Dallas buyers club Rayon Jared Leto en transgenre séropositif

Dallas Buyers Club : entre urgence de la survie face au sida et incurie des pouvoirs publics américains

Dallas Buyers Club est un film dont on a beaucoup entendu parler en bien au début de l’année 2014. La performance des deux acteurs Matthew McConaughey et Jared Leto, oscarisés depuis, qui portent le film sur leurs épaules était l’une des explications majeures ; mais aussi une manière différente d’aborder le sida pendant les années où cette épidémie était mortelle quasiment pour tous.


Les idées exprimées ci-après sont issues d’un commentaire faisant suite à une remarque sceptique d’un ami sur facebook qui n’avait pas du tout apprécié Dallas Buyers Club. Ce n’est donc pas une critique élaborée, mais cet article condense mes impressions suite au visionnage de Dallas Buyers Club. Certes, sur ce site majoritairement dédié au voyage virtuel ou réel en Europe, les visiteurs ne s’attendent pas à un article sur Dallas Buyers Club, mais j’espère que vous apprécierez la lecture.

J’étais impatiente de voir Dallas Buyers Club. Principalement à cause de sa promesse différente : aborder enfin le sida autrement, sans forcément recourir au pathos, ni en choisissant des personnages empathiques et sympathiques. Si ce pathos a pu donner de beaux films comme Philadelphia ou Un compagnon de longue date, il est trop souvent le seul ressort utilisé pour parler du sida et des malades du sida (ou de toute autre maladie), sachant que le sida, idéologiquement, en raison de ses modes de transmission et des populations initialement touchées, reste une maladie tabou qui interroge et dérange bien plus qu’un cancer, une crise cardiaque ou un AVC. Pour avoir vu au moins 80 ou 90% des films ou téléfilms sur ce sujet, je m’attendais à un film dérangeant, remuant, capable de pointer surtout les choix économiques et le fonctionnement d’un système médical et pharmaceutique, qui préféra sacrifier des malades faute de pouvoir générer de l’argent, plutôt que de les aider à survivre en laissant certains condamnés se débrouiller pour créer des systèmes de soins alternatifs. Pourtant le film Dallas Buyers club, sur le papier très intéressant au demeurant, m’a déçue à plus d’un titre et laissé un sentiment mitigé.


Dallas Buyers Club, une présentation médiatique erronée ou tronquée


Tout d’abord, même si ce n’est pas un défaut propre au film, la présentation médiatique de Dallas Buyers club a évité de parler de ce qu’est vraiment le sujet au nom d’une rédemption chère aux américains et donc d’une trajectoire personnelle grâce à la maladie… Dommage ! Le sujet consisterait plutôt dans un décryptage du fonctionnement de l’Etat américain à travers la Food and Drug Administration pour préserver le monopole des compagnies pharmaceutiques officielles, quitte à ce que des malades meurent plus vite. L’enjeu dépasse une maladie encore méconnue : il faut tester l’efficacité des médicaments potentiels et empêcher tout recours à des médicaments alternatifs illicites, mais capables d’aider certains à mieux survivre ou mourir plus confortablement ou décemment à une époque où l’épidémie tuait les malades comme des mouches durant la 2ème moitié des années 80…

Je déplore aussi que dans les critiques, Dallas Buyers club ait été souvent acclamé presque unanimement pour la seule performance de McConaughey, négligeant de facto celle de Jard Leto, bien moins caricaturale et au moins aussi saisissante de réalisme que les prestations de Gabriel Garcia Bernal dans La Mauvaise éducation ou de Johnny Depp, schizophrène qui jongle entre un personnage d’officier cubain pervers et violent et celui du travesti BonBon dans Before night falls.  A Matthew McConaughey, on peut reconnaître surtout  le mérite de sa transformation physique grâce à un régime drastique (plus de 20 kg perdus) à la limite de la mise en danger et pour plus de crédibilité encore, un visage émacié et émaillé de tâches de Kaposi qui renvoie toujours brutalement à la réalité de la maladie et aux stigmates qu’elle imprègne sur le corps. Matthew McConaughey a de sacrés airs de Ron Woodroof et on ne peut être qu’impressionné par le quasi mimétisme obtenu dans certaines scènes si l’on observe quelques photos du véritable Ron.

En revanche, dans le jeu de Matthew McConaughey, abonné aux comédies romantiques avant une traversée du désert et une renaissance grâce à ce film, il y a peu de nuances et d’intensité de mon point de vue ; l’acteur reste monochrome et sans aspérité. Qu’un hétérosexuel ait l’air d’un vrai sidéen, serait-ce là la révolution cinématographique de Dallas Buyers Club, 30 ans après l’apparition du sida? Hélas la manière dont la presse a résumé le sujet de Dallas Buyers Club ma gênée et même frustrée : on évoque l’histoire vraie de Ron Woodroof, consulté pour l’occasion, puisque ce dernier, mort en 1992 soit 7 ans après le diagnostic du VIH, a pu raconter son point de vue quelques mois avant son décès. A-t-on affaire à un biopic ou à un film sur les clubs qui s’ouvrirent clandestinement pour que tous les malades du sida puissent essayer de livrer bataille et ne soient pas oubliés par le pouvoir central américain? Finalement, les transformations physiques des deux acteurs  n’éclipseraient-elles pas ou ne tronqueraient-elles pas le thème?

Ron Woodroof ; un protagoniste opportuniste

Admettons le : le film raconte les 7 dernières années de Ron Woodroof et accessoirement le thème initial du modèle de Dallas Buyers Club et donc la façon dont le pouvoir politique américain a oublié les premières victimes du sida, pendant des années, car elles provenaient en majorité des milieux LGTB. Pourquoi Jean Marc Vallée ne gratte-t-il pas cette surface à peine évoquée pour mieux revenir sur l’histoire personnelle de Ron Woodroof? Probablement parce qu’il est plus facile de raconter la vie d’un anti héros avec tous ses défauts et les qualités qu’il va se découvrir grâce à la force que lui donne son combat pour vivre avec le sida.

Ron Woodroof prend presque toute la place (hélas peut-être?) dans le scénario de Dallas Buyers club, comme en témoignent la majorité des synopsis présentés dans les médias. Ron Woodroof est présenté en fait comme un mec homophobe, vulgaire, antipathique d’emblée, qui abuse de l’alcool et de toutes les drogues qu’il croise, qui couche à tout va quand il ne fait pas du rodéo ou n’essaie pas de flouer ses autres potes tout aussi étroits d’esprit. Puis quand Ron Woodroof apprend en 1985 qu’il va mourir du sida dans un mois du SIDA, selon le médecin, voilà que débute le déni très rapide, l’acceptation de la maladie par la compréhension de ce qu’elle est et le choix du combat. Quand il décide d’en savoir plus sur cette maladie qu’il croyait réservée aux homosexuels (surtout après la mise en lumière du décès de Rock Hudson) et que les médecins connaissent presque aussi mal que lui s’entame en définitive son aventure personnelle. Au départ pour défier les médecins qui l’enterrent, puis peu à peu pour trouver sa place dans une société qui l’exclut et pour lutter contre un système qui le condamne à brève échéance faute de soins. Tandis qu’il essaie de s’approvisionner non sans mal en AZT, médicament encore non homologué mais considéré par beaucoup de malades comme le seul à pouvoir aider à lutter contre le sida, Ron Woodroof frôle la mort et réalise que l’AZT est un poison qui tue encore plus vite que le sida et part à la recherche d’autres solutions.

Bien sûr, le réalisateur s’appesantit largement sur Ron Woodroof qui pour vivre et non juste pour survivre, déploie, avec sa tendance d’incorrigible bad boy arnaqueur, tous les stratagèmes pour chercher au Mexique puis ailleurs dans le monde tout ce qui pourrait l’aider à gagner du temps. C’est alors que lui vient l’idée de commercialiser les médicaments qu’il utilise, puisque des  dizaines de malades sont alors prêts à tout pour ne pas mourir aussi vite qu’on le leur annonce  …  Sa rencontre avec Rayon à l’hôpital, ce travesti qu’il méprise et traite souvent d’idiot mais avec qui il finit par sympathiser, lui permet pourtant de s’ouvrir les portes de la communauté Queer et gay, qui est alors la première frappée par le SIDA et pour beaucoup de gens, la seule.

C’est plutôt cette relation affective entre l’anti héros incarnant l’hétéro à la sexualité agressive et débridée (Ron Woodroof) et le transsexuel Rayon (Raymond), un homme devenu femme se prostituant pour s’offrir des prothèses mamaires, qui prend le pas sur le sujet des Buyers clubs, au point de devenir centrale et de parasiter la réflexion et peut-être de nuire au message progressiste que voulait probablement délivrer Jean Marc Vallée au sujet de ces initiatives militantes autour du sida. D’ailleurs, certains membres de la communauté queer et gay américaine ont ouvertement critiqué les partis pris du film et le refus d’aborder les questions sociétales par rapport aux homosexuels et trans dans le contexte de la propagation du sida et la façon dont l’apparition et l’extension du sida ont fermé la porte aux tentatives de libération apparues à la fin des années 70 dans certaines villes comme San Francisco ou New York (voir article critique en anglais sur Dallas Buyers club).


Les buyers clubs face à l’inertie voire l’uncurie du pouvoir politique américain?


Quand on sait que l’AZT longtemps limité à des essais cliniques a été mis sur le marché au compte goutte, pour une durée limitée et à des prix prohibitifs de plus de 10000$ pour une année de prescription, on comprend dès lors pourquoi le Dallas Buyers club a pu voir le jour et a fait des émules partout sur le territoire américain. Plus d’une dizaines de buyers clubs auraient fleuri dès le milieu des années 80 et prospéré jusqu’au milieu des années 90 pour répondre aux besoins de plusieurs dizaines de milliers de consommateurs désespérés et prêts à prendre autant de risques que l’utilisation de produits inconnus ou aux effets tout aussi mortels que le sida pour prolonger leur vie de quelques jours ou semaines.

Forcément, le Dallas Buyers club dérange, en proposant illégalement des doses de DDC et de protéine peptide T, et d’autres thérapies alternatives pour un abonnement de 400$ par mois. Est-il moral de faire un trafic de médicament et d’obliger les adhérents à engager leur seule responsabilité quand ils prennent des traitements venant d’origines très variées et dont la pureté n’est jamais assurée? La question morale est-elle plus justifiée dans le cadre de questions sanitaires à un moment très contextualisé historiquement de l’histoire du sida plutôt que pour la vente d’héroïne ou de cocaïne? Les traques de la Food and Drug Administration, l’autorité américaine autorisant la commercialisation des médicaments, pour faire fermer le Dallas Buyers Club rappellent l’agressivité mise en place par les responsables des Buyers clubs pour se procurer des produits antiviraux à tout prix partout dans le monde et jouer aux apprentis sorciers, sans toujours pouvoir vérifier s’ils sont préférables aux traitements institutionnels alors très mortels car les doses trop fortes accéléraient l’aggravation de l’état de santé des patients.

Si on voit plutôt bien se développer le Dallas Buyers club et on suit son expansion, car l’arrogance d’un casse-cou  comme Ron Woodroof permet de l’alimenter de toutes sortes de produits et lui donne une réputation nationale, on ne cerne pas forcément la thèse que soutient le réalisateur à propos de l’inertie du pouvoir central et du ministère de la santé qui protège visiblement les seuls intérêts de l’industrie pharmaceutique. Pourtant, certains médecins comme le Dr Sacks (incarnée par Jenifer Garner) ont risqué leur carrière en attirant l’attention de leurs supérieurs sur leurs observations à propos des effets indésirables de l’AZT et l’accélération de la mort des patients avec les doses officiellement recommandées,  alors que des médicaments alternatifs toujours non homologués semblaient améliorer la durée de vie des malades.

Au-delà des raisons prétendument sanitaires sur les dangers qu’il y a à utiliser médicament non homologué qui n’aurait pas été testé suffisamment, comment explique-t-on le choix de laisser des malades mourir sans les autoriser à même essayer de se soigner? Est-ce pour des raisons financières (manque de rapport pour les laboratoires), pour des raisons éthiques et morales (refus d’utiliser les malades comme cobayes ce qui sera pourtant fait) ou parce que la maladie touche une population très spécifique à l’époque et une population encore marginale malgré l’apparente sortie de la ghettoïsation  de la communauté gay durant la deuxième moitié des années 70 aux USA? Le réalisateur effleure ces questions, mais ne s’engage pas sur une thèse.


Une rédemption calibrée pour Hollywood qui élude les vraies questions sur le SIDA


Pendant les deux heures que dure le film Dallas Buyers Club, je me suis ennuyée à plusieurs reprises et surtout pendant le dernier tiers qui aurait pu être réduit de moitié pour gagner en densité… Jean Marc Vallée dont je ne connais guère les précédentes oeuvres oublie selon moi de donner un peu de personnalité et d’âme à un Dallas Buyers Club beaucoup trop lisse, alors qu’il y avait vraiment matière à en faire quelque chose de grand et osons le dire de vraiment troublant, perturbant et profond.

Dallas Buyers club Rayon et Ron Woodroof

Jared Leto est pour beaucoup dans l’intérêt que j’ai porté au film, au final. Il est selon moi le seul à vraiment réaliser une performance en finesse, intéressante et touchante, même s’il est vrai que le personnage et son histoire en soi prêtent davantage à l’empathie que le mauvais garçon intolérant et rustre qui incarne avec presque tous les clichés non sans caricature la mentalité du cow boy et en filigrane la mentalité texane ultra conservatrice. D’ailleurs, c’est justement après la mort de son personnage que je me suis le plus ennuyé, car le personnage de Ron Woodroof sonne faux, à cause ou malgré ces clichés justement et rien dans l’interprétation de Matthew de McConaughey me capte ou m’émeut.

En réalité, il m’est impossible de comprendre comment Ron Woodroof est passé d’un con***** abject (reconnaissons le) à un homme admirable sensible à la différence quelle qu’elle soit parce qu’il aurait fini par éprouver le mépris et le rejet de ses amis. Cette approche est bien trop manichéenne et finalement peu empathique, mais surtout, elle ne prend pas en compte l’importance de la cupidité, au coeur de tout le film, tout en étant jamais creusée, comme elle aurait mérité de l’être… N’est-ce pas parce que Ron Woodroof fait au début fortune sur le dos de mourants du sida que ceux-ci, majoritairement homosexuels, leur deviennent sympathiques et aimables alors qu’il les méprisait quelques mois plus tôt? Suffit-il de passer de l’homme sans le sou qui trempe dans les petites magouilles pour ne pas rembourser ses dettes, à l’homme plus aisé financièrement, du moins pendant un moment, pour voir ceux qui le révulsaient avec plus de tolérance?

Quid de la bisexualité supposée du véritable Woodroof confiée par des connaissances ou son ex femme mais qui ici n’apparaît pas du tout pour expliquer la manière dont il s’intègre dans un milieu comme celui des gays et trans avec finalement un très grande facilité? Dallas Buyers club n’en suggère rien. Et si les traits de l’homophobe viscéral allègrement dépeint mais dont les proches ne semblent pas donner la même vision, avaient été exagérés voire imaginés pour mieux éviter certaines interrogations chez le spectateur ? Forcément si cette supposition était fondée, la thématique  chère au cinéma hollywoodien de l’homme opprimé qui se bat seul contre le système américain (Philadelphia, Erin Bronkovitch, Mystère Silkwood) devient plus défendable et crée un ressort dramatique important.

Le traitement du film Dallas buyers club a soulevé chez moi plusieurs questionnements, le principal portant sur la manière dont s’opère la rédemption si rapide et apparente du personnage de Ron Woodroof : comment d’homophobe devient-il véritablement homophile et devient-il le meilleur ami d’un transsexuel (rien que ça!) parce que celui-ci l’aide à trouver des clients pour ses doses de DDC ou d’autres médicaments ? Comme pour d’autres questions pourtant importantes liées au sujet de l’industrie pharmaceutique et du monde médical et au silence du pouvoir central face à la gravité des dégâts du sida, je reste dubitative sur le semblant de réponse que me donne le réalisateur. Serait-ce parce que le sida aux USA fut longtemps considéré comme une maladie des gays et trans, que les politiciens n’ont pas accéléré les tests des premiers médicaments pour mettre au point des traitements de toute façon inaccessibles pour beaucoup car hors de prix?

Y aurait-il une forme de double peine pour cette communauté LGTB qui semblait atteindre juste avant l’apparition du sida une forme de « libération » à la fin des  années 70. Une libération peut-être intolérable pour les républicains très conservateurs qui ont vu dans le sida une manière de ramener ces populations dans leur ghetto social et désormais économique et sanitaire dès lors que le sida se déclarait? Jean-Marc Vallée élude tous ces aspects, de mon point de vue, ce qui rend le personnage finalement simpliste et la réalisation floue et approximative. Entre les gentils et les méchants, le monde de Dallas Buyers Club est sans tonalité de gris et c’est bien là le principal reproche que j’adresserais au film.

Dallas Buyers Club n’ose pas non plus aborder réellement et en profondeur la communauté gay pourtant stigmatisée au point qu’on a parlé au début du sida de Gay-Related Immune Deficiency ou autrement dit en français de « cancer gay ». Tout est à peine effleuré et surtout évité. Jean Marc Vallée gomme aussi la question de la conscience transsexuelle dans l’Amérique des années 80 et le personnage de Rayon n’est absolument pas analysé comme il aurait du l’être. Il est quasiment résumé à un partenaire commercial de Ron Woodroof pour permettre à un hétérosexuel d’être entendu par la communauté LGTB.

Par l’évolution du personnage de Ron, qui assainit sa vie quand il commence à vivre de son commerce de médicaments, qui choisit de mieux manger et de corriger sa pratique sexuelle non protégée pour ne plus exposer des séronégatifs à sa maladie, alors que Rayon conforte ses abus dans son mode de vie à risque et doublement déviant (transsexualité et prostitution) et en meurt plus rapidement et logiquement, que nous suggère-t-on? Ce que finalement bien des américains ont pensé et continuent peut-être à penser : les personnes qui choisissent une bonne vie n’ont pas le sida, ceux qui mènent une vie immorale méritent le sida, longtemps qualifié de châtiment divin… Dallas Buyers club a été calibré pour ne surtout pas trop déranger et pour fonctionner à Hollywood et aux Oscars en dépit d’un petit budget (5 Millions de $) et de 20 ans de préparation réalisée avec le souci de s’informer auprès de Ron Woodroof en personne… Ainsi, la dimension politique que pose l’enjeu du sida dans la société américaine n’est jamais vraiment traitée pour laisser la morale teintée de bonne conscience de gauche (celle si sensible au jury des oscars), l’emporter face à la supposée intolérance des conservateurs.

Après un tel constat, peut-être devrais-je revoir Dallas Buyers club dans quelques temps pour comprendre ce qui m’a échappé et pour savoir si seul l’ennui d’une réalisation monocorde explique mes interrogations, si je suis carrément passée au travers d’éléments de réponses, parce que je relâchais mon attention à cause de certaines longueurs ou si justement tout est éludé ce qui rend le film peu efficace dans son message …?

Pour vous faire une autre opinion sur ce film:

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  • The Normal Heart : un coeur normal : un récit sur les débuts de l’épidémie du sida aux USA et la mobilisation d’un petit nombre de militants pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur ses dangers : achetez le DVD The Normal Heart produit par HBO
  • Les Soldats de l’Espérance : film chorale et témoignage instructif sur l’émergence du sida et le travail des chercheurs pour mettre à jour le virus
  • Dans la foulée des Soldats de l’Espérance, en 1992, le premier film “hollywoodien” à aborder le sida, malgré un prisme un peu hypocrite car indirect : Philadelphia préfère traiter la discrimination liée à la maladie et à l’homosexualité en faisant une leçon contre les homophobes de tout poil, plutôt que d’aborder sur le fond le sida, malgré la déchéance du héros dont on suit le combat pour faire reconnaître ses droits après un licenciement abusif. Bons sentiments face aux méchants qui profitent de la peur que générait le sida pour éliminer un professionnel dont le seul tort était d’avoir le sida à une époque où cette maladie faisait encore peur… Porté par l’excellent trio Tom Hanks, Denzel Washington et Antonio Banderas
  • Un Printemps de glace, premier téléfilm à évoquer le sujet du sida, à travers un jeune avocat homosexuel (“wasp”), interprété par Aidan Quinn, qui se sachant condamné rentre dans sa famille et confronte chaque membre à sa disparition inéluctable : touchant et juste, salutaire à une époque où ce sujet était encore tabou
  • A long date companion : un compagnon de longue date de Norman René : l’histoire d’un cercle d’amis homosexuels “wasp” décimés par le sida
  • Les Témoins de Téchiné ; un film français de 2007 qui aborde le sida à travers le destin d’un jeune homosexuel “monté à Paris” et confronté à la maladie … 4 saisons pour explorer la décrépitude de la maladie, après les mois d’insouciance associés à la liberté d’être soi-même et d’aimer … Le rythme lent peut être dissuasif pour ceux qui souhaitent des films plus cadencés. Mais les acteurs jouent juste et on ne tombe pas tout à fait dans le pathos.
  • 120 battements par minute sur l’action militante d’Act Up Paris et en complément Act Up ; une histoire (livre sur l’aventure militante) ; je n’ai pas du tout aimé, trop verbeux, et pas assez profond
  • Holding The man : entre émancipation, désir, libération sexuelle pour les homosexuels dans les années 80, s’insinue le sida et sa capacité à briser le bonheur ou renforcer au contraire l’amour ; émouvant film australien de 2015

Addenda à la lumière de l’épidémie de covid 19 coronavirus dans le monde en 2020

La quête de la guérison est un combat souvent long et difficile. Dans de nombreuses maladies, on sait quand elle commence, mais rien n’assure qu’il y ait une fin (et encore moins une fin heureuse à niveau individuel). Dans le cas du coronavirus qui ébranle le monde en ce moment, on nourrit l’espoir de mettre fin à une épidémie le plus tôt possible. “On est en guerre” et c’est très bien… Il n’y a pas de provocation dans ma remarque. Il est toujours important de savoir identifier son ennemi pour mieux le combattre et le déclenchement d’un état de guerre génère une forme d’urgence qui libère beaucoup de moyens, d’énergies et d’ambitions. Car une fois que la prise de conscience du problème est avérée, la seule chose importante pour le chef de guerre est de vaincre l’ennemi. Encore faut-il lui donner les armes. Quand on n’a pas anticipé, il convient de se montrer le plus réactif possible pour gérer et contenir et cela a son importance dans l’effort de guerre. Chacun a son mode d’action, car si la guerre est commune, les batailles peuvent être plus ou moins ordonnées … et l’ordre des actions peut tout changer, comme le montrent les cas des pays ayant visiblement enrayé l’épidémie.


Visiblement nous traversons la première guerre mondiale virale à impact économique immédiat. Les pays sont tous frappés, certes avec un décalage mais sans trop d’exceptions. Krach financier, arrêt des économies ou ralentissement très fort, fermetures des frontières aériennes, terrestres, maritimes, changements dans la société. En quelques semaines, le covid 19 est venu bousculer de nombreux modèles économiques, sociaux, sanitaires … Les scientifiques sont rapidement partis en ordre de bataille pour identifier le virus, définir ses modes de propagation, et ils ont collaboré ensemble, contrairement à d’autres expériences comme l’épidémie de sida dans les années 80, marquée par la guerre des instituts pour faire valoir la paternité de la découverte.


Désormais, la lutte pour le vaccin et pour les traitements est lancée. Ce n’est pas pour rien que je me réjouis qu’on soit en guerre. Cela prouve que l’on a conscience du danger et de la nécessité de fournir les efforts pour que les morts ne se comptent pas par millions… Bien sûr, nul ne peut dire ce qu’il en sera pour le covid19, mais l’histoire permet d’apprécier les erreurs qui purent être commises dans d’autres épidémies comme le SIDA. La lenteur de la prise de conscience, sous prétexte que la maladie n’était pas concernante pour tous et qu’elle touchait des populations apparemment spécifiques dans ses premiers temps, a généré une série d’erreurs et de renoncements…


Dallas Buyers club a des défauts, mais il faut lui reconnaître une qualité : son thème et fil conducteur. Avoir prêté de l’intérêt à un aspect aux enjeux multiples, souvent très négligé dans les films aux ressorts pathétiques ou empathiques sur les maladies quelles qu’elles soient. Comment le malade peut-il se battre pour sa survie, alors qu’il se sait condamné et qu’on le prive de ce qui pourrait au moins soulager ses symptômes et lui laisser un espoir de vivre un peu plus longtemps? C’était une question récurrente et c’est celle qu’aborde Dallas Buyers club… Qu’est-on prêt à faire quand on se sait condamné?


Le trafic des produits médicaux et paramédicaux non testés dont on traite à travers l’un de ces clubs d’entraide médicale : le Dallas buyers club ne fait pas que révéler l’opportunisme pour les petits malins comme le héros qui se sont un peu enrichis momentanément en mettant une chaîne de solidarité de soins entre malades. On retient la nécessité des victimes de compter sur d’autres solidarités pendant une période de démission des pouvoirs publics et sanitaires, car il fallait attendre des tests cliniques très très longs pour commencer à espérer réduire les effets sur les symptômes produits par le virus. Cette initiative montre comment face à la mort à brève échéance, les malades acceptent de devenir des précieux cobayes et se lancent dans leur survie, quand la médecine semble rendre les armes…. Les tests cliniques rares et limités par manque de moyen pour ce qui semblait prometteur, l’AZT, sont évoqués pour expliquer le contexte dans lequel les malades sont plongés quand ils savent qu’ils vont crever comme des chiens sans pouvoir rien y faire.


Il fallut des années 4 à 6 selon les pays pour reconnaître que le sida devait devenir une urgence et entraîner des investissements financiers importants pour progresser dans l’amélioration des tests de dépistage, de plus en plus rapides et sûr, sans avoir besoin de faire plusieurs tests à plusieurs mois d’écart pour être garanti du résultat… Il y a la recherche d’un vaccin, qui n’a toujours pas abouti après plus de 35 ans… même si des progrès sont régulièrement signalés. Il y a eu les fonds libérés et des décisions politiques (avec un manque de courage sidérant chez beaucoup) pour que les laboratoires puissent trouver des soins palliatifs meilleurs ou du moins plus confortables dans un premier temps, puis des soins qui permettaient de rallonger l’espérance de vie et des soins qui ont de façon décisive changé la vie des malades… On est passé de dizaines de comprimés par jour à quelques uns et parfois un seul désormais capable de réduire la charge virale quasiment à néant chez beaucoup de séropositifs. 35 ans de guerre. On ne refait pas l’histoire, donc on ne saura pas ce qu’aurait changée une prise de conscience plus rapide et forte.


Le sida était d’autant plus vicieux et insidieux que la durée entre la contamination et la déclaration de symptômes était très longue, qu’on pouvait ignorer totalement qu’on en était porteur et le transmettre. On ne l’avait pas pris au sérieux dans les pays, que cette maladie générait de la honte, et que la peur y compris chez les soignants entraînait rejet, exclusion sociale et protocoles de soins dignes des guerres biologiques. Les gens ne se sentaient pas concernés comme beaucoup ne se sentent pas concernés aujourd’hui par les risques d’un virus pourtant contractable de façon beaucoup plus dire par simple contact avec des postillons. Ils se pensaient au dessus et ceux qui assumaient leurs choix avançaient leur liberté de vivre leur vie et leur sexualité, car ils avaient longtemps combattu pour l’assumer. Et même les principales cibles initiales à qui l’on avait donné des consignes très exigeantes les obligeant à totalement changer de mode de vie, n’ont pas accepté l’effort comme le montrent des films comme And the band plays on, les soldats de l’espérance ou The normal heart.


Dans Dallas buyers club, On comprend comment le fait de ne pas avoir déclaré rapidement l’état de guerre a contribué à la propagation, à des situations de démissions, à des choix de renoncer aux tests de lots de sang contaminé qui auraient été cruciaux mais qui par le manque de décisions des politiciens ont mis en évidence au prix de combien de victimes la propagation par la transfusion. Même après l’état de guerre, le sida n’a pas été encore vaincu et pourtant, il y a des tas de progrès comme un récent essai médical qui aurait abouti à la disparition complète du virus malgré un risque de virus en sommeil dans des zones. Mais grâce aux essais scientifiques, après l’apparition du test anonyme et sécurisé, il y a eu la recherche des traitements pour contenir les effets du virus sur les organismes comme les trithérapies … Dallas Buyers club met en lumière une étape très méconnue entre le moment où les malades étaient détectés mais condamnés à 6 mois d’espérance de vie dans le meilleur des cas et le moment où les instances des Etats-Unis, ont accepté d’investir pour que les scientifiques trouvent des solutions afin de s’attaquer au problème.


Dans les pays développés, on vit presque normalement avec le sida aujourd’hui. Ce n’est hélas pas le cas dans les pays où le sida n’existe pas en théorie, où le sida continue à être un honte, un problème que l’on ne veut pas voir et donc pas traiter. La guerre continue chaque jour pour que les séropositifs guérissent un jour… et pour que de moins en moins de personnes soient atteintes. Un défi du quotidien pour se rappeler que même si le covid 19 devait être vaincu, à court, moyen ou long terme, ce qui est souhaitable pour tous, il ne dispense pas de l’effort de prise de conscience de ses propres intérêts…

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