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Jang ok Jung living in love : un mélodrame historique sirupeux sur la concubine Hui Bin

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Jang ok Jung : vivez pour l’amour, série historique coréenne réalisée par Boo Sung-chul en 2013, raconte l’ascension et la déchéance de Jang Hui Bin, l’une des concubines les plus célèbres de Joseon. L’ambitieuse Jang ok Jung restera la dernière à avoir atteint le statut de Reine Consort, en ayant été une concubine d’extraction modeste capable de tout pour éliminer ses adversaires. Un personnage reconnu pour sa beauté exceptionnelle, mais aussi sombre, manipulateur et détesté en raison de ses agissements controversés pour conserver le pouvoir.

jang ok jung vivez pour lamour

Le Roi reste un Roi, avant d’être un homme et même si cet homme est sincèrement amoureux, il n’oubliera jamais que sa fonction est de survivre et de garantir sa lignée. Une leçon amère que rappelle le drama historique coréen Jang ok Jung, living in love 장옥정, 사랑에 살다 (chez SBS TV series), également connue sous les titres Jang ok Jung live for love ou vivez pour l’amour. Ce personnage ayant inspiré plusieurs films et séries compte tenu de son fort pouvoir d’attraction et sa charge tragique, cette fiction peut servir de porte d’entrée, même si je recommanderais de ne pas s’y limiter pour avoir une vision plus réaliste de son parcours.

Il fallait que ça arrive : mes nuits avec les sageuk sont devenues agitées et contrariées… Terminer Jang ok Jung : living for love relève de l’épreuve et je me retrouve à repousser l’issue, car je ne renonce jamais à une série dont j’ai dépassé les 13 premières minutes, même quand elle m’irrite et me déçoit profondément … Pour ceux qui voudraient se faire leur propre opinion, les 24 épisodes de 64 min sont disponibles sur Viki.

Jang ok Jung : avis en bref

De quoi ça parle? L’histoire d’amour semée d’obstacles entre Jang ok Jung, une dame de cour et le roi Sukjong qui en fait sa concubine, Hui Bin, la mère de son héritier et la reine de la Nation. Sur fond d’intrigues politiques entre le Parti du Sud et de l’Ouest, à travers l’ascension et la chute de l’héroïne, le récit dévoile les rivalités de pouvoir impitoyables et comment tous les moyens sont bons pour garantir son influence, quitte à éliminer tous ses ennemis sans se soucier des méthodes, et à utiilser les femmes comme des armes de séduction pour servir son ambition.

jang ok jung live in love affiche
Réalisation
Acteurs
Intérêt et traitement de l’intrigue
OST Musique
Décors
Costumes et accessoires

Ce que j’en ai pensé

La réalisation de Boo Sung-chul assez maîtrisée ne fait pas oublier des choix d’écriture des rôles et de l’intrigue aux accents mélodramatiques qui manquent de réalisme. Les excès et les ressorts de dramaturgie très romancés font de cette fiction un moment divertissant, dans le premier tiers du moins, mais qui ne convainc pas vraiment, surtout en raison du jeu de la protagoniste incarnée par Kim Tae-Hee avec qui l’alchimie n’a jamais fonctionné.

3.8

L’histoire très romancée de Jang Ok Jung, Hui Bin, une des concibines les plus controversées de la dynastie Joseon

jang ok jung live for love

Depuis la claque émotionnelle que m’a infligée le kdrama The Red Sleeve cuff, dont l’authenticité et l’intériorité des sentiments et le réalisme étaient les atouts majeurs, je suis devenue de plus en plus exigente et je suis de moins en moins satisfaite des séries historiques que je choisis. Le destin de Jang ok Jung / Hui Bin (et accessoirement celui de la reine Inhyun et de la concubine Choe abordé aussi dans Dong Yi) pouvaient répondre à mes attentes en terme de dimension tragique et de complexité psychologique. Au début, bien que je ne sois pas très fan des comparaisons de séries, je trouvais dans Jang ok jung : live for love une dose de The Empress Ki, pour le personnage féminin ambivalent, rempli de ressentiments et de désir de vengeance et controversé, un zeste de Queen : War and Love, éclairant les implications du choix d’une Reine sur le plan strictement politique et un soupçon de The moon embracing the sun pour le recours au chamanisme dans la Cour intérieure. C’était donc prometteur, puis très vite, les frustrations sont venues et n’ont cessé de grandir d’épisode en épisode, malgré la présence de Yoo Ah In dans le rôle de Lee Soon roi Sukjong qui justifiait à lui seul mon choix et m’a sauvée d’un certain ennui.

jang ok jung et le roi sukjong

Pourtant, le personnage complexe de l’une des concubines les plus fameuses de l’ère Joseon, la concubine Hui Bin, rappelle à certains égards l’ascension et la disgrâce d’Anne Boleyn, selon l’historien Hwang. Dans la série, elle est présentée comme la fille d’une esclave au service d’un Seigneur influent dans le Parti du Sud (Soron) et d’un marchand décédé quand elle était encore enfant. On la découvre aussi comme la nièce de Jang Hyun (Sung Dong-Il), un puissant commerçant ayant des connexions avec la Chine, après avoir éliminé un de ses amis pour s’accaparer de sa fortune. Animé d’une ambition démesurée et d’une rancoeur face aux Nobles du parti de l’Ouest qui le mépriseraient en raison de sa classe sociale, Jang Hyunse rapproche du Roi, en utilisant sa nièce dont il a compris qu’elle avait attiré l’attention de Lee Soon quand il était encore prince héritier et et espère en devenir le puissant beau-père.

Rares sont les sageuk évoquant une romance qui n’utilisent pas le procédé de la rencontre avec l’âme soeur pendant l’enfance pour cultiver des promesses d’amour inconditionnelles, avant que les retrouvailles et le regain de la mémoire commune agissent pour réactiver le désir et les élans romantiques. Jang ok Jung n’y déroge pas. Cette première partie de la fiction, divertissante et plutôt rythmée par des aventures et des épreuves de combats ou de menaces de morts prenantes, est réussie, en dépit de son aspect fantaisite et donne envie d’embarquer dans l’aventure. C’est quand la série revient à l’environnement de la Cour et ses intrigues que cela se gâte.

Devenue dame de Cour à l’atelier de couture pour se rapprocher de Lee Soon, qu’elle croit être un garde royal, et tout aussi avide de reconnaissance sociale que son oncle, Jang ok Jung entame son parcours, en jouant sur l’ambiguïté, tant elle est partagée entre un amour qu’on croit sincère et presque pur et des méthodes de survie implacables et parfois sordides pour faire face à ses nombreux ennemis. Certes, l’histoire d’amour qui s’initie entre un futur roi et une pauvre inconnue qu’il rencontre en pensant à des coïncidences et à un destin prédestiné, a un côté fleur bleu presque charmant, auquel on a envie de croire. Au moins au début.

Mais très vite, on ressent les aspérités de l’héroïne, sans pouvoir plonger dans sa pyschologie de manière satisfaisante et on se perd dans ses angoisses et son insécurité croissante, après sa phase d’ascension irrésistible. On reste hélas trop à la surface des émotions et des enjeux personnels et politiques, devinant bien que la jolie romance ne sera pas longtemps aussi rose (même si on ignore la destinée de l’héroïne avant de regarder la série). Puis, on sombre dans le mélodrame un peu pathétique, où la jalousie devient le moteur des pires décisions pour essayer de conserver les faveurs du roi qu’elle pensait inconditionnelles, malgré de nombreux avertissements.

jang ok jung reine jang hui bin

Grâce à sa beauté remarquable, son sens de la séduction appuyé par de sublimes tenues vestimentaires, Jang ok Jung devient un temps favorite du roi Sukjong, puis est nommée concubine de rang 4 et 1 et enfin reine, après avoir donné naissance au premier fils, qui sera le futur roi Gyeongjong. Elle avait donc de quoi inspirer une réflexion et un éventuel questionnement sur ses facettes personnelles et l’évolution de son destin broyé par la jalousie, qui a donné lieu à nombre de controverses, d’autant qu’elle ne se résume pas à une remarquable beauté et que sa très mauvaise réputation était justifiée par son machiavélisme et son côté manipulateur. C’est dire le potentiel de cette histoire impliquant un personnage de femme fatale, licencieuse, jugée parfois décadente. Un personnage néanmoins fascinant et venimeux qui malgré son extraction modeste atteint la position suprême et à l’origine de sa perte grâce à l’amour d’un roi stratège et intelligent qui a été connu pour sa pratique des changements réguliers de parti pour essayer d’imposer sa vision de l’autorité et des réformes nécessaires à la stabilité et à la paix en privilégiant les intérêts du Peuple.

C’est sûrement un blocage physique que j’admets être très personnel, mais je n’ai pas du tout accroché à Jang ok Jung / Hui Bin Jang en partie à cause de l’apparence et du manque de charisme de l’actrice Kim Tae-hee dont la beauté ne me transporte pas et le jeu sans finesse me laisse toujours dubitative et m’agace constamment avec son visage tendu et ses mimiques trop souvent contractées et des attitudes si répétitives qu’elles en deviennent soporiphiques. L’interprétation niaise et crispante de Kim Tae-Hee ne m’a jamais convaincue que ce soit au temps de son innocence et de sa quête de justice sociale pour sa mère, pourtant très compréhensible, de sa période en tant que servante rebelle ou de son ascension vers le pouvoir, ni même lorsque les visages plus sombres, ses manipulations, ses agissements directs ou indirects ont révélé son avidité et son jusque-boutisme pour conserver son pouvoir. Elle est pourtant censée incarner une femme cruelle et malfaisante, animée par l’avidité que son oncle entretient avec une bonne dose de perversité. Malgré ses tentatives pour se glisser dans la peau de la parvenue arrogante et persuadée de tout pouvoir faire grâce aux faveurs royales, ses accès d’autorité ou de colère, où l’on ressent un peu plus sa complexité, je conserve trop à l’esprit ses compositions en amoureuse faussement ingénie et idolâtre un peu nigaude qui se pame devant son « mari » sa Majesté, en attendant qu’il lui tende la main quoiqu’elle fasse.

Au vu de ce ressenti, il était difficile pour moi d’accrocher à la personnalité de l’héroïne et hélas, les choix d’écriture du rôle qui se contentent d’une grande superficialité et d’une relative pauvreté psychologique, n’ont pas gommé mes préjugés. Au contraire, ils se sont renforcés, y compris quand Jang ok Jung entame sa descente aux enfers et devrait gagner en complexité et développer sa dimension diabolique. Jang ok Jung a fait des mauvais choix, de toute évidence, a participé à des actes inommables pour se débarasser de ses adversaires (comme d’autres avant et après elle). Mais dans quelle mesure les perceptions très négatives de « femme horrible » que la mémoire collective a conservées à propos de ce personnage dans l’Histoire de Joseon sont-elles erronées ou justifiées? Et cela n’est-il expliquable que par l’amour d’un homme qu’elle aurait vu comme tel avant de le voir comme un Roi et le besoin de dépasser sa condition sociale pour se sentir reconnue grâce au pouvoir du Roi qui transcendera toujours l’amour, même quand il est partagé et sincère?

Un regard plus bienveillant sur Jang ok Jung

Outre quelques invraisemblances grossières et une intrigue extrêmement romancée qui entame la crédibilité et la rigueur historique, la série n’a fait que se transformer enun mélodrame sirupeux. Cette histoire d’amour plutôt digne du soap opera est servie par une héroïne que j’ai trouvée finalement mièvre pendant un certain temps, amoureuse béate qui croit que l’amour d’un homme – et avant tout un Roi – peut durer toujours du moment qu’on en gagne les faveurs – avant de se transformer en femme jalouse et impitoyable (jusqu’à en donner la nausée), qui justifie tout par amour et besoin de vengence à cause de sa condition sociale… Certes, Jank ok Jung : live for love est l’adaptation d’un roman de Choi Jung-mi, Jang Hui-bin, Living by Love, et Choi Jung-mi étant en charge de l’écriture de la série, on ne pouvait pas trop s’attendre à ce que la rigueur historique soit une priorité pour la version télévisuelle.

jang ok jung kimm tae hee et des servantes

On peut saluer la volonté de Choi Jung-Mi d’offrir une relecture voire une réécriture de Jang ok Jung en héroïne romantique pour en redorer un peu le blason et montrer aussi combien son entourage familial a contribué à façonner ce qu’elle est devenue avant et une fois qu’elle a obtenu assez de pouvoir dans le Palais. Car Jang ok Jung subjuguait les hommes, la série introduit les personnages du Prince Dongpyeong (Lee Sang-yeob) et de Hyun Chi-soo (Jae Hee) plutôt comme des amoureux transits soucieux de protéger leur belle, bien qu’elle n’ait d’yeux que pour le roi, alors qu’ils ont des fonctions plus stratégiques par rapport à Sukjong. Hyun Chi-soo auquel la série n’a pas accordé assez de place, a connu une évolution intéressante sans qu’on cerne ses aspérités et ses motivations en dépit d’une tentation de vengeance. Même s’il serait simpliste de se contenter de telles justifications, cela s’entend, mais cela réduit le personnage encore plus finalement, à une créatrure séductrice pour qui la conscience de sa beauté exceptionnelle et les faveurs du roi alimentaient avec trivialité des relations personnelles et des rivalités sordides.

jang ok jung reine face a choi

Il faut s’efforcer de transformer tout défaut en avantage pour rendre le visionnage d’une série instructif et pas seulement divertissant ou inspirant. Cela m’a au moins poussée à m’intéresser à l’histoire vraie des personnages ou du moins ce qu’en disent les historiens. Néanmoins, il y a des limites trop importantes dans cette interprétation romancée. Tout est irrémédiablement gâché à partir du deuxième tiers de l’oeuvre-, dans la mesure où la série se centre abusivement sur la supposée destinée qui lierait les deux héros depuis l’enfance et leur histoire d’amour finalement idéalisée un temps, faussement romantique et devenue toxique. Elle souffre surtout d’une transposition peu crédible d’une vision moderne de la romance et du romantisme idyllique, jusqu’à ce que l’intrigue bascule ensuite vers les habituelles intrigues sordides qui consistent à éliminer toutes ses rivales – et ici elles sont nombreuses, puisque les faveurs du roi et tous ses efforts pour conforter la position de Hui Bin par rapport à son héritier, ne sont motivées que par la possiblité d’asseoir son autorité.

Face au roi, les Partis du Sud et de l’Ouest, les factions Soron et Noron, aux ambitions aussi fortes que le sens de la corruption, constamment en rivalité et prêts à tout pour prendre garder leur pouvoir auprès du roi. Leur opposition rythme et nourrit l’intrigue quand le roi n’est pas occupé à roucouler ou à charmer, d’autant que Hui Bin qui avait contribué à une domination de la faction Soron a entraîné avec elle leur faillite durable, non sans l’effusion de sang habituelle après chaque changement de parti.

Les femmes pièces maîtresses des intrigues politiques malgré elles : questions de classe sociale et condition féminine au Palais

Quand les femmes deviennent des armes de séduction pour des objectifs politiques.. Jang ok Jung Live for live en livre une représentation caricaturale qui n’en est pas moins digne d’intérêt. Ce n’est pas une découverte, mais l’affrontement entre la Reine Inhyun, la concubine Hui Bin en tant que Sug-won et So-ui, puis reine consort Jang Hui-bin et la concubine Choi éclaire de façon édifiante la fonction des femmes dans les stratégies politiques. La série révèle -sans aller assez en profondeur sur le fond des enjeux – un principe élémentaire pour les femmes à la Cour de Joseon quel que soit leur rang : elles sont condamnées en permanence à lutter pour leur survie et souvent obligées de tuer pour éliminer directement ou indirectement leurs adversaires et toutes les menaces pour le maintne de leurs positions.

Lors de nombreuses conversations et scènes humiliantes, on appréhende aussi le poids de la classe sociale dans la légitimité et le rôle dévolu aux femmes y compris celles issues de la noblesse et qui atteignent le sommet. L’origine modeste de Jang ok Jung est-elle vraiment la cause de tant de ressentiments dans le Palais, chez la reine Myeongseong et chez les conseillers royaux opposants ? Bien sûr que non, car Hui Bin est avant tout devenue la candidate soutenue par le Parti du Sud et l’appui politique dont elle bénéficie et qu’aura son fils comme futur héritier pèse bien plus que l’origine douteuse de ses parents pour les membres du Pari de l’Ouest, qui soivent surtout trouver tous les prétextes, même les plus indirects et personnels, pour regagner leur position perdue auprès du roi Sukjong.

jang ok jung naissance de yi yun

Savoir défendre son territoire telle une louve ou une tigresse, Jang Hui Bin a toujours su le faire. Elle manifestait une confiance quasi inébranlable, quand elle était simple concubine, mais une fois devenue reine, elle devient de plus en plus tyrannique, brutale et bascule dans une telle fragilité qu’elle en devient enfin intéressante et presque touchante. Et cela s’aggrave toujours plus quand elle ressent la menace d’une rivale comme une pure jalousie féminine, qui prend même le pas sur l’énergie de la mère, presque honorable, qu’elle pouvait investir dans la protection de son enfant.

jang hui bin devenue reine

La Reine Inhyun n’y échappe pas, bien qu’elle soit théoriquement en charge du bon fonctionnement de la Cour intérieure et donc dotée d’un certain pouvoir en apparence, pendant que le Roi s’occupe des affaires extérieures, pour garantir la paix dans le pays et le bien-être de la Nation. Une reine n’a pas d’avenir si elle n’offre pas un fils au Roi. Quels que soient leurs sentiments et leurs aspirations, ces femmes se trouvent réduites à être des ventres pour porter le futur héritier. Cependant, elles sont aussi utilisées, sans avoir mot à dire, comme des instruments de manipulation et d’influence dans les intrigues politiques les plus viles, alors qu’elles sont soumises au seul bon vouloir du roi, qui a droit de vie et de mort sur elles, peut les expulser et les remplacer quand elles ne sont plus utiles ou deviennent un frein aux ambitions pour Joseon.

jang ok jung detronement de la reine hiyun
Reine Inhyun déchue et expulsée du palais

Quand la roue tourne : plus dure sera la chute, puisque toute l’énergie de Inhyun sera orientée vers le rétablissement de la dignité.

jang ok jung chute de jang hui bin

Ici, par chance, le personnage de la reine mère Myeongseong (Kim Sun-kyung) habitée par sa mission et prête à tout pour protéger la pureté de la lignée royale à cause de la condition d’esclave de Jang ok Jung apporte à la série un part importante de son intérêt. Bien qu’elle mette tout sa force et sa rage pour éliminer une parvenue et défendre la seule reine légitime, en dépit de la maladie dont on découvrira qu’elle est liée à un empoisonnement commandité par l’oncle de Jang ok Jung, on ne parvient jamais à la détester tout à fait. Car après tout, elle protège son clan et la Reine officielle et donc les traditions et les règles qui garantissent selon elle la légitimité aux yeux de la Nation. Ce rôle est édifiant pour démontrer l’importance du poids de cette question de la classe sociale et de ce qu’elle peut générer, même si des servantes et des concubines d’origine modeste ont toujours pu donner naissance à des enfants du roi.

jang ok jung reine mere
reine mère Myeongseong (Kim Sun-kyung)
jang ok jung reine douairire et reine mere

Pour compléter cette galerie de portraits féminins, on retrouve la reine douairière soutenue par la faction du Sud et en rivalité avec la mère de Sukjong, qui bénéficie de l’appuie du parti de l’Ouest, la première reine, morte de la variole et choisie comme « la moins mauvaise des solutions » pour ne pas cautionner le pouvoir démesuré de certains ministres comme Min Yoo-Joong. Peut-être est-ce lié au jeu trop mécanique et sans inspiration de Hyo-Jung Lee?; mais l’un des méchants de l’histoire qui aurait pu contrebalancer la forte présence féminine et donner une dimension spectaculaire aux intrigues politiques, échoue à mettre son emprise… Certes, le personnage est menaçant et convaincu de sa puissance et motivé par un plus noble objectif de protéger la Reine, sa fille, mas il manque quelque chose ; de la profondeur, un caractère rotor qui ne ressort pas assez, puisque de mimique en mimique, on a l’impression que l’acteur s’ennuie et s’endort même par moment.

Car le personnage le plus instructif est de mon point de vue la Reine Inhyun, fille de Min Yoo-Joong, détrônée au profit de Hui Bin à la fois loyale et confrontée à la douleur du rejet et à son infertilité et donc son incapacité à engendrer un héritier donc à assumer sa fonction. L’élégante Hong Soo-hyeon tire beaucoup mieux parti de son personnage que Kim Tae-hee. En convaincante reine Inhyun, bafouée mais moralement digne, elle s’avère assez impressionnante dans sa détermination pour retrouver sa position et croire en son destin, confirmée par la reine mère et une chamane, qui lui promet de mourir au palais, malgré sa honteuse expulsion. En habile stratège, Inhyun, qui était toujours sous la protection de la reine ou de son père trouve une voie vers son accomplissement avec une fermeté, une sagesse et une finesse d’analyse qu’elle doit aussi à la conscience de son rang social.

jang ok jung reine inheyon hong soo hyun

Son association avec Choi Sook Bin, une dame de cour acquise à sa cause, qui deviendra son arme pour regagner le palais et obtenir sa réhabilitation, est trop survolée mais elle est le révélateur du fonctionnement du Palais et des limites des sentiments amoureux d’un Roi. Choi deviendra la future concubine Sukbin Choi, la véritable rivale de Jang ok Jung en définitive, et met en lumière parfaitement la perfidie et le rôle des femmes pour assurer l’assise du pouvoir des ministres et fonctionnaires du gouvernement et comment les manoeuvres féminines passent aussi par la capacité à séduire le Roi et en conserver les faveurs. Un regret néanmoins : l’arrivée un peu tardive dans le jeu de Choi Sook Bin et une présentation du personnage comme presque aussi ambitieuse et intriguante que Hui Bin (du moins quand on regarde les mimiques de son visage et ses regards), alors que le personnage historique ne semble pas correspondre tout à fait à la composition qu’en propose Han Seung-yeon.

jang ok jung dame de cour choi
Choi en dame de Cour
jang ok jung concubine choi suk
Choi devient concubine de Sukjong

Le roi Sukjong : véritable héros de Jang ok Jung?

Au final, – et ce n’est pas du qu’à la prestation réussie et à la consistance que Yoo Ah-In a su donner à son rôle et qui sauve la série de l’échec total -, le personnage le plus passionnant et parfois illisible et énigmatique reste le roi Sukjong. Yoo Ah-In y incarne avec assurance ce jeune gouvernant ambitieux et en apprentissage, qui souhaite imposer son autorité à ses fonctionnaires et ministres et se révèle être un habile tacticien politicien. Il déploie toutes sortes de stratégies pour y parvenir et cultive un sens du changement permanent qu’il est le premier à choisir comme arme pour gouverner, tout en entretenant des relations assez ambiguës avec les femmes de sa vie.

jang ok jung roi sukjong yoo ah in

Jang ok Jung en est l’illustration, puisqu’il ne remit jamais en question l’hérédité de son fils comme prince héritier, alors qu’il eut d’autres enfants notamment avec Sukbin Choe, qu’il aimait sûrement profondément. Pour rappel, cette concubine inspirée par le destin de Hui Bin franchit rapidement les rangs pour devenir consort Royale, après avoir été servante au palais et est à l’origine en un sens de la décision de ne pas permettre à une concubine royale de devenir reine. Reconnue pour sa grâce et son intelligence bienveillante par rapport à la manipulatrice Hui Bin, elle fut un soutien essentiel dans la réhabilitation de la reine Inhyun et fut la mère du Prince Yeoning, le futur roi Yeongjo (père du prince Sado et grand-père de Yi San Jeongjo dont il est question dans The red Sleeve cuff), soupçonné d’avoir profité de l’état de faiblesse de Yi Yun, le fils de Hui Bin, futur roi Gyeongjong, et d’avoir contribué à une lutte de pouvoir intestine pour s’emparer du trône. Si la série s’attelle à raconter l’histoire de Jang ok Jung sans convaincre et en prenant de nombreuses libertés, elle traite avec beaucoup plus de soin le prince Lee Soon et le roi Sukjong et en donne un point de vue sûrement plus intéressant que le suggèrent d’autres dramas comme Dong Yi.

Si j’ai la dent assez dure dans ma critique au risque de ne pas donner envie de voir Jang ok Jung, j’espère que vous vous forgerez votre opinion en la visionnant et partagerez vos impressions. Mes attentes par rapport au niveau de réflexion, de réalisme et de la profondeur psychologique et introspective des personnages n’ont pas été satisfaites, mais j’ai regardé la série comme un divertissement en demi teinte qui n’a pas été si déplaisant, d’autant que les prestations des acteurs restent assez sérieuses en dehors de la déception inspirée par le jeu fade de Kim Tae-Hee.

En revanche, je noterai la beauté et la place de choix des costumes chatoyants particulièrement bien travaillés avec des étoffes de très belle qualité et les nombreux accessoires et techniques de maquillage pour magnifier les tenues. Ils ont été une source d’éblouissement permanent, même si une fois au pouvoir, l’élégance vestimentaire de l’inspirée créatrice se trouve concurrencée par celle de la reine. A l’origine, les vêtements sont la passion de Jang ok Jung, alors coûturière et styliste au début de la série. Non seulement, ils sont l’outil de son ascension sociale et sa méthode pour être repérée et incontournable, mais ils sont chargés d’une forte symbolique, puisque Jang ok Jung s’est jurée grâce à eux de laver le déshonneur de sa classe modeste et de se venger des nobles méprisants qui n’acceptent pas de lui laisser une place.

jang hui bin costumes hanbok

Pour aller plus loin à travers la fiction :

  • Film Jang Hui-bin de 1961 avec Kim Ji-mee
  • Femme Fatale, Jang Hee-bin en 1968 où elle est interprétée par Nam Jeong-im
  • Jang Hui-bin kdrama de MBC TV series tourné en 1971avec Youn Yuh-jung qui campe l’héroïne
  • Women of History Jang Hui-bin par MBC TV series en 1981 avec Lee Mi-sook
  • 500 Years of Joseon: Queen Inhyeon avec Jeon In-hwa en 1988 MBC TV series
  • Jang Hui-bin avec Jung Sun-kyung en 1995 chez SBS TV series
  • Jang Hui-bin avec Kim Hye-soo en 2002 KBS TV series
  • Dong Yi où Jang Hui bin est jouée par Lee So-yeon en 2010 (MBC TV series)

Un peu de lecture :

Hwang, Kyung Moon. A History of Korea. Palgrave Macmillan, 2016.

Yi, Pae-yong, et Ted Chan. Women in Korean History. Ewha Womans University Press, 2008.

jang ok jung live in love affiche

Une série une scène : Jang ok Jung

Quand un sageuk vire au mélodrame digne des Feux de l’amour et donnerait l’impression que le romantisme à sa place dans la vie d’un roi, mais rappelle qu’il ne faut jamais croire que l’amour dure toujours… Surtout que quand le Ciel te tombera sur la tête, tu t’en soutiendras!

Plus je regarde des sageuk, plus j’ai l’impression que l’amour est une illusion dans tous les sageuk réalistes même les plus romancés, et que les fusion sageuk sur fond de voyage temporel ou de fantasy et d’éléments fantastiques sont venus apporter un peu d’idéalisation, de rêverie moderne et d’optimisme dans un univers implacable où tout le monde doit s’entretuer pour survivre, où personne ne s’appartient vraiment (pas même le Roi même s’il a droit de vie et de mort sur tous) et ne peut donc s’autoriser à entretenir des sentiments… Car chacun a sa fonction et mélanger fonction et amour, c’est presque toujours une voie vers la perdition…

Sandrine Monllor (Fuchinran)

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