53 vues

La Bataille du Sida ; un documentaire instructif sur la découverte du sida

0

La bataille du sida est un documentaire très instructif qui raconte l’apparition du sida, l’identification du virus et les multiples aléas auxquels se sont heurtés les chercheurs en France comme aux Etats-Unis pour mettre au jour le véritable virus, le nommer, comprendre son mode de développement et la manière dont il pouvait muter …

La bataille du sida ; une double lutte en France

Tout commence comme l’histoire de la découverte d’un nouveau virus qui détruit le système immunitaire et laisse les médecins incrédules aux Etats-Unis. La bataille du sida est lancée dès 1980-81. Le sida, hélas, s’avèrera proche du fléau puisqu’il a tué en trente ans plus de 30 millions de morts, mais les combats d’ego, les multiples intérêts commerciaux et financiers ont aussi agi pour révéler des enjeux moins avouables que le dévouement de chercheurs pour cerner une épidémie qui terrifie certains pendant qu’elle laisse la très grande majorité des gens dans le monde indifférents … La bataille du sida devient en outre une lutte institutionnelle et juridique pour faire reconnaître les véritables découvreurs du sida, des chercheurs inconnus de l’institut Pasteur, opposés à l’un des plus éminents chercheurs américains, Robert Gallo, spécialisé dans les rétrovirus et qui fit tout pour s’attribuer la gloire de cette découverte malgré des erreurs d’interprétations notables…

Les principaux acteurs de la bataille du sida en France:

la bataille du sida acteurs de la découverte du virus du sida en France

Willy Rozembaum, le premier à s’intéresser au Sida en France

En France, le premier à s’intéresser au sida presque par hasard,  s’appelle Willy Rozenbaum. Car il est abonné à un bulletin de santé américain, il lit une brève sur des cas de morts d’une cause non identifiée mais intrigante dans le milieu homosexuel. On est alors le 6 octobre 1980. Des cas d’une maladie étrange qui semble détruire le système immunitaire sont recensés dans la communauté gay de New York puis San Francisco et Los Angeles. Au même moment, Willy Rozenbaum reçoit à son service un couple d’amants dont l’un paraît atteint de troubles similaires à ceux décrits dans le bulletin et assez proches d’une maladie infectieuse tropicale. C’est Willy Rozenbaum qui commence à raconter “sa” bataille du sida : comment il a pu repérer par intuition des premiers cas de sida à l’hôpital Arnaud Bernard à Paris et surtout comment il a essayé, en vain et à maintes reprises, de suivre leur état, d’attirer l’attention de ses supérieurs, d’autres médecins et des pouvoirs publics sur la dangerosité que représentait ce virus encore inconnu et donc sans nom. On ne savait pas même qu’il s’agissait d’un virus ou qu’il se transmettait par le sang, les sécrétions sexuelles, surtout le sperme. Le virus était pour les médias une sorte de “cancer gay” simplement parce qu’il touchait presque exclusivement des homosexuels lors des prémices …


Montagnier, Barré Sinoussi et Chermann ; les premiers découvreurs du virus du sida

montagnier chermann barre-sinoussi chercheurs français ayant découvert le VIHOn suit par ailleurs une équipe de chercheurs passionnés qui sans relâche ont tenté de savoir ce qu’était ce virus, même si les moyens dont ils disposaient étaient limités et si les pouvoirs publics ne s’intéressaient guère, même en France, au sort de malades homosexuels. Leur bataille du sida est purement scientifique,encore, mais leur courage, leur patience et leur détermination sont exceptionnels.

Lors de la phase préliminaire de la maladie, Willy Rozenbaum parvient à convaincre un patient de servir de cobaye pour permettre à une petite équipe de chercheurs français spécialisés dans les rétrovirus de repérer et d’isoler enfin le virus puis d’analyser son développement. La rétro virologie avait été récemment découverte par Bob Gallo, un chercheur américain brillant et ambitieux qui voulut s’attribuer par la suite la découverte du sida, alors que la maladie ne l’intéressait absolument pas à l’origine dans la mesure où elle ne concernait encore que les homosexuels. Ces chercheurs susceptibles de décrypter un virus comme le sida (encore non nommé officiellement), on les trouve uniquement en France à l’institut Pasteur et ils sont donc les premiers à tenter de progresser dans leurs découvertes sur ce virus. Ils se nomment Luc Montagnier, Françoise Barré Sinoussi et Jean-Claude Chermann… C’est l’aventure d’une biopsie d’un ganglion d’un supposé malade repéré par Rozenbaum, qui débute et qui est ainsi contée en détail avec toutes les suppositions, les erreurs d’évaluations et les fausses pistes.  Aux États-Unis, c’est également une petite équipe de médecins épidémiologiques  dont fait partie Don Francis (voir le film Les soldats de l’Espérance), qui sans moyen financier, commence à s’intéresser au fameux patient zéro Gaëtan Dugas pour émettre des hypothèses sur le mode de diffusion du sida.


Entre indifférence et surdité des pouvoirs publics face à une “maladie d’homos”

Et que dire du déni qui s’empara des pouvoirs publics et des politiciens américains comme français, qui ne voulaient pas entendre parler d’un virus d’immunodéficience puisqu’il concernait des personnes qui n’intéresseraient “que les autres membres de leur communauté ou ceux qui voudraient la mort des homosexuels”. Dans la bataille du sida, on rappelle donc comment en 1983 les pouvoirs publics en France ont retardé l’introduction du test américain Abbot car l’institut Pasteur (où l’on travaillait à la recherche et à l’identification du virus) avait pris du retard et risquait de perdre des millions de francs de bénéfices (revenant à la recherche mais pas seulement)… Pendant plusieurs mois, des personnes ont été exposées et les pouvoirs publics (avec pour hiérarchie le premier ministre en l’occurrence Laurent Fabius) ont délibérément laissé des personnes être contaminées (environ 10000) et continuer à recourir à des lots de sang contaminé au prétexte qu’un don de sang ne pouvait jamais être mauvais et que le “sang français était forcément pur”.

La Bataille du sida, c’est donc aussi la course à l’élaboration d’un test de détection fiable (et si possible meilleur que celui des américains), qui nécessitera plus d’un an de recherche avec de fortes perspectives de retombées commerciales et financières. Mais le premier test sérologique homologué était alors vendu très cher et n’était pas remboursé, donc il fallait donner son sang pour savoir si on était ou non séropositif car c’est le seul endroit où l’on trouvait des tests “gratuits”, même si avec la pratique des faux négatifs, la pratique était loin d’être fiable… Il faudra attendre 1987 pour trouver des centres de dépistages. Les autorités françaises et américaines pour des raisons économiques ont donc préféré leurs intérêts à ceux des malades… En effet, la situation fut à peu près similaire aux Etats-Unis avec quelques mois de décalage, car les intérêts des laboratoires médicaux devaient être préservés et que des tests pourtant déjà existants n’étaient pas utilisés pour détecter le sida alors que cela aurait pu permettre d’éviter l’écoulement de sang contaminé par les banques de sang. …


L’affrontement entre la France et l’Amérique, Montagnier versus Gallo

Malgré les progrès de la recherche, on connaît encore bien peu de chose du sida et cette étape fait la place à l’affrontement pathétique mais compréhensible de la part des français pour faire reconnaître les vrais découvreurs, ce qui fut long, laborieux pour l’Institut Pasteur qui engagea des poursuites. Étant déjà connu dans le monde et étant américain, à la tête d’une unité spéciale dotée de moyens grâce à sa seule réputation et à l’intérêt que cette découverte pourrait avoir pour sa carrière, Gallo était écouté dans les milieux des chercheurs comme parole d’évangile et éteignait par sa condescendance toute autre voix, y compris si les chercheurs français disposaient des preuves que leur virus était le bon… Ces conditions devaient suffire à ce qu’on préfère croire Gallo sans le contester plutôt que d’écouter des chercheurs français sans moyen, sans réseau, ni compétence médiatique  et communicationnelle pour diffuser leurs travaux … Montagnier, Barré Sinoussi et Chermann reviennent sur les motifs qui expliquèrent pourquoi il fut si compliqué pour les Français de remporter la bataille juridique du sida.

Et au-delà du documentaire La Bataille du sida :

La controverse sur la découverte du rétrovuris et sur le test de dépistage s’est poursuivie jusqu’à 1993. Une procédure conjointe des américains et des français aboutit à la reconnaissance également conjointe de la découverte du virus du sida. Mais en décembre 1992, une enquête du comité d’Ethique de la recherche médicale du national Institute of Health détermina que le Dr Gallo avait commis une faute de déontologie scientifique et cette culpabilité permis en 1993 de mettre fin au procès.

L’obtention du prix Nobel de médecine par Montagnier et Barré Sinoussi clôt de la plus belle des manières cette controverse et bataille d’ego, mais elle ne doit pas faire oublier que la France et l’Amérique préférèrent s’affronter pour obtenir la consécration d’une découverte scientifique plutôt que de lutter efficacement contre la propagation de la maladie et les soins à apporter aux victimes pour la plupart condamnées à brève échéance à cette époque…


Vidéo : la Bataille du sida

Photo : Les professeurs Jean-Claude Chermann (D), Françoise Barre-Sinoussi et Luc Montagnier, posent le 25 avril 1984 dans leur laboratoireafp.com/Michel Clement

Vous pouvez voir ou revoir ce reportage sur les archives de l’Ina

Pour aller plus loin :
Le film de fiction Les soldats de l’espérance, And the band played on qui raconte l’histoire du sida



Partager

A propos de l'auteur

Voyageuse dès le berceau, je nourris un amour viscéral pour les pays d'Europe centrale et orientale, avec une prédilection pour les Balkans (notamment l'Ex-Yougoslavie...). Dans ces terres, qui m'ont enseigné beaucoup de leçons, au fil de quinze ans de découvertes, de rencontres et de hasards… je me retrouve parfois… tant elles sont insoumises, contrastées, passionnelles et contradictoires. J’essaie de me montrer curieuse de tout, de mettre de côté mes idées reçues, de découvrir les pays depuis les sites incontournables jusqu’aux plus inattendus, insolites ou traditionnels quitte à me perdre pour mieux me laisser surprendre. Je privilégie les rencontres, repas et hébergements chez les habitants, pour explorer les traditions, les cultures, l’histoire et les plaisirs culinaires typiques.J'essaie de faire d'Ideoz un espace éclectique et tourné vers les échanges et la rencontre avec les différences. Historienne, anthropologue et ethnologue de formation.   Me contacter par mail? En savoir plus sur moi et sur le projet IDEOZ Voyage...

Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Besoin d'aide pour préparer un séjour ?

Remplissez le formulaire ci-dessous avec le plus de détails possible pour que nous puissions vous répondre dans les plus brefs délais.


Nous partageons nos expériences et conseils gratuits avec vous! Exprimez vos besoins!