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Lituanie: les knygnešiai

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Après les trois partages de la Pologne – Lituanie (1772, 1793, 1795), le territoire lituanien était majoritairement occupé par la Russie tsariste. Une première insurrection contre cette occupation (29 Novembre 1830 – 8 septembre 1831) fut un échec.
Suite à l’humiliante défaite de la guerre de Crimée (1853 – 1856), le Tsar Alexandre II engagea des réformes dans lesquelles les patriotes virent une preuve de la faiblesse de l’empire russe. Une nouvelle insurrection commença en Janvier 1863 et dura près d’un an. Mais elle fut écrasée avec une cruauté féroce, notamment en Lituanie dont le territoire était contrôlé par le gouverneur-général Mikhail Nikolayevich Muravyov-Vilensky, le “pendeur de Vilnius”. 700 personnes furent soit exécutées soit pendues, près de 40 000 envoyées au bagne en Sibérie. Près de 1660 propriétés nobiliaires furent confisquées, mises aux enchères ou données à des officiers russes. La Lituanie perdit même son nom et fut découpée en gouvernorats au sein des marches du nord-ouest (Северозападный край).
Une intense politique de russification accompagna cette répression sanglante. A l’été 1863, le Tsar décida que l’éducation se ferait uniquement en russe. En 1864 le gouverneur Muravyov ordonna que les abécédaires soient imprimés uniquement en cyrillique, et son successeur, Konstantin Petrovich von Kaufman, interdit toute utilisation de l’alphabet latin.
Un réseau de transport des publications, généralement imprimées en Prusse Orientale, mais aussi jusqu’aux Etats-Unis, s’organisa grâce aux Knygnešiai (singulier : Knygnešys, de knyga = livre et nešti = transporter). A partir de 1867, l’évêque catholique de Samogitie, Monseigneur Motiejus Valančius (1801 – 1875) organisa et finança l’impression des livres et des périodiques à l’étranger, de même que leur distribution illégale en Lituanie. Les Knygnešiai, s’ils étaient découverts, risquaient des amendes, l’emprisonnement sur place (1 à 5 ans) ou la déportation en Sibérie (3 à 5 ans). Certains furent tués en passant la frontière entre la Prusse et l’Empire Russe, frontière sévèrement gardée par 3 lignes de défense côté russe.
Monseigneur Motiejus Valančius
Bien qu’un tiers des livres environ étaient saisis, les autorités russes se rendirent compte de l’échec de leur prohibition à la fin du XIXe siècle. Sous le prétexte que les minorités avaient besoin d’être ménagées après la défaite russe dans la guerre russo-japonaise (Février 1904 – Septembre 1905), le bannissement des livres en Lituanien fut levé. Il est estimé que, pendant les dernières années, ce furent de 30  à 40 000 livres qui avaient été transportés et distribués clandestinement chaque année en Lituanie par les Knygnešiai. De 1891 à 1901, ce sont 173 259 livres et périodiques qui ont été saisis par les douanes russes. 
Une statue au porteur de livre inconnu (Nežinomas Knygnešys) a été érigée à Kaunas. Car ce mouvement de défense non seulement de leur culture nationale, mais aussi du futur de leur pays,  mérite, aux yeux des Lituaniens, autant de respect que l’Arc de Triomphe ou la Statue de la Liberté. 

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