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Ada de Vladimir Nabokov

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https://voyages.ideoz.fr/wp-content/plugins/wp-o-matic/cache/c0169_n58392.jpgAujourd’hui, j’ai
fini de lire Ada de Nabokov.

Ada est un roman protéiforme: conte idyllique (un été interminable et à jamais remémoré), roman initiatique (la découverte de l’amour et du sexe) et philosophique (sur le temps),
roman de moeurs (sur l’aristocratie et la bourgeoisie de la fin XIXe début XXe), roman d’uchronie (les USA ont été conquis par la Russie, la France par l’Angleterre), roman érotique (il y a une
tension érotique tant pour les personnages que pour le lecteur qui est… oh my –)… Il est tout cela à la fois. Sa structure est d’une complexité apparente qui se révèle, comme
souvent, une évidence lorsque la fin s’achemine vers le lecteur:

La première partie est la plus longue et narre un été de 1884 dans le manoir d’Ardis où se rencontrent Ada, jeune gamine de 12 ans et déjà très précoce tant physiquement que mentalement,
et son cousin Van, 14 ans, fils d’un père aristocrate flamboyant. Ensemble ils découvrent l’amour et le sexe alors qu’une passion toride et charnelle les unit dans un parfum d’interdit d’autant
plus fort que très vite le lecteur se rend compte que nos deux jeunes héros ne sont pas que cousins… L’inceste est présent, ce qui n’étonnera personne chez Nabokov. Mais les pages qu’il écrit
sont parfois d’une beauté poignante, à vous arracher des douleurs dans le ventre, vraiment. Cette longue, longue partie s’étire indéfiniment et s’achève, bien sûr, avec non pas un mais deux
drames (une jalousie, un duel), lors d’un deuxième été, quatre ans plus tard.

Les parties suivantes sont de plus en plus courtes et de plus en plus tragiques: Van devient un psychologue renommé tandis qu’Ada marie un éleveur texan. Un drame vient assombrir leurs
vies respectives avec le sort funeste de Lucette, la soeur d’Ada, témoin et complice de leurs ébats adolescents… Van noie le chagrin de la séparation dans une vie dissolue, Ada disparaît…
Enfin, les deux héros sont réunis dans un amour tragique au crépuscule de leur vie et les dernières pages transcendent tous les genres évoqués plus haut, les dissout dans des phrases qui
englobent l’ensemble du roman. Et le temps, s’il n’est pas vaincu, apparaît alors comme compris et la mort comme domptée.

(Sans avoir livré la clé d’interprétation de la structure du roman, je pense avoir donné un indice suffisamment parlant.)

Le style est d’une virtuosité et d’une maîtrise incroyables. Ada est, à ce titre, une oeuvre baroque tant la flamboyance perce sans cesse. Roman fleuve, roman épigraphique, la
narration devient théâtrale lorsqu’il s’agit d’évoquer des passions qui le sont tout autant ou cinématographique lors d’une scène de tournage de film ou lorsque Van et Lucette regardent un film
lors d’une croisière. La narration, comme on s’en aperçoit assez vite, est le fruit de Van lui-même qui écrit à la toute fin de sa vie, se remémorant ce premier été avec émotion, émotion
tellement forte que, parfois, le “il” neutre cède la place au “je.” Puis on comprend qu’Ada a annoté le manuscrit qui a enfin été édité par… par un mystérieux éditeur (Nabokov?). A ce propos,
Nabokov écrit avec une certaine ironie empathique ou une empathie ironique qui mêle distance et compréhension devant les passions, les outrances, les auto-satisfactions, les dandysmes de ses
personnages. Il comprend ce qu’ils cherchent désespéremment sans même s’en rendre compte et il ne les condamne nullement, au contraire: ils sont si touchants dans leur folie désespérante.

Au final, j’ai ressenti — et je ne peux qu’évoquer un ressenti face à cette oeuvre qui me dépasse, qui me laisse pantois parfois, qui me laisse incrédule, qui me frustre lorsque page
après page j’ai l’impression de passer à côté — un roman fulgurant, d’une beauté parfois terrassante, d’une complexité narrative déboussolante, d’une richesse inépuisable, d’une force
terrifiante.

Bref, un roman que j’ai lu à 31 ans (ce qui correspond à la vingtaine au moment où Nabokov écrit, à la fin de la dizaine pour ses personnages), mais que peut-être je devrais relire, comme
Gravity’s Rainbow, à 50 ou 60. Donc, ceci n’était pas une critique, mais les impressions bien modestes de quelqu’un qui sent qu’il a touché à quelque chose d’encore trop grand pour lui.
Grandis et reviens, m’a dit Ada, brune et belle à se damner.

(Critique écrite le 7 juin 2009.)

 



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