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Les soldats de l’Espérance, And the band played on ; beau film témoignage sur le SIDA

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Les soldats de l’Espérance ( And the band played on) est un film témoignage quasi historique sur le sida. Les soldats de l’Espérance restitue 10 ans de combat et d’années terribles du sida avant même l’apparition des premiers traitements autorisés et se veut un hommage à toutes les victimes et tous les hommes et femmes impliqués dans l’épidémie de sida directement ou indirectement…

Les soldats de l’espérance (And the band played on) est un excellent film datant de 1993, produit par HBO réalisé par Roger Spottiswoode à partir d’un scénario d’Arnold Schulman et dont la mission, grâce à un casting exceptionnel, est de révéler l’histoire du SIDA. Les soldats de l’Espérance est une oeuvre chorale intelligente, courageuse et ambitieuse, qui évoque les prémices du virus, qualifié de “cancer gay” et la course des chercheurs pour cerner le mode de fonctionnement de ce virus mutant et mortel dans presque 100% des cas, jusqu’à la lutte des egos pour la paternité de la découverte du sida, en passant par les combats des militants. Ces militants essentiellement venus des communautés LGTB luttèrent non sans mal pour faire reconnaître le sida, ses malades, et l’enjeu social de l’épidémie, à des pouvoirs politiques sourds devant les multiples victimes, au point de cultiver les préjugés qui limitaient le sida à une maladie de gays et de marginaux drogués ou dépravés sexuels, n’intéressant personne ou presque pendant longtemps… 

Les soldats de l’Espérance, le premier film à évoquer vraiment le sida

Rares sont les films qui évoquent le sida comme thème unique. En France, la plupart des films qui se sont attaqués au sujet, l’ont toujours croisé avec d’autres problématiques pseudo intellectuelles et plutôt complaisantes qui traduisent un certain nombrilisme des réalisateurs (comme N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvoir ou Les Nuits fauves de Cyril Collard). Plus tardivement, le film confidentiel Clara et moi avec Julie Gayet dans le rôle d’une amoureuse qui apprend qu’elle est séropositive et préfère quitter son compagnon ou Les Témoins de Téchiney qui raconte avec justesse les premiers temps du sida corrigent un peu cette perspective pour aborder plus frontalement le Sida.

Aux USA, le tabou est encore plus grand et même Philadelphia, que l’on cite toujours comme une référence, a dû aborder les discriminations, car il ne trouvait pas les financements pour être produit et réalisé, à cause du sujet. Un compagnon de longue, film très touchant et réussi, explore bien en 1991 la manière dont le sida a bouleversé dès son apparition un petit cercle d’amis homosexuels qui n’étaient pourtant pas censés correspondre à la cible des homosexuels volages abusant de drogues et des bains douches avant de s’adonner aux pratiques sexuelles les plus extravagantes. En définitive, c’est l’un des rares films à parler du sida presque exclusivement même si on ne dépasse pas bien sûr le milieu homosexuel alors considéré comme le milieu à risque avec celui des toxicomanes peut-être encore plus tabou.  Gia, un biopic dédié à Gia Maria Carangi, top model vedette du début des années 80, incarné par la sulfureuse Angelina Jolie, aborde le sida, mais la personnalité de Gia, lesbienne, toxicomane, confine toujours le sida à des milieux spécifiques.

Quelques téléfilms excellents ou du moins intéressants et audacieux ont réussi à voir le jour à la fin des années 80 ou au début des années 90. On citera pèle mêle Le combat d’Allison, l’un des premiers téléfilms américains à évoquer le destin d’une américaine blanche, hétérosexuelle et issue de la bonne société, qui s’est engagée dans la lutte contre le sida auprès des jeunes durant ses trois dernières années, Pour l’amour de Ryan et Ben n’aura jamais dix ans, deux histoires d’enfants hémophiles. On retiendra surtout Le printemps de glace An Early Frost, un téléfilm remarquable avec Aidan Quinn en avocat sidéen vivant ses derniers mois et affrontant sa famille qui ignore tout de ce mal, sans oublier l’émouvant téléfilm In the Gloaming de Christopher Reeve avec Glenn Close en mère impuissante au chevet d’un fils mourant du sida…) Mais depuis 10 ans, plus rien ou presque sur le sida, comme si ce n’était plus à la mode, si ça n’intéressait plus personne, et encore moins le milieu du cinéma…


Les soldats de l’Espérance, chronique historique sur l’épidémie du sida

Les soldats de l’espérance est à ma connaissance le seul film à avoir osé s’attaquer au terrible fléau qu’est le sida, en 1993, en l’abordant dans une perspective quasi historique. Les soldats de l’espérance est inspiré de l’essai du journaliste  Randy Shilts, dont l’essai écrit en 1987, rappelle les étapes de l’apparition et de l’expansion du sida.  Le sida présenté comme combat sanitaire et social.

Depuis l’épidémie d’Ebola en 1977 qui était annonciatrice de ce que deviendrait l’un des pires virus au monde, jusqu’à la dispute pour la paternité de la découverte du sida, on suit les passionnantes investigations pour comprendre à partir du patient 0, comment s’est développé le sida, longtemps qualifié de “cancer des gays” ou encore les combats menés par les milieux homosexuels dans l’Amérique conservatrice de Reagan pour faire accepter que le virus du sida n’était pas une “peste” propre à cette communauté profondément discriminée. Rares sont les films qui évoquent le sida comme thème unique. Les soldats de l’espérance est ce que l’on pourrait appeler un film témoignage. Cruellement réaliste et très informatif sur l’histoire du VIH…

Dans Les soldats de l’espérance, un casting aussi remarquable qu’inattendu est mobilisé pour une cause seule et unique : faire connaître le sida et aider à la prise de conscience du plus large public à une époque où d’aucuns pensent encore que le sida s’attrape en partageant la même pièce ou en serrant la main d’un séropositif ou d’un sidéen. Le film n’est pas dans sa réalisation exceptionnel, et il est très classique dans son approche, mais il propose au moins une historique passionnant depuis l’apparition d’Ebola en Afrique, des premiers cas de sida dès 77 (premier cas du Danemark), 78-79 (en France) jusqu’à la brutale épidémie de sida qui a fait des ravages dans certains milieux au début et notamment celui des homosexuels, puis des toxicomanes…

De l’apparition du sida au militantisme pour la reconnaissance des victimes

And The Band Played On les soldats de l'esperanceQue ce soit grâce à la musique ou aux regards, à la destinée brève des personnages, les Soldats de l’espérance attire l’attention sur la terrible épidémie qui a vu le jour au début des années 80 et qui en 30 ans a déjà fait des millions de victimes. On suit quelques médecins et chercheurs quasi clandestins, dont l’objectif est de trouver le mode de développement du sida en remontant la piste des patients touchés. Depuis les premiers cas dans la communauté gay de Los Angeles qu’il ne fallait pas présenter comme homosexuels pour être sûr d’attirer l’attention des médias, puis les campagnes des homosexuels pour qu’on reconnaisse leurs souffrances, qui n’intéressaient pas les plus grands chercheurs à l’époque, on voit l’évolution de la maladie. On est entraîné dans la course vers le patient 0 qui a permis de mettre en évidence la chaîne de contamination et certaines des voies de transmission.

On apprend dans les grandes lignes les références utilisées pour mettre à jour le virus et notamment la leucémie des félins qui a permis de faire un rapprochement avec les rétrovirus découverts par Gallo. On découvre les combats de quelques courageux qui pendant les années Reagan, ont lutté pour la reconnaissance du sida et l’obtention de fonds publics de manière à mieux comprendre et appréhender cette maladie. En effet, au profit de la défense nationale, les USA ont réduit les dépenses liées à la santé dans les années 80. Beaucoup s’opposaient à l’attribution de fonds et d’aides pour permettre de faire des recherches sur le sida, en particulier car cela touchait les homosexuels. Le fameux “cancer des gays” comme on l’appelait a commencé à se manifester de plus en plus dans les milieux non homosexuels. Les immigrés haïtiens de Miami ont sûrement été les victimes qui ont attiré l’attention sur le fait que le sida n’était pas qu’une maladie de “gays”. Mais comme il s’agissait d’immigrés, parfois illégaux, il est évident que les USA n’ont pas pour autant déployé des fonds pour mieux savoir ce qu’était le sida à l’époque…

On comprend aussi les difficultés qu’ont eu certains militants du milieu homosexuel à faire comprendre à la population pourtant la plus touchée qu’il fallait prendre des mesures pour fermer les lieux qui permettaient la diffusion, comme les bains saunas gays, lieux de toutes les pratiques les plus libérées. Il n’y a pas de complaisance ni de jugements, lorsqu’on explore les lieux où s’est diffusée le plus vite le virus, tout en sachant que le Sida a longtemps fait l’objet des pires discriminations et qu’il a donc été difficile de légitimer certaines actions. On n’échappe pas au triste combat pour la paternité de la découverte du VIH… qui est sûrement le point le plus dommageable de cet historique, dans la mesure où il insiste sur la vanité de l’homme et la médiocrité de la gloire supposée, tirée de cette “découverte”. Les visages se succèdent, disparaissent pour la plupart…

 Un film bouleversant proche du documentaire

Dans Les soldats de l’espérance, l’émotion est très présente, bien que l’on ne tombe jamais dans la facilité du pathos, du fait de cette volonté très proche du documentaire, de reconstituer une Histoire du SIDA par des fragments d’histoires. Les dernières minutes rendant hommage à toutes les victimes sont très poignantes. Un film témoignage, intemporel, qui reste toujours d’actualité et qu’il faut voir absolument!!!!

Tant de noms de personnalités de tous milieux et d’artistes connus foudroyés par le sida – certains ayant même comme Rock Hudson contribué par leur célébrité à parler du sida -, tant d’anonymes riches ou pauvres, homosexuels ou hétérosexuels ont péri en plus de 30 ans. Et pourtant, aujourd’hui encore, quand on évoque le sida, on oscille entre indifférence pour ceux qui n’ont pas connu les années terribles du sida qui tuait 100% de ses victimes (ou presque) ou croient ne pouvoir jamais être concernés par cette maladie, et tabou et exclusion, marginalisation, malgré tout… Faut-il encore rappeler que le SIDA tue toujours, se diffuse partout dans le monde et même en France. Surtout là où on ne veut pas voir…

 

*** Les Soldats de l’Espérance And the Band Played On 1993 – Etats-unis – Drame – 2h21 Réalisation : Roger Spottiswoode Avec Matthew Modine (le docteur Don Francis), Alan Alda (le docteur Robert Gallo), Patrick Bauchau (le docteur Luc Montagnier), Nathalie Baye (le docteur Françoise Barre), Christian Clemenson (le docteur Dale Lawrence) Sortie France: 23 Novembre 1994

 

Quelques passages clés :

“Il n’y a personne qui s’intéresse à ce qui tue les gays sauf les autres gays et ceux qui veulent les voir morts”…. A propos de la recherche des causes du virus, partant de ce constat, un chercheur d’un petit groupe américain qui travaillera sur le patient zéro : “Il n’y a aucun argent pour la recherche donc il faudra travailler sans subside, il n’y aura aucune protection pour les personnels ça sera à vos risques et périls” …

Et pourtant, le courage d’une poignée de personnes a permis de comprendre le sida… Comme quoi parfois, il faut surtout une volonté plus forte que la volonté politique ou sociétale… Juste le courage de regarder la réalité en face au lieu de faire l’autruche et de la connaître pour mieux l’affronter…

 

En France au même moment au début l’épidémie, un responsable de l’hôpital Arnaud Bernard s’adresse au professeur Rosenbaum qui s’intéresse au sida et est probablement le premier en France à en avoir entendu parler et à essayer de soigner les malades : “C’est très embarrassant pour moi, nous sommes tous les deux des hommes de coeur. On dit de nous “cet hôpital où vont ces gens là”. Bon nombre de nos patients normaux refusent de venir ici (dans l’hôpital Arnaud Bernard), ils ont peur. Cela peut mettre notre hôpital dans une situation extrêmement inconfortable, vous comprenez ce que je dis? Puis-je considérer que c’est la fin de cette affaire? (demande le directeur de l’hôpital).

-Non c’est la fin de cette discussion. La fin de cette affaire c’est que je vais chercher un autre hôpital.”

Pour convaincre enfin un politicien de s’intéresser au sida : “en ce qui concerne la prochaine élection, nous survivrons mais nous sommes dans le coma. Le seul groupe sur le vote duquel vous pouvez compter en bloc et avec lequel vous pouvez gagner ce sont les gays et San Francisco est la seule ville au monde où vous pourrez gagner, car c’est une question de vie ou de mort pour eux, sinon, sans eux, vous deviendrez l’ex parrain de San Francisco : – Qu’est-ce qu’ils veulent? – Une incapacité pour ceux qui en sont atteints… et des fonds, des fonds, des fonds pour la recherche, c’est crucial – J’introduirais la motion mais même si tous les gens s’amenaient pour danser le cancan jamais ils n’obtiendront de l’argent de cette administration pour tout ce qui concerne les homosexuels” En réponse, le pouvoir central d’un pays gouverné par Reagan décide : “Cette année, les fonds pour la recherche vont encore être nettement réduits“..

Pourtant, les cas se comptent par milliers et le taux de mortalité est déjà terrifiant, mais ça ne concerne que les gays… et les haïtiens…

 

Voir le film Les soldats de l’espérance

 

A propos du Patient Zéro

A propos de Bobby Campbell, 16ème cas à être diagnostiqué (en 1981) à San Francisco et qui fut le premier à prêter son image pour avertir de l’existence de cette maladie (mort en 1984) :

Ce que disait un reportage français à propos du sida aux USA en 1983:



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A propos de l'auteur

Voyageuse dès le berceau, je nourris un amour viscéral pour les pays d'Europe centrale et orientale, avec une prédilection pour les Balkans (notamment l'Ex-Yougoslavie...). Dans ces terres, qui m'ont enseigné beaucoup de leçons, au fil de quinze ans de découvertes, de rencontres et de hasards… je me retrouve parfois… tant elles sont insoumises, contrastées, passionnelles et contradictoires. J’essaie de me montrer curieuse de tout, de mettre de côté mes idées reçues, de découvrir les pays depuis les sites incontournables jusqu’aux plus inattendus, insolites ou traditionnels quitte à me perdre pour mieux me laisser surprendre. Je privilégie les rencontres, repas et hébergements chez les habitants, pour explorer les traditions, les cultures, l’histoire et les plaisirs culinaires typiques.J'essaie de faire d'Ideoz un espace éclectique et tourné vers les échanges et la rencontre avec les différences. Historienne, anthropologue et ethnologue de formation.   Me contacter par mail? En savoir plus sur moi et sur le projet IDEOZ Voyage...

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