Bangkok, plus qu’une ville, un symbole à préserver

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Où commence Bangkok ? Qu’est-ce que Bangkok? Bangkok, ce sont les gens avant tout!


Où commence Bangkok ?

Lorsqu’on dit – ou écrit – « Bangkok », la majorité des gens qui me lisent – en France principalement – pense au centre de Bangkok, la Bangkok des hôtels, des malls, des banques, des magasins, des immeubles de luxe, des boutiques, des restaurants, des bureaux. L’actualité est tournée presque exclusivement sur les inondations en ce moment en Thaïlande, suivies également de loin par ceux qui aiment ce pays et s’y intéressent, ou par ceux qui ont envie d’y venir. Ils seraient peut-être surpris, s’ils débarquaient à Bangkok, de ne pas patauger dans l’eau à Central World, de ne pas nager dans Khao Sarn, de ne pas se faire masser sur des matelas flottants dans les rues de Sukkhumwit, de ne pas barboter dans la boue de Patpong… J’ai même lu quelques réactions dans le genre : « Quoi, je suis allé à Bangkok, je n’ai rien vu » !  Je n’ai rien vu, donc ça n’existe pas… C’est ça ? Mais Bangkok c’est quoi ?

Bangkok ce sont avant tout des gens. Avant même les découpages géographiques. Pas seulement une ville de béton et de buildings, Bangkok c’est 12 millions de gens qui n’habitent pas Silom, ou Rama IV, mais qui y travaillent, qui y viennent chaque jour depuis leur banlieue qui s’appelle Samut Phrakan, Nonthaburi, Bang Bua Thong, Pathum Thani etc…sous plus de 2 mètres d’eau.

Mes sources sont les journaux (en anglais ou en thaï), la télévision thaïe, mon ami et des personnes autour de moi qui, depuis quelques semaines par exemple, ont accueilli leur famille. Au « Smoothy Blue », la grand-mère, la tante, font du mieux qu’elles peuvent pour calmer 4 petits enfants arrivés de régions inondées et  qui hurlent et pleurent et m’empêchent de suivre la conversation passionnante avec l’éblouissant Clive A. Marks, docteur en biologie australien. Les hurlements hystériques de ces enfants enfermés, loin de leur maison, (les pauvres bout chou), rendent mes conversations difficiles avec James le motard intello, ou ceux avec un ami FB qui m’a dénichée un matin au Smoothie Blue (Salut R…..)

Le cœur de la capitale n’est pas encore touché, on peut donc venir en Thaïlande et ne même pas savoir qu’il y a des inondations et qu’il y a des millions de gens qui n’en peuvent plus.

Si l’électricité était coupée, si les connections internet étaient coupées, si les rayons des magasins venaient à manquer de… (mais certains manquent déjà de l’essentiel).. Alors peut-être que ceux qui disent « je n’ai rien vu » commenceraient à s’énerver et réaliseraient que quelque chose de terrible est en train de se passer en Thaïlande pour des millions de gens. Et By the way, il y a plus de 100 morts en Birmanie pour les mêmes raisons…mais pas de problème le journal à la solde du gouvernement –  « The Light of Myanmar » n’a annoncé que 3 morts. Comme d‘hab !

Alors, dormez bonnes gens, ce n’est pas encore le grand déluge, pas la fin du monde non plus, pas encore pour demain. Pour décembre 2012 peut-être, ou alors dans quelques milliards d’années si nous n’avons pas fait sauter la planète d’ici là. Mais moi je pense plutôt comme Clive »que ce sont les civilisations elles-mêmes qui implosent plutôt qu’elles ne sont détruites par  des forces externes ».

En attendant, ne chantons pas sous la pluie, elle s’est arrêtée, mais chantons avec les artistes  thaïs qui collectent de l’argent pour les victimes en chantant «น้ำท่วม nam thuam = eau, déborder) :  Nam thuam haï pen nam jai – jap meu thaï haï meu kan – mai mee thoe, ko mee chan – rao mee kan, rao mee thaï  – « Nous sommes ensemble, nous sommes thaïs » !

Alors, Bangkok ça commence où à votre avis  ?

Paris-Bangkok et l’homme du désert

Partir c’est l’aventure.
Une aventure qui peut démarrer au moment même de prendre un taxi ou de le rater…Une aventure peu passionnante en soi, sauf si on la raconte de façon impulsive, en laissant les idées arriver à toute vitesse et  sans autocensure.

Je voyage depuis peu en « business class »… Comme dirait l’autre il n’y a pas de mal à  se faire du bien. La Cie Etihad offre une vraie possibilité de dormir dans une mini cabine, et, cerise sur le gâteau, elle  vous envoie une limousine avec chauffeur pour vous prendre chez vous jusqu’à l’aéroport. Donc pas d’angoisse de dernière minute Sauf si…. Cette fois  Etihad a oublié… et j’ai eu beaucoup de mal à trouver un taxi.. Tous les G7 étaient déjà bookés, j’ai donc dû me planter au carrefour Montparnasse et attendre un taxi en maraude. Un peu d’angoisse que j’ai répercutée sur le personnel du comptoir d’enregistrement de la Compagnie Etihad. à l’aéroport.

Avant de grimper dans l’avion, l’hôtesse me dit : « il y a un changement de siège ».
Bon, pourquoi pas….Finalement je me retrouve en première classe. Pour se faire
pardonner, la compagnie me surclassait. C’est ainsi que je faisais Paris Abu
Dhabi en véritable super privilégiée. Petite cabine privée, fermée, avec écran tv
géant. Le super luxe. Amusant comme l’angoisse de l’avion disparaît dans ces
conditions… ce qui m’oblige à me poser la question « ai-je peur de l’avion
ou suis-je agoraphobe ? ».

Sur le vol Abu Dhabi Bangkok, je me retrouve en business (pas de première sur ce vol) sinon je risquais d’en bénéficier une fois de plus, mais pour une autre raison. Je réalisais en rejoignant ma place que j’étais dans une sorte de cabine « pour couple ». Avec un homme !!  Pas de quoi s’affoler, mais sur ce vol, ce sont presque exclusivement des hommes d’affaires du Moyen Orient qui voyagent dans cette catégorie. Des hommes du désert tout de blanc vêtus, avec chéchia, (?) bref, plongée direct dans l’atmosphère « Tintin et l’or noir ».

Je demande à l’hôtesse s’il n’y a pas un autre siège en solo. Non pas que je sois gênée par la présence aussi intime avec un homme aux yeux de braise, non, mais je m’inquiétais pour lui. Comment allait-il réagir d’avoir, si proche de lui, une femme européenne, surtout quand on sait que les sièges en position lit, à l’intérieur de la cabine, donnent réellement l’impression de partager le même lit. Tout est full ! Pas moyen de me recaser ni de me reclasser. Bon je me fais toute petite, évite de regarder mon voisin…. Mais c’est lui qui me parle. Il est Syrien. De Palmyre. Charmant, avec des yeux noirs qui scrutent de façon presque gênante. Je lui fais part de ma gêne d’être dans une telle intimité avec un lui…. Il me répond «  Vous savez pour nous, hommes du désert, il y a l’extérieur et l’intérieur. L’extérieur, c’est la façade et en principe ce genre de situation est gênante, mais à l’intérieur, n’importe quel homme serait ravi de vous avoir comme voisine ». Bien sûr je n’ai pas osé lui poser la question : « Et si c’était l’inverse, si c’était votre
femme qui se trouvait près d’un étranger dans cette position couchée à l’intérieur
de cette mini cabine » ? Je ne lui ai pas demandé non plus s’il
buvait de l’alcool à l’intérieur, quand c’est interdit à l’extérieur… Néanmoins
nous avons bavardé de façon charmante et inattendue… et il m’a donné envie d’aller visiter Palmyre en Syrie…un de ces jours… ! peut-être !

Voilà c’est cela, le voyage : de l’inattendu dans le programmé, et des les premières
minutes où l’on se met en route…. Pourvu que ça dure !! En attendant, Bangkok est sous le soleil, avec un ciel bleu  intense, lavé par la mousson.

Des sacs de sable et des frontières culturelles

Quand les eaux se seront retirées et auront rejoint le Golfe de Siam, en ayant – non pas nettoyé les avenues, les soïs et les maisons –  mais en les ayant souillés de leurs eaux sales, puantes, fétides, charriant toutes sortes de bestioles et de germes, qu’adviendra-t-il des millions de sacs de sable qui ont servi de protection ou de barrières contre les courants ? Pensez-vous que ceux qui les ont livrés viendront les rechercher ces barrages qui ont joué le rôle de digues, de frontières entre ce qui pouvait être inondé et ce qui ne devait pas l’être ?

 Erigés pour protéger Bangkok, ils ont parfois bloqué d’énormes poches d’eau. En épargnant la partie basse de la ville (celle qui se trouve au-dessous du niveau de la mer), les officiels ont « sacrifié » les faubourgs du nord et du nord-est au profit du cœur de la capitale (pour ne pas décourager les investisseurs, pour restaurer la confiance auprès des touristes. Rassurez-vous touristes moyens Khaosarn Road n’a pas été touchée, Patpong non plus)

« … et Yingluck Shinawattra (et vous, medias français prononcez Yinglak Shinawat ca m’énerve d’entendre les noms écorchés. Pas difficile de répéter) a remercié les résidents de la province de Pathum Thani au nord de Bangkok pour leur sacrifice (New York Times).

Ça leur fait une belle jambe à ceux qui ont leur maison emplie d’eau noire a l’odeur fétide et grouillant de cadavres de toutes sortes, insectes, rats, blattes. Sans parler des morts par noyades ou électrocutés !

 Bangkok c’est plus qu’une grande ville, c’est aussi un symbole qu’il fallait « épargner à tout prix », capitale de la nation, bastion de l’économie de l’argent, du luxe. Grace à qui en grande partie ? À tous ceux qui travaillaient chez Sony par exemple, ou chez Toshiba, Nikon, Toyota, Honda et qui ont perdu leur travail et vont peut-être être « déportés » massivement vers d’autres usines au Japon ! Mieux que rien. Du travail, donc de l’argent, mais à quel prix ?

Pour les touristes qui se posent des questions : venez en toute humilité découvrir la vraie vie en Thaïlande, il sera temps ensuite d’aller vous reposer les derniers jours à Phuket ou à Koh Samui dans des hôtels qui appartiennent à des chaines internationales bien souvent. Prenez un taxi et ne faites pas comme ces crétins qui vont systématiquement à Pattaya depuis 10 ans. D‘accord les filles dans les bars changent très souvent pour le cas où ils s’ennuieraient, la maffia elle aussi s’adapte : japonaise, russe, thaïe et j’en passe. Il n’y a que la police qui ne change pas, elle s’adapte ! BREF

Donc, prenez un taxi à Bangkok. Il y a 80 chances sur 100 pour que le chauffeur soit Isan (Nord-Est du pays). Demandez-lui : « maa djaak nhai ? » d’où viens-tu ? Écoutez bien et regardez sur votre carte, il vous répondra surement : Sri Saket, Roi-Et, Burriram, Udon Thani, Ubon, Khorat, Khon Khaen. Toutes ces villes sont dans la région Isan, cette grosse bosse entre Cambodge et Laos.. Alors choisissez une de ces provinces et promenez-vous modestement dans les petits villages alentour, saluez les gens, répondez à  leur sourire, partagez le modeste  repas auquel qu’ils ne manqueront pas de vous convier et vous comprendrez qu’il y a bien deux mondes en Thaïlande. Non pas celui de la capitale et celui des plages. Mais celui de la capitale et celui des villages d’où viennent presque tous les travailleurs de la capitale (qui habitent les quartiers inondés), et des cités balnéaires.

Vous rencontrerez aussi certainement des « grands-mères », des femmes âgées qui s’occupent des bébés et des enfants en bas-âge parce que père et mère travaillent à l’étranger ou dans la capitale.  L’exode vers le Japon ou d’autres pays va aggraver cet état.

Je ne suis pas là pour faire pleurer dans les chaumières. Je parle de faits. De réalité. Venez en Thaïlande, mais ouvrez les yeux, sur un peuple, un vrai, qui continue de chanter (et de pas mal picoler dans le nord-est… ben oui.. faut supporter la sècheresse, les inondations et surtout, surtout : le MEPRIS des gens des villes).  

Alors, les barrières elles ne sont pas seulement faites de sac de sable, qui bientôt vont aller boucher les canalisations, mais de frontières linguistiques, de frontières culturelles parfois infranchissables, qui separent citadins et villageois, deux peuples mais qui pourtant ne peuvent pas vivre l’une sans l’autre.

BLOG  43

Ma (notre) fille adoptive, « paix et beauté » originaire de Udon Thani. Sa petite soeur travaille dans une usine de composants électroniques japonaise, sa grande soeur porte des sacs de sable sur les chantiers en construction.

Michèle Jullian

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