And the Band Played On les soldats de l'espérance Matthew Modine

Les soldats de l’Espérance, And the band played on ; beau film témoignage sur le SIDA

Les soldats de l’Espérance ( And the band played on) est un film témoignage quasi historique sur le sida. Les soldats de l’Espérance restitue 10 ans de combat et d’années terribles du sida avant même l’apparition des premiers traitements autorisés et se veut un hommage à toutes les victimes et tous les hommes et femmes impliqués dans l’épidémie de sida directement ou indirectement…


Les soldats de l’espérance (And the band played on) est un excellent film datant de 1993, produit par HBO réalisé par Roger Spottiswoode à partir d’un scénario d’Arnold Schulman. Sa mission est de révéler l’histoire du SIDA depuis ses prémisses jusqu’à la bataille juridique concernant la reconnaissance de la paternité de la découverte du virus. Ebola 1975. La première scène s’ouvre sur une intervention de l’un des héros du film, Don Francis, qui intervient en Afrique lors d’une épidémie d’Ebola. Ce n’était pas le sida, mais en un sens un signe précurseur.

Les soldats de l’Espérance est une oeuvre chorale intelligente, courageuse et ambitieuse, qui évoque les prémices du virus, qualifié de “cancer gay” et la course des chercheurs pour cerner le mode de fonctionnement de ce virus mutant et mortel dans presque 100% des cas, jusqu’à la lutte des egos pour la paternité de la découverte du sida, en passant par les combats des militants. Ces militants essentiellement venus des communautés LGTB luttèrent non sans mal pour faire reconnaître le sida, ses malades, et l’enjeu social de l’épidémie, à des pouvoirs politiques sourds devant les multiples victimes, au point de cultiver les préjugés qui limitaient le sida à une maladie de gays et de marginaux drogués ou dépravés sexuels, n’intéressant personne ou presque pendant longtemps… 

Les soldats de l’Espérance, le premier film à évoquer vraiment le sida

Rares sont les films qui évoquent le sida comme thème unique. En France, la plupart des films qui se sont attaqués au sujet, l’ont toujours croisé avec d’autres problématiques pseudo intellectuelles et plutôt complaisantes qui traduisent un certain nombrilisme des réalisateurs (comme N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvoir ou Les Nuits fauves de Cyril Collard). Plus tardivement, le film confidentiel Clara et moi avec Julie Gayet dans le rôle d’une amoureuse qui apprend qu’elle est séropositive et préfère quitter son compagnon ou Les Témoins de Téchiney qui raconte avec justesse les premiers temps du sida corrigent un peu cette perspective pour aborder plus frontalement le Sida.

Aux USA, le tabou est encore plus grand et même Philadelphia, que l’on cite toujours comme une référence, a dû aborder les discriminations, car il ne trouvait pas les financements pour être produit et réalisé, à cause du sujet. Un compagnon de longue, film très touchant et réussi, explore bien en 1991 la manière dont le sida a bouleversé dès son apparition un petit cercle d’amis homosexuels qui n’étaient pourtant pas censés correspondre à la cible des homosexuels volages abusant de drogues et des bains douches avant de s’adonner aux pratiques sexuelles les plus extravagantes. En définitive, c’est l’un des rares films à parler du sida presque exclusivement même si on ne dépasse pas bien sûr le milieu homosexuel alors considéré comme le milieu à risque avec celui des toxicomanes peut-être encore plus tabou.  Gia, un biopic dédié à Gia Maria Carangi, top model vedette du début des années 80, incarné par la sulfureuse Angelina Jolie, aborde le sida, mais la personnalité de Gia, lesbienne, toxicomane, confine toujours le sida à des milieux spécifiques.

Quelques téléfilms excellents ou du moins intéressants et audacieux ont réussi à voir le jour à la fin des années 80 ou au début des années 90. On citera pèle mêle Le combat d’Allison, l’un des premiers téléfilms américains à évoquer le destin d’une américaine blanche, hétérosexuelle et issue de la bonne société, qui s’est engagée dans la lutte contre le sida auprès des jeunes durant ses trois dernières années, Pour l’amour de Ryan et Ben n’aura jamais dix ans, deux histoires d’enfants hémophiles. On retiendra surtout Le printemps de glace An Early Frost, un téléfilm remarquable avec Aidan Quinn en avocat sidéen vivant ses derniers mois et affrontant sa famille qui ignore tout de ce mal, sans oublier l’émouvant téléfilm In the Gloaming de Christopher Reeve avec Glenn Close en mère impuissante au chevet d’un fils mourant du sida…) Mais depuis 10 ans, plus rien ou presque sur le sida, comme si ce n’était plus à la mode, si ça n’intéressait plus personne, et encore moins le milieu du cinéma…


Les soldats de l’Espérance, chronique historique sur l’épidémie du sida

Les soldats de l’espérance est à ma connaissance le seul film à avoir osé s’attaquer au terrible fléau qu’est le sida, en 1993, en l’abordant dans une perspective quasi historique. Les soldats de l’espérance est inspiré de l’essai du journaliste  Randy Shilts, dont l’essai écrit en 1987, rappelle les étapes de l’apparition et de l’expansion du sida.  Le sida présenté comme combat sanitaire et social.

Depuis l’épidémie d’Ebola en 1977 qui était annonciatrice de ce que deviendrait l’un des pires virus au monde, jusqu’à la dispute pour la paternité de la découverte du sida, on suit les passionnantes investigations pour comprendre à partir du patient 0, comment s’est développé le sida, longtemps qualifié de “cancer des gays” ou encore les combats menés par les milieux homosexuels dans l’Amérique conservatrice de Reagan pour faire accepter que le virus du sida n’était pas une “peste” propre à cette communauté profondément discriminée. Rares sont les films qui évoquent le sida comme thème unique. Les soldats de l’espérance est ce que l’on pourrait appeler un film témoignage. Cruellement réaliste et très informatif sur l’histoire du VIH…

Dans Les soldats de l’espérance, un casting aussi remarquable qu’inattendu et éclectique, est mobilisé pour une cause seule et unique : faire connaître le sida et aider à la prise de conscience du plus large public à une époque où d’aucuns pensent encore que le sida s’attrape en partageant la même pièce ou en serrant la main d’un séropositif ou d’un sidéen. Le film n’est pas dans sa réalisation exceptionnel, et il est très classique dans son approche, mais il propose au moins une historique passionnant depuis l’apparition d’Ebola en Afrique, des premiers cas de sida dès 77 (premier cas du Danemark), 78-79 (en France) jusqu’à la brutale épidémie de sida qui a fait des ravages dans certains milieux au début et notamment celui des homosexuels, puis des toxicomanes…

De l’apparition du sida au militantisme pour la reconnaissance des victimes

And The Band Played On les soldats de l'esperanceQue ce soit grâce à la musique ou aux regards, à la destinée brève des personnages, les Soldats de l’espérance attire l’attention sur la terrible épidémie qui a vu le jour au début des années 80 et qui en 30 ans a déjà fait des millions de victimes. On suit quelques médecins et chercheurs quasi clandestins, dont l’objectif est de trouver le mode de développement du sida en remontant la piste des patients touchés. Depuis les premiers cas dans la communauté gay de Los Angeles qu’il ne fallait pas présenter comme homosexuels pour être sûr d’attirer l’attention des médias, puis les campagnes des homosexuels pour qu’on reconnaisse leurs souffrances, qui n’intéressaient pas les plus grands chercheurs à l’époque, on voit l’évolution de la maladie. On est entraîné dans la course vers le patient 0 qui a permis de mettre en évidence la chaîne de contamination et certaines des voies de transmission.

On apprend dans les grandes lignes les références utilisées pour mettre à jour le virus et notamment la leucémie des félins qui a permis de faire un rapprochement avec les rétrovirus découverts par Gallo. On découvre les combats de quelques courageux qui pendant les années Reagan, ont lutté pour la reconnaissance du sida et l’obtention de fonds publics de manière à mieux comprendre et appréhender cette maladie. En effet, au profit de la défense nationale, les USA ont réduit les dépenses liées à la santé dans les années 80. Beaucoup s’opposaient à l’attribution de fonds et d’aides pour permettre de faire des recherches sur le sida, en particulier car cela touchait les homosexuels. Le fameux “cancer des gays” comme on l’appelait a commencé à se manifester de plus en plus dans les milieux non homosexuels. Les immigrés haïtiens de Miami ont sûrement été les victimes qui ont attiré l’attention sur le fait que le sida n’était pas qu’une maladie de “gays”. Mais comme il s’agissait d’immigrés, parfois illégaux, il est évident que les USA n’ont pas pour autant déployé des fonds pour mieux savoir ce qu’était le sida à l’époque…

On comprend aussi les difficultés qu’ont eu certains militants du milieu homosexuel à faire comprendre à la population pourtant la plus touchée qu’il fallait prendre des mesures pour fermer les lieux qui permettaient la diffusion, comme les bains saunas gays, lieux de toutes les pratiques les plus libérées. Il n’y a pas de complaisance ni de jugements, lorsqu’on explore les lieux où s’est diffusée le plus vite le virus, tout en sachant que le Sida a longtemps fait l’objet des pires discriminations et qu’il a donc été difficile de légitimer certaines actions. On n’échappe pas au triste combat pour la paternité de la découverte du VIH… qui est sûrement le point le plus dommageable de cet historique, dans la mesure où il insiste sur la vanité de l’homme et la médiocrité de la gloire supposée, tirée de cette “découverte”. Les visages se succèdent, disparaissent pour la plupart…

 Un film sur le SIDA  proche du documentaire et non moins émouvant

Dans Les soldats de l’espérance, l’émotion est très présente, bien que l’on ne tombe jamais dans la facilité du pathos, du fait de cette volonté très proche du documentaire, de reconstituer une Histoire du SIDA par des fragments d’histoires. Les dernières minutes rendant hommage à toutes les victimes sont très poignantes. Un film témoignage, intemporel, qui reste toujours d’actualité et qu’il faut voir absolument!!!!

Tant de noms de personnalités de tous milieux et d’artistes connus foudroyés par le sida – certains ayant même comme Rock Hudson contribué par leur célébrité à parler du sida -, tant d’anonymes riches ou pauvres, homosexuels ou hétérosexuels ont péri en plus de 30 ans. Et pourtant, aujourd’hui encore, quand on évoque le sida, on oscille entre indifférence pour ceux qui n’ont pas connu les années terribles du sida qui tuait 100% de ses victimes (ou presque) ou croient ne pouvoir jamais être concernés par cette maladie, et tabou et exclusion, marginalisation, malgré tout… Faut-il encore rappeler que le SIDA tue toujours, se diffuse partout dans le monde et même en France. Surtout là où on ne veut pas voir…

*** Les Soldats de l’Espérance And the Band Played On 1993 – Etats-unis – Drame – 2h21 Réalisation : Roger Spottiswoode Avec Matthew Modine (le docteur Don Francis), Alan Alda (le docteur Robert Gallo), Patrick Bauchau (le docteur Luc Montagnier), Nathalie Baye (le docteur Françoise Barre), Christian Clemenson (le docteur Dale Lawrence) Sortie France: 23 Novembre 1994

Quelques passages clés :

“Il n’y a personne qui s’intéresse à ce qui tue les gays sauf les autres gays et ceux qui veulent les voir morts”…. A propos de la recherche des causes du virus, partant de ce constat, un chercheur d’un petit groupe américain qui travaillera sur le patient zéro : “Il n’y a aucun argent pour la recherche donc il faudra travailler sans subside, il n’y aura aucune protection pour les personnels ça sera à vos risques et périls” …

Et pourtant, le courage d’une poignée de personnes a permis de comprendre le sida… Comme quoi parfois, il faut surtout une volonté plus forte que la volonté politique ou sociétale… Juste le courage de regarder la réalité en face au lieu de faire l’autruche et de la connaître pour mieux l’affronter…

En France au même moment au début l’épidémie, un responsable de l’hôpital Arnaud Bernard s’adresse au professeur Rosenbaum qui s’intéresse au sida (témoignage dans La Bataille du sida) et est probablement le premier en France à en avoir entendu parler et à essayer de soigner les malades : “C’est très embarrassant pour moi, nous sommes tous les deux des hommes de coeur. On dit de nous “cet hôpital où vont ces gens là”. Bon nombre de nos patients normaux refusent de venir ici (dans l’hôpital Arnaud Bernard), ils ont peur. Cela peut mettre notre hôpital dans une situation extrêmement inconfortable, vous comprenez ce que je dis? Puis-je considérer que c’est la fin de cette affaire? (demande le directeur de l’hôpital).

-Non c’est la fin de cette discussion. La fin de cette affaire c’est que je vais chercher un autre hôpital.”

Pour convaincre enfin un politicien de s’intéresser au sida : “en ce qui concerne la prochaine élection, nous survivrons mais nous sommes dans le coma. Le seul groupe sur le vote duquel vous pouvez compter en bloc et avec lequel vous pouvez gagner ce sont les gays et San Francisco est la seule ville au monde où vous pourrez gagner, car c’est une question de vie ou de mort pour eux, sinon, sans eux, vous deviendrez l’ex parrain de San Francisco : – Qu’est-ce qu’ils veulent? – Une incapacité pour ceux qui en sont atteints… et des fonds, des fonds, des fonds pour la recherche, c’est crucial – J’introduirais la motion mais même si tous les gens s’amenaient pour danser le cancan jamais ils n’obtiendront de l’argent de cette administration pour tout ce qui concerne les homosexuels” En réponse, le pouvoir central d’un pays gouverné par Reagan décide : “Cette année, les fonds pour la recherche vont encore être nettement réduits“..

Pourtant, les cas se comptent par milliers et le taux de mortalité est déjà terrifiant, mais ça ne concerne que les gays… et les haïtiens…

Voir le film Les soldats de l’espérance

A propos du Patient Zéro

A propos de Bobbi Campbell, 16ème cas à être diagnostiqué (en 1981) à San Francisco et qui fut le premier à prêter son image pour avertir de l’existence de cette maladie (mort en 1984) :

Ce que disait un reportage français à propos du sida aux USA en 1983:

Addenda 10 Mars 2020

Il fut un temps où un nouveau virus au fonctionnement terrifiant capable de détruire tout le système immunitaire aboutissait à quasiment 100% de morts chez ceux qui le contractaient… Cela a duré pendant presque une décennie…. A l’époque, on ne comptait pas les morts au jour le jour dans les médias, même si l’existence de ce virus semait angoisse et rejet, y compris chez les soignants qui pour certains refusaient de s’occuper même des malades, chez les sapeurs pompiers et les pompes funèbres qui refusaient la prise en charge… Tout se passait dans une relative indifférence, jusque chez les médecins.

Quelques rares mentions dans des revues médicales attiraient l’attention de curieux, puis des petits articles passant inaperçus dans la presse, tentaient d’informer, jusqu’à ce que le nombre de victimes ne cesse d’augmenter partout dans le monde et qu’une course des scientifiques débute pour comprendre comment fonctionnait ce virus et comment il se transmettait et se détectait. Mais cela ne concernait souvent qu’une partie minime de la population, les homosexuels en l’occurrence, ce qui valait au sida le surnom de “cancer” ou de “peste gay”. L’approche était souvent bien plus morale et sociétale que médicale et objective. Chacun y allait de son jugement sur ces pestiférés modernes. Certains osaient prétendre que ce n’était pas “grave” vu que ça touchait des homosexuels. Bien que d’autres victimes soient dénombrées chez des Haïtiens (sans qu’on comprenne pourquoi?), les prostitués, les toxicomanes, cela restait une sorte de maladie sélective et les marges intéressent rarement la majorité… jusqu’à ce que des hémophiles, des patients ayant subi des opérations et des transfusions soient aussi contaminés et donnent au sida une forme de respectabilité…

Il fallut des années pour envisager et admettre que le sida touche aussi les hétérosexuels à la vie sexuelle “normale” disons normative, car dans la logique de l’époque, les homosexuels avaient des modes de vie et de sexualité “à risque” et cherchaient quelque part cette maladie, alors que les hétéros (surtout les blancs par opposition aux Africains où se propageait de façon inquiétante le sida) n’étaient pas censés être exposés, mis à part pour les prostitués. Mais là aussi, ce n’était pas bien grave, vu que c’était un peu les risque du métier, et le sida n’était jamais qu’une variation moderne et aggravée de la syphilis. Qui se soucierait du sort des prostitués?

Les Soldats de l’Espérance est le premier film à parler ouvertement du sida dans une démarche historique et quasi documentaire. Depuis, le téléfilm The Normal Heart a apporté avec une approche militante un complément utile. Philadelphia avait refusé le défi en préférant aborder le sida à travers le combat juridique contre la discrimination. Les soldats de l’espérance fait oeuvre de pédagogie. Quelques années après la découverte d’Ebola, on y suit la traque de ce virus d’un nouveau genre, stupéfiant et déstabilisant dans son pouvoir de destruction. On comprend ce qu’est pour une équipe d’infectiologues et immunologistes la recherche du patient 0 qui permettrait d’identifier un “cluster” de contamination et de comprendre quels étaient les modes de transmission potentiels. On voit comment la guerre entre scientifiques et instituts renommés a donné lieu à des querelles de clochers pour déterminer les découvreurs du virus du sida et on se réjouit qu’aujourd’hui, des coopérations soient évidentes entre chercheurs du monde entier.

Comme dans Dallas Buyers club, on comprend comment les pouvoirs publics des divers pays, dont les Etats-Unis ont ignoré, minimisé le Sida, refusé de consacrer des fonds pour la recherche comme pour les soins et la recherche de médicaments, car cette maladie dérangeait, malgré les efforts de certains militants pour tirer la sonnette d’alarme et demander qu’on n’en soit pas à compter les morts, mais qu’on agisse pour aider les malades à espérer une survie grâce à des protocoles de soins… C’était une période où les soignants ne touchaient parfois pas aux malades, par crainte d’être contaminés. Les sidéens crevaient de pneumocystose, de toxoplasmose, d’autres maladies altérant le système immunitaire et de syndromes de Kaposi, dans des conditions atroces et dans l’indifférence. Quelques rares médecins comme le professeur Rosenbaum (dans le reportage La bataille du Sida) témoignant des premières années d’exercice rappellent que dans les hôpitaux, les administrateurs poussaient à refuser l’accueil des patients séropositifs, car les autres malades ne voulaient pas côtoyer des sidéens…

C’était un temps où par manque de courage, des politiciens ont refusé de prendre des mesures drastiques sous prétexte qu’une maladie ne semblait pas concerner tout le monde… au risque de laisser des lots de sang contaminé, propager la maladie… Ces malades-là n’auraient pas “mérité” leur sort contrairement aux malades originels, mais ils restaient des dégâts collatéraux regrettables. D’ailleurs, des tribunaux ont refusé de condamner les donneurs d’ordres ou ceux qui n’ont pas agi pour prévenir et ont contribué à l’usage de sang contaminé pour faire des économies ou ne pas risquer de propager la panique. La vigilance et les mesures de précautions n’existaient pas si ce n’est par le refus de soins.

Les choses ont heureusement changé à propos du sida, c’est devenu un virus bien connu et dans une certaine mesure sous contrôle. Le sida reste toujours un virus un peu à part, compte de tenu de ses principaux modes de contamination. Il a tué plus de 37 millions de personnes ; moins que la grippe espagnole en son temps certes, ou les épisodes de pestes dans les temps plus anciens. De nombreux séropositifs vivent désormais presque normalement, avec une sorte de maladie chronique, comme le diabète par exemple, quand ils bénéficient des soins, ce qui n’est pas encore une évidence partout. Quand on voit ce que génère comme psychose le covid19 dans le monde, je ne saurais dire si l’intérêt médiatique que suscite ce “nouveau virus” est une bonne chose, alors que le sida était au contraire presque nié par la grande majorité… Sous l’effet de la mondialisation, la crise sanitaire dans des pays comme l’Italie, pays le plus touché par ce coronavirus en Europe, et le krach boursier avéré et une crise économique en prévision, et les conséquences économiques inhérentes dans de nombreux secteurs déjà en péril, ou encore les intérêts et enjeux politiques (quelque parti que ce soit) reflètent bien plus que les simples considérations médicales.

A l’époque du Sida, des personnels dans les compagnies aériennes refusaient le départ ou l’embarquement si une personne marquée physiquement par le sceau de la maladie avec les stigmates de Kaposi par exemple, montait à bord. Au temps du covid19, les compagnies se mettent à l’arrêt, éliminent des liaisons, voire font faillite, du simple fait qu’une virus toucherait 120 000 personnes et aurait fait environ 5000 morts. Il fallut des années pour admettre une nouvelle maladie et prendre la mesure d’une guerre. Durant les années Reagan, il fallut attendre 1985 pour que le mot Aids soit officiellement prononcé en public par le président des Etats-Unis, et en France, ce ne fut guère plus rapide. Pendant longtemps, des séropositifs ont été interdits de voyager et placés sur listes noires dans certains pays et privés de soins, y compris dans leurs pays. Aujourd’hui, des millions de personnes sont mises en quatorzaine et désormais en quarantaine par précaution au risque de générer des tas d’autres dysfonctionnements et des peuples entiers sont exclus par certaines destinations sous prétexte qu’un millier de cas de coronavirus sont enregistrés dans quelques foyers d’un pays.

A l’heure du covid19, dans une version amplifiée par rapport à celles du H1N1 d’il y a 10 ans ou du sras, il ne faut que quelques semaines pour plonger le monde dans une crise aux enjeux multiples dépassant largement la sphère des malades. Bien sûr, le mode de transmission du sida faisait une grande différence par rapport au covid19. Les risques sont liés à la potentialité de contagiosité et au génie de ce virus. Mais même pendant les guerres, les économies continuaient, tout le monde travaillait au prix d’une réorganisation. Là, des pans entiers ou des régions sont mis à l’arrêt. On découvre comment des problèmes conjoncturels et donc probablement ponctuels signalent une foule de problèmes structurels et des conséquences ambivalentes entre la chute du cours du pétrole et l’amélioration des taux de pollution liée à l’arrêt des activités dans une grande partie de la Chine… On s’éloigne bien du coronavirus pour mettre en lumière des guerres économiques et des enjeux politiques et géopolitiques.

A l’aune de ce mesurage inédit qu’est le covid-19, populairement appelé coronavirus, se révèle un système complexe de récessions et pourquoi pas de dépressions… Ici une incertitude médicale et une maladie considérée comme nouvelle, sans qu’elle le soit vraiment, mettent en branle bien plus que des hôpitaux et des malades, dont on se demande en Italie, si l’on n’en n’est pas déjà au terrible moment du choix et du “tri” sélectif entre les malades, par manque d’appareillages et de personnels soignants pour les sauver tous. Une poignée de spéculateurs boursiers s’en frottent sûrement les mains, se réjouissant presque des récessions prochaines et se nourrissant des incertitudes et de la fébrilité des marchés, à l’idée que l’hypothèse d’une pandémie, alimente la panique des gens par effet domino et permette de faire des profits, sans se soucier des impacts de la crise qu’ils généreront à plus long terme…

L’équilibre et le sens de la mesure restent toujours un art difficile, car l’humain, dominé par la peur de l’inconnu, semble plutôt partagé entre la tentation de cacher, de ne pas voir ni savoir, ou à l’opposé des réflexes individualistes dus à une panique quasi irrationnelle (jusque dans les rayons des supermarchés dévalisés) pour anticiper le risque et pour mieux supporter quelque chose qui ne le touchera peut-être même pas.

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