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Hermaphrodites de Pergame

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hermaphrodite PergameIl y a un malaise, des envies d’une vengeance impossible, face aux béances qui ont remplacé la place du sexe des hermaphrodites souriants à jamais et qui soulèvent élégamment leurs habits pour indiquer ce don des dieux. Détrompez vous, ce n’est pas les hordes irrégulières des ottomans victorieux qui sont à l’origine de ces mutilations, mais bien le fait d’un empire romain qui vire au christianisme, avec ses fonctionnaires tatillons, – il est vrai certains, plus royalistes que l’empereur – et qui, aux quatre coins de l’empire ont la charge d’amputer tous les sexes, pourtant bien discrets, des statues que grecs, romains ou premiers byzantins ont érigé aux divinités multiples. Mais pour les hermaphrodites, il ne suffisait pas de couper d’un coup de marteau. Cette offense parmi les offenses avait droit à un régime spécial, à un travail obsessionnel et dévastateur qui creuse le corps et le transperce de part et d’autre, créant le néant, là où il n’y avait que douceur et humour.

 

On dit souvent, et c’est vrai, que le Moyen orient a été le lit de toutes les religions de chez-nous, les monothéistes comme toutes celles qui les précédèrent. Traverser la Turquie, la Syrie, Israël, Chypre, les îles égéennes ou le Liban se conjugue aussi à observer tout ce que l’ensemble de ces religions a infligé aux précédentes.
A Troie neuf villes, du néolithique à l’empire romain en passant par l’ère homérique se sont bâties les unes sur le cadavre des autres. Les temples, comme toujours, ont servi de matière première pour bâtir maisons et étables, kiosques vendant des souvenirs et hôtels de fortune – on visitait Troie à l’époque de l’empire romain, et les vendeurs des quatre saisons vendaient « souvenirs » de pacotille et sucreries comme aujourd’hui -. Mais c’étaient des marchands, leurs destructions étaient pragmatiques, on peut les comprendre.
Par contre, que sont devenues les fresques de sante Sophie, les icônes et les dessins des églises troglodytes en Cappadoce ? Encore aujourd’hui des grossiers panneaux en carton avec des versets coraniques détruisent la symétrie savante de la cathédrale d’Agia Sophia et des minarets monumentaux défigurent une construction qui deviendra pourtant le modèle de tout les Camii ottomans à commencer par la mosquée bleue. Si la cathédrale de Constantin est désormais un musée, les églises de Cappadoce taillées au marteau vengeur, sont revenues pour la plus part à leur statut de grottes.
Que sont devenus les temples de Babylone ? d’Alexandrie ? de Rhodes ? de Chypre ?
Romains et Vénitiens, Arabes et Génois, Byzantins et Croisés ont passé leur temps à ériger des bâtiments à leur gloire et à détruire ceux des autres, avec une volonté hargneuse et systématique.
Humboldt disait que les théories, aussi variables que les opinions qui leur ont donné naissance, sont les météores du monde intellectuel. Certes. Mais, entre temps, ces théories sont suffisamment conquérantes pour, au pire, détruire les bouddhas de Bamiyan ou temple de Salomon, au mieux s’approprier la mezquita de Cordoba ou les frises du Parthénon. Et, je suis désolé, une religion est une théorie comme une autre…



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