14 Septembre 1812 : la Grande Armée entre dans Moscou

Suite à la bataille de Borodino / la Moskova (7 septembre 1812 – cf. http://gillesenlettonie.blogspot.fr/2012/09/7-septembre-1812-le-prince-bagration.html), les troupes russes se sont retirées vers l’est, suivies par les avant-gardes de Murat, et installées le 12 Septembre à Fili. C’est à la conférence de Fili, le 13 Septembre, que le Général Koutouzov, allant à l’encontre de ses jeunes généraux, prend la décision d’abandonner Moscou sans combattre.

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La conférence de Fili

Le 14 Septembre, l’armée russe traverse Moscou en direction de Riazan, suivie de milliers de civils. L’armée française franchit la Moskova en trois points (Fili, Dorogomilovo et Luzhniki) pour converger vers le centre ville, à l’exception du Corps d’Armée de Murat qui suit la retraite de l’armée russe, prenant le Kremlin au passage dans l’après-midi. Conformément aux traditions de la guerre, Napoléon 1er escomptait que le Tsar Alexandre 1er lui demanderait la paix puisqu’il s’était emparé de sa capitale (si Saint-Pétersbourg était la capitale administrative de la Russie, Moscou en était la capitale spirituelle). Surpris de ne pas voir de délégation lui apporter les clés de la ville, il dut se rendre à l’évidence : celle-ci était aux deux tiers vide. L’Empereur entre à Moscou le 14 Septembre à 2 heures de l’après-midi. 
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Moscou ! Moscou ! 
  
Les premiers incendies éclatèrent le 14 Septembre vers 5 heures du soir. Au début, ils furent mis sur le compte de la négligence des soldats. Mais, plus tard dans la soirée, et surtout le lendemain, les trois quarts de la ville brûlaient et des mèches étaient retrouvées, attestant de mises à feu volontaires dans des dizaines d’endroits. Le feu se développait rapidement, dans la mesure où la plupart des maisons étaient en bois. L’incendie ravagera la ville pendant quatre jours.

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Il ne fait aujourd’hui plus de doute que cet incendie avait été préparé et allumé selon les ordres du gouverneur de la ville, le comte Fiodor Rostopchine. Le fait que toutes les pompes à incendies aient été détruites ou emmenées, et les stocks de nourriture pillés ou détruits, était significatif. De même, Rostopchine avait ouvert les portes des prisons, libérant 2 à 3 000 criminels à qui il avait dit : « Vous avez commis quelques crimes ; mais vous n’en êtes pas moins de vrais Moscovites, et vous expierez vos fautes en servant dignement votre patrie ».    

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Le comte Fiodor Rostopchine

(Paradoxalement, devant la colère de ceux qui ont perdu leurs biens dans l’incendie, le comte est disgracié par le Tsar et il préfère s’exiler, d’abord en Pologne, puis en Allemagne, en Italie et enfin en France. Il fait venir sa famille à Paris et c’est là que sa fille Sophie rencontre Eugène de Ségur (1798 – 1869), laquelle deviendra après son mariage le 14 Juillet 1819 la célèbre romancière, auteur de littérature enfantine, comtesse de Ségur).

Napoléon dut même quitter le Kremlin menacé par les flammes le 16 septembre et se réinstaller en dehors de la ville, au château de Petrovsky. Il y reviendra le 18 Septembre, attendant toujours une demande de paix d’Alexandre. En 1911, les Russes estimèrent que 6 496 maisons privées sur 9 151 avaient été détruites, de même que 8 251 commerces. 12 000 corps avaient été retrouvés dans les décombres.  

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La Grande Armée quittera Moscou le 18 Octobre, en direction de Kaluga (sud-ouest) où ils trouveraient de la nourriture et du fourrage, ces régions fertiles n’ayant pas été touchées par la guerre. Mais le 24 Octobre, le détachement d’avant-garde du prince Eugène de Beauharnais se heurte au Général Doctorov à Maloïaroslavets. Le village est pris et repris 6 fois. N’arrivant pas à établir une tête de pont solide, Napoléon (qui avait failli être capturé par les Cosaques) décide de rebrousser chemin et de reprendre la route de Mojaïsk, déjà empruntée à l’aller. Mais celle-ci avait été saccagée et était dépourvu de possibilités de ravitaillement. La catastrophique retraite de Russie commençait.

Deux siècles plus tard, assis dans son fauteuil, il est confortable de dire que Napoléon est resté trop longtemps à Vilnius ou à Moscou, qu’il aurait dû faire donner la garde à la Moskova, etc.…… Mais peu nombreux sont les chefs de guerre qui ont réussi à entrer à Moscou. Avant Napoléon, il faut remonter de deux siècles (1610 – 1612) pour trouver les forces de la République des Deux Nations (polonaise et lituanienne) s’installant dans la capitale russe, le jeune prince Ladislas Vasa étant même désigné comme Tsar. Même Hitler s’y est cassé les dents.

Cette campagne aura toutefois montré deux principes qui restent encore valables aujourd’hui : la logistique est dimensionnante et l’ennemi ne joue pas toujours le rôle qu’on voudrait lui voir jouer. 

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