Art, histoire, technique entre capitalisme et fascisme : qui sont les artistes?

Art ? Qu’entend-on par Art, qui sont les artistes, comment vivent-ils, d’où viennent-ils, sont-ils comme le commun des mortels, ou bien appelés par je ne sais quel destin ? Art, monde éthique, monde vrai ou alors autre monde et si oui quel monde ? Celui des images et des formes ? Oui c’est cela, l’Art comme expression de formes et d’images. Bien, mais quelles intentions se révèlent lorsqu’un artiste crée, produit des formes et des images, que veut l’artiste lorsqu’il donne une forme à un matériau, se révéler à lui-même ? Oui mais lui-même, sauf luxe sollipsiste, présuppose l’autre.


 

Histoire des arts et capitalisme

Subjectivement, c’est sûr car la conscience ne peut naître que de l’échange avec un autre que soi, intersubjectivment, c’est certain, car l’intention de l’artiste n’est pas de produire pour soi mais pour d’autres, pour partager quelque chose, une idée, une conception, une émotion, esthétique, paroxystique, symbolique…

Donner une forme à la vie, à l’énergie, à l’action, ou bien donner un sens à la pensée, à l’Esprit, ou encore s’offrir à la contemplation ?

La place de l’art est importante pour certains, négligeable pour d’autre. L’art a une histoire, l’art ne produit pas le consensus, l’art est produit par des artistes, l’art fut contesté comme valeur depuis Hegel, et les artistes ont résisté et leurs oeuvres sont entrées dans la pérennité. La question de l’art est tout autant celle des formes réalisée que celle des contenus exprimés, contenus à double face, objective du côté de l’oeuvre et subjective du côté de la conscience qui éprouve l’oeuvre en la saisissant d’une manière complexe. L’art appartient à l’Empire des formes et renvoie au caractère esthétique de l’existence. Comme le dit Heidegger, l’essence de l’art paraît à bien des égards mystérieuse. On verra ce qu’il en est de ce mystère qui ne peut faire l’économie d’une ouverture dans la pensée théologique. Mais pour l’instant, il nous faut situer le problème d’une manière directe, qui nous amène à l’essentiel en contournant les débats stériles issus, soit d’un manque de profondeur, soit d’une incapacité à se projeter hors des thèmes parcourus et des discours convenus depuis des lustres.

1. L’art à une histoire, et celle-ci dépend des sujets possédant des compétences artistiques, tout autant qu’elle repose sur des sujet possédant des compétences permettant d’apprécier l’art à sa juste valeur.

2. L’artiste est un sujet inscrit dans une époque, qui existe, s’exprime, communique avec ses contemporain et qui, le cas échéant, se trouve en relation avec les artistes du passé par la médiation des oeuvres réalisées.

3 Les arts se présentent comme des formes successives. Il y a une histoire de ces formes, qui dépend de trois chose : l’Histoire des sociétés, l’Histoire des arts, et la puissance créatrices de l’artiste.

4 Le public exerce alors une sorte de sélection ressemblant par certain aspect à un tri darwinien faisant que des oeuvres sont sélectionnées et d’autres rejetés. Mais comme le public n’existe pas comme une entité univoque (il y a des publics), les artistes ont tous une chance et une occasion de rester pour autant qu’ils rencontrent leur public.

5 Parmi les types de publics on connaît le rôle spécifique des individus singuliers que sont les esthètes, les critiques journalistiques et universitaires. Comme le souligne George Steiner, il faut accorder un crédit spécial aux individus dont la profondeur de vue les rend aptes à saisir les oeuvres pertinentes, pourvues d’une valeur artistique, et destinées à occuper le musée imaginaire de tout esthète souhaitant entrer en commerce spirituel avec l’oeuvre, tout en évitant les produits qu’on dira de moyenne importance, pour rendre justice aux tentatives artistiques dont on peut apprécier l’intention authentique, tout en déplorant l’absence de réalisation.

6. L’art se comprend alors selon l’ordre des formes, avec son contenu esthétique, selon l’ordre du contenu de sens, avec son contenu herméneutique. Auquel cas, l’Histoire de l’art s’articule avec l’Histoire des hommes. Enfin, on oublie trop souvent de saisir la place de l’art dans une société. Le rapport entre les productions artistiques (comprenant la vie des artistes) et les individus qui y sont confrontés, exposés, invités, marque une époque, tout autant que les contenus de chaque oeuvre. Si l’artiste ne créait que pour lui-même ou pour Dieu, cette question ne se poserait pas.

7 Voilà pourquoi l’art est au centre de multiples questionnement, et se situe tant du côté des questions que du côté des réponses. La place de l’art est doublement appréciée, d’une part par les contemporains qui s’y frottent. L’art est une valeur, l’art est subversif, source de jouissance, motif de la critique, énergie émancipatrice, figures incomprises, venant trop tôt ou trop tard. Et d’autre part, les historiens peuvent, s’ils entretiennent un juste rapport avec l’art, y trouver matière à pensée pour comprendre certains traits fondamentaux d’une époque qui échappent à l’Histoire des événements, souvent témoins de la manière dont les hommes se combattent, mais ne réfléchissant pas ce qui fait aussi l’essence de l’homme, sa pensée, sa conscience, ses déterminations spirituelles. L’art exprime de plus l’essence de l’homme ainsi qu’une certaine forme de communication qui dépasse l’ordre discursif et renvoie à une sorte de communion dont le sens est véhiculé par la complexité, la dextérité, voire même la perplexité des formes esthético-herméneutiques. L’art possèderait ainsi un contenu suffisamment riche pour qu’il puisse compléter l’ordre événementiel, voire même le dépasser pour accéder à l’essence des hommes et leur situation dans l’existence. Ainsi, Hans Robert Jauss n’hésite pas à conclure que la compréhension de l’homme comme auteur de l’Histoire transparaît avec plus d’évidence dans le domaine des arts que partout ailleurs (Jauss, ER, p. 88).

Cette idée de Jauss semble lancer un défi à la toute-puissance de l’hégélianisme. Mais ce n’est qu’une idée. Qui dit qu’elle est vraie ? Prenons deux penseurs.

(I) Le premier forcera le passage vers une esthétique de l’Histoire, étudiera toutes les oeuvres propre à légitimer sa thèse, fera un synthèse, à la foi synchronique et diachronique, mettra à jour les relations intersubjectives déterminant les processus historique en scrutant et interprétant les oeuvres de chaque époque. Au bout du compte, il finira par se convaincre et, s’il est un habile discoureur, nous convaincre, que l’art est le reflet et l’explication du cours de l’Histoire, avec non seulement la saisie des causes produisant les événements, mais aussi la saisie du mode d’appréhension de la réalité par les individus, selon leur situation dans le champ socio-historique. En d’autre terme, il saisira à travers l’Art non seulement la marche du Temps mais aussi l’Esprit dans les sphères sociales. Peut-être que du haut de sa profondeur de pensée il se préparera à affronter Hegel, surtout sur cette question de l’Esprit qui, au travers de l’Art, se révélera comme un Spectre sans qu’une Idée supérieure puisse englober ce Spectre. Le Mystère de l’Incréé serait non pas sous la tutelle du Vrai, mais à l’image d’un entrelacement entre le Vrai, le Beau, le Bien et d’où le terrain sur lequel il est possible d’affronter Hegel.

(II) Notre deuxième penseur mettra au contraire l’accent sur les forces subjectives mise en jeu dans l’Histoire, scrutera les événements marquants, mais aussi les points de détail. Il portera une attention à l’Art, mais il ne considérera les oeuvres comme des événements parmi d’autres, à côté des faits marquant la vie des gens, et en deçà des grands basculement de l’Histoire, dont les héros et les hérauts sont des Grands hommes, politiques, chefs militaires, intrigants de palais. Ce penseur portera aussi une attention envers les systèmes de production, les conditions matérielles de l’existence, les tensions entres différents intérêts, de classe, de Nation, d’Idéologies, de pouvoirs institués par les savants et avec l’appui du savoir, de la connaissance qui met sous tutelle l’ignorance. L’administration, la sphère du droit, l’émancipation de l’homme auront un droit de cité privilégié pour notre penseur. De même pour la puissance, le désir de dominer, la passion de s’étendre, les pulsions de conquête inverties en fascination mortifère, bref, un ensemble déterminations décrites (et réglées intrasubjectivement) par la dialectique. Ce penseur sera alors l’exécuteur testamentaire de Hegel. La version officielle pourrait nous convaincre que Kojève fut cet exécuteur, alors qu’il fut son génial épigone. En fait d’héritage, il nous faut compter les héritiers, tous ceux qui en étant sous la tutelle de la dialectique, s’en sont affranchis de manière équivoque en déployant le système hégélien dans une orientation spécifique. Ces héritiers, nous les connaissons. Il ne manque que l’exécuteur pour montrer que Nietzsche, Freud, Foucault, Sartre, Habermas, figurent parmi les héritiers de seconde génération, car pour les premiers, Feuerbach, Marx et E.Hartmann, l’affaire est entendue. Quant à Heidegger, il fut celui qui tenta de sortir de l’hégélianisme, et qui réussit à ouvrir un chemin que la philosophie du 21ème siècle pourra explorer afin de contempler quels Miroirs se trouvent lorsqu’on arrive au centre du labyrinthe dont les contours ont été précisé à partir de la métaphysique du Dasein et surtout, des développements ultérieurs par lesquels Heidegger s’est essayer à penser le tournant de la métaphysique occidental, ce tournant qui en fin de compte, permet de sortir du piège anthropo-philosophique tendu par Hegel et ses héritiers. Et pour en sortir, quoi de plus approprié qu’une philosophie dont la puissance repose sur le monde de l’Art, avec la création, l’expression et la réception, monde spirituel incarné mettant en communion les artistes et les esthètes.

La problématique concerne la place de l’Art dans le monde et dans l’univers de la pensée philosophique. L’entrée en scène de nos deux penseurs virtuels sert à exposer l’enjeu réel du débat sous un jour polémique, pour ensuite ouvrir les hostilités entre deux conceptions du réel. Mais l’enjeu réel n’est pas de savoir qui a raison, qui expose la vérité, qui explique le cours des choses. Il est évident que l’attitude philosophique non dogmatique consiste à dire : place au réel, paraphrasant ainsi l’impératif phénoménologique qui dit : place au choses. Autrement dit, ce n’est pas à la pensée de prouver que Hegel a tort et que son adversaire a raison avec sont hypothétique système métaphysique fondé sur l’Art. La pensée ne vient qu’après-coup, et si l’hégélianisme perd sa légitimité à expliquer le monde, c’est que l’homme s’est peu à peu émancipé puis affranchi d’un Tout social qui, a une certaine époque, était sous la tutelle de l’interprétation hégélienne. Si donc l’Art nous ouvre un nouvel horizon de pensée, c’est parce que les artistes ont vécu, ont créé des oeuvres et que parmi les hommes, les esthètes ont accordé une place à l’Art que les âge précédents avaient refusé.

Car ce qui intéresse Hegel, c’est le cours de l’Histoire en tant que celle-ci est émancipatrice pour le genre humain. Et si Hegel a pu énoncer en quelque lignes philosophique passées à la postérité, que l’art était révolu, que le maniement d’un outil était plus essentiel à l’homme que la contemplation d’une oeuvre, c’est tout simplement parce que Hegel mesurait l’Art selon l’échelle de l’utilité vis-à-vis de l’idéal qu’il projetait envers le cours de l’Humanité, cet idéal n’étant autre que l’émancipation, et donc, l’Art n’étant pas un moyen émancipateur, il devait être remisé dans le musée des productions passée, tandis que l’homme du nouvel âge allait s’émanciper à la force de sa production, guidé également par son développement spirituel conjoint.

Si donc la philosophie s’affranchit de la tutelle hégélienne, c’est parce que d’autres dispositions ont changé la situation des civilisations. Et parmi ces nouvelle dispositions, on notera en bonne place l’Art dont on n’a pas encore mesuré la place réelle en explorant toutes les implications du caractère esthétique de l’existence. C’est qu’il est de plus en plus évident que la contemplation, la jouissance et la connaissance empruntent la voie esthétique, tandis que le “créativisme” est devenu une valeur en vogue, au point de rivaliser avec l’activisme politique, intellectuel, militant. Autant ne pas le cacher, l’art, à plusieurs reprises depuis 1800, est devenu le symbole d’une intention émancipatrice dont la figure se métamorphose au cours des âges, dont l’histoire de l’art nous lègue les oeuvres, et dont l’Histoire nous narre les vies d’artistes. On fixe en effet 1800 comme la date où l’Art interfère avec des processus historiques tout en s’y réfléchissant. S’il en est ainsi, c’est parce que l’Histoire s’est accélérée à partir de cette date, ce qui n’empêche pas de remonter à des temps plus anciens pour déceler ce type d’articulation, notamment avec la littérature de la période précédente, celle des Lumières, Schiller, Goethe, Diderot pour fixer les idées…Cependant, on ne peut vraiment parler d’articulation entre Art et Histoire avant la période romantique où non seulement la littérature devient engagée, mais aussi des formes d’Art que l’on attendait pas, telle la peinture et surtout, la musique qui s’historicise en exprimant les énergies du Procès historique. C’est évident pour Beethoven et encore plus pour Bruckner et Wagner…

Mais si on ne prenait l’Art que dans son rôle émancipateur, on raterait peut-être son essence. Certes, on aurait dépassé le verdict hégélien, mais on resterait quand même au sein de l’hégélianisme en faisant jouer à l’Art ce rôle émancipateur, lequel permet à l’homme de prendre une distance, de se reconnaître des compétences, et ce faisant, de sortir des pièges que tend le social, tant par sa tutelle idéologique que sa séduction publiciste accompagnant la dynamique économique.

Pour aller plus loin, il conviendra d’interroger l’Art au-delà de l’émancipation, comme un moyen de libération, un mode par lequel on sort de l’humanisme, du mauvais humanisme qui, sous couvert de bonnes intention, s’invertit pour mettre sous tutelle une partie de l’humanité. Libération par quoi ? Peut-être par la structuration de l’Esprit que l’Art permet, par l’énergie qu’il véhicule lorsqu’il s’associe à une conscience, une pensée, par la jouissance spirituelle qui conduit à affranchir l’homme de son existence fade, répétitive, sans saveur, sans ferveur, qui, disons-le, s’adresse à la partie divine de l’être humain, et le fait sortir de l’humaine condition pendant quelques instants qui bien souvent, justifient l’existence entière, surtout lorsque l’effet de l’Art persiste. Peut-on accorder un tel pouvoir à l’Art ? Ce n’est pas à la philosophie d’en décider. La philosophie doit éclairer, montrer des possibles, des situations, faire valoir la dignité de l’Art, faire connaître les tentants et les aboutissant de l’Art en rappelant comment celui-ci a été traité par les régimes totalitaires dans l’Histoire moderne, comment il a été une source d’émancipation pour plusieurs générations qui ont initié les progrès de la Liberté en utilisant l’Art comme médium privilégié mettant en relation les esprits par delà les normes communicationnelles et les conventions sociales. Si l’Art propulse la Liberté encore plus loin, c’est l’homme qui en décidera et qui fera que l’on sortira de l’hégélianisme, de l’Histoire, du Capitalisme et aussi de la ruse de la Technique.

L’Art est un ensemble de formes, il possède un contenu esthétique qui s’associe à un contenu éthique voire même intellectique (vérité). Ce contenu est transmis à l’esthète qui par sa conscience, reproduit le contenu en l’enrichissant éventuellement de ses propres détermination, ou en l’appauvrissant s’il n’est pas encore apte à saisir l’oeuvre. Le créateur et l’esthète jouissent d’une Liberté qui les met à distance du monde quotidien, ordinaire, social. C’est d’ailleurs une des propriétés de l’Art que de permettre à l’esthète de se projeter dans un espace-temps différent, faisant ainsi de l’oeuvre un équivalent aux cérémonie religieuse, moments emprunts de ferveur et également promises à une projection hors du temps si les sujets sont emprunts d’un minimum de mysticisme.

Si l’Art laisse espérer une sortie de l’Historisme et du Capitalisme, n’oublions pas que l’Art se décline sur plusieurs niveaux, depuis les simples contours des objets, le kitsch étant lors en bas de l’échelle, jusqu’aux oeuvres les plus raffinées, riches et intemporelles, comme un symphonie de Martinu par exemple. Le monde de l’Art est inclut dans le monde des formes produites par l’homme, et donc, ce monde est aussi diversifiés que peuvent l’être les classes sociales et les individus. Ce qui fait qu’en dernier ressort, on finit par ne plus saisir la spécificité de l’Art car celui-ci s’associe également à l’Historisme et au Techno-Capitalisme. Que l’Art soit sous la tutelle du marché et de l’État, ou bien qu’il serve à “émanciper la Technique”, voilà une question qui repose sur le point de vue qu’on adopte. Quoi qu’il en soit, ces associations sont bien connues. L’Art est devenu une marchandise, c’est sûr, ce faisant, il a peut être contribué à mettre des formes et de l’esthétique dans un monde technique plutôt sombre. Question de goût, mais aussi point de vue de la philosophie qui déplora, sous couvert d’une critique marxiste, la marchandisation de l’Art (Benjamin, Adorno), et qui découvrit (ce ne sont plus les mêmes) que les systèmes ayant appliqués le marxisme étaient non seulement ternes avec leur idéal productiviste, mais n’ont pas su répondre au idéaux artistiques en sclérosant la création, soit en tuant le marché, soit en mettant la création sous la tutelle idéologique. Ce qui amène à considérer ici la question de l’Art produit sur la commande des administrations, voire subventionné, et donc le rapport entre l’Art et le pouvoir, spécialité assez répandue de part le monde, et qui prend une ampleur particulière comme on sait en France, là où l’administration est plus développée que partout ailleurs, depuis la chute du communisme. La place des artistes et la nature des oeuvres commandées traduit bel et bien un certain état d’Esprit français, tandis que la dissémination des oeuvres et des objets par le marché traduit d’autres états d’esprit, ceux des classes aisées qui s’offrent le luxe d’acheter des pièces uniques, ceux des classes moyennes dont on saisit les goûts en matière d’esthétique, mais au sein desquelles ont trouve des esthètes qui, s’ils n’ont pas les moyens de s’offrir l’oeuvre, disposent d’une conscience qui elle, est une Oeuvre même dans la mesure où elle circule dans le monde des formes, se saisit des peintures, littératures, musique, car pour celui qui cherche, tout l’art du monde est à sa portée, pour peu qu’il se contente d’acquérir des ouvrages, des reproductions, des musiques enregistrée, et qu’en certaines circonstance, il s’approche un peu plus de l’oeuvre, en visitant une église, un monastère, un palais, un musée, une galerie, en assistant à une représentation théâtrale, un concert…

La société contemporaine se manifeste ainsi sous l’angles de rapports que l’individu établit avec ce qui l’entoure, ce avec quoi il se met en relation. On savait le rapport homme/technique important, tout comme le rapport homme/argent. Avec l’Art et plus généralement le monde des formes, on décèle un autre rapport, peut-être plus essentiel, entre l’homme et l’Art. Ce dernier ne serait-il pas alors apte à révéler l’essence de l’homme, à dévoiler la réalisation de l’Esprit dans le monde, en conjonction avec le monde technique et la dynamique capitaliste des champs de réalisation dont les confrontations définissent l’Hyper-histoire, avec au centre les dirigeants en tous genres, PDG, élites intellectuelles, politiques, économiques, médiatiques, voire même religieuses.

Je rappelle la thèse que j’ai défendue, selon laquelle l’Histoire n’est plus car elle a fait place, avec l’appui de la Technique, à l’Hyper-histoire. S’il n’y a plus d’Histoire, c’est parce que les réseaux produisent des zone de propagation pour des intérêts particuliers, concernant des groupes de pression ou bien des individus placé au centre des décisions. Dans cet enchevêtrement d’alliances et désalliances, il n’y a plus de dialectique mais une configuration multilectique neutralisant l’Histoire telle qu’on l’a conçue pendant les Temps modernes. D’un autre côté, le marché, les objets, la technique, mettent les individus face à leur désirs, ce qui forcément les éloigne des préoccupations socio-historiques, en les mettant le plus souvent en situation de spectateurs. La technique et la marchandise participent donc la l’extinction des forces historiques, mais pas de la même manière que les réseaux de pouvoir qui eux, véhiculent encore des forces historiques qui se neutralisent. Dans les économie avancées, l’Histoire n’avance plus et la société se laisse gagner par un doux réformisme dont le cours est déterminé par la position qu’occupent les intentions et autres intérêts (structure du réseau d’alliance), la croissance économique, le progrès technologique, les modes en tous genres, tous domaines, toutes circonstances. Bref, tout baigne comme on dit, excepté la corrosion sociale qui avance à petit pas, assombrissant le cours tranquille du doux réformisme. Sans oublier le pathos ambiant fait de réactions pseudo-psychotiques comparable au allergies qui déclenchent des réactions d’hypersensibilité, les allergènes n’étant autres que les événements médiatiques tels quelques cas de listériose, un peu de dioxine dans les poulets, une vache folle dans une étable, un sauvetage en montagne surmédiatisé, et bien d’autres événements passés et à venir. Au États-Unis, le comportement d’une simple stagiaire déclenche aussi de type de réaction qui en général, ne laisse pas augurer d’une évolution sociale vers l’harmonie, et témoigne plutôt d’une maladie des âmes.

Dans le contexte ambiant, contemporain, on peut s’interroger sur la place de l’Art. On sait qu’à plusieurs époques, l’Art s’est trouvé en articulation avec l’Histoire, le serait-il alors avec l’Hyper-histoire et son champ d’opération matériel, la Technique ? Un ouvrage récent a popularisé l’idée d’une double critique du capitalisme, l’une sociale, l’autre artiste. Apparemment, la critique sociale est en panne, quant à la critique artiste, elle aurait été récupérée par le marché et le politique. Mais cette critique, ne serait-elle pas d’un autre ordre que celui de la critique, c’est-à-dire un ordre qui n’est pas inféodé à la dialectique, qui sépare et unit, conteste et approuve, met en mouvement le sujet ? On doit partir d’un constat, partagé par tous ceux que le sort de la société préoccupe : le Système produit de la croissance mais la Société devient malade, se sclérose, se fragmente, se délite. La cause : le marché bien sûr, mais est-ce si sûr ? N’y a-t-il pas des complices du marché ? Institutions, sûrement, mais aussi la médiocrité des désirs, la fadeur des esprits, l’absence de valeurs, d’idéaux, la peur, de ne pas être à la hauteur, de ne pas consommer, de vieillir, de devenir SDF, de ne plus être soi à faute d’avoir voulu être dans un monde de l’avoir et de la technique…

Et l’Art dans tout ça ? La critique sociale contemporaine fustige la pensée unique, le marché, cherche à réguler, recherche cette déjà mythique troisième voie que tous les politiques cherchent à incarner dans les économie avancée. À force de vouloir être au centre, il va y avoir du monde, et pas suffisamment de place pour tous. Curieux phénomène que ce désir d’être au centre, d’occuper un même état d’esprit, comme si le sort du politique se jouait dans une condensation de Bose-Einstein, alors que par le passé, le comportement fermiomique était de mise, et nous valait de sacrés affrontement entre idéologie adverses, c’est du moins ce qui se passa dans les années 1950-1960, et ce qu’on a cru jusqu’en 1983. Tous au centre, telle est l’impératif politique, et quant il n’est pas appliqué, c’est plutôt inquiétant, comme l’atteste les récents événement d’Autriche où un certain Jorg Haider se refuse à occuper le centre, et s’efforce de décentrer le paysage politique dans un extrême qui n’est pas en odeur de sainteté.

Mais pour l’instant, l’Autriche reste marginale, et c’est le centre que l’on veut occuper, ce qui signifie qu’on opte pour un capitalisme régulé, à visage présentable à défaut d’être authentiquement humain. Ce qu’on sait aussi, c’est que l’Historisme politique ou social ont produit des acquis sociaux, mais on échoué face au Capitalisme. Et qu’il faudra bien admettre un jour que l’idée de contrôler le système, pour en faire une civilisation juste, éthique, de grande valeur, est un piège qui se retourne toujours contre le système. En ce sens, la troisième voie appartient à cette histoire des transformations avortées, et des illusions envolées, sauf si elle n’a aucune prétention utopique et qu’elle devient une méthode de gestion efficace pour faire fonctionner le système, en soignant autant que possible ses maux.

La troisième voie témoigne de la fin de l’Histoire, fin résolue dans la configuration métalogique articulant la convergence des pressions capitalistes et historistes. Le Capitalisme est ce qui permet de sortir de l’Historisme, tandis que l’Historisme permet aussi de sortir du Capitalisme. Mais comme ces sorties ne sont pas les mêmes, il y a un antagonisme que la troisième voie permet de résoudre selon les canons cybernétique de la boucle autorégulatrice, qui est, précision-le, asymétrique. Cybernétique = achèvement de la métaphysique occidentale disait Heidegger. La situation de l’homme actif doté d’un minimum d’esprit citoyen est d’entrer dans le couple production/consommation pour en sortir et entrer dans le couple socialisation/contestation, puis revenir dans le cycle précédent. Ce faisant, il reste dans l’activisme économique ou politique, avec comme porte de sortie un activisme de loisir, consistant à faire de son temps libre un parcours du combattant parsemé d’épreuves physiques, d’activité culturelle, de visite effectuées au pas de course pour engranger le maximum de ce disneyland universel fixé dans le caméscope, pour ensuite se prouver qu’on a bien existé sur cette terre. Certains font miroiter ce temps du loisir comme un temps de l’accomplissement, de la réalisation de soi, de la liberté, alors qu’il s’agit d’un miroir aux alouettes qui, si on le prend pour ce qu’il est, c’est à dire une activité émancipatrice, redevient alors crédible.

Et c’est ici, selon ma thèse, que l’Art se révèle comme une sortie de l’Historisme et du Capitalisme, et se présente comme une troisième voie, une sorte d’invitation vers un désengagement libertaire, par lequel l’individu émancipé devient un sujet affranchi. Ce sujet dit alors, en se rappelant le cogito cartésien, j’agis, donc je vis et je m’émancipe, puis je contemple donc je suis. Mais pour être, pour s’assurer de son être propre, il faut s’affranchir du doute, du regard de l’autre qui mesure l’être avec les règles du marché, de l’image, de l’agir, de la séduction que propose la technique, avec ses jeux, son enfer ludique, des normes et des peurs que véhiculent les médias. Il faut, pour ce sujet contemporain, accomplir cette traversée du doute, et peut-être que l’Art, par son caractère transtemporel, son paroxysme expressionniste, contribue à la libération du sujet, à renforcer le moi contemplatif face aux conditions matérielles et sociales qui peuvent le faire douter.

Si doute il y a, si subjectivité cartésienne ou retrouve, si dualisme on reconnaît une fois de plus, alors, l’Art serait, de part les rapports interconscience qu’il médiatise, reliant esthètes, herméneutes et créateurs, le signe de la présence de ce dualisme selon lequel le sujet est à la fois encarné dans le monde, mais aussi désencarné, décentré, à distance de ce corps socio-techniques qui piège l’homme en le rendant visible, accessible, disponible, sous l’emprise du marché, de l’administration, et ce, avec sa propre complicité si bien qu’il n’a même plus conscience de n’être qu’une cellule de ce grand organisme qu’est le monde des réseaux activistes aux multiples productions : monnaie, image, lien sociétal, marchandise, attractions, divertissement, loisirs. Avec l’Art, le sujet se dédouble en une partie disponible pour l’ordre collectif, société et marché, et une partie qui constitue son temple, avec ses émotions, ses jouissances, ses dispositions contemplatives. Avec l’Art, l’homme interroge son propre mystère, puis rejoint le grand Mystère, celui de la Création, de la Révélation et de la Rédemption. Mais attention, car la situation de l’Art n’a jamais été aussi trouble, aussi problématique que par les temps qui courent. Le propre de l’oeuvre, c’est de s’adresser à une conscience, et pas n’importe quelle conscience puisqu’il faut que celle-ci possède une sensibilité esthétique propre à absorber le contenu formel (expressif) de l’oeuvre, ainsi que le cas échéant, une compétence herméneutique pour déchiffrer le sens s’il y a. Ce sens fort complexe qui jaillit de la conscience lorsque celle-ci déploie tout ce que la surconscience à pu produire comme association entre une oeuvre définie comme un hypersigne, et son sens ou en d’autres termes, le signifié qui n’est pas un simple objet, mais un contenu spirituel objectalisé. Qui possède des compétences esthétiques et herméneutique ? Certains, sans qu’on rejette quiconque, au nom du principe d’égalité. Mais dans la réalité, ces compétences ne sont pas également distribuées. Disons qu’il faut posséder une bonne ouverture d’esprit, une expérience de l’existence, et aussi, un goût pour l’étude, le contact avec l’ouvre, pour le travail critique, la saisie de l’oeuvre, surtout si celle-ci nécessite un recul historique, une connaissance de l’histoire de l’art, de l’Histoire tout court, voire même de l’histoire personnelle de l’artiste. Tout ceci est d’une complexité extrême, qui au début décourage, puis, au fil du temps, devient une sorte de jeu ou tantôt, on suit les ramifications d’un labyrinthe, et parfois, on découvre en un instant monadique, les reflets et les renvois et résonances entre les salles du labyrinthe qui chacune, contient un miroir du réel. On peut alors, comme le revendique un Jauss, tirer une jouissance de l’oeuvre, qui arrive par surcroît, sans qu’on sache par quel mystère l’esprit s’hédonise et transfigure par delà le temps les différentes figures du monde qui semblent se condenser en un point de la conscience sous l’effet de la visée de l’oeuvre.

Il faut cependant redescendre sur terre car, en ces temps problématiques, l’Art n’est pas cette chose sacrée qui se pratique en un temple réservé aux seuls initiés, mais une chose collective, partagée, sociétalisée et pratiquée dans des espaces où les artistes ne sont pas les seuls maîtres, sauf s’ils se satisfont de leur activité dans un atelier, avec quelques proches, et des moyens de subsistance convenables, autant dire, une exception. L’art est tributaire du marché dans la mesure où il faut bien financer le champ de réalisation artistique, avec ses lieux, ses cérémonies, ses critiques. Quant il ne l’est pas, alors c’est la même configuration à laquelle on assiste, sauf que l’argent public s’est substitué à l’argent privé. Est-ce profitable à l’art ? Apparemment non car de part la sociologie en réseau et la convergence thermodynamique des énergies collectives, les élus du marché finissent par ressembler aux élus de l’État, car les acteurs se croisent à force de s’agiter dans tous les sens, conformément au règles contemporaines de l’activisme où la devise est : je cours donc j’existe. Il est convenu de dire que l’art a été détourné, il le fut par les totalitarisme, il l’est de nos jours par le marché et le fonctionnarisme étatique. Est-ce en fin de compte un réel problème ? Oui si on accordait à l’art une fonction libératrice dont la puissance rivalise avec celle du Dieu créateur, or, on sait qu’il n’en est rien, et que le sujet ne tire du monde que des moyens émancipateurs, la Liberté étant alors une affaire purement personnelle. Est libre celui qui parvient à devenir esthète, qui sait apprécier les instants éternels de l’existence, tout en étant émancipé dans le monde hyper-historique et techno-capitaliste. L’art se prête ainsi à de nombreux jeux, parfois hédonistes, parfois intellectuels, parfois contemplatifs, et s’il est le moyen d’une libération, c’est avec la complicité du sujet qui doit trouver le libre rapport avec l’oeuvre, tout comme il s’efforce d’établir un libre rapport avec la technique ainsi qu’avec la société.

L’Art pour ne pas périr de la vérité disait Nietzsche. Et si on situait l’art et l’esthétisme subjectif comme attitude pour ne pas périr de la technique et du capitalisme, l’Art comme valeur au-delà de la technique et au-delà du collectif sociétal ? Oui, si on admet que l’Art est devenu, depuis le déclin de la religion au siècle dernier, le mode par lequel la spiritualité et la religiosité se réalisent. L’esthétisme mystico-hédoniste s’est substitué au quiétisme de l’avant-modernité. Qu’est-ce l’Art ici sinon que donner une forme au mystère pour que le mystère prenne forme, au point de remplir la conscience telle une grâce débordante.

La terminologie théologique s’applique parfaitement à l’Art, même si l’art est devenu une marchandise, comme d’ailleurs la religion. Le chemin de Dieu préfigure probablement le chemin de l’Art. Paraphrasant Nietzsche, dira-t-on un jour que l’Art est mort, et que ce sont les artistes, les critiques et les faux-esthètes consommateurs qui l’on tué ? Curieuse époque que celle où on pense la Libération subjective avec la Création artistique et où, en regardant le cours techno-capitaliste des sociétés avancées, on voit l’Art périr de sa belle mort, marchandisé pour son rapport au présent, et muséifié dans son rapport au passé, tandis que son rapport au futur, incompris par les futuristes, reste encore impensé.

 

Réflexion autour du fascisme : le Moi dévoyé à l’ère des autocrates

peinture0 Réflexion autour du fascisme : le Moi dévoyé à lère des autocrates Observons les comportements sociaux, les attitudes de quelques chefs et autres directeurs, des médiarques et des politiciens. Peut-on parler d’un Moi dévoyé dans un environnement miné par les dérives autocratiques flirtant avec le fascisme social, notion bien évidemment vague et promise à un développement s’il y a lieu. Pour l’instant, j’expérimente une idée avec cette notion qui semble prêter à confusion.

Le fascisme politique prend ses racines dans le mouvement populaire instrumentalisé par le pouvoir comme populisme. C’est un dévoiement du peuple, utilisé par les Etats-Nations après les élans nationalistes et tempérés d’un Renan ou d’un Michelet. Le fascisme du Moi, c’est un dévoiement du pouvoir incarné. Une tendance née dans le courant du 20ème siècle et accomplie à des degrés divers En France, aux Etats-Unis, en Italie ou ailleurs.

Le fascisme hait le libéralisme. Le fascisme montre sa faiblesse. Il n’aime pas la concurrence. Il a peur de la concurrence. Le fascisme déteste la liberté d’expression car il en a peur. Le fascisme n’est pas mort. Il est prêt à renaître sous des formes anodines. Qu’il soit politique ou anthropologique, le fascisme n’aime pas la concurrence et la liberté de pensée. Le fascisme du Moi n’aime pas ceux qui ne veulent pas entrer dans son dessein et encore moins ceux qui contrarient son dessein.

Cette idée du fascisme du Moi paraît d’actualité tant les événements tracent le portait d’une société pénétrée par un théâtre d’ego, d’ambitions personnelles et de réussites artificielles pas forcément en rapport avec des compétences et des talents. C’est même le contraire qui se passe. Nombreux sont ceux qui disposent de talents et de passion, mais qui sont écartés du monde professionnels par des individus soucieux de préserver les intérêts du Moi. Le talentueux devient vite un concurrent. La France semble bien placée sur ce terrain de l’ascension des ego et de l’hypertrophie du Moi. On le constate en politique, dans le milieu des stars et dans de nombreuses institutions. Que de haines intestines, de jalousies, d’envies.

Quand ce fut l’ère du fascisme politique, l’Etat écrasait l’individu ou l’asservissait. Mais l’Etat n’est rien sans les hommes qui agissent en son nom. Autrement dit, c’est une caste d’individu qui fait régner l’ordre fasciste en imposant ses règles sans délibérations publiques. Comme je l’ai souligné, le fascisme politique est consécutif à l’âge des Etats-Nations modernes. Le fascisme du Moi arrive naturellement à l’ère individualiste. La démocratie s’est imposée. L’Etat de droit est bien installé, avec ses institutions, ses pratiques rodées, mais il n’est pas incompatible avec ces dérives qu’on observe de plus en plus et qui méritent d’être rangé sous le dénominatif de tyrannie du Moi ou mieux encore, fascisme du Moi. Notons une chose importante, le fascisme du Moi n’est pas tout puissant car il est contrarié par les règles de droit si bien que l’individu ne peut pas dominer autant que sa personnalité le voudrait. De plus, la conjoncture est somme toute assez classique, carrément hobbesienne. Une guerre de tous contre tous et le Léviathan imaginé comme garde-fou, ainsi pensait Hobbes au 17ème siècle. C’était l’époque où il fallait limiter l’appétit de domination des princes. A notre époque vidéosphérique et pacifiée, les Moi ne s’entretuent pas mais usent de différents moyens pour se combattre. Les attaques personnelles sont courantes, autant que les petites brimades sur les lieux de travail. Les premiers à donner l’exemple sont les politiciens. Suivis par les membres distingués de ce milieu qu’on appelle les élites ou à défaut, la France d’en haut pour reprendre un bon mot de Jean-Pierre Raffarin.

Le fascisme politique utilise les armes à feu autant que les méthodes de persuasion décrites comme propagande et comme règne de la peur orchestrée par l’Etat totalitaire. Le fascisme du Moi use d’autres armes, qui ne sont pas violentes au sens physique mais qui peuvent faire mal en atteignant le psychisme. D’autant plus mal que la personne présente quelques traits narcissiques et donc, se trouve sensibilisée à ce qui peut porter atteinte à son image. Un étrange jeu de massacre iconique se déroule sur le théâtre des images médiatisées. Les cas les plus graves se terminent devant les juges habilités à octroyer quelques indemnisations aux victimes si nécessaire.

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