Des mille et une façons de quitter la Moldavie (Vse tam budem) de Vladimir Lortchenkov ou l’histoire d’un exode moldave…

Comment quitter la Moldavie : un roman savoureux de Vladimir Lortchenkov

Des mille et une façons de quitter la Moldavie Vladimir LortchenkovJ’ai rencontré Vladimir Lortchenkov sur le salon littéraire de ma ville de province, Besançon, et, même si le titre ne m’attirait pas particulièrement, j’ai lui acheté son livre car je ne connais aucun autre écrivain moldave et je sais rien de pays coincé entre l’ex empire stalinien et l’Union européenne qui cherche encore ses limites. J’aurais voulu croire que ce livre n’est que ce qu’il apparait de prime abord, ce qu’on découvre en lisant les premiers chapitres, un roman surréaliste, burlesque, satirique, peuplé de héros picaresques, mais, hélas, l’ironie, la dérision, l’humour, l’exagération,… occultent mal la tragédie qui sourd entre les lignes, le drame d’un peuple abandonné de tous, oppressé entre deux géants qui l’ignorent « républiquement » et « soviétiquement ». Après son indépendance, ce pays pauvre, très pauvre – son PIB était inférieur à celui de Bangladesh -, les populations n’avaient plus qu’une issue fuir pour survivre ailleurs.

-« … Regarde-moi ça on est entouré par de la saleté, de la pauvreté, des immondices. Ah vraiment, on n’ pas mis longtemps à dégénérer, ça fait à peine vingt ans que l’URSS s’est effondrée.
-On vivait pas bien non plus sous l’URSS, …. Toi, tu es trop jeune pour t’en souvenir. Mais moi, j’ai pas oublié : que ce soit la saleté, la pauvreté ou les immondices, y en a toujours eu, ici ».

Vladimir Lortchenkov raconte l’histoire de cet exode des temps modernes à travers les combines et inventions les plus audacieuses, les plus incroyables, les plus improbables, les plus farfelues, les plus fantaisistes imaginées par les habitants de Larga un petit village du nord du pays. Un habitant de ce village s’étant pris de passion pour tout ce qui est italien, il a créé un véritable mythe de l’Italie, paradis sur terre, destination qu’il faut impérativement prendre pour trouver le bonheur et la richesse qui permettront à ses pauvres ères de vivre leur rêve. « Rares étaient les villageois à ne pas rêver de l’Italie, et aucun n’avait le premier sou pour entreprendre le voyage ». S’ils n’avaient pas d’argent, ils avaient des idées et quelles idées ! Même celle d’organiser une croisade des temps moderne pour reconquérir les lieux saints romains accaparés par les mécréants, un véritable Exodus moldave !

On rit beaucoup en lisant ce livre drôle de Vladimir Lortchenkov, mais on rit aussi un peu jaune devant un tel dénuement et une telle malédiction, un tel acharnement de la misère. Sur les marges de l’Union soviétique, quasiment abandonné du pouvoir central, ce pays en récupérant sa souveraineté a perdu le minimum vital fourni par le pouvoir central et s’est enfoncé encore plus dans la pauvreté qui a alimenté le rêve italien. Ce livre est une forme d’appel au secours lancé par l’auteur pour alerter l’opinion internationale sur la situation désastreuse dans laquelle se débattent ses concitoyens. Il nous fait toucher du doigt ce fameux tropisme européen qui attire une bonne partie de la planète vers les contrées les plus nanties, là où il reste un peu d’espoir.

« Pays de l’absurde et de l’amour, pays dont un habitant sur quatre a émigré, pays organisant une croisade moderne vers l’Europe. Moldavie…
Si j’avais été François Villon, j’aurais composé La Ballade des pendus.
Comme je suis Vladimir Lortchenkov, j’ai écrit ce roman ».

Des mille et une façons de quitter la Moldavie
Auteur: Vladimir Lortchenkov
Traduit du russe par Raphaëlle Pache
Editions Mirobole éditions / Horizons pourpres
2014-04-04 ; ISBN 9791092145205

Acheter le livre Des mille et une façons de quitter la Moldavie

250 p. Broché – Prix : 20 euros

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Author

Retraité depuis juin 2007, je suis un dirigeant sportif très impliqué mais surtout un passionné des littératures du monde. "La littérature pour passion, le sport pour engagement" De formation historienne, maîtrise, que je n'ai jamais utilisée dans mon job que j'ai exercé pendant plus de 33 ans dans une institution qui se préoccupe de l'économie et de la vie des entreprises.

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