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Thaïlande : Comprendre pour aimer ou aimer pour comprendre ?

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Les médias étrangers sont, en ce moment, dans le collimateur du gouvernement thaïlandais. Ils sont accusés  de « partisanisme » et  de ne rien comprendre à la politique thaïe. Le terme général est « despicable », «  ignoble. « Despicable media » Une « vile presse étrangère » qui aurait réduit le conflit thaï  à une simple bataille des « pauvres » contre « l’élite ».


Notre perception des problèmes thaïs est sûrement faussée par notre culture. Nous, occidentaux, nous nous exprimons souvent « directement », parce que nous pensons, à juste titre ou pas, que la ligne droite est le plus court chemin vers la vérité. Tandis qu’en orient, on userait plutôt de détours et de circonvolutions pour exprimer des faits qui nous paraissent élémentaires. Cette idée toute faite du « simple » et du « compliqué » serait donc réciproque….

Le gouvernement thaïlandais n’apprécierait donc pas les reportages et articles de la presse étrangère ! Pourquoi pas ! Mais n’est-il pas un tout petit peu offusqué par le discours du gouverneur de Bangkok qui vient de déclarer, texto : « Nous venons de vivre les pires moments de notre histoire en 227 ans. Buildings brulés, bâtiments publics et privés endommagés, Bangkokiens traumatisés. La plus grave crise historique que Bangkok ait connue. Lorsque pour la première fois, la capitale thaïlandaise était saccagée, c’était par des étrangers. Cette fois, en dépit de l’accusation anonyme mettant en cause des Cambodgiens, ce sont des thaïs qui ont saccagé leur capitale ». Pas un mot de compassion sur les plus de 80 tués, les milliers de blessés, et les « disparus » habituels. C’était pourtant des civils en majorité, des reporters, et même du personnel médical. Les bâtiments auraient donc plus d’importance que les gens en Thaïlande ! Alors non, je ne comprends pas cette Thaïlande la.

Sans doute, lorsqu’on aborde les problèmes politiques, faudrait-il s’abstenir de toute émotion. Pas facile ! Je ne suis sûrement –  et à ma modeste mesure – qu’un « ignoble média » puisque j’ose écrire sur la Thaïlande ! Il y a effectivement beaucoup de choses que je ne comprendrais jamais dans ce pays bouddhiste où je veux bien admettre que l’on puisse renaître dans un moustique ou un éléphant, mais de la à accorder des grades militaires à certains animaux… il y a une royale marge !

Bref, en 2001, j’écrivais dans « Chronique de la vie ordinaire d’une farang en pays isan » : « Dans un pays étranger, la barrière de l’exotisme passé, est-on plus apte a comprendre l’autre ? Sans doute, mais lorsque la langue demeure une énigme, on est encore un peu sourd. Voila pourquoi j’ai décidé de me battre avec les signes de l’alphabet thaï, ses 44 consonnes, ses 32 voyelles, ses 5 tons, et cette autre façon de s’exprimer et de penser. Il m’a fallu appréhender une autre grille de lecture. Passer de l’individualisme de ma culture à l’esprit collectif asiatique. Passer de l’ordre de la phrase française avec substantifs, genres, accords et conjugaison, à une juxtaposition de mots qui n’ont de sens « qu’ensemble ». Du cartésianisme à  un mode de pensée communautaire où le fonctionnement de la raison et de l’intelligence tiennent compte de la position sociale et du respect des conventions, où le groupe prime toujours sur l’individu. Un apprentissage qui ne se fait pas sans remises en questions profondes et laisse des traces indélébiles au point de « décentrer » complètement une façon de respirer et de réfléchir. L’expérience faite, on ne revient jamais au point de départ. Voila pourquoi je suis « marquée » par l’Asie et pourquoi il est plus difficile de vivre dans mon pays aujourd’hui : « Décalée » en France, « déplacée » en Thaïlande. Je ne me plaindrais pourtant pas de cet état quasi schizophrénique.

Des milliers d’heures pour mémoriser les signes et les centaines d’exceptions. Toujours un papier dans la poche pour écrire des phrases  à  l’infini. Au restaurant. Pour m’isoler, lorsque le monde tournait autour de moi sans que je m’y intéresse. Avant de dormir. En me réveillant. Jusque dans mon sommeil, A chaque mot appris, la barrière entre « eux » et moi perdait de sa densité. Enfin je m’approchais d’eux, j’allais les comprendre. J’allais entrer dans « leur » monde ! Quelle prétention de ma part ! Oui, je connais des thaïs aujourd’hui, je peux les toucher, les écouter, faire un bout de chemin avec eux, mais les comprendre ? Leur langue, moyen de communication ? Véhicule pour échanger avec l’étranger ? Ou simple instrument utilisé dans le but de rendre les rapports légers, flatteurs et agréables entre seuls initiés » ?

Alors, faut-il essayer de comprendre pour aimer ou aimer sans comprendre ? J’opterai toujours pour la première solution, même si je suis et reste un « vil média du net ».

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A propos de l'auteur

Partage ma vie entre Thaïlande et Paris ... Intérêts: les voyages, la photo, l’écriture, vient d’écrire un roman "théâtre d'ombres" qui a pour décor la Malaisie et la Thaïlande__________________________________________________________________________________________________________________Le blog de Michèle, une femme à la croisée des cultures

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