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Patagonie : Disparition des Indiens de la Terre de Feu

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Si la Patagonie, Terre de feu du bout du monde est l’un des sites les plus beaux du monde dans les cercles polaires avec ses îles et ses fjords, elle a aussi été le théâtre de la disparition des Indiens autochtones suite à l’arrivée des « Blancs ».  

indiens patagonieMa mère avait été victime et le témoin d’un des grands génocides de l’histoire moderne. Des propriétaires qui sont aujourd’hui vénérés comme des paladins du progrès à Santiago ou à Buenos Aires ont pratiqué la chasse à l’Indien, payant dix onces d’argent par paire d’oreilles, puis par testicules, par seins et enfin par tête de Yagan, d’Ona, de Patagon ou d’Alacalufe qu’on leur apportait dans leurs estancias.

Les Indiens du bout du monde en Patagonie

Dans le monde du bout du monde, l’écrivain chilien Luis Sepulveda évoque la fin des premiers habitants de Patagonie (1).

Avant l’arrivée des Blancs (Magellan et la suite), plusieurs peuples Indiens s’éparpillaient sur ces immenses territoires, de part et d’autres des Andes, dans les forêts moussues et brumeuses et dans les innombrables îles qui parsèment la côte sud-ouest du Chili actuel. Il y avait les Tehuelches que Magellan nomma « Patagons ». Selon Pigafetta qui relate le voyage de Magellan autour du monde (2), ils étaient beaucoup plus grands que les ibériques de l’époque : Il était si grand que le plus grand de nous ne lui venait qu’à la ceinture. Magellan en captura quatre qu’il voulut amener en Espagne : La façon dont il les retint fut qu’il leur donna beaucoup de couteaux, des ciseaux, miroirs, sonnettes et de la verrerie (…). Alors le Capitaine fit apporter des fers qu’on met aux pieds des malfaiteurs.

Mere et fille Ona terre de feu

Mère et fille Ona. Photo Museo de la Tierra de fuego.

En Terre de feu vivaient les Selk’nams, aussi appelés Onas, qui détestaient l’eau, et les Haush. Les Yagans et les Alakufs se répartissaient dans les fjords et canaux au sud de l’archipel des Chonos, éponyme pour le peuple Chonos.

Plus au nord, commence le territoire des Mapuches qui ont résisté aux Incas, aux conquistadors espagnols et aux Chiliens. De nos jours, ils luttent toujours pour leurs droits.

Tous ces Indiens, sauf les Mapuches, ont été exterminés.

On ne sait pas grand-chose sur eux. Venant d’Asie, sans doute ont-ils traversé le détroit de Béring il y a quelque 10’000 ans. Mais on ne sait pas pourquoi ils ont migré vers le sud et se sont installés dans des terres et des îles froides ou très froides, pluvieuses, sempiternellement humides, nimbées de rochers luisants sur lesquels s’agrippent des coquillages et des moules, et visitées par des baleines et des phoques.

Terre de feu carte

1/ Mapuche, 2/Puelche, 3a 3b 4 et 5/ Tehuelche, 6 Ona, 7 Haush, 8 Yanama ou Yagan, 9 Alakuf et Ona.

http://www.andaman.org/BOOK/chapter54/text-Fuego/Language…

 Modes de vie des indiens nomades de Patagonie

Nomades, ils se déplaçaient sans cesse en famille. La collecte des moules étaient du ressort des femmes, la chasse celui des hommes. Les femmes plongeaient nues dans les eaux glacées, plusieurs heures pour récolter des moules. Au fil du temps, des amoncellements de coquilles vides se sont accumulées, voire fossilisées, et les archéologues se régalent de ces vestiges qui en disent long (mais peu) sur les coutumes de ces Indiens.

L’été, ils étaient nus. L’hiver, ils s’enduisaient de graisse de mammifères leur offrant ainsi une protection maximum contre le froid, l’humidité et la vermine. Ils puaient. Les femmes pouvaient refuser les avances des hommes et les enfants semblaient appartenir à tout le monde. On a également dit qu’ils ignoraient le vertige.

Nus et puants, ils déambulaient, donc. Trois caractéristiques synonymes pour les Blancs de peuples arriérés et de peu d’importance. En plus, ils parlaient des langues inconnues et totalement incompréhensibles, notamment le kaweskar et le yamana qui sont considérés comme des isolats linguistiques comme le basque. Un anthropologue américain, Thomas Bridge, a établi un dictionnaire de la langue yamana contenant 32’000 mots, soit autant que le français.

Relations  avec les Blancs et disparition des Indiens

Les Onas, les Yagans et les autres vivaient en petit nombre dans des terres isolées et austères ou dans les myriades d’îles situées au bout du continent sud-américain. Leur isolement a causé leur perte.

Les relations avec les Blancs n’ont jamais été bonnes. Ils furent physiquement éliminés là où ils gênaient les intérêts coloniaux et économiques. En brûlant des milliers d’hectares de forêts, ils [ les propriétaires terriens] les avaient déjà condamnés à disparaître, mais non, ça ne leur suffisait pas. Il fallait les exterminer un par un. Vous avez déjà entendu parler du tir au pigeon gelé ? C’était ça leur sport, aux Mac Iver, aux Olavarria, aux Beauchef, aux Brautigam, aux Von Flack, aux Spencer, et il consistait à faire monter une famille entière d’Indiens sur un morceau de glace flottante, sur un iceberg. Alors venaient les coups de fusil, d’abord aux jambes, ensuite aux bras, et ils échangeaient des paris sur le dernier à se noyer ou à mourir de froid.(3)

Ces propriétaires terriens provenaient des quatre coins de l’Europe : Ecosse, France, Espagne et Pays basque, Allemagne, France, Angleterre. Mais aussi de Roumanie.

Le Roumain, Julio Popper, monta en 1885 une expédition pour découvrir de l’or en Patagonie argentine. Il en découvrit tellement dans la région d’El Parano qu’il s’instaura roi de la région, élimina tous ses ennemis grâce à une mini-armée de destruction massive, fonda sa compagnie, fit fortune, balisa son nouveau territoire avec monnaie et timbres et se mit à massacrer tous les chercheurs d’or indépendants et surtout tous les derniers Indiens Onas. En 1887, il en massacra 27 sur une plage.

Chasse aux Onas

Chasse aux Onas, photographié par un des membres de l’expédition de Julio Popper.

Les maladies, l’alcool et l’acculturation forcée firent le reste. L’île Dawson, au sud du Chili, fut utilisée comme camp de concentration pour les Onas à la fin du XIXème siècle, déportés de la Terre de Feu. En 1890, le gouvernement chilien accorda une concession de vingt ans aux missionnaires salésiens pour les « éduquer et évangéliser » les Onas qui avaient échappé aux massacres. Les missionnaires salésiens voulurent leur porter secours. Raté. En les habillant à la mode occidentale et en les lavant, ils moururent comme des mouches. La mission de l’île de Dawson ferma en 1939, juste après la mort du dernier Onas sur l’île, Lola, sur la tombe de laquelle Jean Raspail voulut retourner dans les années cinquante, mais une route avait effacé les dernières traces de la sépulture.

Au vu de l’histoire sanglante de l’occident sur les peuples « primitifs », on peut certes penser que la disparition de ces Indiens était inéluctable. En fait, non. Déjà au XVIème siècle, le dominicain Las Casas dénonçait la façon dont ils étaient massacrés. D’autres suivirent, notamment D’Urville, Byron et Bougainville et un scientifique un peu fourre-tout du nom de Lucas Briges qui devint l’ami des derniers Onas. Lucas Briges avait l’humour anglais.

Ainsi.

Un des onas s’absentait fréquemment sur l’île de Picton. Lors d’une de ses absences, sa femme mit au monde un enfant à la peau claire, aux cheveux blonds et aux yeux bleus [Lucas Briges avait les yeux marrons]. L’Indien revint de l’île et un ou deux jours après son retour, il me rendit visite et me demanda une savonnette. Il m’expliqua de bonne foi que pendant son absence sa femme avait accouché d’un enfant brun comme tous les enfants onas, mais à la vue de son père, sa peau et ses cheveux avaient extraordinairement éclairci. A ses questions, sa femme attribua ce prodige à la savonnette que ma sœur lui avait donnée. Elle lui dit qu’un peu de savon était entré dans les yeux du bébé, lesquels étaient immédiatement devenus bleus comme ciel. Le père, tout fier, et impressionné par cette merveille était alors venu demander une autre savonnette.

La dernière représentante du peuple Ona et de sang Ona, Angela Loij, est morte le 28 mai 1974.

Angela Loij Ona terre de feu

Angela Loij, un an avant son décès.

1/ Le monde du bout du monde, Luis Sepulveda. Métailié. 2012.

2/ Magellan : le premier tour du monde. Récit par Pigafetta. Tallandier.

3/ L. Sepulveda, déjà cité.

Damien Personnaz

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