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Le grand tour des Annapurnas au Népal : un trekking inoubliable

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J’ai consacré mon premier séjour au Népal à un circuit des plus classiques : le grand tour des Annapurnas. Ce trek, d’une durée de dix-neuf jours ce qui est tout de même assez long, consiste à faire le tour d’un massif comprenant notamment l’Annapurna I (8091 m, gravi par les Français en 1950), ainsi que d’autre sommets annexes portant également le nom d’Annapurna : Annapurna II (7 937 m), Annapurna III (7 555 m), etc.

L’altitude de la randonnée est toujours assez basse excepté un unique col à 5400 m (le Thorong-La). Les sentiers sont en outre très bien aménagés et le secteur est assez peuplé (on traverse de nombreux villages).

Le trek comprend grosso modo deux parties : tout d’abord la vallée de la rivière Marsyandi que l’on remonte jusqu’au col, passant entre les massifs de l’Annapurna et du Manaslu (8163 m). Après le col, on redescend par une autre vallée, celle de la rivière Kali Gandaki (un affluent du Gange), la plus profonde vallée du monde puisqu’elle passe à 1500 m d’altitude seulement entre deux 8000, l’Annapurna et le Dhaulagiri (8167 m) distants seulement de 35 km. Le trek se termine par un col secondaire (Deorali) à 3100 m avant de rejoindre Pokhara, la seconde ville du Népal (827 m seulement). On rencontre deux types de paysages radicalement différents pendant ce trek.

Au début et à la fin du parcours (région de Pokhara au sud du massif), la région est arrosée par la mousson estivale : le paysage est donc très verdoyant, avec une forêt dense à basse altitude et des conifères à partir de 3000 m. À partir du village de Manang et de part de d’autre du Thorong-La, c’est-à-dire au nord du massif, la mousson a a contrario beaucoup moins d’influence car est (en principe) arrêtée par les sommets de l’Annapurna. Il n’y a plus d’arbres et le paysage est beaucoup plus aride, un peu dans le genre du sud marocain. Ces deux zones correspondent par ailleurs à deux bassins religieux différents : hindouiste au sud (de loin la première religion du Népal), bouddhiste au nord.

Nous nous sommes rendus au Népal par la compagnie nationale Royal Nepal (avec une escale à Dubaï). Nous n’avons pas séjourné à Katmandou, nous sommes immédiatement partis en car pour la région de Pokhara. Nous avons emprunté une route asphaltée comme il en existe peu au Népal, pays où la marche à pied reste le seul moyen de transport disponible dans de nombreuses régions. Cette route traverse ce qu’on appelle les collines, la zone intermédiaire entre le Teraï (la portion népalaise de la plaine des Indes) et le massif de l’Himalaya proprement dit, zone qui abrite la plus grosse partie de la population népalaise et dont les sommets ne dépassent presque jamais 2000 m même si l’escarpement des pentes est digne des Alpes. Voici une photo d’un village (Mugling) dans lequel nous nous sommes arrêtés pour déjeuner. L’altitude n’est que de quelques centaines de mètres et la végétation est de type tropical.

Arrêt dans le village de Mugling, le 9 octobre 1998

Notre trek démarrait dans le village de Rupakot. Nous commencions en effet, avant de rejoindre la vallée de la Marsyandi, par quelques jours de marche dans les rizières, une spécialité Terdav que j’ai bien aimée (ça change des déserts et des montagnes enneigées vers lesquels je me tourne habituellement). À Rupakot nous attendait notre équipe de porteurs, pour le moins conséquente : trente porteurs, un cuisinier et cinq aides-cuisiniers, cinq sherpas (chargés de nous aider dans notre marche), et un sirdar (le chef de l’expédition) : tout cela pour seulement quinze touristes et une accompagnatrice française ! Il n’y a que lors de mon voyage au Pakistan en 1999 que j’aurai vu une équipe encore plus conséquente. Les porteurs népalais adoptent une technique de portage par lanière frontale qui leur est propre, et qui leur permet de transporter des charges absolument inimaginables (40 kilos facilement lorsqu’ils travaillent pour les touristes, et parfois pas loin d’un quintal lorsqu’ils travaillent pour leur propre compte !)

Départ de notre expédition dans le village de Rupakot (9 octobre 1998)

Nous avons passé la première nuit au bord d’un lac (le lac de Begnas Tal), situé face au massif de l’Annapurna mais la vue était bouchée. Le lendemain, nous avons progressé au milieu des rizières sous une chaleur humide que certaines personnes trouvaient difficile à supporter. Après le franchissement d’un petit col à 900 m, voici notre premier pont himalayen, sur la rivière Madi Khola. Nous sommes ici au point le plus bas de tout le trek, à seulement 450 m d’altitude.

Franchissement de la rivière Madi Khola, le 10 octobre 1998

Ce pont là ne secouait pas trop car il était récent et construit en métal ; les ponts traditionnels en lianes sont en général beaucoup plus impressionnants !

Voici un aperçu du paysage de rizières de la région, avec une petite pagode…

Paysage de rizières près de la Madi Khola, le 10 octobre 1998

Nous allions dès le lendemain quitter cette zone, pour monter à 1700 m d’altitude en l’espace de quelques heures : une montée rude pour un second jour de trek et par cette chaleur ! Toutes les pentes que nous traversons ont été aménagées en terrasses pour les cultures (du riz en-dessous de 1000 m, puis du millet). Les sentiers sont aussi très aménagés, avec souvent des escaliers en pierre, afin de rester praticables en période de mousson (puisqu’il n’existe aucun autre moyen de communication dans ces régions). La photo suivante a été prise au niveau du village de Nalma.

Cultures en terrasses au niveau de Nalma, le 11 octobre 1998

Notre camp du soir était situé sur les crêtes. Au petit matin, le ciel était entièrement dégagé, ce qui nous a permis, pour la première fois, de bénéficier d’un panorama sur les hautes montagnes environnantes : le massif de l’Annapurna au nord et celui du Manaslu à l’est. C’est d’ailleurs la seule fois où j’aurai pu apercevoir ce huit mille (la montagne pointue à gauche sur la photo). Voici donc deux photos du massif du Manaslu, prises au cours de notre redescente.

Les Manaslu, Pic 29 et Himal Chuli pendant la descente de Baglung Pani à Khudi Bazar, le 12 octobre 1998

Car nous sommes effectivement redescendus ce jour là jusqu’à 700 m, perdant du coup pratiquement tout le bénéfice de notre montée de la veille. Nous avons ainsi rejoint, à Khudi Bazar, le parcours « classique » du tour des Annapurnas et de ce fait la foule des touristes. Cette descente nous a également permis de connaître l’une des réjouissances propres au Népal, du moins en cette saison et à ces basses altitudes : les sangsues ! On ne se rend compte de rien, les annélides grimpent sur nos chaussures pendant qu’on marche et viennent se loger sous nos pantalons. Après pour les extirper il y a plusieurs techniques, de toutes façons si l’on ne fait rien elles finissent par se détacher d’elles-mêmes, ne laissant qu’une flaque de sang qui met beaucoup de temps à coaguler.

Nous avons campé un peu au-delà de Khudi Bazar. Les porteurs ont organisé une « fête » avec des danses : je n’aime pas beaucoup ça personnellement. Nous avons ensuite commencé à remonter la vallée de la rivière Marsyandi, par un tronçon qui est commun avec le tour du Manaslu. Cette partie du trek n’est pas celle que j’ai le mieux aimée, j’ai préféré la Kali Gandaki de l’autre côté. Voici ici le village de Bahundanda, sur un passage où nous avions (temporairement) quitté le fond de la vallée. Le sentier était tellement fréquenté que nous avions du mal à dépasser les caravanes de mules, ce qui du coup entravait notre rythme.

Le village de Bahundanda, le 13 octobre 1998

Au village de Tal situé une étape plus loin, nous changeons de région : quittons la zone hindoue pour la zone bouddhiste. On s’en rend compte aux nombreux stûpas et moulins à prière que l’on rencontre sur notre chemin, et qu’il faut toujours contourner par la gauche (pour ne pas froisser les populations locales). Les porteurs par contre sont souvent de religion hindoue et ne s’embarrassent pas à de telles considérations…

Moulin à prières dans les environs de Latamrang (15 octobre 1998)

Nous prenons peu à peu de l’altitude, le paysage change et devient alpin avec des forêts de conifères. Malheureusement la vallée est tellement encaissée qu’il est presque impossible d’apercevoir les sommets enneigés des environs. Venir au Népal et ne pas voir les montagnes, c’est un comble ! Pour couronner le tout, le temps se dégradera quand nous arriverons dans les environs de Manang, la où la vallée est plus ouverte.

Vue sur les contreforts de l’Annapurna II, dans les environs de Chame (16 octobre 1998)

On débouche sur les hauts plateaux au niveau du village de Pisang. Pour la première fois, et ce pour plusieurs jours consécutifs jusqu’au col, nous y avons dormi non pas sous tente, mais en lodge, ces sortes de gîtes aménagés par les Népalais pour les touristes et qu’on trouve en grande quantité le long des deux itinéraires les plus courus du pays, le tour des Annapurnas et la vallée du Khumbu. Le village de Pisang est situé au fond de la vallée, mais on trouve un autre village, plus ancien (et en partie abandonné), sur les hauteurs (à 3400 m d’altitude). Nous nous y sommes rendus dans seul le but de nous acclimater à l’altitude, car il ne fallait pas trop compter sur la vue ce jour là. Voici une vue du village sous la grisaille, on y reconnaît des murs de manis ainsi que des drapeaux à prières (dans l’ordre des couleurs : bleu blanc rouge vert jaune).

Le « vieux » Pisang, le 16 octobre 1998

Le « vieux » Pisang, le 16 octobre 1998

Près du village poussait certaine flore que les (nombreux) soixante-huitards du groupe se targuaient d’identifier sans erreur possible…

Le pluie s’est abattue sur la région pendant deux jours. C’est très dommage car c’eussent été parmi les journées les plus intéressantes du trek ! Nous nous sommes d’abord rendus à Manang, en passant par le fond de la vallée et non par le sentier d’altitude normalement emprunté par les touristes. Nous avons dû longer l’aéroport ce qui est assez long, puis nous sommes allés visiter un monastère à Braga. Le jour suivant, nous sommes restés au même endroit (Manang) pour nous acclimater à l’altitude. Nous avons effectué une montée sous la pluie sans aucun intérêt, en direction de la base d’un glacier au pied du Gangapurna. Manang dans Google Earth

Après le séjour à Manang nous attendait la principale « épreuve » du trek : le passage du plus haut col du circuit, le Thorong-La (5416 m d’altitude) : à l’époque je n’étais encore jamais monté si haut. Parvenir jusqu’en haut était impératif, faute de quoi on était condamné à quitter le groupe et à reparcourir la Marsyandi dans l’autre sens. Mais nos organisateurs ont tout fait pour que ce franchissement s’effectue sans encombre, en organisant une acclimatation progressive, avec deux étapes de deux heures à peine la veille et l’avant-veille, pour pas plus de 200 m de dénivelé en montée (cool les vacances au Népal !).

La météo s’est par chance rétablie pendant ces journées. Nous avons donc pu apercevoir, quoique depuis une distance plus grande et sous un angle moins favorable, le spectaculaire massif des Annapurnas II et III, avec ses chutes de séracs.

Le massif des Annapurnas II et III depuis les<br />
environs de Thorong Phedi, le 20 octobre 1998″ title=”Le massif des Annapurnas II et III depuis les environs de Thorong Phedi, le 20 octobre 1998″ src=”images/1998/Thorong_Phedi.jpg”/></p><p></noscript></p><p></p><div><div
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Le massif des Annapurnas II et III depuis les environs de Thorong Phedi, le 20 octobre 1998

Le passage du col proprement dit était quand même une étape un peu plus éprouvante : nous avons démarré de la lodge de Thorong Phedi à 4400 m, à 3 h du matin et à la frontale. L’étape comprenait 1000 m de montée en altitude, puis 1600 m de redescente jusqu’au village de Muktinath de l’autre côté (3800 m) La photo suivante a été prise pendant la montée. Contrairement à ce qu’elle semble indiquer, le col n’était pas recouvert de neige et le passage était de ce fait assez aisé.Le Thorong-La dans Google Earth

Passage du col Thorong La, le 21 octobre 1998

Franchissant le Thorong-La, nous pénétrions dans la région du Mustang inférieur, celle que j’ai préférée au cours de ce trek. Il s’agit d’un zone beaucoup plus aride car elle ne reçoit les pluies de mousson que de manière atténuée, en raison de la barrière naturelle formée par les massifs de l’Annapurna et du Dhaulagiri. Les paysages sont vraiment à couper le souffle d’autant que les sommets enneigés continuent dominer l’horizon. Et par chance, nous avons eu plutôt beau temps sur cette partie.

Descente du Thorong La, le 21 octobre 1998

Descente du Thorong La (vue sur le pic de Thorong), le 21 octobre 1998

Ce versant du col est sensiblement plus raide que l’autre : sa remontée constitue paraît-il une bonne bavante ! C’est la raison pour laquelle tout le monde effectue le trek dans le même sens…

Nous avons donc terminé la journée en redescendant jusqu’au village de Muktinath. Muktinath est un lieu sacré des bouddhistes et des hindous, comme l’indique le suffixe « nath » dans le nom (cf. les stûpas de Bodnath et Swayambunath à Kathmandou, par exemple). On y trouve un temple avec cette fontaine sacrée à l’intérieur. On trouve également à l’intérieur du temple une curiosité naturelle (que je n’ai pas osé prendre en photo), du gaz naturel enflammé qui sort de terre (il existe un endroit équivalent en Turquie).

Muktinath, le 22 octobre 1998

Muktinath, le 22 octobre 1998

Peu après Muktinath se trouve le village de Jarkhot. Les paysages y sont vraiment splendides. On descend progressivement vers la vallée de la Kali Gandaki (en bas sur la première photo), que nous atteindrons au village de Kagbeni un peu plus loin.

Jarkhot, le 22 octobre 1998

On trouve à Jarkhot un monastère bouddhiste que nous avons visité. Notre guide française nous a commenté cette fresque pendant un bon quart d’heure, il paraît qu’elle représente l’essence même de la religion bouddhiste (la « roue de la vie »).

Fresque du monastère de Jarkhot représentant la « roue de la vie », le 22 octobre 1998

Fresque du monastère de Jarkhot représentant la « roue de la vie », le 22 octobre 1998

Je ne capte pas grand chose aux religions personnellement, mais cette fresque me fait toujours penser au portail de l’abbaye Sainte Foy de Conques.

Le village de Kagbeni se situe dans le lit de la rivière Kali Gandaki (la « noire méandreuse »), à seulement 2800 m d’altitude : nous avons bien descendu depuis le Thorong La ! Ce village est assez célèbre, notamment en raison de son statut de « porte du Mustang ». La région du Haut-Mustang située en amont (en arrière-plan de la photo principale), jusqu’à la frontière chinoise (Tibet), possède en effet un statut à part au Népal (avec une capitale, Lo-Manthang, et un roi local) , et a longtemps été totalement interdite au étrangers (actuellement les touristes y sont admis au compte-gouttes, moyennant une redevance de 5000 F pour dix jours (en 1998) ce qui est assez dissuasif). Il y a d’ailleurs pas mal de coins aux Népal qui sont interdits ou d’accès restreint (et payant), pour des raisons souvent assez obscures.Kagbeni dans Google Earth

Kagbeni, le 22 octobre 1998

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Kagbeni, le 22 octobre 1998

Emblématique de Kagbeni, ce bâtiment cubique rouge est semble-t-il un monastère (nous ne l’avons pas visité).

L’autre attrait de Kagbeni, c’est la vue qu’offre le village sur la chaîne des Nilgiris (vers le sud), un sous-ensemble du massif des Annapurnas. Le Niligiri nord que l’on distingue sur la photo domine la chaîne à 7061 m.

Le lit de la Kali Gandaki et la chaîne des Nilgiris, le 22 octobre 1998

Le lit de la Kali Gandaki et la chaîne des Nilgiris, le 22 octobre 1998

C’est vers cette direction que nous allons ensuite nous diriger. On marche dans les gravats du lit de la rivière pendant plusieurs kilomètres (un coin assez venté et poussiéreux, attention aux appareils photos !). Puis on arrive à Jomosom, où se trouve un aéroport isolé (moins spectaculaire qu’à Lukla) où atterrissent, entre autres, les touristes venant visiter la région sans pour autant faire tout le tour du massif. Nous avons terminé à Marpha cette très longue étape, l’une des plus longues du trek en dehors de celle du col, mais heureusement tout en descente.

Marpha est l’un des plus beaux villages du parcours. Les rues sont dallées et les murs sont peints en blanc. Nous sommes ici dans le pays takali, une ethnie qui s’était autrefois enrichie du commerce avec le Tibet. La vallée de la Kali Gandaki était en effet l’une des principales voies de passage des caravanes (tout a changé depuis l’occupation chinoise).

Marpha, le 23 octobre 1998

Marpha, le 23 octobre 1998

Nous ne nous dirigeons pas quant à nous vers le Tibet mais descendons au contraire la vallée de la Kali Gandaki. Le paysage est alpin, avec des forêts de conifères dominées par deux importants sommets, le Niligiri à notre gauche et le Dhaulagiri à notre droite. Malheureusement ce dernier est dans les nuages, ce qui nous empêchera d’apercevoir de près sa spectaculaire cascade de glace qui descend vers la vallée. Ce spectacle s’observe normalement depuis le village de Tukuche.

Tukuche, le 23 octobre 1998

Tukuche, le 23 octobre 1998

Sur l’image principale c’est le Nilgiri qui est visible en arrière-plan. Cette spectaculaire traversée de la rivière ne nous concernait pas — nous restions du même côté — mais nous avons tout de même été gênés par le niveau de l’eau, plus élevé qu’à l’accoutumée.

Le village de Lete est le seul endroit du trek d’où il est possible d’apercevoir l’Annapurna I, c’est-à-dire le sommet même gravi par l’expédition française de 1950 (8091 m). C’était malheureusement bouché quand nous y sommes passés (en fin d’après-midi), mais nous avons choisi d’y retourner le lendemain matin (avant le petit déjeuner !) pour admirer le paysage (notre camp était situé en contrebas du village). Mais il faut bien avouer que ce 8000 n’est pas très spectaculaire, c’est le petit pic pointu sur la droite de la photo n° 2.

Le Dhaulagiri vu des
environs de Lete, le 24 octobre 1998 src=”images/1998/Dhaulagiri_Lete.jpg”/>

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Le Dhaulagiri vu des environs de Lete, le 24 octobre 1998

C’est le village de Lete qui est le plus proche, à la fois de l’Annapurna et du Dhaulagiri, établissant ainsi le record que j’ai évoqué plus haut.Lete dans Google Earth

On continue ensuite à descendre et le paysage change peu à peu. Finis les conifères, on rejoint peu à peu la végétation tropicale. Cet impressionnant pont suspendu sur la Kali Gandaki est situé à proximité du village de Dana.

Le pont suspendu de Talbagar, le 24 octobre 1998

Le pont suspendu de Talbagar, le 24 octobre 1998

C’est non loin de cet endroit que commencent les gorges de la Miristi Khola, une vallée totalement inhabitée et très difficilement accessible, où se trouve le camp de base historique de l’Annapurna I (expédition de 1950). Son exploration avait donné lieu à des scènes épiques, relatées dans les ouvrages d’Herzog et de Terray. Aucun touriste ne se rend jamais dans cette vallée de nos jours, ce que l’on vend comme « camp de base de l’Annapurna » étant situé tout à fait ailleurs, près de Pokhara sur le versant sud du massif.

Notre journée se terminait à Tatopani, qui signifie « eau chaude » en Népali. Un mot que le touriste λ se rendant au Népal ne manque pas d’apprendre rapidement, à côté de namaste (boujour) et aligati (un peu) : c’est en effet avec lui que les sherpas nous réveillent tous les matins dans nos tentes, nous apportant une tasse de thé et une bassine d’eau chaude pour la toilette (une tradition népalaise bien agréable !). Si ce village de la Kali Gandaki porte ce nom, c’est bien évidemment parce qu’on y trouve des sources thermales. Je ne me suis personnellement pas cru obligé d’aller m’y laver…

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Franchissement de la Kali Gandaki en aval de Tatopani, le 25 octobre 1998

Le village de Tatopani avait été victime d’une grave catastrophe naturelle, à peine un mois avant notre passage. Tout un pan de la montagne s’était effondré dans la vallée, faisant vraisemblablement des victimes bien que personne ne fût en mesure de déterminer combien. Autre problème, l’éboulement avait complètement obstrué le cours de la rivière et un lac de retenue avait commencé à se former, inondant quelques maisons du village. Le passage par le sentier usuel était de ce fait rendu totalement impossible — également parce que l’éboulement n’était pas totalement stabilisé — et il était nécessaire de faire un détour en montant assez haut sur les pentes de la vallée. Cette déviation était du reste passablement escarpée.

C’est à l’issue de ce passage que nous quittons définitivement la vallée de la Kali Gandaki. Nous devons affronter 1100 m de montée directe, depuis 1200 m à Tatopani jusqu’à 2300 m au village de Chitre : nous n’en avions plus l’habitude, nous ne faisions que descendre depuis trois jours et demi ! La montée est quand même assez raide d’autant qu’il fait plutôt chaud. Le paysage est redevenu verdoyant.

Le village de Thulakhet pendant la
montée vers Chitre (25 octobre 1998)

Le village de Thulakhet pendant la montée vers Chitre (25 octobre 1998)

Nous avons eu la pluie pendant la nuit à Chitre. Et le lendemain, le temps était assez mitigé. C’est dommage, car nous n’avons pas pu observer le Dhaulagiri comme nous l’aurions souhaité. C’est de cette région que l’on peut le voir sous son angle le plus « classique ». Heureusement, il a bien voulu à un moment se dévoiler au travers des nuages.

Le Dhaulagiri pendant la montée vers le col de Déorali, le 26 octobre 1998

Cette photo a été prise alors que nous sommes en train de gravir un col : le col de Déorali, 3103 m d’altitude, c’est-à-dire le deuxième point le plus élevé de ce trek. Rien n’indique pourtant qu’on a repris de l’altitude, la végétation reste touffue jusqu’au sommet. Sur le versant est du col nous avons eu un temps pluvieux qui nous a empêchés de voir les sommets (le Macchapuchhare s’est tout de même partiellement dégagé à un moment, après le village de Tarapani). Nous avons dormi dans le village de Ghandrung, tellement étendu qu’une partie de notre groupe à réussi à s’y perdre.

La météo s’est heureusement révélée bien plus favorable le lendemain. Nous avons pu admirer l’alignement de sommets qui entoure le site : Annapurna sud, Hiunchuli, Gangapurna et Machhapuchhare. Le Machhapuchhare (« queue de poisson » en népalais), que j’ai déjà mentionné à plusieurs reprises, est ce sommet pointu qui domine Pokhara, sorte de Cervin de l’Himalaya (il y en a d’autres). C’est une montagne sacrée pour les habitants du cru, son ascension est donc interdite même si des Anglais par le passé ne se sont pas gênés.

L’Annapurna sud et le Hiunchuli vus de Ghandrung, le 27 octobre 1998

Ghandrung ne se situe pas en fond de vallée, mais à flanc de montagne. La suite de notre parcours nous conduisait à Landrung, quasi homonyme se trouvant sur le versant d’en face. Entre les deux, 700 m de descente jusqu’à la rivière Modi Khola, puis presque la moitié à remonter de l’autre côté. Particularité de ce tronçon : tout est aménagé en marches d’escalier. Un travail herculéen réalisé (j’imagine) au fil des générations et à mains nues par les villageois locaux, lequel autorise le passage en toute saison… mais qui ne rend pas la progression plus facile ! Marcher sur des escaliers oblige en effet à adapter son pas aux marches.

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Vue sur l’Annapurna sud entre Ghandrung et Landrung, le 27 octobre 1998

Notre dernier camp se trouvait au niveau du village de Dhampus, après un ultime col (le Bichok Deorali) à 2149 m d’altitude. Les porteurs ont organisé une fête et se sont répartis les vieilles affaires (sales !) offertes par une partie du groupe. Personnellement je trouve plutôt cette pratique contestable de manière générale car les costumes traditionnels disparaissent ou perdent leur esthétique par panachage avec des affaires occidentales… Dhampus est tout comme Ghandrung et Landrung, situé à flanc de vallée : nous n’avons rien vu le soir à cause du brouillard qui enveloppait le village, mais le paranorama au petit matin valait largement compensation !

Dhampus, au matin du 28 octobre 2006

Une petite heure de marche seulement, en descente qui plus est, nous séparait alors de la fin du trek. La réadaptation au bruit des automobiles nous a demandé un petit peu de temps : demeurer dix-neuf jours d’affilée sans entendre un seul moteur, c’est quand même une occasion devenue assez rare de nos jours (ça c’était pour la touche écolo, histoire de montrer que j’en suis quand même capable quand je veux !). Reconnaissons aussi que les véhicules du Népal sont franchement plus bruyants qu’en Occident.

L’arrivée du trek n’était pas très éloignée de la ville de Pokhara (en sanscrit पोखरा), localité devenue célèbre depuis qu’une sommité de notre pays en a exploité le nom à des fins mercantiles. Pokhara est située à basse altitude (827 m), mais dans un site remarquable en bordure d’un lac (le lac Phewa) et en face de la chaîne des Annapurnas qui se déploie dans sa totalité (il est même possible d’apercevoir l’Annapurna I). Mais la seule photo que j’ai pu prendre de ce paysage l’a été depuis le car : un vrai travail d’amateur !

Le lac Phewa à Pokhara, le 28 octobre 1998

Le lac Phewa à Pokhara, le 28 octobre 1998

Nous n’avons pas refait la route qui conduit de Pokhara à Kathmandou : l’agence nous avait payé le vol, relativement bref. La compagnie s’appelait Bouddha air, j’imagine que c’est pour mettre toutes les chances de notre côté… Le vol se faisait sur un petit appareil avec une vingtaine de personnes à bord (quelques passagers en plus de notre groupe). Tour à tour il nous était possible de nous rendre dans le cockpit où le pilote nous montrait l’Everest qui était visible dans le lointain (j’avoue que j’ai fait oui oui car je n’ai pas bien compris ses explications). J’ai pris de nombreuses photos par le hublot, l’avion longe des massifs enneigés en permanence mais je serais évidemment bien incapable de les localiser.

Nous aurions dû passer une seule journée à Kathmandou avant de reprendre l’avion pour la France. Mais nous apprenons à notre arrivée que l’avion ne pourra pas décoller tout de suite en raison d’arriérés de paiement de la compagnie (Royal Népal) : ça donne confiance ! Bref, nous décollerons douze heures plus tard et aurons donc une seconde journée pour visiter la ville.

Il y a pas mal de choses à voir à Kathmandou (en sanscrit काठमाडौं) : tout d’abord la ville de Kathmandou proprement dite avec sa place principale,

Bakhtapur est le plus authentique et le mieux conservé des trois centres de la vallée. C’est aussi la seule des trois villes où les voitures n’entrent pas (on dirait la Suisse !). C’est une ville uniquement hindoue. Voici pour commencer son Durbar Square. On y trouve plusieurs temples, malheureusement souvent interdits aux non hindous.

Durbar Square à Bakhtapur, le 29 octobre 1998

Durbar Square à Bakhtapur, le 29 octobre 1998

La pagode de Nyatapola, située sur la place Taumadhi, est la plus grande pagode de Bakhtapur. Les pagodes à cinq étages sont rarissimes.

La pagode de Nyatapola à Bakhtapur, le 29 octobre 1998

Deux photos du quartier de Tacapal qui se trouve un peu plus loin :

Un temple du quartier de Tacapal à Bakhtapur, le 29 octobre 1998

Un temple du quartier de Tacapal à Bakhtapur, le 29 octobre 1998

Enfin une dernière photo de Bakhtapur, prise dans le quartier des Potiers. Je n’ai pas photographié lesdits potiers car c’était « photo roupie ».

Quartier des potiers de Bakhtapur, le 29 octobre 1998

Quartier des potiers de Bakhtapur, le 29 octobre 1998

Nous avons enchaîné avec la visite de Patan (en sanscrit पाटन  ). Malheureusement le soir commençait à tomber ce qui a un impact sur la qualité de mes photos. Voici pour commencer le Durbar Square de Patan :

Durbar Square à Patan, le 29 octobre 1998

Durbar Square à Patan, le 29 octobre 1998

On visite également quelques temples bouddhistes disséminés dans les ruelles de la ville. Voici en photo n° 1 le temple de Kva Bahal (ou temple d’Or), et ci-dessous celui de Rato Macchendranath.

Le temple de Rato Macchendranath à Patan, le 29 octobre 1998

 



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Un commentaire

  1. Bonjour

    Merci beaucoup pour cet article détaillé, je pars pour le Tibet et le Népal dans moins de deux mois et commence à rassembler mon équipement.
    Je me pose pas mal de questions sur les températures et sur les vêtements appropriés, la plupart des fourchettes de températures fournies par les guides ou le sites internet se basent sur les capitales (Lhassa, Katmandou) et ne reflètent pas, je pense, celles qu’on trouve en altitude.
    Penses-tu qu’à plus de 5000 m cela vaut le coup d’avoir un sac de couchage résistant à -15 degrés ? Plus ? Moins ?

    Plus spécifiquement sur le tour des Annapurnas, j’ai lu que presque tous les trekkeurs logent la nuit en lodge, y-en a t’il qui campent ? Comme nous emportons la tente pour le Tibet, autant l’utiliser jusqu’au bout et faire des économies.

    Merci pour tes éventuelles réponses et conseils.

    Cordialement

    Liska

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