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Le psychøpåthe qui venåit du Nørd (“Alter Schwede!”)

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Je vous emmène dans une petite ville de provincenordique que vous connaissez bien, cette paisible bourgade, tranquille comme une vaste sapinière de l’immensité scandinave, comme une forêt sombre, sauvage, impénétrable, où le silence boisé n’est troublé que par le passage occasionnel d’un lemming, furtif et affairé, ou d’un élan solitaire à la démarche digne et nonchalante: la ville de Västerås.
Une brève éclaircie illumine le vieux Västerås, sur les rives de la Svartå, un soir de juin 2012
Mais, vu que l’autre jour, un grand escogriffe surgi de nulle part a tenté d’y assassiner votre dévoué chroniqueur ainsi que les collègues qui l’accompagnaient (surtout les collègues en fait, mais en tant que témoin privilégié de cette petite mésaventure qui a failli tourner au drame, je m’arroge le droit de me faire mousser un peu), je me suis dit qu’il est de mon devoir de vous conter, en ce troisième vendredi 13 de l’année, ce récit peu banal qui montre parfaitement que souvent, l’imprévu et le danger surviennent au moment où l’on se croit le plus en sécurité.
À Västerås, même les statues ont le blues. On les comprend.
Car, s’il y a bien un sentiment qui prédomine dans les petites villes assoupies de Scandinavie, c’est l’impression de se sentir totalement en sécurité, bien plus que dans les bruyantes métropoles du reste du continent, et bien davantage qu’au fin fond de la campagne suédoise, ces immensités de vide où le promeneur démuni s’expose au risque de tomber nez à nez, au détour d’un marais, avec un élan enivré aux pommes pourries et fermentées, grosse brute de 800 kg tout en cornes et en muscles, ou alors de se faire dégommer par un chasseur du cru, enivré, lui, à l’akvavit d’aneth frelaté. Sans parler, bien sûr, du risque de se perdre, tout simplement, si l’on a pas eu la présence d’esprit de semer des cailloux derrière soi. Et en Suède, quand on se perd dans la forêt, c’est parfois pour très, très longtemps
Oui, qu’ils sont nombreux, les périls qui guettent l’imprudent dans l’univers impitoyable de la forêt boréale scandinave. Heureusement, dans l’ennui citadin de Västerås, il n’en est rien. Sur les larges avenues, les rares véhicules, toujours silencieux, qui respectent scrupuleusement les limites de vitesse, s’arrêtent toujours pour laisser passer le piéton. Sur les trottoirs, spacieux et peu fréquentés, piétons et cyclistes se croisent, certes sans échanger un regard ni même un sourire (car au royaume des Krisprolls, sourire à des inconnus est assimilable à une forme de harcèlement sexuel, donc c’est mal vu), mais au moins en faisant attention à leur entourage. Violence? Délinquance? Inconnues au bataillon. Là, tout n’est qu’ordre et sécurité, luxe, calme et morosité. Bref, dans cette ville moyenne du centre du pays, on s’embête ferme, certes, mais on ne connaît pas le danger. Västerås est l’antithèse parfaite de Beyrouth.
Un “midsommarstång”, ou arbre de l’été, au parc de Djäkneberg, colline verdoyante qui domine la ville
Et pourtant, et pourtant… Malgré l’impression de totale sécurité, le pire peut arriver à n’importe quel moment.
L’autre soir, au terme d’une journée de dur labeur, je m’apprêtais à regagner mon hôtel, en compagnie des quatre autres collègues arrivés comme moi de Berlin quelques jours auparavant. Après deux jours de pluie, drue et presque à l’horizontale, la météo nous accordait enfin un répit bien agréable, et, dans la douceur et la lumière du soir, nous papotions gaiement en nous promenant sur un petit chemin piétonnier le long la Svartå, une rivière aux eaux calmes et sombres. Dans ce cadre bucolique propice à la rêverie, je me laisse distancer de quelques mètres par le groupe. Derrière nous, j’entends le ronron d’un pédalier, et me retourne: j’aperçois alors un cycliste qui déboule derrière les buissons et nous rattrape à vive allure. À peine ai-je le temps de m’étonner de la vitesse à laquelle il roule et de me demander à quoi joue cet énergumène, que VLAN! Le fou du vélo, qui n’a pas ralenti ni cherché à éviter le groupe, percute violemment Karolina dans le dos. Notre collègue suédoise n’avait rien vu venir. Elle effectue un vol plané puis vient choir à plat ventre sur le revêtement en béton, laissant ses chaussures à deux mètres derrière, là où elle se tenait debout une seconde plus tôt. L’Abdoujaparov amateur et sa véloce monture s’élèvent dans les airs et retombent, eux, sur le gazon boueux.
C’est la consternation! Nous nous portons aussitôt au secours de Karolina, lui rendons ses chaussures, nous assurons qu’elle va bien. Miracle: elle est sous le choc, mais n’a rien. Même pas un bleu ou une égratignure. Même pas un bas filé. Rien. C’est une grande Viking solide après tout. Sonnée mais indemne, elle se chausse et se relève, avec un peu d’aide tout de même. Et c’est là que la scène devient complètement surréaliste.
Karolina se tourne alors vers la pelouse, où le barjot du vélo a repris ses esprits. Sa veste et son pantalon sont couverts de boue et de grandes taches vertes laissées par l’herbe, mais à part la saleté, il n’a pas l’air d’être blessé. Mazette, ils sont tous deux complètement indemnes. Un Suédois, mes amis, c’est costaud. On ne peut pas en dire autant de la bicyclette, dont la roue avant se retrouve complètement tordue après le choc…
Le choc a été violent, on dirait…
«Vøus ållez bien?», s’enquiert Karolina auprès du fou furieux qui vient tout juste de la faucher sans crier gare. «Grüt», grogne-t-il, tout à son vélo, sans prendre la peine de demander à la miraculée si elle a mal quelque part, si elle est blessée, si elle n’est pas trop sonnée, pas trop furieuse… Il examine la roue quelques instants, avec une sorte de fascination désemparée qui lui permet de se détourner de nous. La roue est bigrement tordue. À trois mètres de là, quatre témoins étrangers, médusés, assistent à une scène à la Ingmar Bergman.
«Mince ålørs, øn diråit que vøtre vélø est cåssé.
— Vøus mårchiez sur tøute lå lårgeur du chæmin.
— Øn ne vøus å pås vu. Vøus åuriez peut-être dû sønner pøur nøus åvertir.
— Øn m’å vølé må sønnætte.
— Åh bøn…
—  …
— Jæ peux vøus åider, si vøus vøulez.
— Grüt.»
Après s’être sommairement nettoyé, le fådå prend alors la décision d’attacher son vélo à un poteau (surmonté d’un panneau qui, au passage, confirmait bien le caractère éminemment piétonnier de la petite voie), puis nous plante là, sans un mot d’excuses pour Karolina, sans même l’avoir regardée une seconde dans les yeux, sans rien nous dire du tout en fait, sans se retourner vers nous une dernière fois, sans admettre qu’il était en faute. Au contraire, c’est même lui qui a eu le culot de nous faire des reproches. Alter Schwede*! C’est pas permis d’être un pareil goujat!

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Le grossier personnage parti, nous nous regardons tous les cinq pendant quelques secondes de confusion et d’indécision, puis, comprenant qu’il n’y a plus rien à faire sur ce petit chemin décidément très mal famé, nous reprenons lentement notre marche vers l’hôtel, non sans commenter abondamment l’incident et nous assurer que Karolina est véritablement saine et sauve. C’est à peine croyable, mais elle l’est. Et le plus fou, c’est qu’elle n’est même pas en colère.
Un chouïa traumatisés par cette péripétie, nous sursautons à chaque fois que nous croisons un cycliste… Mais nous regagnons la sécurité (totale?) de l’hôtel sans encombre.
Deux heures plus tard, au moment du dîner, la bonne humeur est revenue. Michaela, la collègue allemande, se demande à voix haute si c’est très sage de commander du fromage. «Michaela, lui demandé-je alors pour la rassurer, tu crois vraiment que toutes les Françaises renoncent complètement au fromage pendant leurs neuf mois de grossesse? J’en doute. À la rigueur, c’est plus dangereux de traverser la rue devant chez toi…». Au moment où je prononce ces paroles, nous nous prenons la mesure de la tragédie que nous avons  évitée de peu. Michaela, enceinte de cinq mois, marchait juste à côté de Karolina, avant que l’autre sauvage ne se prenne pour une boule de bowling, le chemin pédestre étant la piste cirée, et nous les quilles. C’est un simple hasard que Karolina se soit fait renverser, et pas la future maman, ou n’importe qui d’entre nous. «… Ou de marcher sur le trottoir à Västerås, la ville où il ne se passe jamais rien.»
Un ange passe. Nous frémissons d’horreur. Deux heures après l’accident, je suis soudain pris de rage et promet à Michaela que si on recroise ce pauvre type, je lui ferai passer un sale quart d’heure. Évidemment, le destin n’a pas permis à cet épique règlement de comptes de se produire.
Alter Schwede*! Mais quel connård ce type!
(*) L’expression allemande alter Schwede est difficile à traduire. Je l’ai déjà entendue plusieurs fois, et n’ai jamais réussi à établir avec certitude si elle signifie:
a) «alter-Suédois» : un Suédois altermondialiste qui serait notre alter ego, en quelque sorte ;
b) «altère-Suédois» : une spécialité culinaire scandinave particulièrement indigeste et qui donne soif, une sorte d’étouffe-chrétien nordique, qui provoque le besoin de se désaltérer au plus vite ;
c) «haltère-Suédois» : un grand Viking passé maître dans la technique de l’épaulé-jeté ;
d) À moins qu’elle ne signifie plus prosaïquement «vieux Suédois», mais cette dernière interprétation me semble peu plausible et trop tirée par les cheveux pour être vraie.
Bref, cette expression à la signification obscure est, quelle qu’en soit la traduction littérale, qui somme toute n’a pas grande importance, une exclamation teutonne quelque peu équivalente à des interjections franchouillardes telles que «la vache!» ou «mes aïeux!» ou «nom d’une pipe!».
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on voit d’où elle vient, en tout cas!
Aujourd’hui, à Västerås, c’est grand jour de marché (lol) devant le Stadshotell

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Voir l’article original – http://chronique-berliniquaise.blogspot.com/2012/07/le-psychopathe-qui-venait-du-nord.html



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