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J.H. Rosny ; l’un des pères du roman de science-fiction

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hommesdufeuIl y a des écrivains prolixes qui deviennent les auteurs d’un seul livre. Pour la plupart d’entre nous, J.H. Rosny est de ceux-là. Savoir qu’il vécut de 1856 à 1940, Belge de naissance et Parisien d’adoption, scientifique de formation, ami d’Edmond Goncourt ; apprendre qu’il écrivait souvent à deux mains avec son frère et fut considéré comme l’un des pères du roman de science-fiction : possible, mais pas indispensable.

Son maître livre, La Guerre du feu, rayonne tout seul, bijou flamboyant dans nos mémoires d’adolescents du temps où le vocabulaire ne faisait pas peur… La Guerre du feu ? Un beau film de Jean-Jacques Annaud. Oui, mais d’abord un roman puissant, lyrique, fascinant comme la nuit des temps, émouvant comme l’enfance de l’homme hasardé tremblant dans l’immense Nature, avec les seuls atouts des mains et de l’esprit : c’est nous déjà, c’était hier… Voici la première page de ce livre admiré des poètes et respecté des hommes de science, lecture plus saisissante encore à l’heure de Copenhague : à l’heure où,  triomphant de la Nature, nous craignons de périr de cette victoire.

Les Oulhamr fuyaient dans la nuit épouvantable. Fous de souffrance et de fatigue, tout leur semblait vain devant la calamité suprême : le feu était mort. Ils l’élevaient dans trois cages, depuis l’origine de la horde ; quatre femmes et deux guerriers le nourrissaient nuit et jour.

Dans les temps les plus noirs, il recevait la substance qui le fait vivre ; à l’abri de la pluie, des tempêtes, de l’inondation, il avait franchi les fleuves et les marécages, sans cesser de bleuir au matin et de s’ensanglanter le soir. Sa face puissante éloignait le lion noir et le lion jaune, l’ours des cavernes et l’ours gris, le mammouth, le tigre et le léopard ; ses dents rouges protégeaient l’homme contre le vaste monde. Toute joie habitait près de lui. Il tirait des viandes une odeur savoureuse, durcissait la pointe des épieux, faisait éclater la pierre dure ; les membres lui soutiraient une douceur pleine de force ; il rassurait la horde dans les forêts tremblantes, sur la savane interminable, au fond des cavernes. C’était le Père, le Gardien, le Sauveur, plus farouche cependant, plus terrible que les mammouths, lorsqu’il fuyait  de la cage et dévorait les arbres.

Il était mort ! L’ennemi avait  détruit deux cages ; dans la troisième, pendant la fuite, on l’avait vu défaillir, pâlir et décroître. Si faible, il ne pouvait mordre aux herbes du marécage ; il palpitait comme une bête malade. A la fin, ce fut un insecte rougeâtre, que le vent meurtrissait à chaque souffle…Il s’était évanoui…Et les Oulhamr fuyaient, dépouillés, dans la nuit d’automne. Il n’y avait pas d’étoiles. Le ciel pesant touchait les eaux pesantes ; les plantes tendaient leurs fibres froides ; on entendait clapoter les reptiles ; des hommes, des femmes, des enfants s’engloutissaient, invisibles. Autant qu’ils le pouvaient, orientés par la voix des guides, les Oulhamr suivaient une ligne de terre plus haute et plus dure, tantôt à gué, tantôt sur des îlots. Trois générations avaient connu cette route, mais il aurait fallu la lueur des astres. Vers l’aube, ils approchèrent de la savane.

Une lueur transie filtra parmi les nuages de craie et de schistes. Le vent tournoyait sur des eaux aussi grasses que le bitume ; les algues s’enflaient en pustules ; les sauriens engourdis roulaient parmi les nymphéas et les sagittaires. Un héron s’éleva sur un arbre de cendre et la savane apparut avec ses plantes grelottantes, sous une vapeur rousse, jusqu’au fond de l’étendue. Les hommes se dressèrent, moins recrus, et, franchissant les roseaux, ils furent dans les herbes, sur la terre forte.

Alors, la fièvre tombée, beaucoup devinrent des bêtes inertes : ils coulèrent sur le sol, ils sombrèrent dans le repos. Les femmes résistaient mieux que les hommes ; celles qui avaient perdu leurs enfants dans le marécage hurlaient comme des louves ; toutes sentaient sinistrement la déchéance de la race et les lendemains lourds ; quelques-unes , ayant sauvé leurs petits, les élevaient vers les nuages.

J.H.Rosny, La Guerre du feu, 1911

Arion

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