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Un autre regard sur la Roumanie

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La Roumanie est un pays méconnu en France et qui souffre d’une image souvent négative. Même si moins de 3000 km séparent la France de la Roumanie, les différences culturelles entre la société roumaine et française peuvent être importantes et parfois même déconcertantes…

 Il y a environ treize ans, nous avons connu un Roumain, un jeune gars volontaire de dix-neuf ans, un réfugié politique. Enfin, plutôt un réfugié économique. Il s’appelait Viorel. La “mode” n’était pas encore à ces déferlements européens de réfugiés, et je ne savais pas vraiment ce qu’il fallait faire…

 Promis! Je raconterai plus tard toute notre rencontre, avec un jeune adulte ne parlant pas un mot de français, d’anglais ou d’allemand. Les rires et une émotion pudique nous ont guidé à travers plus d’une année d’existence assez proche. Mais je ne voudrais pas “inutilement” rallonger ce témoignage.

L’histoire s’est terminée quand je l’ai raccompagné chez lui. En voiture. Soit plus de deux jours de route, en traversant la Suisse, l’Autriche, la Hongrie et pour arriver en Roumanie, exténués, tremblant d’avoir osé braver les frontières sans réelle autorisation.

Arrivés en Roumanie, dans sa petite ville située à une heure environ au nord de Bucarest, nous avons été accueillis par sa famille, soit sa maman, sa belle-sœur et sa fiancée qui ne l’avait pas vu depuis plus de 18 mois. On était en octobre, et nous avions rencontré de la neige sur la route. Il faisait vraiment froid. Pour se chauffer, la famille faisait chauffer leur four laissé entr’ouvert. Pour se brosser les dents, ils utilisaient une pâte dentifrice. Ou plus précisément, une sorte de craie, semi-solide, telle qu’on devait utiliser il y a très longtemps.

J’ai voulu aller à l’hôtel, et les laisser tous à leurs retrouvailles. Impossible, j’ai été accueilli comme jamais je n’avais été reçu ailleurs. J’ai partagé leur soupe, faite de boulettes, et qu’ils avaient préparée expressément pour moi. Mon ami Viorel était tellement fou, bavard, heureux, qu’il s’adressait parfois en roumain avec moi et en pseudo-français avec sa mère. Il voulait résumer en quelques heures les longs mois passés loin de chez lui.

Le lendemain matin, nous sommes allés dans un magasin plus ou moins étatique. Tout à coup, j’ai vu une sorte de rassemblement: c’était de nombreux jeunes agglutinés devant la seule TV couleur du magasin! Alors, devant mon étonnement, mon ami s’est mis à défendre tout naturellement son pays, avec une triste fierté: ils avaient la vidéo, ils pouvaient acheter des habits de marque, ils roulaient dans des VW. Oui, bien entendu, mais seulement certains nantis!

Nous nous sommes ensuite dirigés vers un hôpital, dont le chirurgien-chef était un de ses amis. Je ne me souviens plus de son nom, mais j’en avais souvent entendu parler. Eh bien, quand je l’ai rencontré pour la première fois, il ne m’a pas tendu la main. Non, il m’a serré dans ses bras, avec force, violence. Comme deux frères qui se retrouvent après une longue séparation. C’est un des moments les plus forts que j’ai vécu. Il ne s’arrêtait pas de me remercier pour ce que j’avais fait pour son ami (et je vous promets que je n’avais pas fait beaucoup)..

Puis il m’a fait visiter “son” hôpital. Son salaire se montait à l’équivalent de DM 800.-, alors que nombre de ses collègues émigrés en RFA gagnaient plus de DM 15’000.-. Mais sa mission était d’aider “ses” malades.. Ceci pour vous expliquer sa fierté lors de notre visite. Les instruments qu’il me montrait étaient vétustes, d’une autre génération. Et il se convainquait d’être à la pointe, ou presque, de la technologie médicale. J’étais triste pour lui. Pour sa honte difficilement cachée, de ne pouvoir offrir le meilleur à ses patients.

Nous avons rencontré ensuite son épouse, un médecin gastro-dentaire (stomatodentaire, si j’ai bien compris). Elle manquait cruellement de matériel, et ce que nos dentistes jettent l’aurait comblée d’aise. De retour au pays, j’ai essayé de “mendier” auprès de mon dentiste, en vain. Et je confesse que je n’ai pas eu assez de ténacité pour continuer à rechercher de tels matériels. Mais un copain toubib a réussi à leur envoyer une imprimerie entière, et il fait régulièrement les trajets là-bas.

Nous avons vu d’autres amis de Viorel, mangé dans restaurant vide une nourriture vraiment simple, fait la fête. C’est drôle, comme des gens démunis savent se montrer heureux, accueillants, généreux et tellement chaleureux.

Le lendemain, nous nous sommes levés vers 4heures du matin, car nous devions amener un enfant des voisins à l’hôpital. Il avait un problème au cerveau, et un bandage cachait son drain. Comme Viorel avait plus ou moins le seul véhicule dans le voisinage, aucune question ne se posait: il fut tout naturel de se lever tôt pour rendre ce minime service.

Après une rapide visite à Bucarest, que je trouvais très grande et relativement “neutre”, internationale, vraiment différente des villes et villages alentours, j’ai pris l’avion et je suis rentré au pays. Un peu plus riche qu’avant.

Pourquoi cette mélopée longue et peu passionnante ? Simplement pour me rappeler que j’ai eu de la chance de m’ouvrir un tout petit peu, à un instant, à un étranger. Pour me rappeler que la richesse ou la satiété consumériste ne sont pas toujours synonyme du bonheur. Pour me rappeler que certains n’ont peut-être pas tout le pouvoir économique, mais débordent d’autres richesses.

La Roumanie est plus ou moins belle et triste, mais ses habitants sont fiers et généreux. Pourtant, je ne suis pas dupe: je sais fort bien que sans mon ami, on n’aurait vu qu’un étranger imbécile en moi. Et qu’ils peuvent se montrer très durs entre eux. Qu’importe.

Pour connaître un pays, il faut connaître ses habitants… Mais j’assume quand même. Merci de votre lecture.



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