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La parole perdue et les mantras

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mantrasDécouvrez l’historique et la signification de la parole perdue et du mantra… Pensée : « LE TOUT crée dans son Esprit Infini des Univers sans nombre qui existent pen-dant des milliers de siècles ; et cependant pour LE TOUT, la création, l’évolution, le déclin et la mort d’un million d’Univers ne paraît pas plus long qu’un clignement de paupières. »

LE KYBALION

1    HISTORIQUE ET SIGNIFICATION DE LA PAROLE PERDUE ET DU MANTRA

Bien que la psychologie moderne s’intéresse à la nature et à la fonction des émotions et à ce qui les provoque, les anciens aussi en avaient une certaine compréhension. Ils se servaient du son et de gestes pour produire les états émotifs et psychiques désirés. Le mot MANTRA est un ancien terme désignant des mots, des sons et actes particuliers utilisés pour engendrer des états psychiques de conscience. À l’époque védique de l’Inde ancienne, le mot MANTRA s’appliquait aux hymnes adressés aux dieux. Plus tard, les mantras acquirent une signification spéciale personnelle. Le Petit Larousse 2009 en donne la définition suivante : (mot sanskrit, instrument de conscience). Dans l’hindouisme et le bouddhisme : syllabe ou phrase sacrée dotée d’un pouvoir spirituel.

Au fil des siècles, l’intonation même des mantras fut considérée comme tout puissante. Cela signifiait que certaines forces vibratoires étaient libérées par la prononciation même du mot, ou par des intonations de voyelles dont il était composé. Dans la littérature védique ancienne se trouve la phrase : «L’univers est sous le pouvoir des dieux ; les dieux sont sous le pouvoir des mantras». Ceci m’incite à corréler cette pensée avec la première phrase de l’Évangile de Jean : « Dans le principe était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était Dieu » (Jean 1. 1.). « Dans le Principe », c’est-à-dire dans le Père, en Dieu l’Un — et non «au commencement» comme on peut le lire dans mainte traduction : la Parole n’a pas de « début » puisqu’elle EST avant le Temps, avant tout début de création, et qu’elle est, avec l’Esprit, co-éternelle au Père. D’autres traductions parlent de Verbe. Notez aussi la relation  monadique de Dieu et de sa parole. Ils sont faits UN et de la même réalité.

Au cours de mes réflexions, je me suis maintes fois posé ces deux questions : La parole serait-elle dotée d’un pouvoir latent ? Ce pouvoir serait-il inhérent à la voix humaine ? Sous diverses latitudes et au travers des siècles s’est propagée une qualité magique liée aux mots et aux paroles qui ont été considérés comme vecteurs d’une puissance créatrice inhérente. En fait, des miracles ont été attribués à la simple prononciation de mots. Ces notions sont fermement fixées dans la cosmologie, la philosophie et l’histoire. À notre époque, elles sont soit une croyance acceptée, soit elles font parties de recherches avancées, en neurosciences, holistique médicale, etc., telles la phonophorèse, la psychophonie, la musico-chromothérapie, et moult autres. Ces recherches et thérapies ont comme postulat de base que chaque organe, chaque glande (et sa correspondance spirituelle ou cakras) du corps humain, a une forme, une psychologie, un chromatisme et un taux vibratoire déterminés, et donc correspond à une fréquence particulière, à une note. Sa fonction spécifique lui permet d’acquérir une fréquence capable d’attirer des fréquences similaires.

Je vous propose de voyager  quelque peu dans le temps et d’examiner avec moi quelques axiomes religieux de différents pays, très éloignés les uns des autres, faisant allusion soit à la parole soit aux mots.

Sumer (environ IV° millénaire avant JC.) Les  sumériens influencèrent d’autres peuples, en particulier les sémites. Nous trouvons dans un écrit sémite la phrase : «Le mot d’Enlil (dieu mésopotamien, maître de la terre ferme) s’élance et l’œil ne le voit pas». Se rapportant encore au dieu Enlil, une inscription sémite énonce : «L’expression de ta bouche est un vent bienfaisant, le souffle de vie des terres». Par ailleurs, le mot sumérien Mummu signifiait raison créatrice, ce qui crée toutes choses. Et encore : «Le mot qui en haut secoue les cieux — le mot qui est en bas fait trembler la terre». La encore nous voyons la raison ou la pensée liée au mot prononcé désigner le pouvoir et la capacité créatrice.

Égypte. Memphis, capitale de l’ancien empire de 3200 à 2280, était le siège d’un puissant clergé qui servait Ptah dieu des artisans et créateur de l’univers. Ce clergé déclarait que Ptah était un être suprême. Il disait que toutes les choses prirent naissance dans la pensée de Ptah. Ce fut la première théorie théologique de l’histoire connue des hommes. En d’autres termes, ce fut alors que la croyance en la conscience universelle, comme cause en soi, prit naissance pour la première fois. Mais, les prêtres allèrent même plus loin; ils déclarèrent qu’il avait fallu que prononce une parole pour matérialiser ses pensées — pour les amener à l’existence. L’un de ces anciens prêtres rapporte, dans un poème, comment matérialisa ses pensées à l’aide de mots prononcés. Il dit : «Ptah le grand, est la pensée et la langue des dieux… La pensée donne naissance à toute manifestation réussie… Ptah, de qui procède la puissance de la pensée et de la langue».

Akkad (2325-2160 av. J.C.) et Babylone (2160 à 729). Les prêtres babyloniens disaient que le dieu Mardouk, le plus important des dieux du panthéon, était le créateur du monde et ils l’identifiaient également avec le mot Mummu.

Hébreux (XII° à 70 après JC). La comparaison de la théologie hébraïque avec les anciens écrits fait apparaître une grande similitude entre eux. Il y a un syncrétisme évident, autrement dit, emprunt et amalgame. Par exemple, un passage de l’un des anciens psaumes écrit après l’Exode ressemble à la théologie babylonienne. Il dit : «Par la parole de Yahvé, les cieux furent créés et par le souffle de sa bouche tous leurs habitants».
La Kabbale hébraïque est une autre conception de la création de l’univers due à l’efficacité de la voix. Le Sepher Yezirah, le premier livre introductif de celle-ci, considéré comme le plus ancien, signifie littéralement «Livre de la Création». Il remonte au VI° siècle, mais il provient de manière évidente d’une source beaucoup plus ancienne. Le mot Sepher est associé à un mot qui signifie émanation numérique et désigne le pouvoir qui émane du nombre. En bref, le livre expose que les attributs et la qualité de la divinité sont symbolisés par les nombres 1 à 10. Certains sont mâles et d’autres femelles. Le premier nombre, Un, est considéré comme indivisible et incapable de multiplication. Mais l’on dit que le nombre Un possède son reflet grâce auquel il donne naissance à la dyade ou nombre deux.
Le Zohar, ou « Livre des splendeurs » comprend plusieurs volumes dont le plus important est celui de la «Grande Assemblée». Cette œuvre discute des propriétés mystiques de Dieu et de la manière dont elles se sont étendues pour donner naissance à l’univers physique et à l’homme. Il explique que ces propriétés créatrices divines sont inhérentes à la fois aux lettres et aux nombres, et qu’elles peuvent être utilisées par l’homme s’il connaît leur exacte combinaison.

Grecs. Les anciens Grecs de l’école de philosophie de Milet disaient : «La substance cosmique est raison, sagesse et harmonie». Ceci correspond aux qualités attribuées à l’ancien mot babylonien Mummu. Les Stoïques disaient que Dieu est la loi opérant dans tout l’univers et ils appelaient cette loi le Logos. Ils disaient que le Logos est la pensée et l’intelligence exprimées en action. Le Logos est l’âme et la parole se manifestant dans la matière et dans le pneuma ou souffle. Nous notons la similitude de ceci avec les anciens enseignements égyptiens et leurs affirmations datant de  2000 ans au sujet du dieu Ptah.

Hermétisme. Plus qu’en aucun temps, semble-t-il, les mots, ces chevilles du langage, assument des devoirs importants. Ils permettent aux hommes d’embrasser la Connaissance, à une époque où la science trône au sommet de leurs préoccupations, car les mots sont chargés de refléter fidèlement la pensée de celui qui parle.
Or, on constate trop souvent, qu’ils assument dans le langage, de fausses identités, que la syntaxe ne suit pas le rythme de la pensée, que les événements auxquels ils s’appliquent leurs confèrent une signification différente de celle communément adoptée, bref, qu’ils s’anoblissent ou s’encanaillent à volonté.
Les mots, reflets du Verbe, véhiculent par leur sonorité, une dynamique de l’émission juste d’une vague sonore, évoque le mouvement des connaissances. Limpide et pure, la vibration des mots transmet comme un écho de ce qui se situe au-delà d’un sens qui varie dans le temps, écho auquel résonnent les neurones du cerveau.
La Cabale Phonétique, qui est une branche de la Cabale Hermétique ou Universelle (aucun rapport avec la Kabbale Hébraïque), est la science de cet écho. Elles attribuent aux mots des âmes, les voyelles, qui animent les consonnes, leurs corps. Le corps des mots change et se dégrade, l’âme continue à vibrer et capter son message, c’est comprendre que les mots, traduisant l’idée, enfantée par l’Esprit, respirent.
L’occident a oublié l’impact que produit la vague sonore. Il a oublié que Dieu commanda au premier Adam de nommer les choses pour qu’elles existent, en leur imprimant une vibration spécifique. Il a oublié que les Anciens désignèrent celui qui déroule un discours comme un logothète, terme dérivé de Logos, la Loi. La Cabale Phonétique se base sur la vibration sonore des voyelles, écho d’un langage jadis universel, écho de la parole perdue dont les syllabes, à écouter la légende la légende, seraient enterrées dans les sept déserts du Monde. Il n’est pas absurde d’imaginer que les sept syllabes enfouies, symbolisent les sept vibrations fondamentales, et par extension, les sept notes de la gamme cosmique (macrocosme), dont les combinaisons rythmiques conduisent au déroulement du Verbe. Il ne serait pas non plus absurde d’imaginer que sept vibrations agissent également sur le système psychique de l’homme (microcosme) par l’intermédiaire des  sept cakras majeurs.

Hindouisme, Bouddhisme, Tantrisme. Leurs définitions seront développées dans un autre écrit.

2    LA PAROLE

Du point de vue de la psychologie et de la physiologie, la parole est une transmission de pouvoir. C’est le moyen par lequel l’homme peut influencer remarquablement les autres êtres humains à distance. Il peut imposer les vibrations de sa voix dans l’atmosphère qui lui sert d’intermédiaire. La voix de l’homme, par conséquent, n’est pas seulement une action en soi, mais elle est surtout efficace dans le langage, c’est-à-dire dans la communication d’une intelligence avec une autre. À l’origine, cependant, la parole suscitait les émotions et les réactions psychiques chez les autres êtres humains et non une réaction intellectuelle.

Je ne développerai pas ici comment est supposé être né le langage chez les hommes primitifs et je vous renverrai volontiers à la lecture de «La Culture Primitive» de E.B. Taylor, ethnologue renommé. Selon son livre, le ton émotif et le ton de voyelle sont liés. Un ton émotif peut être défini comme une voyelle dont la qualité musicale particulière est celle produite par les organes vocaux quand ils s’adaptent à un état de sensation particulier. Nos sentiments, nos réactions psychiques et émotives, nous font émettre des sons ou des mots qui les expriment. Évidemment, ces voyelles émotionnelles produisent des émotions similaires chez les autres êtres humains

L’organisme humain est une entité vibrante. De plus, il possède des organes récepteurs et des centres psychiques qui peuvent réagir à des stimuli vibratoires particuliers. Ces centres psychiques sont par exemple sis dans les glandes pituitaire, pinéale, thyroïde et autres. Lorsque que ces centres psychiques sont stimulés par certaines vibrations, leurs fonctions peuvent soit s’accélérer soit diminuer. Chez l’homme primitif, l’effet que certaines combinaisons de sons avaient sur sa nature émotionnelle et psychique était particulièrement remarquable. Certaines paroles n’étaient pas de simples collections de syllabes avec «accent tonique», c’était un «langage psalmodié». La note et la tonalité rythmiques constituaient «l’élément essentiel». De telles paroles étaient considérées comme formant une voix magique en raison de leur effet sur les sentiments et la pensée de l’homme. Les sentiments produits par les vibrations de la voix «suggéraient la puissance, la vie et la vitalité».
En plus de l’effet psychique qu’elles peuvent produire, les paroles sont puissantes comme symboles de pensées. Sir Francis Bacon disait : «Les hommes supposent que leur raison a autorité sur leurs paroles ; il arrive pourtant que les paroles en retour peuvent les uns comme les autres être dynamiques et dès que leur force est lâchée, ils ne peuvent être aisément contrôlés. C’est pourquoi rien ne doit être choisi avec plus de précautions».

Origine de la psalmodie. Ce fut l’origine de la psalmodie qui peut se retracer jusqu’à l’époque reculée des tablettes babyloniennes. Certaines de ces anciennes tablettes montrent des mots (idéogrammes) utilisés comme psalmodie. Les voyelles a, e, i, o et u, étaient placées au commencement, au milieu et à la fin des lignes d’écritures. Les archéologues  présument que les voyelles correspondaient: a à un ton uniforme, i à des tons élevés, sublimes et aigus, u à des tons bas et sonores.

Dans la philosophie indienne, existe ce que l’on connaît sous le nom de raga et qui sont des phrases mélodiques ou mélodies. La légende dit que cinq de ces raga furent prononcés pour la première fois par le dieu Shiva et le sixième par une autre divinité. Chaque raga comprend plusieurs notes. Dans les Upanisads, partie de la littérature védique de l’Inde, la syllabe AUM est le symbole vocatif de l’esprit suprême. Elle représente trois qualités premières: A pour Brahmâ ou créateur, U pour Vishnou ou sauveur, et M pour Shiva ou destructeur.

Plutarque indique que les anciens s’intéressaient beaucoup à l’importance des voyelles dans la parole et tentaient d’expliquer leur formation. Dans son «Symposiaca», se référant à la voyelle a, et a sa relation avec la première lettre de l’alphabet grec, il fait dire à l’un de ses personnages : «… c’est le premier son articulé qui est émis — car l’air dans la bouche est formé et façonné par le mouvement des lèvres, dès que celles-ci sont ouvertes, ce son est lancé à l’extérieur, clair et simple, n’ayant pas besoin ni ne dépendant du mouvement de la langue, mais émis en douceur, la langue étant au repos. Et c’est par conséquent le premier son que produisent les enfants».

3    LA PAROLE PERDUE

En relation avec cet écrit sur les mantras et les voyelles, ainsi que de l’efficacité de la parole et de ses effets sur nature psychique de l’homme et de son environnement, il me semble important d’accorder une certaine attention à la très ancienne tradition de la Parole Perdue.

La doctrine de la Parole Perdue existe comme un arcane dans les liturgies de beaucoup de nos religions d’aujourd’hui et dans les rites d’un bon nombre de sociétés philosophiques et traditionnelles qui existent toujours. Chacun possède son explication théologique ou philosophique respective de cette idée persistante. D’autre part, elles sont toutes liées à une conception fondamentale profondément enracinée dans les plus anciennes croyances de l’homme.

En majorité, ces explications de la Parole perdue se basent, dans notre culture occidentale, sur la phrase biblique que je cite en début de cet écrit, «Dans le principe était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était Dieu» (Jean 1.). Au plan cosmogonique, donc sur les plans à la fois mythiques et scientifiques, je m’essaie à l’interprétation basique que la création de l’univers fut réalisée par une idée vocale — une pensée exprimée sous forme de mot ou parole. C’est ainsi que Dieu et la parole sont rendus synonymes. Dieu ou l’intelligence, en tant que raison créatrice, n’est rendu manifeste que par l’émission d’une Parole. Par conséquent, le pouvoir créateur de Dieu ne prend force que lorsqu’il est prononcé. La force de Dieu devient sa voix, ou une intonation. Il ne suffit pas, selon cette conception, que Dieu n’existe que pour l’univers et les choses qui émanent de Sa nature, mais il faut également que la cause active de Son être, la loi ou décision de Son intelligence, se manifeste sous forme d’émission de parole.

C’est un fait que les hommes ont observé ; toutes les choses naturelles ont une loi qui s’y rapporte. Autrement dit, il existe quelque cause particulière dont elles dépendent, et ces sortes de choses et de lois existent par myriades. Par conséquent, les hommes ont présumé que la parole qui fut émise la première a dû être la synthèse de toutes les lois cosmiques naturelles. La Parole en ce sens ne façonna pas les éléments de l’univers à partir d’autres substances. Elle ne fut pas un agent divin ou une force divine qui agit sur une substance indéterminée, comme l’argile, par exemple, mais plutôt toutes les choses, des planètes aux grains de sable, étaient des éléments inclus dans la Parole.

La parole est ainsi conçue comme une énergie vibratoire dans laquelle l’essence fondamentale de toutes choses existe. Par analogie, nous pouvons la comparer à un son simple qui pourrait inclure  toutes les octaves et tonalités simultanément. Par conséquent, chaque son individuel que l’oreille pourrait entendre dépendrait, quant à son existence, de la cause originelle, du son simple unifié. De même que chaque couleur est une composante de la lumière blanche, de même toute la création est issue de la loi composée qu’embrasse la Parole. Par conséquent, une telle Parole à l’important apanage d’être la clef de l’univers. Celui qui pourrait la connaître et l’entonner aurait la maîtrise de toute la création.

Parallèlement à cette sorte de raisonnement découle la compréhension que la loi de création ou Logos, émise vocalement pour la première fois en tant que Parole, n’a jamais cessé d’exister, ne s’est jamais éteinte ou n’a jamais diminué. Toutes les choses dépendraient causalement de ses frémissements continus ou de sa nature vibratoire. De même que la lumière d’une lampe électrique est, en effet, dépendante de sa cause constante,le courant électrique passant dans le filament rougi à l’intérieur de la lampe, de même toutes les manifestations seraient censées devoir leur existence aux répercussions de la Parole à travers l’univers.

La nature vibratoire de chaque chose trouverait ainsi sa place au sein d’une gigantesque gamme ou clavier musical. Chaque réalité aurait un certain rapport avec une de ses notes ou combinaisons, qui fait partie intégrante de la Parole. Ainsi, selon cette conception, certaines voyelles pourraient contenir, dans leur combinaison, la gamme créatrice complète de l’énergie cosmique.

La Parole fut Perdue

La plupart des organisations philosophiques et religieuses qui préservent la tradition de la Parole exposent qu’à une certaine époque l’homme possédait, comme héritage de droit divin, la connaissance de cette Parole qui lui donnait une véritable maîtrise sur son domaine, la terre. Comment l’homme en arriva à être dépossédé d’un aussi grand trésor, ou comment la Parole fut Perdue, c’est en quoi consiste la Tradition pour laquelle les différents groupes présentent des explications diverses et divergentes. Chacun de même, à sa façon particulière, croit que l’homme peut se racheter et retrouver la Parole Perdue, ou du moins certaines syllabes efficaces de la Parole.

Généralement, on admet que ceci peut être réalisé par une synthèse de la connaissance ésotérique et exotérique, autrement dit, par l’étude des sciences naturelles fondamentales et l’adoration de Dieu, ou la communion avec l’Absolu. En fait, se trouvent perpétuées aujourd’hui, dans des rites et des cérémonies sacrées, certaines syllabes ou voyelles qui sont considérées comme la Parole Perdue et qui, lorsqu’elles sont entonnées, produisent effectivement d’étonnants pouvoirs et manifestations créateurs et bienfaisants. D’autres chercheurs déclarent que la Parole Perdue complète est indicible pour l’homme, qu’il ne serait jamais capable de la prononcer même s’il arrivait à connaître son contenu, mais qu’il peut prononcer certaines de ses syllabes dont il peut retirer un énorme pouvoir personnel.

J’ai dit que cette croyance provenait de la pensée primitive de l’homme. Elle contribuera à notre compréhension de ce mystère (qui est devenu une doctrine respectée) dans la révision de son histoire. Selon un ancien texte liturgique, le vocable sumérien pour parole est «Inim». De cette parole, le sumérien développa le concept de l’incantation. Elle consistait en paroles solennelles dites par le magicien ou le prêtre. En fait, le mot sumérien pour incantation est «Inim — inim — ma» qui est un redoublement de «Inim». Pour le sumérien, Inim ou parole signifiait «émettre une décision».

Les anciens sémites considéraient qu’une parole prononcée de manière solennelle, contenait la force d’un ordre ou d’une promesse, telle une chose très précise ou réelle, autrement dit, telle une entité pareille à une substance quelconque. Par conséquent, des paroles d’une divinité, d’un prêtre ou d’un humain, en des circonstances solennelles, émanait un terrible pouvoir magique. Les paroles solennelles des grands dieux étaient traitées comme apothéose par les sumériens; autrement dit, elles étaient considérées comme une entité divine équivalente à dieu.

Reprenons partiellement notre citation de début d’écrit «… la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était Dieu». Avant 2900 avant J.C. nous trouvons l’inscription «Inim-Ma-Ni-Zid» qui se traduit littéralement «par sa parole est vraie» De même, de l’époque présargonique (Akkad), aux environs de 2800 avant J.C. nous vient la phrase trouvée sur les vestiges du temple de Lugalanda : «Inim-Dug-Dug-Ga-Ni-An-Dub», ou :
«La Parole qu’il prononce secoue les cieux,
La Parole qui en dessous fait trembler la terre
»

Nous voyons ici la première conception du pouvoir dynamique de la Parole divine exprimée, il y a près de 5.000 ans.

Un autre développement des sumériens était l’identification de la Parole du dieu Enlil avec son esprit. La Parole du dieu était considérée comme un attribut de sa nature embrassant tout, se déplaçant au-devant de lui dans le monde chaotique. Par exemple, une autre liturgie sumérienne déclare «L’émission de ta bouche est un vent bienfaisant, le souffle de vie des terres». Ceci nous rappelle à nouveau l’Ancien Testament, car nous trouvons dans le Livre de la Genèse 1.2. «Et l’Esprit de Dieu se déplaçait sur la surface des eaux».  La suite nous dit que Dieu dit «Que la Lumière soit». Pour les Sumériens, le souffle de Dieu était un flot chaud de lumière. L’influence des religions des Sumériens et des Babyloniens sur leurs captifs Hébreux est tout à fait évidente dans les livres de l’Ancien Testament.

En Grèce, Anaximandre et Anaximène furent apparemment influencés par leur contact avec les érudits hébreux et leurs traditions, et ils eurent également recours au syncrétisme. Ils déclaraient que la substance cosmique était elle-même raison, sagesse, harmonie ou Noùs. Ceci, nous le voyons, correspond au Logos babylonien ou Mummu. La raison créatrice qui est immanente dans l’eau, Héraclite, (–500), qui exposait une doctrine d’évolution et de relativité déclarant que toute matière était en état de devenir par un processus de développement passant du feu à l’air et réciproquement, soutenait que la seule réalité était la loi du devenir, une loi cosmique — la Parole.

Puis, une transition se produisit progressivement dans laquelle la Parole, comme émission divine, fut remplacée par le Logos (la loi). Ce Logos était la volonté de Dieu, exprimée comme la loi immuable et active dans l’univers. Les anciens stoïques soutenaient que le divin principe, ou cause première, était le Pneuma. Le Souffle de Dieu qui pénétrait toutes choses. Ce Souffle se manifestait par une série de lois créatrices dans la matière. Il devint les lois physiques que la science connaît et étudie. En l’homme, ce Souffle ou Logos devint un esprit inférieur qui l’animait comme une âme.

Philon, philosophe juif éclectique, du début de l’ère chrétienne, développe le concept du Logos en une importante doctrine philosophique centrale, qui trouve sa voie dans dogmes théologiques de certains de nos plus grandes religions actuelles. Pour Philon, le Logos étaient uniquement la sagesse divine, le pouvoir rationnel producteur de l’Être suprême. En d’autres termes, le Logos était l’Intelligence de Dieu.

D’autre part, le Logos n’était pas la nature absolue de Dieu et il n’était pas la substance de la divinité. C’était plutôt un attribut de sa nature. C’était la raison provenant de Dieu comme une émanation. Il était considéré comme étant « la raison émise par la Parole ». Ainsi, nous constatons encore une fois d’après ceci que le Logos revêt la signification de la Parole, c’est-à-dire la volonté exprimée ou « l’expression parlée » de Dieu. Le Logos ou la Parole, était considéré par Philon comme habitant le monde. Dieu n’était pas immanent dans le monde. Il le transcendait, mais le Logos, sa parole, descendait dans le monde sensible comme un médiateur entre Dieu et l’homme.

En résumé de ce chapitre sur la Parole, je peux dire que la plupart des hommes ont cru qu’un désir ou un souhait n’a aucune efficacité sans qu’il soit rendu vocal. Ils concevaient qu’une pensée en elle-même n’est pas suffisante si elle n’est pas accompagnée par quelque agent actif comme le mot prononcé. Par conséquent, ils ont attribué aux forces cosmiques naturelles, aux lois physiques de l’univers, une Parole qui fut prononcée comme leur source, qui continue à se répercuter à travers l’univers et qu’il n’est plus possible de saisir, du moins dans sa totalité.

4    PRATIQUE DES MANTRAS

Pour plus de clarté concernant les syllabes et les paroles mystiques, il me faut classifier certains termes, le mot mantra sera utilisé comme terme général indiquant toutes les syllabes et les paroles employées à des fins mystiques et psychiques. Les mantras peuvent être fondamentalement classifiés en trois catégories: les intonations, la musique, et les incantations. Dans mon écrit, il faut comprendre que le mantra se rapporte aux sons vocaux produits par les êtres humains sous forme de voyelles, de syllabes, de mots et de formules. Le son vocal peut ou non être accompagné d’instruments de musique.

Les mantras, comme langage, sont essentiellement des sons vocaux plutôt que des lettres écrites ou des images. En prenant RA (principe masculin, MA, étant le féminin), le mantra consiste dans les sons R et A qui sont produits par les cordes vocales et la bouche. C’est ce son qui est l’élément de base. Les lettres écrites peuvent être considérées comme des symboles, mais ce sont des symboles secondaires dépendant de la fonction et de la signification du son. Les mantras doivent être davantage que de simples affirmations utilisées pour suggérer  des idées et des émotions au subconscient. Elles ont une structure, une fonction et une signification qui va au-delà des simples affirmations. Ce ne sont pas simplement des devises devant être répétées mécaniquement ou qui sont sensées avoir un effet automatique. Il faut que vous preniez conscience que le but des mantras n’est pas de produire une transe ou un état hypnotique chez l’individu. Ils sont destinés à favoriser l’harmonisation psychique et à affecter certains aspects de la nature physique et psychique de l’homme et de son environnement. Le sens des mantras est projeté de la conscience à la forme qu’elle assume. La forme (le mot, par exemple) est simplement l’aspect objectif, jusqu’à ce que le sens lui soit associé et soit projeté en elle. Prenons l’exemple de la croix chrétienne. Nous apprenons le sens de la croix et nous projetons ce sens sur la croix. La croix chrétienne est sacrée uniquement parce que nous projetons vers elle nos émotions et nos idées issues de notre foi et de notre culture religieuse. La projection de la pensée et des émotions est objective et est considérée comme appartenant à la forme. Vous devez sentir que le sens et la forme sont une unité complète, et ils le sont dans la conscience. En d’autres termes, la forme, l’aspect objectif, devient le véhicule de l’idée et de l’émotion. En utilisant ou en méditant le symbole ou le mantra, l’étudiant en assume le sens. Il devient partie de sa conscience et de son expérience, au point qu’il est le sens, par assomption (lat. adsumere, prendre avec soi, prendre en charge) de ce sens. Ainsi, quand nous entrons un lieu de culte, nous projetons le sens du sacré sur lui, mais nous recevons en retour ce sentiment du lieu même. Par conséquent, il s’établit une interaction constante. C’est pourquoi le mantra, en tant que symbole est maintenu vivant dans la conscience. Pendant ce processus de nous aspects surgissent et sont rendus conscients et ceci devient une partie fondamentale du développement mystique.

Quand un mantra est utilisé correctement sur tous les plans, la force vibratoire et le sens sont associés dans la conscience et le sens est projeté dans la forme. Dans la méditation, le sens ou la signification est assumé et il affecte la compréhension, rendant ainsi le mantra plus efficace. Mais la forme et le sens, l’effet vibratoire et la signification symbolique, ne sont qu’une unité composée d’éléments qui sont inséparables et qui s’influencent l’un et l’autre.

Le mantra, comme l’expérience rituelle et psychique n’est pas une fin en soi. C’est un moyen et une aide, un instrument permettant d’atteindre certains effets primitivement psychiques et mystiques. Quand malheureusement, un mantra devient une fin en soi ou quand il est utilisé automatiquement, comme un déclic, il est alors utilisé essentiellement pour des fins et des effets magiques, superstitieux ou semi hypnotiques. Ceci constitue une dégradation de sa vraie nature et de son véritable objectif.

APPLICATION DES MANTRAS AUX ÇAKRAS

Dans une autre vie, j’avais fait, sur ce site, un écrit sur les 7 cakras majeurs et leur symbiose avec les sept glandes endocrines : Centre coronal et glande pinéale ou épiphyse — centre frontal et glande pituitaire ou hypophyse — centre laryngé et glande tyroïde — centre cardiaque et thymus — centre solaire et glande pancréatique — centre sacré et gonades — centre coccygien et surrénales.

Je vous propose ci-dessus quelques éléments de réflexion et d’application sur quatre associations glande/mantras :

Pinéale : Cette glande se situe au centre du cerveau. Elle est très petite, pas plus grosse qu’un grain de blé. Elle prend naissance par un diverticule, c’est-à-dire par la formation d’une sorte de poche; par la suite, la cavité de cette poche disparaît et, à sa place, se développe la glande composée d’un amas compact de cellules. La glande pinéale est considérée comme une sorte de pont entre les plans supérieurs de conscience et le plan de conscience objectif. La tradition rapporte que la glande pinéale est un vestige du Troisième Œil. Le philosophe Descartes déclarait que la glande pinéale était le siège de l’âme. — Voyelle: Pour la méditation et la réception d’impressions cosmiques (c’est-à-dire pour les influx de connaissance utile), je vous suggère d’utiliser le son de voyelle MEH, en conjonction avec la pinéale. La note pour entonner MEH est le Do central du clavier. Physiquement, cette intonation affecte, la circulation du sang quand il traverse les poumons et est polarisé par une charge du Noùs. MEH tonifie aussi les centres psychiques de l’organisme humain.

Pituitaire : Cette glande a environ la taille d’un petit pois et se situe à la base du cerveau, derrière la racine du nez, au creux d’une coupelle osseuse appelée la selle turcique. Sur le plan physique, la glande pituitaire a de nombreuses fonctions importantes. La pituitaire est considérée comme la glande principale du système endocrinien. Elle contrôle aussi la périodicité du sommeil. La glande pituitaire est souvent appelée le cerveau somatique car elle semble être le centre de l’action du subconscient.  — Voyelle: Le son de la voyelle OM (ou AUM) doit être utilisé en conjonction avec la glande pituitaire. Il est particulièrement efficace pour harmoniser les centres psychiques. Ce son de voyelle est entonné sur le Ré au-dessus du Do central. Si vous souhaitez suggérer à votre subconscient quelque chose à apprendre ou à vous remémorer, c’est un son très utile. Il doit être aussi employé pour se rappeler les impressions psychiques qui sont enregistrées dans le subconscient.

Thyroïde : Cette glande est située juste en dessous du larynx. Elle se compose de deux lobes placés de chaque côté de l’œsophage et reliés par un pont juste au-dessous de la pomme d’Adam ; la thyroïde a une grande force de contrôle sur la croissance et l’énergie de soutien du corps humain. Les sécrétions thyroïdiennes contrôlent le rythme de la vie. L’intensité et la capacité vitale sont plus grandes quand la thyroïde est active. La thyroïde est l’organe de l’émotion. Elle peut être utilisée pour calmer ou exciter les émotions. — Voyelle: Le son de voyelle THO, qui stimule la thyroïde, doit être utilisé en relation avec cette glande. Elle est entonnée sur le Fa dièse au-dessus du Do central. THO contrôle et soutient le développement physique et a un effet sur l’étude. Le son doit être utilisé en conjonction avec un programme d’étude ; ou quand on désire améliorer la mémoire. THO est aussi efficace dans l’échange entre les impressions objectives et subjectives. C’est pourquoi son intonation est particulièrement utile en association avec la méditation. THO doit être prononcé ZO avec la langue entre les dents.

Surrénales : Les surrénales sont au nombre de deux. Ce sont des glandes ressemblant à un bicorne. Elles sont situées juste au-dessus des reins et sont à peu près aussi grosses que le bout du doigt. Les sécrétions des surrénales apportent de l’énergie aux muscles du corps et, en particulier, aux muscles du système circulatoire et des voies digestives. Les surrénales sont les « glandes du combat ». Elles se sont développées dès l’époque de «fuite ou combat» de l’homme primitif, mais leur agressivité peut être utilisée pour accomplir des actes positifs et constructifs. — Voyelle : Le son de voyelle KHÉÏ est associé aux glandes surrénales. On l’entonne sur la note Mi au-dessus du Do central. Il augmente la sécrétion d’adrénaline des glandes surrénales et aide ainsi à une plus puissante manifestation des impulsions cosmiques. Cette combinaison est particulièrement utile quand nous sentons que nous avons besoin de courage et de force morale pour affronter une crise.

5    CONCLUSION

Vous pouvez vous demander : comment tout ceci s’accomplit-il ? L’effet des vibrations des mantras est triple. Tout d’abord, les vibrations affectent d’autres vibrations à la fois physiques et psychiques : autrement dit, quelles que soient les fréquences de vibrations, la pensée, par la concentration, la visualisation, etc… affecte les vibrations extérieures. Les vibrations personnelles de ceux qui entonnent ou utilisent les mantras affectent le mantra tout autant que les vibrations environnantes. Les vibrations du mantra sont modifiées par son utilisation dans le temple, par exemple ou tout lieu consacré de plein air. Elles sont modifiées par l’état de pensée et de santé individuel, par l’aura et chose de cet ordre.

«Les hommes d’expérience savent qu’une chose est, mais ils ignorent le pourquoi (dioti), tandis que les maîtres en art connaissent le pourquoi et la cause» ARISTOTE, Métaphysique, A, 1, 981 à 27



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