
Cette ‘Vérité sortant du puits armée de son martinet pour châtier l’humanité’ (car tel est bien le titre de ce tableau de 1896) n’a rien à voir avec Dreyfus, mais représente pour son auteur, le célèbre Jean-Léon Gérôme, la vérité en peinture : c’est là son dernier manifeste, à lui qui dénigra Manet et suggéra d’exposer Olympia aux Folies-Bergères, à lui qui fit tout son possible pour empêcher le legs Caillebotte*, à lui qui ne cessa de pester contre le modernisme : dans cette vérité courroucée et vengeresse, on pourrait aisément reconnaître de nos jours un certain réac atrabilaire, sûr de ses vérités, ou un de ses séides polémistes du même acabit. Cette exposition au Musée d’Orsay (jusqu’au 23 janvier) se veut (bien dans la nouvelle ligne du Musée depuis son changement de direction) une tentative de réhabilitation de ce peintre par le biais du spectaculaire, du cinématographique. La visite en est divertissante comme celle d’un vieux grenier provincial : on éternue un peu à cause de la poussière, on mesure comme le temps a passé, on baigne dans les vieilleries, mais on ne trouve pas de trésor.
Outre le fait que Gérôme fut un homme d’affaires avisé, comme le souligne avec ironie Philippe Dagen, c’est un peintre habile, à l’écoute de son marché, offrant de la fesse coquine quand on en veut, mais point trop. Ses voyages en Orient ne lui ont guère fait découvrir autre chose qu’une matière pittoresque pour ses tableaux, un orientalisme de pacotille comme terreau à fantasmes sexuels coloniaux, ainsi de cet ‘Intérieur grec’ qui n’est qu’un bordel, littéralement et picturalement : Gérôme vend sa peinture comme ces filles vendent leur corps, ce que les clients attendent. Le contraste avec certaines des photographies d’Orient présentées ici est flagrant : ce sont les photos qui témoignent (parfois) d’une intelligence des paysages, d’une empathie avec les habitants, ce dont la peinture de Gérôme est totalement dépourvue. Son portrait de Markos Botzaris (1874), par exemple (ici en gravure), transforme le héros de la lutte pour l’indépendance grecque en acteur de pacotille.


Et pourtant, et pourtant, un tableau, un seul, m’a remué dans cette exposition : ni une hétaïre nue et bien épilée, ni le portrait de son 
Rien encore sur ce site (trop occupé ailleurs). Quelques articles, à part celui du Monde : le Figaro, le Point (en vitesse); sinon pas grand chose.
* “Pour que l’Etat ait accepté de pareilles ordures, il faut une bien grande flétrisssure morale […] C’est l’anarchie partout et on ne fait rien pour la réprimer […] je vous le dis, tout ça, des anarchistes et des fous.”
Photo de l’intérieur grec courtoisie du Musée d’Orsay.
Jamais lu un commentaire aussi prétentieux. On dirait du Télérama. Ecoeurant, alors que Gérôme était, l’exposition le montre bien, très original sous l’académisme de façade de ses oeuvres. On est très loin d’Ingres.