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Betelnut Beauty (Ai ni ai wo) de Lin Cheng-sheng

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Chronique post-adolescente dans le Taipei du début du XXIe siècle, Betelnut Beauty ne brille pas par son originalité mais trouve tout son intérêt dans sa peinture locale.

Feng (Chang Chen) et Fei-Fei (Angelica Lee, aka Sin Je) sont deux jeunes désoeuvrés dans le Taïwan d’aujourd’hui. Ils se rencontrent un jour d’orage, Fei-Fei suscite immédiatement l’attention de Feng et va se retrouver attirer à elle comme par un aimant. Feng ne fait rien de sa vie, il n’a pas trop envie de travailler et se laisse porter par les évènements. Fei-Fei est elle une jeune fille en révolte. Elle vient de fuir sa maman, est presque jalouse de l’indépendance de son père volage, et cherche la voie de sa propre émancipation. Les deux jeunes adultes vont se rencontrer, tomber amoureux, sauf que Feng devra changer s’il ne veut pas que Fei-Fei ne finisse par lui filer entre les doigts…

Betelnut Beauty fait partie de la collection « Contes de la Chine moderne », initiée par la productrice Peggy Chiao en coproduction avec la France et Pyramide. Outre le film de Lin Cheng-sheng, la collection comprend Beijing Bicycle de Wang Xiaoshuai (2000), Blue gate crossing de Yee Chih-yen (2001) et Love of may de Hsou Hsiao-ming (2006). Chacun de ses longs-métrage a pour but de photographier la Chine contemporaine, et plus particulièrement Taïwan puisque trois des quatre films s’y déroulent.

L’histoire de Feng et Fei-Fei s’apparente effectivement à un conte, que l’on peut facilement rapprocher de l’universel Roméo et Juliette de Shakespeare. Ici, les amoureux ne devront pas braver les rivalités familiales, mais ils restent cependant tiraillées entre deux mondes. Feng rêve de vie facile mais, à partir du moment ou il est avec Fei-Fei, il sait qu’il doit offrir à sa belle les moyens d’une vie stable et heureuse. Feng a le choix entre suivre son cousin, petite frappe qui cherche à rivaliser avec Tiger, le mafioso du coin (Leon Dai), ou accepter un job honnête de boulanger. Fei-Fei rencontre de son côté Yi-Li (Kelly Kuo), l’ex petite-amie de Tiger. Les deux filles décident de devenir vendeuses de noix de bétel.

Le commerce de la noix de bétel est relativement typique Taipei. Les vendeuses, très courtes vêtues pour appâter le chaland, restent enfermées dans des cabines transparentes agencées tout le long des grands axes de Taipei, à préparer la noix ou à défier l’ennui. Ce business, plus ou moins légal, est souvent un paravent pour la mafia locale, jamais loin derrière. Fei-Fei, la jolie vendeuse de bétel, trouve là un premier moyen pour accéder à son indépendance. Elle voit quand même plus loin, entretenant malgré elle ses rêves de princesses.

Betelnut Beauty est assez emblématique du jeune cinéma taiwanais des années 2000, coloré, chatoyant, et n’est pas sans rappeler l’esthétique des films de Wong Kar-Wai (lequel avait d’ailleurs dirigé Chang Chen dans Happy Together en 1997).
Le film est même emblématique de toute une époque. La mise en scène, certains mouvement de caméra, le sens du rythme de Cheng-sheng, les choix musicaux, tout concoure à une ambiance pop’ et moderne. La pop’, c’est d’ailleurs de destin de la belle Fei-Fei, actrice un jour, chanteuse le lendemain…

Tragi-comédie classique, Betelnut Beauty parvient effectivement à émouvoir ou provoquer quelques sourires. Le film se dévoile tel un petit tourbillon qui viendrait tout dévaster – d’où cette caméra qui tourne autour des personnages – et le résultat n’est pas déplaisant, il est même plutôt agréable, malgré un final assez renversant et qui s’imprimera dans nos têtes.
On gardera d’autant plus d’images en tête que la jeune Angelica Lee, chanteuse malaisienne occasionnellement actrice, est non seulement très belle, mais révèle également une force, une rage, un charisme dès plus fascinant.

Présenté en compétition à Berlin en 2001, le film a justement permis à Angelica Lee de remporter le prix de la meilleure jeune actrice ; Lin Cheng-sheng recevant lui l’Ours d’argent du meilleur réalisateur (l’Ours d’Or était alors revenu à Intimité de Patrice Chéreau).

Benoît Thevenin

Filmographie de Lin Cheng-sheng :

1996 : A Drifting Life
1997 : Murmure de la jeunesse
1999 : March of Happiness
2001 : Betelnut Beauty
2002 : Robinson Crusoe
2005 : The Moon Also Rises

Filmographie de Chang Chen :

1991 : A Brighter Summer Day d’Edward Yang
1996 : Mahjong d’Edward Yang
1997 : Happy Together de Wong Kar-wai
2000 : Tigre et dragon d’Ang Lee
2001 : Betelnut Beauty de Lin Cheng-sheng
2001 : Chinese Odyssey 2002 de Jeffrey Lau
2004 : 2046 de Wong Kar-wai
2004 : Eros (La Main) de Wong Kar-wai
2005 : Three Times de Hou Hsiao-hsien
2006 : Silk de Su Chao-bin
2007 : Souffle de Kim Ki-duk
2008 : Parking de Chung Mong-hong
2008 : Les Trois Royaumes de John Woo


Betelnut Beauty – Note pour ce film :
Réalisé par Lin Cheng-sheng
Avec Angelica Lee (Sin Je), Chang Chen, Kelly Kuo, Leon Dai, …
Année de production : 2000
Sortie française le 20 juin 2001

http://laternamagika.wordpress.com/



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