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Retour de voyage : revenir c’est mourir un peu

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Partir, c’est mourir un peu, disait le poète.

Moi je dis : revenir, c’est mourir un peu.


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Le retour est toujours la partie la plus pénible de mes voyages. J’ai la sensation que rien n’a changé, mais que moi j’ai pas mal changé. C’est ça: le retour est pour moi synonyme d’incompréhension et de décalage.

Quand je revenais de mes pérégrinations professionnelles, des camps de réfugiés en Afrique au génocide au Rwanda, en passant par les villes et les villages dévastés par un tremblement de terre ou un tsunami, les gens me demandaient gentiment : « Alors, c’était comment. Pas trop dur » ?

Ils avaient regardé la télévision. Ils avaient lu dans les journaux. Ils en avaient des images brutales, misérables, pathétiques.

Moi, j’avais partagé la même réalité, souvent dans la frustration, parfois dans la joie. Mais la souffrance et la mort ont aussi une odeur. L’odeur est quelque chose qui ne passe pas à la télévision et reste difficile à retranscrire dans les journaux. Mais il y a des choses et des émotions qui ne coïncident pas avec les images toutes faites d’une catastrophe.

Figurez-vous que j’ai aussi ri avec des réfugiés ou que j’ai passé du bon temps avec des écoliers dans une école sous une tente; en quelque sorte j’ai parfois pris mon pied à aider ceux qui en avaient besoin. Mais comme je travaillais dans l’humanitaire, je devais être le messager de la souffrance. Je devais par contrat témoigner en relatant fidèlement des histoires de chaos et de désarroi. « Le désastre. L’organisation machin intervient. C’était atroce, chers donateurs. Maintenant, grâce à vous, tout va mieux, mais ce sera long ».

Le message n’était pas forcément faux – il s’adressait à tous les cœurs généreux que la planète compte. Mais il me semblait incomplet.

Alors quand je reviens des îles lointaines, les gens posent la même question : « Alors, c’était comment. Paradisiaque, hein ? ».

Pour beaucoup, le mot « île » rime avec « paradis », ce cliché marketing qui lui colle à la peau. Ce n’est pas faux, mais c’est incomplet.

Côté pile, il y a les lagons, les plages vides, les coraux, l’espace et le temps qui coulent doucement, la simplicité apparente. D’autres choses aussi, bien sûr. Côté face, il y a aussi l’isolement, la difficulté des insulaires à se fabriquer un futur clair et indépendant, les atolls qui s’enfoncent, le manque de choix, la vie chère, la réclusion. Et d’autres choses aussi, bien entendu.

Je reviens donc. J’ai dans la tête des images de Yap, de Palau et de cette « île au bout du continent ». Des heures passées à ne rien faire à Palau, à écouter le ressac et les légendes à Yap. A renifler leurs odeurs. Mais aussi la tristesse du peintre Tommy ou la solitude de Mélanie et Jeffrey qui ont laissé leurs enfants derrière eux.

Les îles isolées sont striées de vague à l’âme, ni gaies, ni tristes ; entre deux eaux. Je les aime pour cela, entre autres. J’ai du mal à expliquer cet amour.

Déjà, elles me manquent. Elles et tous ses habitants qui m’ont enveloppé de leur présence et de leur gentillesse.

Oui, le retour s’annonce mélancolique.

(Traduction du dessin: “Le pire c’est de rater le dernier épisode de Lost”. Dessin: Jon Kudelka).



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A propos de l'auteur

"Ils/Elles" lointains " «Il n’est au monde qu’une seule aventure: la marche vers soi-même, en direction du dedans, où l’espace et le temps et les actes perdent toute leur importance.» Henri Miller.Vivre sur des îles lointaines au XXIème siècle ...

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