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Jeanne d’Arc de Colette Beaune ; une bergère devenue “Fille de Dieu” (essai historique)

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Jeanne d’Arc est l’un des personnages historiques les plus fameux de l’histoire de France. Celle qui fut surnommée la Pucelle était une fille de la frontière (vivant à Donrémy), bergère et paysanne, mais elle fut aussi une femme qui participa aux guerres, directement le champ de bataille, en contribuant à la défense du royaume de France face aux Anglais.  Comment Jeanne d’Arc ont certains estiment qu’elle mourut en martyr, est-elle devenue après sa mort sur le bûcher pour hérésie et sorcellerie, la “fille de Dieu”?  Jeanne d’Arc de Colette Beaune est un essai historique qui rappelle ce que fut le destin et la légende née autour de Jeanne d’Arc de son vivant et plus encore après sa mort.

Plan 

Introduction

  1. De Domrémy à Chinon
  2. Orléans, 1429
  3. De Paris à Rouen

Conclusion


Jeanne d’Arc selon Colette Beaune  : Introduction


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L’objectif de Colette Beaune est de faire un point sur les recherches johanniques entre ce qui relève de la réalité et ce qui procède davantage du mythe. Jeanne appartient à différents modèles médiévaux : la bergère, la Pucelle. Elle a donc été à la fois la perpétuation de modèle (comme celui de la femme vierge, de la femme prophétique ou du chevalier) et leur remise en question par son caractère unique et par son action qui en bouleverse les limites (une femme qui guerroie, qui parle pendant le Conseil du Roi…).

La particularité de Jeanne est aussi d’avoir suscité une légende de son vivant. D’où la question : quelle est la Jeanne réelle derrière ses images plurielles et ambiguës.

La question des sources : Il y a beaucoup de sources sur Jeanne, pourtant il s’agit d’une paysanne et elle n’a vécu dans l’éclairage public que pendant deux ans (du printemps1429 à mai 1431). Malgré sa condamnation en hérésie, sa mémoire demeure. Il reste d’elle des lettres dictées, des chroniques où l’on rapporte ses paroles (chroniques françaises pour l’essentiel), les deux procès (celui en condamnation en 1431 et celui en nullité en 1456) ainsi que les mémoires judiciaires de juristes ou de théologiens qui ont glosé sur le procès en condamnation et sont souvent repris dans celui en nullité.

Une fille de la frontière : début 1412, probablement autour du 6 janvier, Jeanne nait dans un village frontalier, Domrémy. Elle est la quatrième enfant, et porte un prénom courant à l’époque. Dans plusieurs chroniques, cette naissance est décrite comme merveilleuse : les coqs chantent, des prodiges ont lieu. Jeanne ne connaît pas exactement son âge comme toutes les femmes des milieux paysans de l’époque. Son âge sera utilisé pour vice de forme dans le procès en nullité. Lors de son arrivée à la cour en 1429, elle appartient à la classe d’âge des puellae, jeunes filles ou pucelles qui ont entre 13 et 18 ans. Cette période d’âge est celle des désordres, de l’entre deux âges, de l’espoir pourtant d’un mariage proche.

Jeanne est née sur une frontière : terre d’empire, mais fief du roi de France. Son village est le lieu d’affrontements entre les Lorrains, les Bourguignons et les Armagnacs. Symboliquement la frontière est le lieu de la précarité, de la marge, du désordre. On prétend que Jeanne vient d’un lieu où sévit la sorcellerie. Mais la frontière est aussi un lieu protecteur, une forteresse, un lieu de défense. La frontière est le lieu de l’attachement dynastique et national.

 


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Carte du Royaume de France à l’époque de Jeanne d’Arc

 

Grandir au village : Le père de Jeanne, Jacques d’Arc, est un notable et occupe la fonction de procureur dans son village. Il meurt pendant le procès en condamnation. Sa mère, Isabelle Romée, appartient à une famille aisée et cultivée qui possède des terres. Ils ont eu cinq enfants, deux filles dont une qui meurt en couche avant le départ de Jeanne, et trois garçons dont deux seront soldats aux côtés de Jeanne.

Ce sont des laborantes, c’est-à-dire des paysans manœuvres, qui possèdent des terres et des trains de culture (charrue et animaux). Ils ont donc un capital économique et social, des paysans plutôt aisés, la pauvreté de Jeanne est donc une légende. La famille de Jeanne dispose en outre d’une bonne renommée (fama), basée en partie sur leur foi (ils sont pratiquants, forment un couple stable et viellent à la virginité de leurs filles).

Jeanne a des activités de fille (prière, couture, filage) mais certains témoins la décrivent bêchant, cultivant avec son père (après le départ de l’ainé et la mort de sa sœur ?). Jeanne aurait eu six ou sept marraines, et quatre parrains, ce qui marque une fois de plus son appartenance à une catégorie aisée de la population.

La paroisse de Domrémy, avec une église dédiée à saint Rémy, appartient à celle de Greux. Saint Rémy est celui qui a converti Clovis, le baptisa et le sacra à Reims. Jeanne est très dévote, trop pour une laïc.

L’arbre aux fées : en bordure de forêt, à la limite des terres cultivées, se trouvait un arbre aux fées (hêtre). Sous cet arbre un chevalier avait rencontré une fée. On y trouve à présent une fontaine. C’est là que Jeanne entendra pour la première fois ses voix, pourtant une terre non consacrée. Des processions ont lieu du temps de Jeanne (au printemps et en été). On fait des rondes, on mange des œufs et des noix. Il est parfois question d’offrandes. Cette coutume va peu à peu disparaître car elle est mal vue par le clergé. Plus tard, au moment du procès, Jeanne prétendra n’avoir entendu les voix que près de l’église, sur une terre bénie.

L’une des marraines de Jeanne prétend croire aux fées, ce qui déplaira fortement aux juges. Les participations de Jeanne aux célébrations autour de l’arbre seront minimisées par les témoins dans le procès en nullité.

Lettrée ou illettrée : au Moyen Age, il y a une dualité entre les lettrés (ceux qui parlent le latin) et les laïcs illettrés  (qui lisent éventuellement la langue vulgaire). Jeanne affirme ne savoir ni lire ni écrire le latin. Dans sa famille, il  y a des lettrés (prêtre ou moine) et des illettrés. Jeanne appartient probablement à la classe des semi-lettré, elle ne sait pas écrire (elle dicte) mais elle peut lire certains mots et signer. Jeanne a une culture orale et populaire (cf. les proverbes). Elle appartient au statut des « simples gens » valorisés par leur esprit mais suspectés par leur crédulité.

 


I. Jeanne d’Arc de Domrémy à Chinon


 

Jeanne grandit pendant une période de guerre civile et étrangère. Elle a huit ans lors du traité de Troyes. Le royaume est découpé en trois : la Normandie anglaise, la France du Nord anglo-bourguignonne et la France du sud delphinale.  Il y a une guerre de succession entre Henry V, puis Henry VI (roi d’Angleterre et de France) et Charles VII.

Jeanne entend pour la première fois ses voix alors que le village commence à subir des attaques (entre 1423 et 1425). Dans les trois années suivantes (jusqu’en 1428), Jeanne entend de plus en plus ces voix à mesure que la situation de Domrémy devient préoccupante. En 1428, Jeanne cherche à contacter des seigneurs locaux. D’abord réticents, ces derniers l’aident enfin à rejoindre la cour de Charles VII. Elle arrive à Chinon en février 1429. Elle voit le roi mais pas seul. Elle est envoyée ensuite à Poitiers pour « examen ». Elle sera présentée officiellement entre le 27 mars 1429 et le 5 avril devant 300 chevaliers.

Jeanne avant Jeanne : Jeanne est reçue par le roi parce qu’elle appartient au modèle des prophétesses. Des textes prévoyaient sa venue et le roi se devait de l’accueillir.

La parole prophétique s’organise autour de trois thèmes : les difficultés du moment, la venue du messie et la fin des temps. Au XIIème siècle, il y a une résurgence du prophétisme. On distingue alors deux types de prophétie : celle selon Pierre (dévolue aux clercs) et celle selon Jean-Baptiste (dévolue aux humbles). Cette dernière est sujette à méfiance mais elle est admise. Elle est souvent l’œuvre d’une femme (cf. Hildegarde de Bingen ou Brigitte de Suède). En France, on attendait une nouvelle Sybille, nom souvent donnée aux filles dans les familles nobles.  Des rois comme Philippe Le Bel (1302-1304) vont consulter des prophétesses. Elles se multiplient d’ailleurs sur le territoire : souvent jeunes ou alors très vieilles, elles sont seules (collectivement, elles sont aussitôt vues comme des sectes). Les messages entendus sont souvent oraux (des voix, des anges). Le message de Jeanne est d’ailleurs identique à d’autres messages prophétiques entendus auparavant.

 

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Maison natale de Jeanne d’Arc à Domrémy (carte postale)

 

Il est donc important à l’époque de reconnaitre le vrai prophète du faux. Mais comment ? Le messager doit être humble, chaste et fréquenter les sermons. Le message doit se conformer aux écritures et doit être utile à autrui. Des « signes » ou des « annonces » précédent souvent le prophète. Le signe est souvent surnaturel (marques corporelles comme des marques rouges telle celle de Jeanne derrière son oreille ou réalisations d’événements).

L’authentification de Jeanne dure plus d’un mois. On teste sa virginité, sa foi. On lui fait également reconnaître le roi (le fameux test de la reconnaissance, Jeanne le reconnait à sa voix). En le reconnaissant, elle le désigne comme roi. Plusieurs auteurs ont décrits cette scène, il y a donc de multiples variations et selon une première légende, Jeanne aurait parlé secrètement au roi. Ce secret va faire l’objet de rumeurs et se « rapprocher » d’un autre thème important à l’époque, celui de la « prière du roi ». Le roi aurait en effet demandé le pardon de ses péchés (sa bâtardise et le meurtre de Jean sans peur) et l’envoi d’un messager. 

Parmi les éléments qui authentifient Jeanne, il faut citer également le fait qu’elle ait retrouvée l’épée cachée de Fierbois (une épée cachée derrière l’autel d’une chapelle que ses voix lui ont indiqués) et le fait que sa prophétie visait le rétablissement du royaume, bien utile à tous et non à sa seule personne. Quant aux « annonces », on se rappelle alors de cette vierge qui devient le dernier recours contre les malheurs comme Marie protectrice de la chrétienté et patronne du royaume de France. Le royaume de France attend donc un sauveur féminin. Brigitte de Suède parle déjà d’une vierge sauvant le roi, de même que Marie Robine, autre prophétesse.

Jeanne serait envoyée par Dieu pour sauver ce qui a été corrompu par une femme (la mère de Charles VII, Isabeau de Bavière) :

Ex nemore canuto eliminabitur Puelle (…)

Ascendet virgo dorsum sagittarii

Et flores virginos obscultabit

Vers de Geoffroi de Monmouth dans son Historiae Regnum Britaniae, que l’on peut traduire ainsi :

Une vierge venue de la forêt des chênes / chevauchera contre le dos des archers (les Anglais ?) / et elle tiendra sécrète la fleur de sa virginité. Il s’agit d’une prophétie attribuée à Merlin et très prisée à l’époque. Cette prophétie circule d’ailleurs dans les deux camps. Il y a d’autres prophéties véhiculées, celle de Bède, celle de Karolus.

Quant aux « signes », Jeanne promet la prise d’Orléans. Charles VII lui donne donc des troupes.

Jeanne diffère des autres prophétesses, parce qu’elle passe à l’acte et ne se contente pas de délivrer son message.

Opération Bergère : Jeanne fut appelée la « bergère », nom qu’elle réfuta, lui préférant le surnom de Pucelle. Jeanne fut bergère, car il était nécessaire qu’elle le soit. Les bergers occupent en effet, une place de choix dans les écritures saintes. Ils sont souvent vus comme d’humbles croyants et des messagers, et plus tard comme le symbole du clergé (et du Pape, lui-même présenté comme un bon pasteur). Si Jeanne devenait bergère, elle prenait l’habit des humbles guidant les autres vers Dieu. Jeanne se réfère souvent à Marguerite, une sainte martyr qui fut pucelle et bergère.

Jeanne bergère, c’est au tour du roi de devenir pasteur. Dieu dans les écritures saintes envoie un pasteur (le Christ) pour s’occuper du troupeau. Le bon roi est tel le prêtre l’exemple de son peuple, il est le berger des bergers. Dans la société du XVème siècle, l’état pastoral est valorisé, avec des textes représentant symboliquement des événements historiques ou politiques sous forme pastorale (les Français sont des brebis, les Anglais les loups, on compare aussi souvent les impôts à la tonte des brebis).

Malgré les protestations de Jeanne, les écrits se multiplient la décrivant gardant des animaux (en 1429 puis en 1450). Un choix prudent politiquement mais compliqué à assumer quand Jeanne prit les armes.

La pucelle : individuellement, la personne de Jeanne n’intéresse pas les chroniqueurs car l’individu n’existe pas, n’importe pas au Moyen Age. Elle s’inscrit par contre dans un certain nombre de communautés : elle est pucelle et jeune fille. Elle n’a pourtant pas respecté toutes les normes de ce modèle. Elle en a l’âge et la virginité, mais elle porte un habit d’homme et de jeune noble (en cela elle bouscule le modèle sexuel et social).

Jeanne ne s’est jamais fait appeler Jeanne d’Arc, ni la pucelle d’Orléans. Elle a été Jeannette dans son village, Jeanne à la cour du Roi. Elle adopte le surnom de pucelle entre 1424 et 1429. On l’a aussi appelé la fille de Dieu ou la fille envoyée par Dieu. Ses partisans l’appelèrent également l’angélique, la fille entourée d’anges. Ses adversaires utilisaient plus volontiers les termes de putain ou de ribaude.

La virginité est le fondement de la supériorité des clercs. Il est un idéal paradoxal pour les laïcs où le mariage est important Il s’agit avant tout d’une réalité corporelle, un mode de vie particulier, une moralité. Jeanne fait vœu à ses saintes de demeurer vierge tant qu’il plaira à Dieu. Il s’agit d’un vœu privé (sans témoin), elle se dit alors épouse du Christ et porte un anneau (une alliance ?) représentant trois croix et les mots Jésus Maria. Il y a des traces de tractation dans sa famille pour la marier, mais visiblement le mariage fut rompu.

Jeanne n’a pas de règles menstruelles : si les règles sont considérées comme impurs, elles participent tout de même à la naissance. Ces épanchements (purs ou impurs) sont alors souvent remplacés par des substituts symboliques (stigmates). Mais seuls les hommes peuvent choisir volontairement de verser leur sang, pas les femmes qui subissent l’effet des règles mais ne le choisissent pas.  Jeanne semble ne pas suer ni uriner. Par contre, elle pleure beaucoup, quand elle prie, quand elle se confesse, quand elle pense à la France). On sait que le don de larme est un don de Dieu. Jeanne est anorexique, elle consomme surtout de l’eau, du vin et du poisson. Elle refuse la viande. Elle communie beaucoup et mange souvent l’hostie. Ainsi son corps n’est pas souillé par les nourritures humaines. Elle se confesse souvent pour purifier son âme. Par crainte du viol, Jeanne dormira toute habillée lors des campements. Sa virginité lui garantit le salut et prouve son authenticité. Elle lui donne également force et invulnérabilité.

Jeanne porte un vêtement d’homme. Elle portera également une armure, une épée et un étendard. Ce qui lui confère une identité à part tant sexuelle que sociale. Or le vêtement à l’époque médiévale doit être choisi en fonction de son rang. Tout écart est vu comme une tromperie, hormis lors du carnaval. Le vêtement féminin doit refléter soumission et modestie (port du voile), tout changement est vu comme une rébellion.  Pourtant, l’Eglise canonisa des femmes qui avaient porté des vêtements d’hommes. Une femme peut revêtir le costume d’un homme en cas de nécessité, pour échapper à un viol, se cacher de l’ennemi par exemple. Il s’agit alors d’une obligation temporaire et de dernier recours. Ce qui sera le cas de Jeanne qui vit au milieu d’hommes… à la condition que cela reste temporaire. Or Jeanne garde son habit, ce qui lui sera reproché et sera repris dans sa légende.

Une femme doit filer, la quenouille est son instrument. Par contre elle ne peut porter l’épée.  Jeanne sait filer, elle est même douée selon certains témoins. Elle continue d’ailleurs à le faire. Par contre, elle refuse de cuisiner, fonction réservée aux mariées. Elle vit encore au milieu des femmes même pendant sa mission. Son panthéon est féminin et elle semble ne se voir en habit d’homme que dans la limite de sa fonction présente (à savoir la guerre).

 


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Enluminure représentant Jeanne d’Arc en arme

 

La guerre peut-elle avoir un visage de femme ? Après avoir été authentifiée en juin 1429, Jeanne se voit confier un équipement complet de cent livres ainsi qu’un statut, des revenus, deux pages, deux hérauts et une petite troupe d’hommes d’armes. Mais elle n’est pas adoubée. De rares textes la qualifient de « chevalier du ciel ». Pourtant la présence d’une femme sur un champ de bataille (espace viril par excellence) déplait et pose problème. Les femmes sont hors-guerre, elles étaient souvent le prétexte à toute guerre, on se combattait pour les protéger (ou pour en prendre possession) mais on ne fait pas la guerre à une femme. Il existe quelques cas de femmes guerrières dans la littérature mais il s’agit souvent d’un choix involontaire ou imposé par les circonstances. Peu font vraiment la guerre et elles réintègrent rapidement l’espace féminin à la fin du roman. Pour trouver des guerrières par choix et qui le restent durablement, il faut remonter aux mythes d’origine : Penthésilée dans le mythe troyen, Camille dans celui de Rome, Galicielle dans l’Italie du XIVème siècle.  Les femmes participent à la guerre mais à l’arrière en accompagnant, en nourrissant, en soignant ou en priant Dieu mais elles ne sont pas sur le champ de bataille.

Deux formes particulières de guerre sont accessibles aux femmes : la croisade, mixte par définition (la question du salut est mixte) et le siège (en cas d’attaque du foyer, les femmes peuvent le défendre). Aucune femme cependant n’apparaît dans les batailles à champ ouverts et encore moins des paysannes. Seule exception : Marie de Pouzzoles, guerrière professionnelle mais on sait peu de choses sur elle, hormis une lettre de Pétrarque. Jeanne déplait car elle est réellement un chef de guerre et elle commande une armée de nobles et d’hommes. Dès lors seul Dieu peut justifier son action. Comme pour Judith, Esther et Déborah sauvant le peuple élu, Dieu peut changer les règles. Certains juristes vont tenter de faire passer cette guerre pour une guerre juste (Croisade) et une guerre défensive (siège d’Orléans).  Sur les cinq critères qui définissent une guerre juste, quatre ne posent pas de problème (Res, Causa, Animus, Auctoritas – cette guerre est conduite sous l’autorité d’un Prince, elle ne vise ni la vengeance ni le meurtre, et aucune autre solution n’est possible,). Seul le dernier critère sur la personna (les acteurs ne sont pas des femmes habituellement) est problématique pour Jeanne.

On décrit Jeanne davantage avec un étendard qu’avec une épée pour minimiser sa participation guerrière (l’étendard est un insigne de commandement mais elle ne peut verser le sang). Jeanne se présente comme un chef de guerre (cf. la Lettre aux Anglais) et en a les qualités : elle est robuste, monte bien à cheval, elle est courageuse, loyale et agit avec honneur. Elle fait en plus montre de prudence, d’expérience et de connaissances des subtilités et des stratagèmes de la guerre. Elle s’écarte cependant de certaines règles de la guerre : elle ne porte aucun attrait pour les armoiries, elle refuse que son armée se nourrisse sur l’habitant, elle combat parfois le dimanche, et à une vision particulière de la « composition » (négociation).

Jeanne était donc preuse, mais de là à en faire la 10ème preuse (cf. Histoire des neuf preux antiques), il est un pas qui ne fut pas franchi.

 


II. Jeanne d’Arc à Orléans, 1429


Les guerres de Jeanne sont des guerres de sièges, ce qui est traditionnel au Moyen Age car il y a peu de batailles. Jeanne se joint à une expédition décidée avant elle. Le siège dure déjà depuis huit mois et le roi craint une composition (une négociation) entre les Orléanais et les Anglais. Jeanne fait son entrée à Orléans le 29 avril 1429, sous les clameurs de la foule. Le 4 mai, elle se joint à un assaut contre la bastille St-Loup. L’assaut est un succès. D’autres suivent sur l’initiative de Jeanne jusqu’au lever du siège vers le 8 mai.

Le siège d’Orléans : La guerre médiévale est une guerre à dominante religieuse. La défaite est vue comme la confirmation d’un péché chez le perdant. La victoire est un jugement favorable de Dieu. La guerre de Cent Ans a été vue comme une punition divine sur le peuple français, les causes de cette punition étant la richesse des prélats, l’inertie des élites chevaleresques, les conséquences la folie du roi et le schisme.

Jeanne intervient pour inciter l’armée et le peuple à une réforme morale.  Elle présente les Anglais comme des pêcheurs qui mènent une guerre injuste sur le continent (leur roi n’a aucun droit en France). De plus, ils agissent mal : ils pillent les monastères (comme Notre-Dame de Crécy), ils ne respectent pas le droit des personnes  (ils ont fait prisonnier le Duc D’Orléans et assiègent pourtant sa ville). Elle veut ensuite que l’armée française se comporte correctement. Elle mène une purification de l’armée au printemps 1429 et pratique confession et messes au matin des assauts. Jeanne présente cette guerre comme une guerre juste : le roi se défend et il est l’héritier légitime. Son armée ne pille pas, épargne les clercs, respecte les églises… Enfin Jeanne dit ne pas haïr les Anglais, ce sont des chrétiens. Mais elle veut les ramener dans le droit chemin. On affirme qu’elle confesse les blessés anglais et qu’elle agit envers les prisonniers avec pitié et compassion.

Concernant la Lettre aux Anglais, nous n’avons pas l’original mais des copies. Elément majeur du procès, Jeanne admet l’avoir dictée mais elle conteste trois expressions : « rendez ces villes à la Pucelle » (/au roi), « Je suis chef de guerre », « corps pour corps ». Il s’agit d’une lettre de menace, Jeanne propose la paix ou la guerre s’ils ne veulent pas respecter les commandements de Dieu. Elle détaille un programme d’action : les Anglais doivent partir et le roi de France doit être couronné. Elle y parle de prophétie et de paix. Une fois la paix retrouvée, Anglais et Français pourraient combattre côte à côte pour la restauration de la Chrétienté (croisade).

Jeanne combat avec deux armes : un étendard qui posera problème lors du procès car on lui prêtera des capacités magiques ; une épée, trouvée dans le sanctuaire de Sainte-Catherine de Fierbois, épée dont la découverte fut miraculeuse et qui était supposée donner la victoire. L’épée fut cassée (signe de mauvais présage). Cette épée appartient à la tradition des épées arthuriennes, telle Excalibur ou l’épée du Graal, cassée elle aussi.

Roi ou empereur ? La mission de Jeanne consiste à sacrer et à couronner Charles VII. En attendant et contrairement à l’entourage du roi, elle l’appelle le Dauphin. Il fallait que le roi soit sacré (par l’onction royale, il aurait l’appui de Dieu) et qu’il soit couronné (cette couronne étant le symbole de sa légitimité). Jeanne aurait rêvé d’une remise de couronne au roi, par des anges, devant des témoins. Cette affirmation sera retenue contre elle lors du procès en condamnation. Il y a en effet assez peu d’anges couronnant dans les textes sacrés, on les trouve plus volontiers dans les chansons de geste (carolingiennes).

L’élection du roi se poursuit à Troyes où il se fait ouvrir la ville. Il entre dans le ville sous les cris de « Noël » et devient « Roi de la fève » à Troyes le 6 juillet 1429, sorte d’épiphanie vécue par Charles VII dans la ville où il fut pourtant écarté du pouvoir (cf. le traité de Troyes).

Pour les théologiens et les juristes, l’élection d’un roi est plus complexe. Certes il y a de l’hérédité, mais elle est problématique pour Charles VII par la présence d’Henry VI qui affirme lui aussi son droit héréditaire. Le roi devait être couronné et sacré pour se légitimer. Les chroniqueurs vont d’ailleurs attester de la continuité du sacre de Charles VII : on garde le même lieu (Reims), le même prélat (Renaud de Chartres), on tait l’absence des regalia (qui sont à Saint-Denis aux mains des Anglais), le délai de 7 ans entre la proclamation de Charles d’être roi et son sacre et le serment qui n’est pas celui introduit par l’ordo de 1364 (ajout de la promesse de ne pas aliéner les biens de la couronne). On insiste sur le consentement du peuple, sur la présence des pairs (même si certains jouaient le rôle d’un autre comme le Duc d’Alençon qui prit le rôle de celui de Bourgogne). On retrouva la sainte fiole (débordante d’huile), on utilisa une couronne trouvée sur place mais qui d’après les rumeurs était la « vraie » couronne (alors que celle de saint Louis était à Saint-Denis et celle de Charlemagne à Paris). Le roi devait ensuite aller en pèlerinage à Corbeny, puis se rendre à Saint-Denis pour ensuite entrer dans Paris. Une nouvelle cérémonie eut lieu à Saint-Denis pendant laquelle il prit possession de la couronne de saint Louis devant une assemblée de pairs.

Le sacre passé, Jeanne envisageait un départ pour la croisade. Le roi devait poursuivre l’œuvre de Dieu et restaurer le monde chrétien en réformant les sujets royaux (ceux qui ont la responsabilité de la guerre et de la politique). Devaient être proscrits le blasphème, l’adultère, les jeux de hasard. Elle envisage d’aller en Terre Sainte y mourir après avoir converti tous les juifs. Mais l’échec de Paris met fin à ces missions.

La putain des Armagnacs : En France, la tradition voit en Jeanne une vierge se battant pour défendre un territoire national. La question se pose autrement à l’étranger. L’appartenance de Jeanne à un parti est souvent considérée comme une manipulation. Pourtant la question de la culture politique de Jeanne peut être posée.

Son village Domrémy est tiraillé entre les deux partis bourguignons et orléanais. Le père de Jeanne est un notable armagnac. Jeanne hait les Bourguignons (qui ont souvent pillé son village) et dans son village tout le monde est du côté des Armagnacs. La mission de Jeanne est de libérer Orléans, de sacrer le roi et d’expulser les Anglais. Elle veut également libérer le duc d’Orléans, Charles d’Orléans. Les relations de Jeanne avec la famille biologiques du Prince d’Orléans sont nombreuses, de même que les relations spirituelles. Les terres d’Orléans joueront un rôle important dans la chevauchée de Jeanne : Compiègne, Blois Jargeau, Beaugency, Fierbois, Soissons, Crécy-en-Valois, etc. Il est également possible que l’étendard de Jeanne porte des symboles orléanais comme la feuille d’ortie et le bâton noueux. Le parti Armagnac était anti-bourguignon et anti-anglais, ce qui l’a rapproché des Orléanais. Jeanne était très anti-bourguignonne, elle les juge déloyaux et n’envisage pas de paix avec eux alors même qu’elle peut envisager de faire la paix avec les Anglais. 

Le programme « politique » des Orléanais : ils ont l’idée d’un programme de fiscalité destiné à installer un pouvoir central fort et à financer la guerre contre l’Angleterre. Sur ce point, Jeanne ne peut les suivre, elle est plutôt contre l’imposition. Elle limite même le droit de prise, interdit le pillage, le vol et paie ce qu’elle ou son armée prend (impose le paiement).  Concernant la politique extérieur, les Orléanais sont dévoués au royaume, tout comme Jeanne.

A défaut d’un parti armagnac, il faudrait plutôt parler d’une sensibilité armagnac. Et voir que les intérêts des Armagnacs et des Orléanais se sont rejoints et ont rejoints ceux du roi contre les Anglais et les Bourguignons. A son procès, Jeanne se présente du côté du roi et du royaume de France. Ses accusateurs la jugent coupable de sédition lorsqu’elle a appelé à la lutte contre les Bourguignons.  Lors de son procès en nullité, on cherchera à discréditer ses accusateurs (et notamment Cauchon) en les assimilant aux partis anglais/bourguignons (voir la légende noire sur Cauchon). Jeanne redevient alors le héraut du royaume et non d’un parti. Toutes traces partisanes disparaissent des témoignages : Domrémy a été pillée, mais on ne sait plus par qui ! Jeanne devient celle qui libère Orléans et non le duc d’Orléans, d’autant qu’au moment de son procès en nullité, le roi est orléanais ce qui lie mémoire d’Orléans et mémoire royale. On imagina même au XIXème siècle, que Jeanne était fille de Louis d’Orléans, filiation biologique plus acceptable que la filiation politique.

 


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L’année des merveilles : Les contemporains de Jeanne dès le succès du siège d’Orléans eurent conscience d’entrer dans une année particulière, placée sous le signe des merveilles (mirabilia, faits admirables ou craints qui appartiennent au domaine du visible. Elles se distinguent des magica et des miracula, qui appartiennent à l’Eglise). Les merveilles de Jeanne appartiennent à l’histoire des hommes et sont proches du merveilleux biblique. Elles sont différentes des merveilles d’Orient ou celtiques.

Première merveille de Jeanne : sa blessure devant Orléans. Jeanne l’avait prédit. En versant volontairement son sang, elle assurait un salut collectif.

Deuxième merveille : le bâton ou le Martin de Jeanne. Jeanne jure par son bâton. Cet objet est lié à la lutte contre le blasphème, à une forme de pédagogie morale. Mais il fait plus selon certains témoins : il multiplie les vivres, donne la victoire, etc. D’où vient ce bâton ? Son origine peut être biblique (cf. le bâton de Moïse) ou surnaturel (ersatz d’une baguette magique ou baguette de sorcière).

Troisième merveille : l’armée blanche qui entoure Jeanne. Liée à la première croisade, cette armée serait composée d’anges et de soldats morts et serait dirigée par des saints militaires.

Les miracles : les partisans de Jeanne s’accordent à dire qu’elle fait des miracles (comme celui d’Orléans). On dit également qu’elle a ressuscité un enfant mort pour qu’il soit baptisé. Ses accusateurs n’y voient que le sceau du mensonge.

Cette « année des merveilles «  ne durera finalement que six mois, et connut une fin brutale à Paris. Signe avant-coureur : la chute de l’étendard et le morcellement de l’épée de Fierbois. Jeanne avait promis l’entrée du Roi dans Paris libérée des Anglais. Certains y virent la marque d’une faute secrète de Jeanne, les plus optimistes pensaient que sa mission perdurerait, que Jeanne survivrait alors à Jeanne.

 


III. Jeanne d’Arc de Paris à Rouen


 

Jeanne décide de son propre chef d’aller au secours de la ville de Compiègne le 15 mai 1430. Le 23 mai en fin d’après-midi, elle est faite prisonnière par les Bourguignons. Alors que Jeanne est prisonnière au château de Beaurevoir, l’université de Paris réclama qu’elle soit jugée pour hérésie. Elle fut donc livrée aux Anglais en novembre qui choisirent Rouen comme lieu de détention et de jugement. Rouen était le siège du gouvernement anglais. Jeanne arrive à Rouen le 23 décembre 1430.

L’hérétique : l’hérésie est une erreur contre la foi qui s’accompagne d’une obstination indue. L’hérétique fait des choix intellectuels qui ne sont pas ceux de l’Eglise. En traquant l’hérésie, l’Eglise élabore et confirme le dogme. C’est elle qui définie donc l’hérésie et l’hérétique. L’Eglise considère que Jeanne est une hérésiarque : elle a inventé une nouvelle hérésie.

La présomption d’hérésie repose sur la fama de l’accusé. Celle de Jeanne était notoire dans le royaume et même dans la Chrétienté. On s’appuie sur des témoignages de « gens de bien et de poids » et sur l’inquisitio infamiae. On enquête sur le passé de Jeanne et sur sa famille. Cette dernière lui vaut une bona fama. On vérifie ensuite que Jeanne se conformait aux rôles que sa famille, son village et sa condition lui assignaient. Sa mauvaise réputation se construit donc sur l’exacte image opposée. Au début du procès, Jeanne refuse de prêter serment, preuve pour ses juges de son hérésie. Les juges listent une vingtaine de crimina, trois concernant la magie, quatre les voix, deux le refus de soumission, trois articles enfin sur les habits. Deux crimina concentrent toutes les attaques : les voix et les habits.

Les voix de Jeanne : elle entend ces voix depuis l’âge de 13 ans. Mais ce phénomène reste secret. Il devient notoire à l’examen de Poitiers, mais prend toute son importance lors du premier jugement. Les premières évocations des voix (juin/juillet 1429) en disaient le moins possible, ses proches confirment la présence d’un « conseil » qui la guide dans ses décisions (sans donner plus de précision). Les juges pensent tenir là l’acte d’accusation. Jeanne confirme qu’elle a entendu des voix dès l’âge de 13 ans dans le jardin de son père, côté église. Jeanne d’abord apeurée, finit par apprendre à les faire venir à elle. Les voix se manifestent alors de plus en plus souvent, jusqu’à trois fois par jour, rarement la nuit et jamais en rêve. Les voix sont indifférentes aux lieux. Pour les faire venir, Jeanne doit être seule, elle doit prier et si possible avoir jeûné. Les voix empruntent parfois le son des cloches (les cloches étant liées à la voix de Dieu, à celle de la communauté). Jeanne dit avoir toujours aimé les cloches, elle les aurait même utilisées pour annoncer ses assauts, ce qui lui sera reproché. La voix ou les voix sont souvent accompagnée(s) de lumière.

Jeanne identifie mal les voix : l’une l’accompagne en permanence et œuvre pour le salut de son âme, une autre veille sur les expéditions et la dernière sur les villes du royaume. Sollicitée (pressée) par les juges), Jeanne finit par identifier les voix : ce sera saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. Saint Michel est le symbole d’un lien ancien entre la dynastie royale et l’ange. Il a 46 sanctuaires en Lorraine. Il est le saint protecteur du royaume de Bourges, choisi par Charles VIII. Pour Jeanne, saint  Michel est davantage un ange gardien qu’un ange militaire. Sainte Catherine est liée depuis longtemps à Jeanne. Elle est son alter ego, elle suite, conseille et guérit quotidiennement Jeanne. C’est elle qui lui donnera l’épée. C’est elle qui parle de Dieu et qui convainc à travers Jeanne.

On reprochera la familiarité de Jeanne avec ces voix (elle les entend trop) et son contact parfois physique avec elle (elle dit les sentir, les voir et peut même les toucher). L’Eglise considère que l’hérésiarque est mu par la superbia ou par le désir de richesse. L’hérétique est avant tout orgueilleux. 17 des 72 articles du procureur lors du procès de Jeanne mentionnent l’orgueil, tant sur le plan de la parole que sur celui de l’action. Jeanne se disait sûre de son salut, elle se vantait de ses voix et de son statut de prophétesse. Elle a cherché en plus la gloire sur le champ de bataille. Elle se disait « chef de guerre », elle s’est appropriée le capital symbolique et les rites de la noblesse chevaleresque. Les juges essaient ensuite de prouver qu’elle est colérique (en acte et en parole). La colère est mère de toutes les violences contre soi et contre autrui (or Jeanne aurait tenté de se suicider depuis sa capture, elle parle de tentative d’évasion).

Les juges se réfèrent en plus aux sept péchés capitaux, au décalogue que Jeanne connait imparfaitement. Ils lui reprochent l’idolâtrie (1er commandement) envers les voix. Les juges parlent alors d’adoration excessive qui aurait due être réservées à Dieu seul. Ils lui reprochent également d’avoir combattant un jour de fête (3ème commandement), lors de la fête de la Nativité de la Vierge. Ils lui reprochent d’avoir méprise l’hostie en communiant trop souvent et parfois en habit d’hommes. Concernant le 4ème commandement, ils lui reprochent d’être partie à la guerre dans le consentement de ses parents. De la désobéissance supposée aux parents découle l’insoumission à Dieu. Or l’Eglise en ces temps de schismes veut imposer une stricte obéissance des laïcs envers l’Eglise.

Sainte, magicienne ou sorcière ? L’ambivalence des contemporains vis-à-vis de Jeanne se retrouve même après sa mort où deux camps s’affrontent. Est-elle une sainte, une magicienne ou une sorcière ? Difficile de répondre d’autant qu’il y a peu de différence entre ces trois statuts. Elles sont toutes les trois des femmes sensibles à la parole divine, se sont toutes les trois consacrées à Dieu (ou au démon), elles ont des pouvoirs, et disent l’avenir. Le maléfice est l’autre face du miracle. Quelques différences cependant : la sainte agit pour le bien commun, là où la sorcière agit pour son profit personnel.

La sainte : L’Eglise ne reconnait pas les miracles de Jeanne, car nul de son vivant ne peut faire des miracles. De plus, Jeanne est laïque, simple paysanne. D’où l’accusation d’orgueil. Jeanne ne prétend pas faire des miracles, mais la rumeur (du peuple) l’atteste à de nombreuses occasions. Un culte autour d’elle semble s’être mis en place ce qui a fortement déplu aux juges. La question est plus simple après sa mort : elle a eu une bonne mort, pieuse, chrétienne ce qui va confirmer sa sainteté. Quant aux miracles, à son procès en nullité, on retiendra uniquement celui d’avoir sauvé le royaume.

 


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La magicienne : Les adversaires de Jeanne voient de la magie là où son camp parle de miracles. La Bible condamne la magie. Le Moyen Age fut le siècle de la traduction massive de textes magiques arabes, et celui qui mit en place des disciplines nouvelles. Au XIIème siècle, l’Eglise réagit en instituant une séparation entre magie acceptée et magie démoniaque. La magie devient hérésie au XIVe siècle. L’accusation de magie devient monnaie courante et s’accompagne le plus souvent de dénonciation politique. Les Bourguignons sont en effet soupçonnés d’être des adorateurs de Satan (cf. Jean sans Peur, soupçonné d’être un nigromancien, et d’appeler des démons). Jeanne est considérée parfois comme une nigromancienne : ses vêtements, ses jeunes, sa pratique répétée de la communion sont autant de signes pour les juges de pratiques rituelles démoniaques (cf. les ouvrages de magie de l’époque et le cas particulier de Jean de Bar). Les juges accordent une importance particulière aux vêtements d’homme de Jeanne, signe selon eux d’un pacte passé avec le démon. Comme les autres nigromanciens, Jeanne a voulu savoir ce quelle n’était pas sensée savoir. Jeanne aurait également usé de magie contre les Anglais et pour connaitre l’avenir. Les juges croient aux voix mais pour eux elles sont mauvaises et Jeanne aurait du consulter les clercs pour s’en assurer. Jeanne entend les voix sans les invoquer puis elle admet les avoir fait venir à elle. Elle aurait même fait consacrer des objets (lame de l’épée et la pierre de l’anneau) pour l’aider dans ses invocations. L’anneau intéresse les juges car il peut être le signe de l’élection mais aussi celui d’un lien surnaturel. Les juges soupçonnent alors Jeanne d’avoir un démon familier dans cet anneau, or depuis Jean de Bar, la possession d’un démon familier est interdite et considérée comme hérésie. Les juges pensent que ce sont des démons déguisés en saint Michel, en sainte Catherine et en sainte Marguerite qui sont apparus à Jeanne. Elle porte l’anneau à l’index gauche, ce qui permet selon eux d’embrasser l’anneau pour faire apparaitre les démons.

Jeanne sera également accusée de pyromancie (divination par les flammes) et de lychnomancie (divination par l’intermédiaire des enfants). Jeanne a souvent offert des cierges à son église paroissiale or le cierge peut être utilisé selon les juges dans des pratiques divinatoires.

La sorcière : le mot n’apparait pas vraiment dans l’acte d’accusation. On parle plus volontiers de sortilège. Par contre, le procès en nullité mention le fait qu’elle ait été accusée de sorcellerie. Pour les juges du procès en condamnation, Jeanne est une sortilegia depuis son enfance. Dès lors est-elle nigromancienne ? Fée ? Sorcière ? Les procès en sorcellerie se multiplient au XVème siècle et concernent les fées. Jeanne correspond au  profil de ces nouveaux suppôts de Satan : une femme d’origine rurale, née aux confins du royaume. Elle est pourtant trop jeune (mais a une marraine qui pourrait lui avoir servi d’apprentissage). A cette époque, la sorcière est forcément l’alliée du diable, elle en porte la marque (cf. les marques rouges de Jeanne). Les juges suspectent Jeanne de guérir par ses charmes, elle utiliserait ou porterait une mandragore. Jeanne admettra en avoir vu une près de l’arbre aux fées mais elle précise que cette dernière apportait de l’argent (pas de guérison). Les rapports de Jeanne avec les animaux (comme les oiseaux) sont aussi suspectés. Le cheval de Jeanne apparait comme un démon maitrisé par une vierge. On raconte enfin que Jeanne vole, qu’elle participe à des sabbats autour de l’arbre aux fées la nuit dans la clairière. Certains même parlent de secte dont Jeanne serait le chef incontesté (ou le frère Richard, frère apostat et séditieux, qui fut le confesseur de Jeanne).

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 Enluminure de Jeanne au bûcher

 

Jeanne après Jeanne : Après son exécution, le corps de Jeanne est exhibé et ses cendres jetés dans la Seine. Pourtant plusieurs rumeurs vont apparaitre immédiatement :

–          Jeanne aurait survécu. Elle serait morte en corps mais pas en esprit.

–           Elle s’est « absentée » mais reviendra finir sa mission (ou une autre pucelle viendra).

Des prétendants au rôle de Jeanne fleurissent comme Guillaume le Berge (qui finit noyé par les Anglais), Jeanne-Claude des Armoires, Jeanne-Marie la Féronne, la Pucelle de Sermaize ou la bénéficiaire de la Lettre de René II. Aucune ne va vraiment tenir le rôle alors que les prophéties de Jeanne se réalisent (croisade en Terre Sainte, Anglais hors de France).

Avec la mort de Charles VII en 1461, les pucelles disparaissent, d’autant que les circonstances politiques et religieuses ont changés.

 

Conclusion

 

Jeanne est-elle morte en martyr ? Rapidement, le parallèle est fait entre le martyr de Jeanne et celui du Christ. Son arrestation, le fait qu’elle ait été vendue et trahie par ses proches, son innocence, sa souffrance lors du procès ou lors de son emprisonnement, l’outrage qui lui est fait par ses geôliers sont autant de rapprochements avec le Christ. Sa patience devant son sort, son acceptation de la mort sont d’autres preuves. Enfin, ceux qui ont condamné Jeanne ou participé à son arrestation mourront de manière violente.

Elle devient après sa mort « fille de Dieu ». Comme Jésus qui après sa mort est enfin reconnu comme le fils de Dieu.

Rédigé par LN

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