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Franz Liszt : un monument d’exception de la culture hongroise à Budapest

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Parler de Liszt n’est pas un choix dénué d’arrières pensées de ma part. En 2011, Budapest et la Hongrie ont célébré la date anniversaire du bicentenaire de la naissance du compositeur. Cette année a ainsi été marquée par la tenue de nombreux événements un peu partout en Europe et dans le monde en l’honneur de ce virtuose, et, bien évidemment, Budapest et la Hongrie ne manqueront pas de rendre un hommage appuyé à la mémoire de celui qui est ici, à juste titre, considéré comme l’une des plus glorieuses personnalités culturelle du pays et comme l’un des plus important représentant de la culture hongroise dans le monde.

Un compositeur virtuose larqué par un attachement passionnel à la Hongrie

Au travers de cet article je tenais donc moi aussi a modestement participer à l’hommage unanime qui est aujourd’hui rendu à cet homme d’exception. Compositeur et interprète de génie, musicien voyageur, saltimbanque, ce personnage complexe, aux facettes multiples a marqué l’histoire tout autant de son empreinte musicale que de part sa personnalité. Véritable « rock star » de la musique avant l’heure, il tentera tout au long de sa vie d’unir ses trois passions que sont l’art, l’amour et la religion, faisant de celle ci une histoire en tout point fascinante et remplie d’anecdotes rocambolesques.

Enfant virtuose son père le pousse très jeune dans le monde de la musique pour pouvoir vivre par procuration la carrière musicale qu’il n’a jamais pu avoir. Sa musique se fait l’écho de sa passion, de la vie, des femmes, ainsi que de son profond mysticisme. Le charme et la beauté de cet homme ne laissent pas insensibles les femmes qui le rencontrent, Liszt connait de multiples aventures amoureuses fusionnelles, platoniques, intellectuelles. Ceci ne l’empêche pas par ailleurs d’être un homme emprunt de spiritualité, sa vie sera marquée par son attachement à la religion, il finira par rejoindre d’ailleurs l’ordre franciscain et deviendra l’abbé Liszt.

liszt ferenc kaulbach (1)

Litz Ferenc Par Wilhelm von Kaulbach — , photo dans le Domaine public.

Des oeuvres qui forgent un mythe hongrois

Parmi les diverses composantes de la personnalité de Liszt qui ont façonné le mythe, une facette du personnage retient tout particulièrement l’attention et soulève des questions ; son attachement national à la Hongrie. Étudier la vie de Liszt à travers ce prisme offre une perspective de lecture originale de la question de la nationalité hongroise, car s’il est communément admis que Liszt est hongrois la question de sa nationalité demeure cependant ouverte.

Liszt Ferenc, à qui on attribue plus souvent la version germanique de son prénom, Franz, est né à Doborjàn ville du royaume hongrois (qui est aujourd’hui une ville autrichienne ; Raiding). Sa famille paternelle d’origine autrichienne avait pour patronyme List avant que son grand père Georg ne le „magyarise” en Liszt. Sa mère Maria Anna Lager, quant à elle, est issue d’une famille allemande de Bohème. Liszt, part à 10 ans vivre à Vienne, tout au long de sa vie il ne cessera de voyager partout à travers l’Europe et se sentira partout chez lui, aussi bien à Paris, en Suisse, à Weimar, à Rome, qu’à Budapest. Il meurt et est enterré à Bayreuth en 1886 ce qui prêtera polémique puisque les villes de Rome, Weimar et Budapest réclameront le rapatriement de son corps, l’artiste a pourtant clairement exprimé le souhait d’être enterré là où il mourrais. Autre point important, Liszt n’a jamais su parler hongrois et lorsque lors d’un de ses premiers concerts à Budapest il lance au public « je suis hongrois » il le fait en français dans le texte non en hongrois.

Se revendiquer magyar quand on n’est pas hongrois : le choix engagé de Liszt

Le but recherché par l’énumération de chacun de ces points n’est pas de démontrer que Liszt n’a rien d’un hongrois mais plutôt de mettre en exergue la valeur du choix du musicien, et comprendre pourquoi et comment un homme qui n’a pas d’origine hongroise, ne parle pas hongrois et a très peu vécu dans ce pays a pu se revendiquer et se sentir hongrois. Cet homme cosmopolite et universaliste est un Européen avant l’heure, il est hongrois car il a choisit de l’être, car il a le sentiment de partager des valeurs et une culture communes, intimes et inexplicables avec ce peuple opprimé par la monarchie Habsbourgeoise et méconnu du reste de l’Europe, Liszt expliquera ainsi : « Il n’y a rien qui puisse m’empêcher, en dépit de ma lamentable ignorance quant au langage hongrois, à m’affirmer depuis toujours magyar par le cœur et l’esprit. »

Il fut un temps ou être hongrois représentait bien plus qu’une appartenance génétique à un peuple, un temps ou le sang et la langue n’était pas une entrave et ou le cœur et l’esprit étaient des raisons suffisante pour exprimer son sentiment d’appartenance à ce pays. Ceci explique comment le poète Sándor Petőfi, né Alexander Petrović de père Serbe et de mère Slovaque, ait pu prononcer le 15 mars 1848 le poème Nemzeti dal :

Sur le Dieu des Hongrois 

Nous le jurons, 

Nous le jurons,

Que nous ne serons esclaves Plus longtemps !

Ce poème fut le détonateur de la révolution hongroise de 1848 et par extension l’élément déclencheur qui conduira à la restitution de la souveraineté de l’État hongrois, discours que la Hongrie célèbre aujourd’hui 15 Mars, jour de fête nationale.

En ce temps la notion de peuple hongrois avait vocation universelle,chacun en dépit de ces origines ethniques pouvait se sentir appartenir à une communauté qui se voulait être l’antithèse d’un système impérial figé, être hongrois c’était avant tout être libre. Depuis les guerres ont envenimé le débat et l’exacerbation nationaliste a engendré une reconsidération de la question de l’identité hongroise, processus qui n’est malheureusement pas propre à la Hongrie mais concerne toute l’Europe.

Il est ainsi regrettable de penser qu’aujourd’hui un homme qui comme Liszt ne parle pas hongrois et affirme « L’art bohémien appartient à la Hongrie comme à sa mère » aurait très vraisemblablement peu de chance d’être considéré comme hongrois en dépit du fait que son génie puisse apporter énormément au pays qu’il aurait choisit comme pays d’adoption.

Au delà de son inestimable héritage musical il serait précieux de prendre aussi en considération les idéaux que Liszt nous a légué ; poursuivre son rêve et ses passions partout ou nous nous trouvons est une façon de se sentir chez soi, appartenir à la Nation à laquelle nous sommes lié par le cœur.

statue franz liszt budapest (1)
Benoit Charrue

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