Perfect propose est une jolie romance japonaise BL qui conjugue une histoire de bureau avec une cohabitation inattendue durant laquelle deux anciens amis vont se retrouver par hasard, voir évoluer leur relation jusqu’à ce qu’éclosent des sentiments mutuels.
En attendant la prochaine sortie du film Perfect propose annoncée pour octobre … un petit retour sur la série. Perfect propose (パーフェクトプロポーズ) tout en douceur et avec une infinie pudeur aborde des sujets comme la pression professionnelle confinant à l’épuisement et au burn out, les questions de la dévalorisation de soi et du sentiment d’abandon. A l’image des 6 épisodes (bien trop courts hélas) qui ont su aborder avec un tact très nippon (et assez inimitable) des sujets graves et sérieux comme le surmenage et les troubles physiques et psychologiques qu’il génère, le harcèlement des supérieurs dans le cadre professionnel, et la difficulté pour certains jeunes de survivre alors qu’ils sont livrés à eux-mêmes. Avec beaucoup de finesse, Perfect propose touche à ces thématiques douloureuses et éprouvantes, qui recèlent des traumatismes personnels difficiles à aborder et à partager et elle le fait en misant sur la tendresse, la bienveillance et la patience.

Synopsis : Hirokuni s’effondre dans la rue, car il manque de sommeil et ne parvient pas à faire face à la pression de son travail au point de plus manger ni dormir de façon satisfaisante. A sa grande surprise, il est ramassé par Kai, un jeune homme qu’il a connu plus de 10 ans auparavant et avec qui il était ami. Kai, qui n’a pas de toit pour loger, demande à Hirokuni le gête en échange de la préparation des repas et des tâches ménagères. Peu à peu, leur relation évolue et rend chacun indispensable pour l’autre.

Un bl dramatique entre difficultés professionnelles et routine quotidienne
Intensément japonaise sur le plan du rythme et des visuels, Perfect propose manie la subtilité des niveaux de langage, l’affection, l’intime et la discrétion sur le fond et la forme. Comme Our dining table, Let’s Eat Together, Aki and Haru ou What did you eat yesterday ? qui marient le culinaire à la romance, ou dans d’autres registres Cherry Magic, elle serait presque un archétype des séries yaoi dramatiques qui depuis quelques années travaillent sur la matière sociale et psychologique, sans forcément trop laisser paraître leurs ambitions pour ne pas résumer l’histoire à une romance et lui donner un sens bien plus solide et profond. Que ce soit grâce aux modes et niveaux d’expression différents entre le bureau et la maison, à un bel esprit contemplatif, la série déroule une collection des scènes du quotidien toutes simples qui éclairent les contrastes entre la routine laborale, les exigences pressurisantes et le train-train d’une maison de célibataire devenant un foyer.

Le travail de narration fluide et une relative économie de mots contribuent à rendre l’intrigue élémentaire, mais aussi très évidente et sans fioriture. Se déroulent à pas feutrés les fils des relations professionnelles et personnelles, des plus dures aux plus tendres, leurs imbrications éventuelles et tout ce qui se joue pour Hiro et Kai. Amis lors de leur enfance, séparés pendant 10 ans, leurs retrouvailles inattendues permettent à Hiro de prendre conscience de la vie pesante et peu satisfaisante qu’il mène. Se dévoilent aussi bien les traits caractéristiques de la société japonaise que les états d’âme des protagonistes et leurs sentiments très retenus et peu aisés à exprimer.
Une cohabitation tendre pour aborder des thèmes difficiles
Perfect propose condense les questionnements chers aux dramas japonais sur la tension entre les contraintes de la vie sociale et la capacité à penser à soi et laisser ses désirs et sentiments émerger face à la somme de contraintes et le processus de libération personnelle, si complexe à atteindre au vu des injonctions sociétales et de l’éducation qui conditionne les individus à accepter les sacrifices, les efforts et à s’ignorer au profit de l’intérêt collectif ou des supérieurs. On décèle ainsi les éléments de la culture d’entreprise et du travail toxique au Japon, avec ses rythmes oppressants qui méprisent le bien-être des employés pour simplement viser toujours plus de performances.
Contrairement à trop de bl, notamment du côté de la Thaïlande ou de la Corée, cette oeuvre prend très au sérieux ses thématiques et les traite en prenant autant de temps que nécessaire, alors que les amateurs de romance déploreront sûrement qu’elle se trouve souvent éclipsée par les scènes de bureau trop répétitives et un récit un tantinet monotone. Néanmoins, j’ai été sensible au fait que l’histoire d’amour n’occupe pas toute la place dans l’intrigue, et laisse chaque personnage se confronter à ses problèmes, sans attendre que l’amour agisse comme une baguette magique. Dans une dramaturgie sans heurts, la complicité entre Hirokuni et Kai et leurs moments de partage ou les tâches ménagères banales dans leur appartement apportent cette touche de légèreté appréciable et réconfortante. Cela n’empêche pas de ressentir de façon parfois poignante la souffrance d’Hirokuni, palpable tout du long malgré sa grande réserve, tandis que les difficultés psychologiques également anciennes et profondes de Kai se trouvent souvent masquées et restent longtemps cachées. C’est ce que j’ai le plus déploré, finalement.
Une romance EN DEMI TEINTE et trop éclipsée
Je n’ai pas été totalement embarquée par la romance, parce qu’elle manque de souffle et d’investissement émotionnel plus impactant. Cela est surtout dû au jeu quelque peu terne de Shunya Kaneko dans sa partition amoureuse. Il est très convaincant dans celle de l’employé au bout du rouleau, mais il ne transmet pas vraiment d’étincelles ou de frissons ou même suffisamment d’émotions fortes quand il prend conscience de ses sentiments pour Kai. Ce n’est pas lié à mon sens à la timidité excessive du personnage d’Hiro, mais plutôt au manque d’expressivité et à la relative fadeur de Shunya Kanedo lors des scènes plus intimistes, même si cela évolue heureusement à partir du 5ème épisode. Comme si la chrysalide se transformait lors d’une confession inattendue et agitait quelques papillons dans le ventre. Kai est d’ailleurs un personnage plutôt ambigü, qui aurait pu être un peu mieux travaillé, car il passe d’un comportement plutôt troublant au début, assez proche du chasseur, du prédateur prêt à tout pour conquérir le coeur de Hiro, à une fonction domestique qui évolue trop peu jusqu’au 4ème épisode. Heureusement que les confidences et aveux vont enfin permettre d’embrayer une nouvelle vitesse et réamorcer son impulsivité et son audace pour ne plus retenir ses sentiments et ses désirs de rapprochement.

Perfect propose ressemble à de délicieux bonbons au parfait équilibre, une petite bulle de bonheur, réjouissante et touchante, où les moments difficiles du passé pour Kai et Hiro, ravivés au gré des souvenirs, dessinent des perspectives de vie commune et façonnent un nouveau quotidien qui privilégie le partage à la solitude et à l’isolement. Elle alterne entre la sucrosité, une pointe d’acidité parfois dans certains rapports humains et une palette de sensations plus nuancées et agréables au palais. La série utilise à très bon escient et de façon savoureuse, au moins lors des premiers épisodes, la nourriture et les bons petits plats, pour recréer le lien symbolique très fort déjà tissé lors de l’enfance, nourrir les âmes fatiguées et donner à la relation entre Hiro et Kai une grande partie de sa suavité et de sa gourmandise.













