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Expatriation en Roumanie ; une véritable aventure humaine

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Nous sommes deux Français, Annie et Jean-Marie, 51 et 55 ans, venus des Bouches du Rhône mais d’origine bretonne pour lui et catalane pour elle (aïe le mélange…explosif 🙂 !), nous nous sommes rencontrés (sur le net…et oui…) en 2001, mariés en 2003, et sommes partis l’été 2003 en “voyage de noces”, guidés par une envie commune de découvrir un peu l’Europe centrale et ses habitants..

 

Départ donc pour 15 jours de périple, un peu au hasard, avec l’idée de nous arrêter un peu plus là où nous nous sentirions bien…

Traversée de l’Italie sans escale, première nuit en Slovénie, paysages, jardins et maisons proprets, tirés au cordeau, tout est calme et “tip top”, on dirait la Suisse au bord de la mer!

Le lendemain, direction la Croatie et la côte dalmate où nous resterons parfois muets devant une telle beauté de la mer et des îles…nous trouvons une chambre dans un petit hôtel sur une île au nom imprononçable, KRK…….mais les hordes de touristes (allemands principalement) et les prix nous poussent à reprendre la route dès le lendemain, vers le nord et donc la Hongrie…

La traversée du nord de la Croatie nous laissera souvent songeurs, les villages portent encore de nombreux stigmates de la guerre, maisons criblées d’impacts de balles, incendiées, abandonnées…mais la campagne croate est belle et les gens chaleureux…nous dormons le soir à Varazdin, tout près de la frontière hongroise..

Le soir, JM est malade comme un chien, gastro et nuit agitée…c’est moi qui prends donc le volant le lendemain, et en route pour le renommé lac Balaton!

Et bien bof, le lac est beau mais sans plus, et ses abords sont envahis de “baraques à touristes”, bungalows, campings, etc…pas notre truc…d’autant que JM est toujours malade et que les premiers contacts avec les Hongrois nous ont laissés un goût un peu amer…personne ne semble parler, ou vouloir parle, autre chose que hongrois ou allemand, et les regards qu’on nous lance ne semblent pas vraiment amicaux…nous resterons toutefois 3 jours dans l’un de ces bungalows, le temps que JM se remette…pas terrible ce début!

On nous apprend par la suite que nombre de Hongrois n’adorent pas les Français, et ce depuis….Clémenceau et le Traîté de Versailles! (y en a qui ont la rancune tenace…mais bon quand on sait qu’ils y ont laissé 60% de leur territoire, on comprend un peu…)

Dès que JM se sent mieux, nous reprenons la route, direction la Roumanie, avec un crochet toutefois par Tokaj, pour déguster “le vin des rois”…..

En route vers les Carpates et le pays de Dracula, la tête évidemment farcie de clichés et d’idées toutes faites et qui se révèleront toutes fausses!

Arrivés à la douane roumaine, première surprise, la dame qui s’occupe du change, dans une petite cabane juste avant la douane, a vu nos plaques et salue mon mari d’un cordial “Bonjour Monsieur”, qui nous met du baume au cœur!

Au passage de la douane, deuxième surprise, le douanier préposé aux marchandises, qui a la tête de Seguin (pas celui de la chèvre, celui qui vient de décéder…), s’accoude à notre portière en souriant et nous demande, en français: “première visite en Roumanie?”

S’ensuit un panégyrique complet de son pays, de ses régions, de son histoire, de ses grands hommes,

10 bonnes minutes pendant lesquelles la file de véhicules s’allongent derrière nous, mais personne et pour cause n’ose klaxonner!

Des douaniers comme celui là, on en redemande à toutes les frontières!

Inutile de vous dire que ce premier contact avec les Roumains nous a ravis!

Bref, nous traversons Oradea, belle ville où se côtoient de beaux palais à l’architecture baroque, de nombreux HLM tristounets style communiste, d’énormes usines abandonnées, et des basiliques et cathédrales en construction à tous les carrefours….les échafaudages dressés pour les construire nous font un peu frémir…des troncs à peine équarris et liés entre eux avec des clous et de la corde…..impressionnant!

Nous filons vers le sud est, car nous avons repéré dans le “routard” une petite zone de montagnes, dans les Monts Apuseni, avec de belles balades à faire et plusieurs lieux à visiter, grottes, musée, églises en bois, etc…ainsi que dans la même zone, un village avec des chambres d’hôtes, ce qui correspond mieux à notre attente que les hôtels, puisque nous aimerions aller à la rencontre des habitants…

Nous traversons de nombreux villages étirés le long de la route, avec parfois le sentiment d’avoir remonté le temps, à la vue des charrettes à cheval, des roulottes tziganes comme les chariots de la ruée vers l’or, des vieux qui prennent le frais au seuil des portes…nous pensions naïvement débarquer dans un pays slave, presque russe, et nous voilà quasiment dans le sud de l’Italie, mais au 19e siècle…..partout des gosses dépenaillés qui courent parmi les chiens errants, les poules, les vaches, les chevaux, le linge étendu sur les clôtures (on dirait le sud…oui nino…). La pauvreté saute aux yeux, mais aussi une certaine joie de vivre, et partout des gens nous saluent de la main au passage…Nous commençons déjà à aimer ce pays…D’ailleurs la façon de conduire des Roumains nous rappelle aussi l’Italie, mais en largement pire!

Passé Beius, nous tournons en direction de Padis, Chiscau, Pietroasa…Au carrefour suivant, pas d’indications…gauche, droite? Allez au pif, nous prenons à gauche…et arrivons à Pietroasa, petit village niché au fond de la vallée, le long de la rivière.

Il est 20H, pas de chambres d’hôtes en vue, pas d’auberge, d’hôtel, rien qui y ressemble, et notre vocabulaire roumain se réduit à “buna ziua”…donc debriefing à deux…

Au pire, décidons nous, nous passerons la nuit dans la voiture, c’est l’été et rien ne nous en empêche..;

Nous décidons de poursuivre en direction de la montagne, et empruntons une petite route (pas carrossable mais presque…), parce que nous avons vu de joyeuses bandes de jeunes et de moins jeunes en redescendre à pied, et que ceux là doivent bien venir de quelque point de chute plus haut, espérons le en tout cas!

Quelques km plus loin, une pancarte nous indique:”Cabana Sibisel”

Banco, nous pensons qu’il s’agit sûrement d’un refuge, d’un gîte, ou de quelque chose de similaire, et nous voilà repartis..

Après 15 bons km de “tape-cul” (et là vive le 4×4, pour une fois!) le long de la rivière, et en traversant une magnifique forêt, nous débouchons dans une petite clairière au milieu de laquelle est planté un énorme et beau chalet de bois au toit de zinc.

Des gens mangent au bord de la rivière, et nous leur demandons par gestes s’il est possible de dormir et de manger ici

On nous répond “da,da”, et le propriétaire des lieux nous installe dans une jolie chambrette toute en bois, puis nous prépare une “ciorba” avec du poulet qui nous met en joie…surtout après quelques verres de “tsuica”….la conversation est réduite, le patron ne parle pas français ni anglais ni espagnol, seules langues que nous maîtrisons à peu près, mais la soirée est sympathique, l’ambiance chaleureuse et le décor des montagnes autour fabuleux

Une bonne nuit de sommeil là dessus, décidément ce pays nous séduit…

Le lendemain, le gendre du patron débarque, et lui parle un français parfait, il a fait des études d’horticulture…à Toulouse!

Il nous emmène voir le plateau de Padis, à environ 1500 m d’altitude, et nous découvrons un immense plateau vallonné et sillonné de petits ruisseaux, couvert de forêts et de prés, ou gambadent en semi liberté vaches, buffles et chevaux…une merveille!

La soirée se passera, de retour à la cabana, à parler de la Roumanie, de la vie sous le communisme et depuis la révolution, de la vie ici, à la campagne et à la montagne….et incidemment des maisons à vendre et de leur prix, car une petite idée commence à nous trotter par la tête…

Nous repartons le 3eme jour, sans avoir pu, malgré nos protestations véhémentes, payer quoi que ce soit, mais après avoir fait la promesse à Cristian, notre nouvel ami, de repasser par là avant de rentrer en France…Voilà comment on se fait « kidnapper » à l’amitié…

Nous partons du côté de Sibiu, Sighisoara, Turda, mais le temps passe vite et c’est bientôt le moment de rentrer…

Bien sûr pendant le reste de notre périple nous avons vu des paysages superbes, rencontrés des gens fort sympathiques, visités des lieux pittoresques, mais nous savons JM et moi qu’un bout de notre cœur est déjà resté planté dans ce petit coin de Roumanie qui s’appelle Pietroasa, et nous tenons notre promesse…

Nous retrouvons donc Cristian avec grand plaisir, et affinons l’idée qui nous est venue, soit envisager d’acheter une maison ici, dans le village, une maison à rénover, car JM est artisan, et possède des mains d’or et, comme lui disent à présent nos voisins, un cerveau “electronic”…passer nos futures vacances ici nous enchante d’avance…nous reviendrons donc l’été prochain voir si nous pouvons trouver notre bonheur…

2004, retour à Pietroasa donc, et visite de tous les villages alentours pour trouver une maison…trop petit, trop grand, trop cher, trop délabré, trop isolé, nos critères ne sont pas vraiment difficiles mais nous commençons quand même à désespérer…nous avons emmené mes parents avec nous, certains que ce pays les ravirait également, surtout ma mère, et c’est le cas!

C’est elle d’ailleurs qui, en discutant avec un géomètre occupé à mesurer un terrain près de la “cabana”,  nous apprend qu’il existe une maison à vendre qui pourrait correspondre à notre attente…..à Pietroasa même!

Nous la visitons le jour même, et quand nos regards se croisent, nous savons JM et moi que c’est là, dans cette petite maison de village de deux pièces, au bleu délavé, à la grange ornée d’un portail de bois sculpté multicolore, au jardin où se dresse un superbe noyer, c’est là que nous allons construire notre futur lieu de vacances….il y a de belles possibilités d’extension, la rue est calme, nous sommes au centre du village mais dans une impasse….et le prix annoncé achève de nous convaincre….nous sommes là depuis 10 jours, et là, en 4 jours, nous avons vu le propriétaire, trouvé un accord, laissé une avance, contacté un notaire qui a dressé les actes, et acheté notre maison roumaine!!!

Nous avons aussi trouvé un maçon qui commencera les travaux d’extension pendant notre absence, et nous rentrons en France la tête pleine de projets, de plans, qui vont nous occuper pendant……3 ans……….!

En effet, l’entreprise de JM se met à battre de l’aile, nous nous battons comme des fous pour remonter la pente, mais déjà la crise  s’annonce, et c’est la liquidation en 2007….et donc jusque là impossible de prendre des vacances et de retourner voir notre maison…

Après la fermeture de l’entreprise, une autre idée commence à faire son chemin…en France JM ne retrouvera pas de boulot à son âge, mais avec un petit pécule, nous pourrions envisager de recommencer une autre vie ailleurs…les enfants sont grands et autonomes, nous n’avons pas vraiment d’attaches, à part la famille, pourquoi ne pas tenter quelque chose en Roumanie, qui est un pays en plein développement?

8 mois de réflexion plus tard, nous vendons notre maison; remplissons un 32 tonnes de toutes sortes de choses, en plus de nos meubles, objets personnels et outillage (JM est « assez » équipé…) nous avons battu le rappel de nos connaissances, familles et amis pour récolter vêtements, livres, jouets, vélos, et tout ce qui pourra être distribué autour de nous, voire servir de remerciements pour des services rendus…nous achetons aussi une vieille caravane pour y vivre le temps des travaux, affirmons à nos proches qu’en avion ce n’est pas si loin pour venir nous voir, et vogue la galère, nous voilà partis pour l’inconnu ou presque!

Arrivés donc en juillet 2008, les travaux étaient loin d’être terminés, nous avons vécu dans la caravane pendant 3 mois tout d’abord, puis la maison ayant enfin portes, fenêtres et isolation, nous avons campé à l’intérieur, au milieu des sacs de ciment, de plâtre, des gravats et autres joyeusetés, en bossant comme des malades pour tacher d’avoir un tout petit peu de confort avant l’hiver… !

Et depuis 18 mois, nous tâchons d’améliorer progressivement notre habitat, de nous installer dans la maison et dans la vie du village, tout en mettant progressivement au point nos chambres et table d’hôtes..

Concernant celles ci, l’idée s’est imposée d’elle même, la région que nous habitons ayant une vocation et un potentiel touristique intéressants, JM sachant tout faire de ses mains, et moi étant cuisinière de métier…cela nous permettrait de mettre un peu de slanina dans les varza, (lard dans les choux)ou de beurre dans les épinards, tout en restant chez nous et en faisant ce que nous aimons par dessus tout, recevoir, faire de nouvelles connaissances, gâter nos invités, et surtout leur faire découvrir et comprendre les Roumains et la Roumanie…tout au moins ce que nous en savons jusqu’ici !

Notre intégration est parfaite, nous avons été accueillis ici comme des amis, nos voisins sont adorables bien que parfois un peu envahissants, et nous essayons à la fois de rendre service et de voir ce que nous pourrions faire pour nous intégrer davantage à la vie de la commune

Je me débrouille assez bien avec le roumain à présent, JM a plus de mal mais ça vient, et plusieurs projets se dessinent, un jumelage, des échanges avec la France, une « kermesse » des écoles, des actions auprès d’un orphelinat du coin, bref, l’immobilisme ne nous guette pas, mais avec une sérénité que nous étions loin d’avoir en France…

Voilà, je pense avoir dit l’essentiel, mais si vous avez des questions, je me ferai un plaisir d’y répondre…

Cordialement

Pe curând

Annie



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