entre deux solitudes

A travers leur travail autour de la traduction d’oeuvres, leurs tâches parfois insignifiantes émaillées de quelques confidences, ils partagent des moments simples qui composent la vie ordinaire et comblent leurs solitudes. Que dire des échos à la perte des êtres chers, à la mort de ce père qui a inculqué dès l’enfance l’amour des mots et la recherche du mot le plus juste pour communiquer l’intention de l’auteur, mais avec qui il semblait difficile de pouvoir échanger vraiment ?

La relation aux parents différente pour chacun des protagonistes définit aussi leur relation au reste de leur entourage, comme elle a pu impacter par le passé leur vie professionnelle, leurs choix de conformité ou ou la disparition le lendemain matin après un coup d’un soir entre collègues. Le travail de mémoire pour entretenir le lien entre le père et le fils opère au gré de ces moments passés à s’imprégner des odeurs des vieux livres, laissés en héritage et à se remémorer tout ce qui n’a pas pu s’exprimer. L’atmosphère d’une maison vieillotte, et bientôt vendue, où Kuji s’enferme dans des pièces sombres, s’alourdit encore lors des retrouvailles avec le frère à la vie en apparence accomplie qui porte pourtant lui aussi son lot de regrets et de ressentis frustrés difficiles à confesser. Cette ambiance pesante contraste tellement avec la légèreté et la nonchalance qu’insuffle Azuma par sa présence ou à l’occasion de leurs quelques sorties.

On explore aussi les divers degrés et sentiments d’infériorité aux manifestations insidieuses ou ce sentiment de dépendance affective par rapport à leurs proches ou à leur souvenir. Grâce à leur attachement complice et leur bienveillance, Sakutaro Azuma et Shizuka Kuji vont se faire grandir, résorber leur manque de confiance, résoudre une partie de leurs insécurités et vulnérabilités et trouver peut-être enfin leur équilibre. Une véritable autonomie et pourquoi pas une indépendance pour vivre leur vie en commun ?

Sandrine Monllor (Fuchinran)

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