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“La clé de l’abîme” de José Carlos Somoza : L’origine est dans l’abîme

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cleabimeEurope de l’Ouest, Allemagne, dans un futur proche, des banlieues sombres et étranges, des familles dispersées dans différents pays, des travails peu rémunérateurs et pas vraiment exaltants, un train interminable, le Grand Train, malgré sa grande vitesse, une vision de fillette qui fait frissonner et un héros qui part vaillamment gagner sa croûte dans ce train interminable et sombre.


C’est au cours du voyage que Daniel Kean se trouve confronté à une situation extrême: un voyageur a une bombe greffée sur son corps, l’horreur semble inévitable, aussi Daniel est-il encouragé à faire la conversation au jeune terroriste. Commence alors, une course poursuite pour mettre la main sur un secret jalousement gardé, un secret qui pourrait changer la manière de vivre et de penser du monde. Un secret jouant avec la frontière fragile de l’hérésie religieuse ne peut qu’attiser convoitises et folies, secret dont le fil conducteur est une Bible, “La Sainte Bible de l’Amour et de l’Art” aux quatorze chapitres, aux quatorze paraboles. Dans ce monde futuriste, les groupes religieux s’identifient à un ou plusieurs chapitres de cette Sainte Bible et les explorent au cours de rites gestuels, de danses étranges permettant d’entrer en osmose avec l’enseignement du chapitre. Le corps et l’esprit se mêlent pour parvenir à approcher une Vérité, une quintessence de la parole sacrée.

Daniel Kean n’est pas un esprit puissant, il fait plutôt partie des sceptiques, des non-croyants, aussi, lorsqu’il s’embarque, contre son gré, dans cette quête religieuse et scientifique, c’est avec plus une envie d’en découdre pour récupérer sa fille et tenter de venger la disparition de son épouse, l’esprit de vengeance est son moteur, sa raison de vivre, que par foi de croyant…ce qui est loin d’être le cas de ses compagnons d’aventure aussi disparates que complémentaires.

A la suite de Daniel et de ses compagnons, le lecteur entre dans l’univers très particulier développé, comme une dentelle alambiquée et donc mystérieuse, par Somoza qui semble prendre un malin plaisir à le perdre à l’infini. Il s’amuse à dérouler une toile gigantesque de questionnements, de routes possibles à emprunter ou non, de dédales spirituels, de labyrinthes de la pensée ou de foisonnements philosophiques. Le lecteur déambule, comme Daniel, incrédule puis perplexe jusqu’à ne plus rien y comprendre avant de renouer le fil de la quête, frissonnant dans les espaces sous-marins sous cloche, les maisons piégées d’invisibles armes….une richesse d’actions qui parfois amène à l’overdose. On oscille entre Science-Fiction et Bande Dessinée, les scènes donnent l’impression de ridicule mais c’est pour mieux happer la proie qu’est devenue le pauvre lecteur, saucissonné dans son envie d’aller toujours plus loin dans le frisson et l’incroyable. Un incroyable objet du discours: la présence pesante d’une religion d’une grande complexité régissant le moindre recoin de la vie sociale, culturelle, politique et économique de ce monde futuriste; tout est religion, tout est croyance. Aussi, lorsque la quête parviendra à son terme, la surprise n’en sera que plus grande: non seulement, le lecteur comprend alors le pourquoi des signaux inconscients qui lui titillaient les neurones depuis un bon moment, mais encore, il a la joie d’être entré à pieds joints dans la ronde endiablée de l’auteur, une ronde dans laquelle sont venus les mythes et les déités des temps immémoriaux.

“La clé de l’abîme” est construit comme un thriller et évolue dans la sphère du fantastique avec tout le cortège d’interrogations inhérent au genre: le devenir de l’humanité, la place de Dieu dans la société, les croyances doivent-elles régir le quotidien, doit-on et/ou peut-on tuer, psychologiquement, Dieu comme on tuerait son père afin de s’affranchir enfin de ses carcans? Est-Il né et comment? L’humanité a-t-elle toujours un sens lorsqu’elle devient un objet sans cesse contrôlé et réglé, dans tous les domaines d’activité et ce jusqu’au plus intime qu’est la procréation, par des machines? Comment les générations futures parviennent-elles à se reconstruire après un cataclysme bouleversant les modes de vie? Ces questions existentielles sont servies par une force romanesque de l’écriture qui sait susciter les arcanes de l’imaginaire avec en prime, à la fin de l’épilogue, une excellente raison d’aimer se replonger dans l’univers fascinant de la littérature classique….je me disais bien que certaines phrases me rappelaient certaines oeuvres classiques!

Même si, parfois, j’ai été déçue dans mon attente de pistes complètement tordues dans la construction de l’intrigue, j’avoue avoir apprécié la nouvelle trame de Somoza qui a le don de dérouter et de surprendre.

Roman  traduit de l’espagnol (Cuba) par Marianne Millon

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A propos de l'auteur

Il était une fois une passion des mots, de tous les mots, ces petites lettres qui, ordonnées au gré de l'inspiration, ont formé une des plus belles inventions de l'Humanité: l'Ecriture. Il était une fois un amour des chats, une fascination pour ce petit animal domestique tout en charmes et mystères. Il était une fois une inclination pour le thé, breuvage de délicates feuilles venues des montagnes d'Asie, un breuvage qui se déguste dans la sérénité d'un moment privilégié. Il était une fois une envie de faire partager et de coucher sur un cyber-espace lectures, écrits, clins d'oeil et réactions.....Chatperlipopette!!!____________________________________________________________________________________________________________________ http://chatperlipopette.blogspot.com/

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