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L’ Art égyptien au Louvre : Tête à gauche, tête à droite …

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Troisième et avant-dernier rendez-vous dans la Crypte du Sphinx du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

Où il est à nouveau question, devant les deux bas-reliefs de Ramsès II, du sens le lecture des hiéroglyphes …


Si j’ai pris la peine de rester un instant encore ce matin en cette crypte dans laquelle nous nous sommes retrouvés vous et moi, amis d’Ideoz, les 23 et 25 novembre derniers, c’est  aux fins de profiter des quelques brèves notions que je n’ai que précédemment effleurées, pour vous apporter l’une ou l’autre précision supplémentaire quant à la direction de l’écriture égyptienne, partant, de la lecture des hiéroglyphes.

Pour déterminer le sens de lecture d’un texte, ai-je simplement énoncé lors de notre dernier rendez-vous, il suffit de repérer la direction vers laquelle est tournée la tête de tout être vivant. Si un dieu, un humain ou un animal a le visage ou le bec dirigé vers la gauche, comme le sont ceux qui sont gravés dans les colonnes au-dessus du sphinx sur le bas-relief  B 19,

Bas-relief B 19

on commence par lire en partant de la gauche et en progressant, ici de haut en bas, vers la droite. Et bien évidemment, si les têtes ou les personnages sont tournés vers la droite, comme Ramsès II sur ce même monument, on lit de droite à gauche.

C’est d’ailleurs cette dernière règle, la lecture de droite à gauche, que l’on retrouve le plus fréquemment adoptée, en toute logique, quand il s’agit d’un texte rédigé sur papyrus et par respect d’une tradition codifiée quand il s’agit d’un relief : c’est ce que les égyptologues appellent la « direction dominante ».

En toute logique, viens-je de dire. Je m’explique.

Si tout à l’heure, après notre rencontre, vous décidez de monter au premier étage de ce Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, et de vous rendre en salle 22 de l’Aile Sully, vous pourrez admirer, dans la vitrine 10, le plus que très célèbre Scribe accroupi (qui est en réalité assis en tailleur !)


Scribe E 3 023

L’homme, indiscutablement droitier, maintient de la main gauche, à plat sur son pagne tendu, le papyrus sur lequel il va écrire en tenant un calame (aujourd’hui disparu) de la main droite en commençant tout naturellement au bord droit de la feuille. Au fur et à mesure qu’il rédigera son texte, il déroulera de plus en plus d’espace pour avancer ainsi vers la gauche.

S’écrivant de droite à gauche, les signes hiéroglyphiques, tournés vers le début de la page, vers la droite, donc, se lisent tout naturellement de droite à gauche.

Ce sur quoi je voudrais maintenant attirer l’attention de ceux qui, parmi vous, envisagent d’entreprendre un séjour sur les rives du Nil et désireraient un peu mieux comprendre les reliefs gravés sur les murs de certains temples, c’est que cette direction dominante constitue, dans les monuments isolés, l’apanage de ce qui concerne les dieux : ceux-ci regardent vers la droite et le roi, par exemple, obligatoirement vers la gauche. De même, les hiéroglyphes qui accompagnent ces scènes.

Reprenons un instant les deux bas-reliefs B 18 et B 19 de Ramsès II ici devant nous sur les murs de la crypte. J’ai la semaine dernière eu l’occasion de mentionner le fait que, placés au-dessus du souverain ou du sphinx, les hiéroglyphes ne se présentent pas – et ne sont donc pas lus – dans le même sens.

Ceci posé, vous êtes en droit de vous demander, alors que je viens d’expliquer que sur les monuments, le dieu a le regard tourné vers la droite et le roi vers la gauche, pourquoi il n’en est pas ainsi sur B 19.

Ceux qui ont attentivement suivi mes propos d’aujourd’hui soupçonnent,  à l’évidence, la réponse à cette interrogation.

Mais oui, mais c’est bien sûr !!

J’ai en effet précisé ci-avant que cette règle concernait les monuments isolés. Or, ici, souvenez-vous, les bas-reliefs formaient une paire que Caviglia retrouva entre les pattes du grand Sphinx de Guizeh : ils se répondaient donc l’un l’autre.

De sorte que la règle de la « direction dominante » souffre au moins une exception : quand le relief d’une paire, ou d’une suite, est situé à droite dans un temple, le dieu regarde vers la gauche, et donc le roi dans le sens inverse.

A présent, fort de ces connaissances, il vous est aisé de déterminer l’emplacement qui était le leur quand Caviglia les mit au jour : B 18 se trouvait à gauche en entrant dans le petit sanctuaire et B 19 à droite.

Je terminerai simplement ma petite démonstration en vous faisant remarquer qu’ici, dans la crypte, les Conservateurs du Louvre ont respecté leur position initiale in situ puisque, sur les parois latérales de part et d’autre de l’imposant animal, ils ont accroché B 18 sur le mur de gauche et B 19 sur celui de droite.

C.Q.F.D., comme disait jadis mon professeur de mathématique !

(Fischer : 1986)

4 commentaires sur “L’ Art égyptien au Louvre : Tête à gauche, tête à droite …”

  1. La question de la lecture des signes n’est-elle pas applicable à tous les systèmes d’écritures par dessins ou symboles? Les fonctions des zones du cerveau (gauche et droite) ont été beaucoup analysées ces dernières décennies…, me semble-t-il.

    1. Vous aurez compris, je pense, à la lecture de la réponse au précédent commentaire, que pour ce qui concerne le sens de l’écriture et de la lecture, il ne s’agit nullement ici de côtés du cerveau, mais de respect de certains codes inhérents à l’idéologie égyptienne en matière de protocole royal ou divin …

  2. Très intéressant. Je n’avais pas remarqué cette subtilité de l’orientation supposant que l’écriture de droite à gauche était celle employée en permanence.

    1. Très honnêtement – mais ici, je suis bien obligé de généraliser, même si dans cet article j’ai soulevé le voile de l’exception – le sens de l’écriture ou de la gravure des signes hiéroglyphiques fait partie d’un domaine extrêmement complexe.

      Certes, comme toujours, il y a une sorte de règle – celle que j’ai notamment définie pour la rédaction sur papyrus -, puis des dérogations qui s’imposent en fonction d’autres critères : et en Egypte, notamment, tout étant symbole, les exceptions à la codification initiale sont nombreuses et ressortissent le plus souvent aux domaines de la religion et du protocole.

      Permettez-moi de prendre l’exemple, dans une expression composée, de ce que les égyptologues appellent l' »antéposition honorifique ».

      N’ayant pas, je présume, l’opportunité d’ici ajouter une iconographie, je vais tenter d’être clair.

      Quand, dans un texte, figurent les termes « Fils du roi », ou « Scribe royal », ou « Maison du roi »,etc., on lit les signes hiéroglyphiques en respectant l’ordre que je viens d’énoncer (sa nesou, pour fils du roi ; sech nesou, pour scribe royal et per nesou, pour maison du roi).
      MAIS dans la réalité de l’écriture et de la gravure, le roi (nesou) SE DOIT, par respect protocolaire, d’être écrit en PREMIERE position.

      De sorte que si je lisais tout logiquement de droite à gauche, je dirais roi fils, roi scribe et roi maison.
      Donc là, exceptionnellement, en lisant mon texte tout naturellement de droite à gauche, je dois inverser dans ma tête ce type d’expression et la lire dans l’autre sens que celui où elle est écrite.

      Me suis-je bien fait comprendre ?
      Si non, n’hésitez pas à intervenir.

      Et si le sujet vous intéresse vraiment, je n’ai qu’à vous donner le conseil de dévorer le bouquin de Fischer que j’ai cité en note infra-paginale.

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